‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 167 sur 188 · LEE LT · texte numérisé non relu

LEE LT

à. BHeD8S 0 86 Boo obo boot Horace Mo PE HOBo Ex oo Dobage

LE MABOUYA.

Mabuya dominicensis, Frrz. — Lacerta Mabouya, SHAW,

Le lézard dont il est ici question a une grande ressemblance avec le scinque; il n’en diffère bien sensiblement à l'extérieur que parce que ses pattes sont plus courtes en proportion du corps, el parce que sa mâchoire supérieure ne recouvre pas la mâchoire inférieure comme celle du scinque. Il n’est point le seul quadrupède ovipare auquel le nom de Mabouya ait été donné. Les voyageurs ont appelé de même un assez grand lézard , dont nous parlerons sous le nom de Doré, et qui a aussi beaucoup de ressemblance avec le scinque , mais qui est distingué de notre mabouya, en ce que sa queue est plus longue que le corps, tandis qu'elle est beaucoup plus courte dans ie lézard dont nous traitons.

Le mabouya paroît être d’ailleurs plus petit que le

1. Sloane, vol. II, planche 275, fig. 7 et 8. Salamandra minima

fusca maculis albis notata. :

Dutertre. Hist. naturelle des Antilles, vol. II, page 315. Mabouya: Rochefort, page 147. Mabouya.

Tiligugu et Tilingoni, en Sardaigne.

doré ; leurs habitudes diffèrent à beaucoup d’égards: et comme ils habitent dans le même pays, on ne peut pas les regarder comme deux variétés dépendantes du climat ; uous les considérerons done comme deux espèces distinctes, jusqu’à ce que de nouvelles observations détruisent notre opinion à ce sujet. Ce nom de Mabouya , tiré de la langue des Sauvages de l’Amérique septentrionale, désigne tout objet qui inspire du dégoût ou de l'horreur ; et à moins qu'il ne soit relatif aux habitudes du lézard dont il est ici question, ainsi qu’à celle du doré, il ne nous paroît pas devoir convenir à ces animaux, leur conformation ne présentant rien qui doive rappeler des images très désagréables. Nous l’adoptons cependant, parce que sa vraie signification peut être regardée comme nulle, peu de gens sachant la langue des Sauvages d'où il a été tiré, et parce qu'il faut éviter avec soin de multiplier sans nécessité les noms donnés aux animaux. Nous le conservons de préférence au lézard dont nous parions, parce qu'il n’en a jamaïs reçu d'autre, et que le grand mabouya a été nommé le Doré par Linnée et par d’autres naturalistes.

La tête du mabouya paroïît tenir immédiatement au corps, dont la grosseur diminue insensiblement du côté de la tête et de celui de la queue. Il est tout couvert par dessus et par dessous d'écailles rhomboidales, semblables à celles des poissons ; le fond de leur couleur est d’un jaune doré ; plusieurs de celles qui garnissent le dos sont quelquefois d’une couleur très foncée, avec une petite ligne blanche au milieu. Des écailles noirâtres forment, de chaque côté du corps, une bande longitudinale ; la couleur du fond

DU MABOUYA. 349 s’éclaircit le long du côté intérieur de ces deux bandes, et on y voit régner deux autres bandes presque blanches. Au reste, la couleur de ces écailles varie suivant l'habitation des mabouyas : ceux qui demeurent au milieu des bois pourris, dans les endroits marécageux, ainsi que dans les vallées profondes et ombragées, où les rayons du soleil ne peuvent point parvenir, sont presque noirs; et peut-être leur couleur justifie-t-elle alors, jusqu’à un certain point, ce qu'on a dit de leur aspect, que l’on a voulu trouver hideux ; leurs écailles paroissent enduites d'huile, ou d’une sorte de vernisi.

Le museau des mabouyas est obtus; les ouvertures des creilles sont assez grandes; les ongles crochus; la queue est grosse, émoussée, et très courte. L'individu conservé au Cabinet du Roi, a huit pouces de long. Les mabouyas décrits par Sloane étoient beaucoup plus petits, parce qu'ils n’avoient pas encore atteint leur entier développement.

Les mabouyas grimpent sur les arbres, ainsi que sur le faîte et les chevrons des cases des Nègres et des Indiens ; mais ils se logent communément dans les crevasses des vieux bois pourris; ce n’est ordinairement que pendant la chaleur qu'ils en sortent. Lorsque le temps menace de la pluie, on les entend faire beaucoup de bruit, et on les voit même quelquefois quitter

1. « Tertiam spétiem Mabouyas appellat. Colore different qui in + arboribus putridis, in lacis palustribus , aut vallibus profundioribus » quo radii solares non penetrant, degunt. Nigri sunt et aspectu hor- » ridi; unde Mabouyas, id est diabolorum nomen ab indis iis impo- » situm. Pollicem circiter, aut paulo plus crassi sunt ; sex aut septem

» pollices longi. Pellis velut oleo inuncta videtur. » Rai, Synopsis Quadrupedum , page 268.

340 HISTOIRE NATURELLE leurs habitations. Sloane pense que l’humidité qui règne dans l'air, aux approches de la pluie, gonfle les bois, et en diminue par conséquent les intervalles au point d’incommoder les mabouyas, et de les obliger à sortir. Indépendamment de cette raison, que rien ne force à rejeter, ne pourroit-on pas dire que ces animaux sont naturellement sensibles à l’humidité ou à la sécheresse, de même que les grenouilles, avec lesquelles la plupart des lézards ont de grands rapports; et que ce sont les impressions que les mabouyas reçoivent de l’état de l’atmosphère, qu'ils expriment par leurs mouvements et par le bruit qu'ils font? Les Américains les croient venimeux, ainsi que le Doré, avec lequel il doit être aisé, au premier coup d'œil, de les confondre ; mais cependant Sloane et Browne disent qu'ils n'ont jamais pu avoir une preuve certaine de l’existence de leur venin!. [l arrive seulement quelquefois qu'ils se jettent avec hardiesse sur ceux qui les irritent, et qu'ils s’y attachent assez fortement pour qu'on ait de la peine à s’en débarrasser. | C'est principalement aux Antilles qu'on les rencontre. Lorsqu'ils sont très petits, ils deviennent quelquefois la proie d'animaux qui ne paroissent pas au premier coup d'œil devoir être bien dangereux pour eux. Sloane prétend en avoir vu un à demi dévoré par une de ces grosses araignées, qui sont si communes dans les contrées chaudes de l’Amérique?. On trouve aussi le mabouya dans l’ancien monde : il est très commun dans l’île de Sardaigne , où il a été

Page 1