‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 17 sur 188 · Voyage de Hawkins à la mer du Sud , page · texte numérisé non relu

Voyage de Hawkins à la mer du Sud , page

4. Toutes les nations qui ont des possessions en Amérique, et particulièrement les Anglois, envoie de petits bâtiments sur la côte de la Nouvelle-Espagne et des îles désertes qui en sont voisines, pour y faire la pêche des tortues. Note communiquée par M. de La Borde, correspondant au Cabinet du Roï, à Cayenne.

5. Catesby, Hist. naturelle de la Caroline, tome IT, page 59.

DE LA TORTUE FRANCHE. T9 une mer tranquille. Deux pêcheurs montent sur un petit canot que l’un d’eux conduit : ils reconnoissent qu'ils sont près de quelque grande tortue, à l’écume qu’elle produit lorsqu'elle monte vers la surface de l'eau; il s’en approchent avec assez de vitesse, pour que la tortue n'ait pas le temps de s'échapper : un des deux pêcheurs lui lance aussitôt son harpon avec tant de force, qu'il perce la couverture supérieure, et pénètre jusqu’à la chair : la tortue blessée se précipite au fond de l’eau; mais on lui lâche une corde à laquelle tient le harpon, et, lorsqu'elle a perdu beaucoup de sang, il est aisé de la tirer dans le bateau ou sur le rivage.

On a employé, dans la mer du Sud, une autre manière de pècher les tortues. Un plongeur hardi se jette dans la mer, à quelque distance de l'endroit où, pendant la grande chaleur du jour, il voit les tortues endormies nager à la surface de l’eau; il se relève très près de la tortue, et saisit sa carapace vers la queue; en enfonçant ainsi le derrière de l’animal, il le réveille, l’oblige à se débattre, et ce mouvement suflit pour soutenir sur l’eau la tortue et le plongeur qui l’empêche de s'éloigner jusqu’à ce qu’on vienne les pècher 1.

1. Voyage d'Anson autour du monde. Ge fameux navigateur « ad- » mire que sur les côtes de la mer du Sud , voisines de Panama, cù » les vivres ne sont pas toujours dans la même abondance, les Espa- » guols qui les habitent, aient pu se persuader que la chair de la tor- » tue soit malsaine, et qu’ils la regardent comme une espèce de - poison. Il juge que c’est à la figure singulière de l'animal qu'il faut » attribuer ce préjugé. Les esclaves indiens et nègres qui étoient à » bord de l’escadre, élevés dans la même opinion que leurs maîtres . > parurent surpris de la hardiesse des Anglois, qu’ils voyoient manger

Sur les côtes de la Guiane, on prend les tortues avec une sorte de filet, nommé la Fole; il est large de quinze à vingt pieds, sur quarante ou cinquante de long. Les maïlles ont un pied d'ouverture en carré, et le fil a une ligne et demie de grosseur. On attache de deux en deux mailles, deux flots, d’un demi-pied de longueur, faits d’une tige épineuse, que les Indiens appellent Moucou-moucou, et qui tient lieu de liége. On attache aussi au bas du filet quatre ou cinq grosses pierres, du poids de quarante ou cinquante livres, pour le tenir bien tendu. Aux deux bouts qui sont à fleur d’eau, on met des bouëées, c’est-à-dire de gros morceaux de Moucou-moucou, qui servent à marquer l’endroit où est le filet : on place ordinairement les Æoles fort près des îlots, parce que les tortues vont brouter des espèces de Fucus, qui croissent sur les rochers, dont ces petites îles sont bordées.

Les pêcheurs visilent de temps en temps les filets. Lorsque la Fole commence à caler, suivant leur Jangace, c’est-à-dire lorsqu'elle s'enfonce d’un côté plus que de l’autre , on se hâte de la retirer. Les tortues ne peuvent se dégager aisément de cette sorte de rets, parce que les lames d’eau, qui sont assez fortes près des îlots, donnent aux bouts du filet un mouvement continuel qui les étourdit ou les embarrasse.

» librement de cette chair, et s’attendoient à leur en voir bientôt res- » sentir les mauvais effets; mais, reconnoïssant enfin qu'ils s’en por- » toient mieux, ils suivirent leur exemple, et se félicitèrent d’une » expérience qui les assuroiït à l'avenir de pouvoir faire, avec aussi » peu de frais que de peine, de meïlleurs repas que leurs maîtres. » Histoire générale des Voyages, page 452, vol. XLI, édit. in-12, 1795.

DE LA TORTUE FRANCHE. 51 Si l’on diffère de visiter les filets, on trouve quelquefois les tortues noyées; lorsque les requins et les espadons rencontrent des tortues prises dans la Fole, et hors d'état de fuir et de se défendre, ils les dévorent , et brisent le filet®. Le temps de foler la tortue franche est depuis janvier jusqu’en mai?.

L'on se contente quelquefois d'approcher doucement dans un esquif des tortues franches, qui dorment et flottent à la surface de la mer: on les retourne, on les saisit, avant qu'elles n’aient eu le temps de se réveiller et de s'enfuir ; on les pousse ensuite devant soi jusqu à la rive; et c'est à peu près de cette manière que les anciens les pêchoient dans les mers de l’Indeë. Pline a écrit qu'on les entend ronfler d'assez loin , lorsqu'elles dorment en flottant à la surface de l’eau. Le ronflement que ce naturaliste leur attribue, pourroit venir du peu d'ouverture de leur glotte, qui est étroite, ainsi que celle des tortues de terre # ; ce qui doit ajouter à la facilité qu'ont ces animaux de ne point avaler l’eau äans laquelle ils sont plongés.

Si les tortues demeurent quelque temps sur l’eau exposées pendant le jour à toute l’ardeur des contrées équatoriales, lorsque la mer est presque calme et que les petits flots ne pouvant point atteindre jus-

1. Note communiquée par M. de La Borde, médecin du roi à Cayenne.

2. Histoire générale des Voyages, tome LIV, pag. 880 et suivantes, édition 1in-12. i

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