‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 52 sur 188 · DE LA GRECQUE · texte numérisé non relu

DE LA GRECQUE

demi-heure auparavant, qu'elles claquoient encore avee un bruit assez sensible; et, dès le temps d’Aristote , on regardoit la tortue comme l'animal qui avoit en proportion le plus de force dans les mâchoires.

Mais ce fait n’est pas le seul phénomène remarquable que lestoriues grecques présentent relativement à la difficulté que lon épronve lorsqu'on veut ôter la vie aux quadrupèdes ovipares. François Redi a fait, à ce sujet, en Toscane, des expériences dont nous allons rapporter les principaux résultats!, Il prit une tortue grecque au commencement du mois de novembre ; il fit une large ouverture dans le crâne, et en enleva la cervelle, sans en laisser aucune portion dans la cavité qui la contenoil, et qu'il nettoya, pour ainsi dire , avec soin. Dès le moment que ia cervelle fur enlevée , les yeux de fa Lortue se fermèrent pour ne plus se rouvrir: mais l'animal ayant été mis en liberté, continua de se mouvoir, et de marcher comme sil n’avoit recu aucun mal. À la vérité, il ne s'avançoit, en quelque sorte, qu'en tâtonnant, parce qu'il ne voyoit plus. Après trois jours, une nouvelle peau couvrit l'ouverture du crâne , et la tortue vécut ainsi, en exécutant tous ses mouvements ordinaires, jusqu’au milieu du mois de mai, c'est-à-dire à peu près pendant six mois. Lorsqu'elle fut morte, Redi examina la cavité du crâne d’où il avoit ôté la cervelle, et il n’y trouva qu'un petit grumeau de sang sec et noir; il répéta cette expérience sur plusieurs iortues , tant terrestres que d’eau douce , et même de mer: ettousces divers animaux vécurent sans cer-

1. Osservazioni di Francisco Redi, intorno agli aninali viventi, che si trovano negli animali viventi. Napoli, 1687, page 126.

velle pendant un nombre de jours plus ou moins considérable. Redi coupa ensuite la tête à une grosse tortue grecque, et après que tout le sang qui pouvoit s'écouler des veines du cou se fut épanché , la tortue continua de vivre pendant plusieurs jours , ce dont il fut facile de s’apercevoir par les mouvements qu'elle se donnoit, et la manière dont elle remuoit les pattes de devant et celles de derrière. Ce grand physicien coupa aussi la tête à quatre autres tortues, et les ayant ouvertes douze jours après cette opéraüon , il trouva que leur cœur palpitoit encore; que le sang qui restoit à l'animal y entroil et en sortoit, et par conséquent que la tortue étoit encore en vie. Ces expériences, qui ont été depuis répétées par plusieurs physiciens, ne prouvent-elles pas ce que nous avons dit de la nature des quadrupèdes ovipares!?

La tortue grecque se nourrit d'herbes, de fruits , et même de vers, de limaçons et d'insectes : mais cornme elle n’a pas l'habitude d'attaquer des animaux jui aient du sang, et de manger des poissons comme la bourbeuse , que l’on trouve dans les fleuves et dans les marais, où la grecque ne va point, les mœurs de cette tortue de terre sont assez douces; elle est. aussi paisible que sa démarche est lente; et la tranquillité de ses habitudes en fait aisément un animal domestique, que l’on peut nourrir avec du son et de la farine , et que l’on voit avec plaisir dans les jardins, où elle détruit les insectes nuisibles.

Comme les autres tortues, et tous les quadrupèdes ovipares, elle peut se passer de manger pendant

1. Voyez à la lête de ce volume le discours sur la nature des Quadrupèdes ovipares.

DE LA GRECQUE. 145 très long-temps. Gérard Blasius garda chez lui une tortue de terre, qui, pendant dix mois, ne prit absolument aucune espèce de nourriture ni de boisson. Elle mourut au bout de ce temps ; mais elle ne périt pas faute d'aliments, puisqu'on trouva ses intestins encore remplis d’excréments, les uns noirâtres, et les autres verts el jaunes : elle succomba seulement à la rigueur du froid.

Les tortues grecques vivent très long-temps : 3 M. François Cette en a vu une en Sardaigne qui pesoit quatre livres, et qui vivoit depuis soixante ans dans une maison, où on la regardoit comme un vieux domestique?. Aux latitudes un peu élevées, les grecques passent l'hiver dans des trous souterrains, qu'elles creusent même quelquefois , et où elles sont plus ou moins engourdies, suivant la rigueur de la saison. Elles se cachent ainsi en Sardaigne vers la fin de novembre ÿ.

Elles sortent de leur retraite au printemps; et elles s’accouplent plus où moins de temps après la fin de leur terpeur, suivant la température des pays qu’elles habitent : on a écrit et répété bien des fablesé touchant l’accouplement de ces tortues, l’ardeur des mâles, les craintes des femelles, etc. La seule chose que l’on auroit dû dire, c'est que les mâles de cette espèce ont reçu des organes très grands pour la propagation de leur espèce ; aussi paroissent-ils recher-

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