‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 185 sur 188 · Tockaie, par les Siamois · texte numérisé non relu

Tockaie, par les Siamois

Le Gecko. M. Daubenton ; Encyclopédie méthodique.

Lacerta Gecko, 21. Linn., Amphib. rept.

Séba , 1, tab. 108 , fig. 2, 5, 8 et 9.

fermer un poison mortel. Nous n'avons vu, en quelque sorte, Jusqu'ici les animaux se développer, leurs propriétés augmenter et leurs forces s’accroître, que pour ajouter au nombre des êtres vivants, pour contrebalancer l’action destructive des éléments et du temps; ici la nature paroît au contraire agir contre elle-même; elle exalte dans un lézard, dont l'espèce n’est que trop féconde, une liqueur corrosive au point de porter la corruption et le dépérissement dans tous les animaux que pénètre cette humeur active; au lieu de sources de reproduction et de vie, on diroit qu'elle ne prépare dans le gecko que des principes de mort et d'anéantissement.

Ce lézard funeste , et qui mérite toute notre attention par ses qualités dangereuses, a quelque ressemblance avec le caméléon ; sa tête, presque triangulaire, est grande en comparaison du corps; les yeux sont gros; la langue est plate, revêtue de petites écailles, et le bout en est échancré. Les dents sont aiguës, et si fortes, suivant Bontius, qu'elies peuvent faire impression sur des corps très durs, et même sur l’acier. Le gecko est presque entièrement couvert de petites verrues plus ou moins saillantes ; le dessous des cuisses est garni d’un rang de tubercules élevés et creux, comme dans l'iguane, le lézard gris, le lézard vert, l’améiva , le cordyle, le marbré, le

Gekko teres , 57. Laurenti specimen medicum.

Hasselq. iter. 806. Lacerta Gecko.

Gron. mus. 2, page 78, n° 55. Salamandra.

Bront.”jav., lib. II, cap. 5, fol. 57. Salamandra india.

Jobi Ludolphi alias Leut-Holf dicti, Historia Æthiopica, lib. 1, cap. 15, sect. d. Ejusdem commentarius , fol. 167.

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galonné, etc. Les pieds sont remarquables par des écailles ovales plus ou moins échancrées dans le milieu, aussi larges que la surface inférieure de ces mêmes doigts, et disposées régulièrement au dessus les unes des autres comme les ardoises ou les tuiles des toits; elles revêtent le dessous des doigts, dont les côtés sont garnis d’une petite membrane , qui en augmente la largeur, sans cependant les réunir. Linnée dit que le gecko n’a point d'ongles; mais dans tous les individus conservés au Cabinet du Roi, nous avons vu le second, le troisième, le quatrième et le: cinquième doigt de chaque pied, garnis d’un ongle très aigu, très court et très recourbé, ce qui s'accorde fort bien avec l'habitude de grimper qu'a le gecko, ainsi qu'avec la force avec laquelle il s'attache aux divers corps qu’il touche.

Il en est donc des lézards comme d’autres animaux bien différents, et par exemple des oiseaux. Les uns ont les doigts des pieds entièrement divisés ; d’autres les ont réunis par une peau plus ou moins lâche; d’autres ramassés en deux paquets, et d’autres enfin ont leurs doigts libres, mais cependant garnis d’une membrane qui en augmente la surface.

La queue du gecko est communément un peu plus longue que le corps; quelquefois cependant elle est plus courte : elle est ronde, menue, et couverte d’anneaux ou bandes circulaires très sensibles; chacune de ces bandes est composée de plusieurs rangs de très petites écailles dans le nombre et dans l’arransement desquelles on n’observe aucune régularité, ainsi que nous nous en sommes assurés par la comparaison de plusieurs individus ; e*est ce qui explique

les différences qu'on a remarquées dans les descriptions des naturalistes qui avoient compté trop exactement dans un seul individu , les rangs et le nombre de ces très petites écailles.

Suivant Bontius , la couleur du gecko est d’un vert clair, tacheté d’un rouge très éclatant. Ce même observateur dit qu'on appelle Gecko le lézard dont nous nous occupons, parce que cemotimite le cri qu'iljette, lorsqu'il doit pleuvoir, surtout vers la fin du jour. On le trouve en Égypte, dans l'Inde , à Amboine , aux autres îles Moluques, etc. Il se tient de préférence dans les creux des arbres à demi pourris, ainsi que dans les endroits humides; on le rencontre aussi quelquefois dans les maisons, où il inspire une grande frayeur, et où on s’empresse de le faire périr. Bontius a écrit en effet que sa morsure est venimeuse, au point que si la partie affectée n’est pas retranchée ou brûlée, on meurt avant peu d'heures. L’attouchement seul des pieds du gecko est même très dangereux, et empoisonne, suivant plusieurs voyageurs, les viandes sur lesquelles il marche : l'on a cru qu'il les infectoit par son urine, que Bontius regarde comme un poison des plus corrosifs; mais ne seroitce pas aussi par l'humeur qui peut suinter des tubercules creux placés sur la face inférieure de ses cuisses? Son sang et sa salive, ou plutôt une sorte d’écume, une liqueur épaisse et jaune, qui s'épanche de sa bouche lorsqu'il est irrité, ou lorsqu'il éprouve quelque affection violente, sont regardés de même comme des venins mortels, et Bontius, ainsi que Valentyn, rapportent que les habitants de Java s'en servoient pour empoisonner leurs flèches.

