‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 2)Chapitre 72 sur 188 · DES LÉZARDS · texte numérisé non relu

DES LÉZARDS

LE genre des lézards est le plus nombreux de ceux qui forment l’ordre des Quadrupèdes ovipares. Après avoir comparé les uns avec les autres les divers animaux qui le composent, tant d’après nos observations que d’après celles des voyageurs et des naturalistes, nous avons cru devoir en compter cinquante - six espèces toutes différenciées par leurs habitudes naturelles et par des caractères extérieurs. On peut distinguer facilement les lézards des autres quadrupèdes ovipares, parce qu'ils ne sont pas couverts d’une carapace, comme les tortues, etparee qu'ils ont une queue, tandis que les grenouilles, les raineset les crapauds n’en ont point. Leur corpsest revêtu d’écailles plus ou moins fortes, ou de tubercules plus ou moins saillants. Leur grandeur varie depuis la longueur de deux ou trois pouces, Jusqu'à celle de vingt-six ou mêmetrente pieds. La forme et la proportion de leur queue varient aussi : dans les uns, elle est aplatie ; dans les autres, elle est ronde. Dans quelques espèces, sa longueur égale trois fois celle du corps; dans quelques autres, elle est très courte : dans tous, elle s'étend horizontalement, et est presque aussi grosse à son origine que l’extré mité du corps à laquelle elle est attachée.

Les pattes de derrière des lézards sont plus longues que celles de devant. Les uns ont cinq doigts à chaque pied, d’autres n’en ont que quatre ou même trois aux pieds de derrière ou à ceux de devant. Dans la plupart de ces animaux, les cinq doigts des pieds de derrière sont inégaux , le troisième et le quatrième sont les plus longs, et l'extérieur est séparé des autres, comme une espèce de pouce, tandis qu’au contraire dans les quadrupèdes vivipares, le doigt qui représente le pouce est le doigt intérieur.

Les phalagges des doigts ne sont pas toujours au nombre de trois ou de deux, comme dans les vivipares, mais quelquefois au nombre de quatre, ainsi que dans plusieurs espèces d'oiseaux; ce qui donne aux lézards plus de facilité pour saisir les branches «des arbres sur lesquels ils grimpent.

Les habitudes de ces animaux sont aussi diversifiées que leur conformation extérieure : les uns passent leur vie dans l’eau ou sur les bords déserts des grands fleuves et des marais. D’autres, bien loin de fuir les endroits habités, les choisissent de préférence pour leur demeure : ceux-ci vivent au milieu des boïs, et y courent avec vitesse sur les rameaux lés plus élevés ; ceux-là ont leurs côtés garnis de membranes en forme d’ailes, par le moyen desquelles ils franchissent avec facilité des espaces étendus, et réunissent ainsi à la faculté de nager, et à celle de grimper aisément jusqu’au sommet des arbres, le pouvoir de s’élancer et de voler, pour ainsi dire, de branche en branche.

Pour mettre de l’ordre dans l'exposition de ce grand nombre d'espèces de lézards, nous avons cru devoir réunir celles qui se ressemblent le plus par leur gran-

DES LÉZARDS. 174 deur, par leur conformation extérieure el par leurs habitudes. Nous avons formé par là huit divisions dans ce genre : la première, qui renferme onze espèces, comprend les Crocodiles, les Fouette-queue, les Dragonnes et les autres lézards, qui ont tous la queue aplatie, et qui, presque Lous, parviennent à une Îongueur de plusieurs pieds.

Dans la seconde division se trouvent les Zguanes, et d’autres lézards moins grands, mais qui cependant ont quelquefois quatre ou cinq pieds de longueur, et qui sont distingués d'avec les autres par des écailles relevées en forme de crêtes au dessus de leur dos. Cette seconde division renferme cinq espèces.

Dans la troisième, nous plaçons le Lézard gris si commun dans nos contrées, le Lézard vert que l'on trouve en très grand nombre dans nos provinces méridionales, et cinq autres espèces de lézards tous distingués des autres, en ce qu'ils n'ont point de crêtes sur le dos, que leur quene est ronde, et que le dessous de leur corps est revêtu d’écailles assez srandes, disposées en bandes transversales.

Ces bandes transversales manquent, ainsi que les crêtes, aux lézards de la quatrième division ; ce défaut, joint à la rondeur de leur queue, suffit pour les faire reconnoître ; et ils forment vingt-une espèces, parmi lesquelles nous remarquerons principaiement le Caméléon, le Scinque, faussement appelé Crocodile terrestre, etc.

Le Gecko, le Geckotie, et une troisième ét nouvelle espèce de lézard composent la cinquième division ; et leur caractère distinctif est d’avoir le dessous des

172 HISTOIRE NATURELLE doigts garni de larges écailles, placées les unes sur les autres, comme les ardoises qui couvrent les toits.

La sixième division comprend le Seps et le Chalcide, qui n’ont l’un et l'autre que trois doigts, tant aux pieds de devant qu’à ceux de derrière.

Les lézards de la septième division sont remarquables par les membranes, en forme d’ailes, dont nous venons de parler. Nous n'avons compté dans cette division qu’une seule espèce , à laquelle nous avons rapporté tous les lézards ailés, décrits par les vOyageurs : on en verra les raisons à l’article particulier du Dragon.

La huitième division enfin comprend six espèces de lézards, parmi lesquelles nous rangeons la Salamandre terrestre et la Salamandre aquatique. Toutes les six sont distinguées des autres, en ce qu’elles ont trois ou quatre doigts aux pieds de devant, et quatre ou cinq aux pieds de derrière. Nous laissons exclusivement à ces animaux le nom de Salamandre, qui a été souvent attribué à plusieurs lézards, très différents des vraies salamandres, et même très différents les uns des autres; ils ont beaucoup de rapports avec les grenouilles et les autres quadrupèdes ovipares qui n'ont pas de queue ; ils leur ressemblent non seulement par leur peau dénuée d’écailles apparentes, mais encore par leurs habitudes, par les espèces de métamorphoses qu'ils subissent avant de devenir adultes, et par le séjour plus où moins long qu'ils font au milieu des eaux. Ils s’en rapprochent encore par leurs parties intérieures et par la forme et le nombre de leurs os. S'ils ont des vertèbres cervicales,

DES LÉZARDS. 175 de même que les autres lézards, ils manquent presque tous de côtes, comme les grenouilles, et ils font ainsi la nuance qui réunit les quadrupèdes ovipares qui ont une queue, avec ceux qui en sont privés : presque tous les lézards n’ont que deux ou quatre vertèbres cervicales; mais le crocodile, placé par sa grandeur et par sa puissance à la tête de ces animaux, et occupant, dans la chaîne qui les réunit, l'extrémité opposée à celle où se trouvent les salamandres, a sept vertèbres au cou, comme tous les quadrupèdes vivipares. Il lie par là les lézards avec ces animaux mieux organisés, pendant que, d’un autre côté, il les rapproche des tortues de mer par une grande partie de ses habitudes et de sa conformation.

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