‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 166 sur 188 · Scigcos ou sciggos, en grec · texte numérisé non relu

Scigcos ou sciggos, en grec

Scincus , en latin.

Raï, Synopsis animalium, page 271. Scincus.

Le Scinque. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique. Lacerta Scincus, 22. Linn., Amphib. rept.

Gron. mus. 2, 76, n° 49. Scincus.

Séb. mus. 2, fol. 112, tab. 105, fig. 5.

Imperat. nat., 906. Lacerta Lybia.

Olear. mus. 9, tab. 8, fig. 1.

Aldr. ovip., livre I, chap. 19. Lacertus cyprius Scincoides. Hasselq. itin. 509, n° 58.

Scincus officinalis, 87. Laurenti specimen medicum.

répand dans différentes contrées de l’Asie. Lorsqu'ils viennent d’être tués, on en tire une sorte de jus dont on se sert dans les maladies; et, quand ils ont été desséchés, on les réduit en poudre, qu’on emploie dans les mêmes vues que les sucs de leur chair. Ce n'est pas seulement en Asie, nais même en Europe, qu'on a eu recours à ces moyens désavoués par la nature , de suppléer par des apparences trompeuses à des forces qu'elle refuse, de hâter le dépérissement plutôt que de le retarder, et de remplacer par des Jouissances vaines, des plaisirs qui ne valent que par un sentiment que tous les secours d’un art mensonger ne peuvent faire naître.

Il n’est pas surprenant que ceux qui n’ont vu le scinque que de loin et qui l'ont aperçu sur le bord des eaux, l’aient pris pour un poisson ; il en a un peu l'apparence par sa têle qui semble tenir immédiatewient au corps, et par ses écailles assez grandes, lisses, d'une forme semblable tant au dessus qu’au dessous du corps, et qui se recouvrent comme les ardoises sur les toits. La mâchoire de dessus est plus avancée que celle de dessous : la queue est ceurte et compriinée par le bout.

La couleur du scinque est d’un roux plus ou moins foncé, blanchâtre sous le corps, et traversée sur le dos par des bandes brunes. Mais il en est de ce lézard comme de tous les autres animaux dont la couverture est trop foible ou trop mince pour ne point

1. Hasselquist dit que l’on rapporte les scinques de l'Égypte supérieure et de l'Arabie à Alexandrie, d’où on les envoie à Venise et à Marseille, et de là dans les différents endroits de l’Europe. Hassel-

quist, Voyage en Palestine , page 561.

DU SCINQUE. 91 participer aux différentes altérations que l'intérieur de l’animal éprouve. Les couleurs du scinque se ternissent et blanchissent lorsqu'il est mort; et dans l’état de dessiccation et d’une sorte de salaison où on l’apporte en Europe, il paroît d’un jaune-blanchâtre et comme argenté. Au reste, les couleurs de ce lézard, ainsi que celles du plus grand nombre des animaux, sont toujours plus vives dans les pays chauds que dans les pays tempérés; et leur éclat ne doit-il pas augmenter en effet avec l’abondance de la lumière, la vraie et l’unique source première de toutes sortes de couleurs?

Linnée a écrit que les scinques n’avoient point d'ongles : tous les individus que nous avons examinés paroissoient en avoir : mais, comme ces animaux étoient desséchés, nous ne pouvons rien assurer à ce sujet. Âu reste, notre présomption se trouve confirmée par celle d’un bon observateur, M. François Cettit.

On trouve le scinque dans presque toutes les contrées de l'Afrique, en Égypte, en Arabie, en Lybie, où on dit qu'il est plus grand qu'ailleurs, dans les Indes, et peut-être même dans la plupart des pays très chauds de l’Europe. Non seulement son habitation de choix doit être déterminée par la chaleur du climat, mais encore par l'abondance des plantes aromatiques dont on dit qu’il se nourrit. C’est peut-être à cet aliment plus exalté, et par conséquent plus actif, qu'il doit cette vertu stimulante qu’on auroit pu sans doute employer pour soulager quelques

1. Histoire naturelle des amphibies et des poissons de la Sardaigne. LACÉPÈDE. II. 29

+ maux!, mais dont il ne falloit pas se servir pour dégrader le noble feu que la nature fait naître, en s'efforçant en vain de le rallumer, lorsqu'une passion imprudente l’a éteint pour toujours.

Le scinque vit dans l’eau, ainsi qu’à terre. On l’a cependant appelé Crocodile terrestre, et certainement c’est un grand abus des dénominations que l’application du nom de cet énorme animal à un petit lézard, qui n’a que sept ou huit pouces de longueur. Aussi Prosper Alpin pense-t-il que le scinque des modernes n'est pas le lézard désigné sous le nom de Crocodile terrestre par les anciens, particulièrement par Hérodote, Pausanias, Dioscoride, et célébré pour ses vertus actives et stimulantes. Il croit qu’ils avoient en vue un plus grand lézard que l’on trouve, ajoute-t-il, au dessus de Memphis, dans les lieux secs, et dont il donne la figure. Mais cette figure ni le texte n’indiquant point de caractères très précis, nous ne pouvons rien déterminer au sujet de ce iézard mentionné par ÂAlpin?. Au reste, la forme et la brièveté de sa queue empêchent qu'on ne le regarde comme de la même espèce que la dragonne, ou le tupinambis, ou l’iguane.

1. Pline dit que le scinque a été regardé comme un remède contre les blessures faites par des flèches empoisonnées, livre XXVIIT, chapitre 3e.

9. Prosper Alpin, tome I, chap. 5. De animalibus lacertosis in Ægypto viventibus.

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