‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 51 sur 188 · En grec, chelonc chersata · texte numérisé non relu

En grec, chelonc chersata

En Languedoc, Tourtuga dè Garriga.

En japonois, [sicame ou Sankt.

La Grecque. M. Daubenton, Encyclopédie méthodique.

Rai, Synopsis animalium , page 255, Londres, 1695. Testudo terresiris vulgaris.

Linn., Systema naturæ, edit. XIIT, page 552. T'estudo græca pedibus subdigitatis, testa postice gibbu, margine laterali obtusissimo scutellis plantusculis.

Testudo græca, 16. Schneïder.

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IBATORTUE CRECQUE 2 LA TORTUE GÉOMÉTRIQUE 3. LATORTUE RABOTEUSE

DE LA GRECQUE. 197 habitation , qui est la mème que celle de plusieurs autres espèces , nous avons préféré la dénomination adoptée par les naturalistes modernes. On la rencontre dans les bois et sur les terres élevées; il n’est personne qui ne l'ait vue ou qui ne la connoisse de nom; depuis les anciens jusqu’à nous, tout ie monde a parlé de sa lenteur : le philosophe s’en est servi dans ses raisonnements, le poëte dans ses images, le peuple dans ses proverbes. La tortue grecque peut, en eflet, passer pour un des plus lents des quadrupèdes ovipares. Elle emploie beaucoup de temps pour parcourir le plus petit espace : mais si elle ne s’avance. que lentement, les mouvements des diverses parties de son corps sont quelquefois assez agiles; nous lui avons vu remuer la tête, les pattes et la queue, avec un peu de vivacité. Et mème ne pourroit-on pas dire que la pesanteur de son bouclier, la lourdeur du poids dont elle est chargée, et la position de ses pattes placées trop à côté du corps, et trop écartées les unes des autres, produisent presque seules la lenteur de sa marche? Elle a en effet le sang aussi chaud que plusieurs quadrupèdes ovipares qui s’élancent avec promptitude jusqu'au sommet des arbres les plus clevés; et quoique ses doigts ne soient pas séparés , comme ceux des lézards qui courent avec vitesse, ils ne sont cependant pas conformés de manière à lui interdire une marche facile et prompte.

Les tortues grecques ressemblent, à beaucoup d’égards, aux tortues d’eau douce; leur taille varie beaucoup, suivant leur âge et les pays qu'elles habitent; il paroît que celles qui vivent sur les monta

gnes sont plus grandes que les tortues de plaine. Celle que nous avons décrite vivante, et que nous avons mesurée en suivant lacourbure de la carapace, avoit près de quatorze pouces de iongueur totale, sur près de dix de largeur. La tête avoit un pouce dix lignes de long, sur un pouce deux lignes de largeur et un pouce d'épaisseur. Le dessus en était aplati et triangulaire. Les yeux étoient garnis d'une membrane l clignotante ; la paupière inférieure étoit seule mobile, ainsi que l’a dit Pline , qui a appliqué faussement aux crocodiles et aux quadrupèdes ovipares en général à cette conformation que nous avons observée dans la tortue grecque. Les mâchoires étoient très fortes et crénelées ; et l’intérieur en éloit garni d’aspérités que l’on a prises faussement pour des dents. La peau recouvroit les trous auditifs; la queue étoit très courte ; elle n’avoit que deux pouces de longueur. Les pattes de devant avoient trois pouces sixlignes jusqu’à l’extrénilé des doigts; et celles de derrière deux pouces six lignes. Une peau grenue , et des écailles inégales, dures et d'une couleur plus ou moins brune, couvroient la tête, les pattes et la queue. Quelques unes de ces écailles qui garnissoient l'extrémité des pattes étoient assez grandes, assez détachées de la peau et assez aiguës pour être confondues au premier coupd'œil avec des ongles. Les pieds étoient ramassés, et comme ils étoient réunis et recouverts par une membrane, on ne pouvait les distinguer que par les ongles qui les terminoient 1.

1. Il est bon d'observer que , d'après celte conformation, M. Linnée n'auroit pas dû employer l'expression pedes subdigitati, dont ïl s’est servi pour désigner les pieds de la grecque ; cette remarque a déjà été

DE LA GRECQUE. 150 Les ongles des tortues grecques sont communément plus émoussés que ceux des tortues d’eau douce, parce que la grecque les use par un frottement plus continuel, et par une pression plus forte. Lorsqu'elle marche, elle frotte les ongles des pieds de devant séparément et l’un après l’autre contre le terrain, en sorte que lorsqu'elle pose un des pieds de devant à terre, elle appuie d’abord sur l'ongle intérieur, ensuite sur celui qui vient après, et ainsi sur tous successivement jusqu'à l’ongle extérieur : son pied fait, en quelque sorte, par là l'effet d’une roue, comme si la tortue cherchoit à élever très peu ses paites, el à s’avancer par une suite de petits pas successifs, pour éprouver moins de résistance de la part du poids qu’elle traîne. Treize lames, striées dans leur contour, recouvrent la carapace; les bords sont garnis de vingt-quatre lames, toutes, et surtout celles de derrière, beaucoup plus grandes en proportion que dans la plupart des autres espèces de tortues ; et par la manière dont elles sont placées les unes relativement aux autres, elles font paroître dentelée la circonférence de la couverture supérieure. Le plastron est ordinairement revêtu de douze ou treize lames ; il y en avoit treize dans la tortue que nous avons décrite. Les lames, qui recouvrent la carapace, sont marbrées de deux couleurs, l’une plus ou moins foncée, et l’autre blanchôtre.

La couverture supérieure de la grecque est très bombée ; l'individu que nous avons décrit avoit quatre pouces trois lignes d'épaisseur; et c’est ce qui

faite par M. Francois Cette, dans son Histoire naturelle des Amphibics et des Poissons de la Sardaigne , imprimée À Sassari, en 1777, page 8.

fait que lorsqu'elle est renversée sur le dos, elle peut reprendre sa première situation, et ne pas rester en proie à ses ennemis, comme les tortues franches. Ce n'est pas seulement à l’aide de ses pattes qu’elle s’efforce de se retourner; elle ne peut pas assez les écarter pour atteindre jusqu'à terre : elle se sert uniquement de sa tête et de son cou, avec lesquels elle s'appuie fortement contre le terrain, cherchant, pour ainsi dire, à se soulever, et se balançant à droite et à gauche jusqu'à ce qu'elle ait trouvé le côté du terrain qui est ie plus incliné, et qui lui oppose le moins de résistance. Alcrs, au lieu de faire des efforts dans les deux sens, elle ne cherche plus qu'à se renverser du côté favorable, et à se relourner assez pour rencontrer la terre avec ses pattes , else remettre entièrement sur ses pieds. Îl paroît qu'on peut distinguer les mâles d'avec les femelles, en ce que celles-ci ont leur plastron presque plat, au lieu que les mâles l’ont plus ou moins concave.

L'élément dans lequel vivent ies tortues de mer et les tortues d’eau douce, rend leur charge plus légère, car tout le monde sait qu'un corps plongé dans l’eau perd toujours de son poids; mais celle des tortues de terre n’est pas ainsi diminuée. Le fardeau que la grecque supporte est donc une preuve de la force dout elle jouit : celte force est d’ailleurs confirmée par la grande facilité avec laquelle elle brise dans sa sueule des corps très durs; ses mâchoires sent mues par des muscles si vivaces, que l’on a remarqué dans une petite torlue, dont la tête avoit été coupée une

i. Histoire naturelle des Amphibies et des Poïssons de la Sardaigne, par M. François Cette , page 10.

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