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Hasselquist assure aussi que les doigts du gecko répandent un poison; que ce lézard recherche les corps imprégnés de sel marin, el qu'en courant dessus, il laisse après lui un venin très dangereux. Il vit, au Caire, trois femmes près de mourir pour avoir mangé du fromage récemment salé, et sur iequel un gecko avoit déposé son poison. Îl se convainquit de l’âcreté des exhalaisons des pieds du gecko, en voyant un de ces lézards courir sur la main de quelqu'un qui vouloit le prendre : toute la partie sur laquelle le gecko avoit passé, fut couverte de petites pustules, accompagnées de rougeur, de chaleur, et d’un peu de douleur, comme celles qu’on éprouve quand on a touché des orties. Ce témoignage formel vient à l'appui de ce que Bontius dit avoir vu. 1! paroît donc que , dans les contrées chaudes de l'Inde et de V'Égypte, les geckos contiennent un poison dangereux, et souvent mortel ; il n’est donc pas surprenant qu’on fuie leur approche, qu'on ne les découvre qu'avec horreur, et qu’on s'efforce de les éloigner ou de les détruire. 1l se pourroit cependant que leurs qualités malfaisantes variassent suivant les pays, les saisons, la nourriture , la force , et l’état des individus.

Le gecko, selon Hasselquist, rend un son singulier, qui ressemble un peu à celui de la grenouille, et qu'il est surtout facile d'entendre pendant la nuit. il est heureux que ce lézard, dont le venin est si redoutable, ne soit pas silencieux, comme plusieurs autres quadrupèdes ovipares, et que ses cris très dis-

1. Les Indiens prétendent que la racine de Curcuma (terre mérite ou safran indien) est un très bon remède contre la morsure du Gecko. Bontius, à l'endroit déjà cité.

tincts et particuliers puissent avertir de son approche, et faire éviter ses dangereux poisons. Dès qu'il a plu, il sort de sa retraite: sa démarche est assez lente : il va à la chasse des fourmis et des vers. C’est à tort que Warfbainius a prétendu, dans son livre intitulé Salamandrologia , que les geckos ne pondoient point. Leurs œufs sont ovales, et communément de la grosseur d’une noisette. On peut en voir la figure dans la planche de Séba, déjà citée. Les femelles ont soin de les couvrir d’un peu de terre, après les avoir déposés; et la chaleur du soleil les fait éclore.

Les mathématiciens jésuites, envoyés dansles Indes orientales par Louis XIV, ont décrit et figuré un lézard du royaume de Siam, nommé Tockaie, et qui est évidemment le même que le gecko. L’individu qu'ils ont examiné avoit un pied six pouces de long, depuis le bout du museau jusqu’à l'extrémité de la queue. Les Siamois appellent ce lézard Tockaie, pour imiter le cri qu’il jette ; ce qui prouve que le cri de ce quadrupède ovipare est composé de deux sons proférés durement, difhciles à rendre, et que l’on a cherché à exprimer, tantôt par Tockaie, tantôt par Gecko.

1. Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, t. II, article du Tockaie.

DU GECKOTTE. 389

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LE GECKOTTE.

Gekko Stellio, MEerr. — Laceria mauritanica, Linn. — Gekko muricatus, Laur. — Gekko fascicularis, Daup. — LE GEKKO DES MURAILLES, Cuv. — Asculabotes fascicularis, Frrz.

Nous conservons ce nom à un lézard qui a une si grande ressemblance avec le gecko, qu'il est très difficile de ne pas les confondre l’un avec l’autre, quand on nelesexamine pas de près. Les naturalistes n'ont même indiqué encore aucun des vrais caractères qui les distinguent. Linnée seulement a dit que ces deux lézards ont le même port etla même forme, mais que le Geckotte, qu'il appelle le Mauritanique, a la queue étagée, et que le gecko ne l’a point. Cette différence n'est réelle que pendant la jeunesse du geckotte; lorsqu'il est un peu âgé, sa queue est au contraire beaucoup moins étagée que celle du gecko.

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