Le Geckotte. M. Daubenton , Encyclopédie méthodique
Lacerta mauritanica, 11. Linn., Amphib. reptilia.
Séba, mus. 1, tab. 108 , fig. 1, 5, 4, G et 7.
Gecko verticillatus, 56. Gecko muricatus, 58. Laurenti specimen medicum.
Ces deux quadrupèdes ovipares se ressemblent surtout par la conformation de leurs pieds. Les doigts du gcckotte sont, comme ceux du gecko, garnis de membranes qui ne les réunissent pas, mais qui en élargissent la surface ; ils sont également revêtus par dessous d’un rang d’écailles ovales, larges, plus ou moins échancrées, et qui se recouvrent comme les ardoises des toits. Mais en examinant attentivement un grand nombre de geckos et de geckottes de divers pays, conservés au Cabinet du Roi, nous avons vu que ces deux espèces différoient constamment l’une de l’autre par trois caractères très sensibles. Premièrement, le geckotte a le corps plus court et plus épais que le gecko; secondement, il n’a point au dessous des cuisses un rang de tubercules comme le gecko; et troisièmement, sa queue est plus courte et plus grosse. Tant qu'il est encore jeune, elle est recouverte d'écailles chargées chacune d’un tubercule en forme d’aiguillon, et qui, par leurs dispositions, la font paroître garnie d’anneaux écailleux : mais à mesure que l'animal grandit, les anneaux les plus voisins de l'extrémité de la queue disparoissent ; bientôt il n’en reste plus que quelques uns près de son origine, qui s’oblitèrent enfin comme les autres, de telle sorte que quand l’animal est parvenu à peu près à son entier développement, on n’en voit plus aucun autour de la queue : elle est alors beaucoup plus grosse et plus courte en proportion que dans le premier âge ; et elle n’est plus couverte que de très petites écailles, qui ne présentent aucune apparence d’anneaux. Le geckotte est le seul lézard dans lequel on ait remarqué ce changement successif dans les écailles de la queue. Les tubercules ou aiguil-
DU GECKOTTE. 209 lons qui l’a revêtent pendant qu'il est jeune, se retrouvent sur le corps de ce lézard, ainsi que sur les pattes ; ils sont plus ou moins saillants, et sur certaines parties, telles que le derrière de la tête, le cou, et les côtés du corps, ils sont ronds, pointus, entourés de tubercules plus petits, et disposés en forme de rosette.
Le geckotte habite presque les mêmes pays que le gecko, ce qui empêche de regarder ces deux animaux comme deux variétés de la même espèce, produites par une différence de climat. On le trouve dans l'île d'Amboine, dans les Indes et en Barbarie, d'où M. Brander l’a envoyé à Linnée. L'on peut voir au Cabinet du Roi, un très petit quadrupède ovipare, qui y a été adressé sous le nom de lézard de Saint- Domingue ; c’est évidemment un geckotte ; et peutêtre cette espèce se trouve-t-elle en effet dans le Nouveau-Monde. On la rencontre vers les contrées tempérées, jusque dans la partie méridionale de la Provence, où elle est très commune.
On l'y appelle T'arente , nom qui a été donné au stellion, et à une variété du lézard vert, ainsi que nous l’avons vu. On le trouve dans les masures, et dans les vieilles maisons, où il fuit les endroits frais, bas et humides, et où il se tient communément sous les toits. Il se plaît à une exposition chaude; il aime le soleil : il passe l’hiver dans des fentes et des crevasses, sous les tuiles, sans y éprouver cependant un engourdissement parfait ; car lorsqu'on le découvre,
1. Note communiquée par M. Olivier, qui a bien voulu nous faire part des observations qu’il a faites sur les habitudes de cette espèce de lézard.
il cherche à se sauver en marchant lourdement. Dès les premiers jours du printemps, il sort de sa retraite, et va se réchauffer au soleil; maïs il ne s’écarte pas beaucoup de son trou, et il y rentre au moindre bruit: dans les fortes chaleurs il se meut fort vite, quoiqu'il n'ait jamais l’agilité de plusieurs autres lézards. Il se nourrit principalement d'insectes. Îl se cramponne facilement par le moyen de ses ongles crochus, et des écailles qu’il a sous les pieds; aussi peut-il courir, non seulement le long des murs, mais encore au dessous des planchers, et M. Olivier, que nous venons de citer, l’a vu demeurer immobile pendant très long-Lemps sous la voûte d’une église. à
Il ressemble donc au gecko, par ses habitudes autant que par sa forme. On a dit qu'il étoit venimeux, peut-être à cause de tous ses rapports avec ce dernier quadrupède ovipare, qui, suivant un très grand nombre de voyageurs , répand un poison mortel. M. Olivier assure cependant qu'aucune observation ne le prouve, et que ce lézard cherche toujours à s’échapper lorsqu'on le saisit.
Les geckottes ne sortent point de leur trou lorsqu'il doit pleuvoir ; mais jamais ils n’annoncent la pluie par quelques cris, ainsi qu'on l’a dit des geckos ; et M. Olivier en a souvent pris avec des pinces, sans qu'ils fissent entendre aucun son.