Histoire générale des Voyages, livre VIL
On a donné aux crocodiles d'Amérique le nom de Cayman, que l’on a emprunté des Indiens ; nous en avons comparé avec soin plusieurs individus de différents âges, avec des crocodiles du Nil, et nous avons pensé qu’ils sont absolument de la même espèce que ces crocodiles d'Égypte ; ils ne présentent aucune différence remarquable qui ne puisse être rapportée à l'influence du climat. En effet, si leurs mâchoires sont quelquefois moins allongées, elles ne différent jamais assez, par leur raccourcissement, de celles des crocodiles du Nil, pour que les caymans constituent une espèce distincte, d'autant plus que cette diflérence est très variable, et que les crocodiles d’Amérique ressemblent autant à ceux du Nil par le nombre de leurs dents, qu’un individu ressemble à un autre parmi ces derniers crocodiles. On a prétendu que le eri des caymans étoit plus foible, leur courage moins srand, et leur longueur moins considérable ; mais cela n’est vrai tout au plus que des crocodiles de certaines contrées de l'Amérique, et particulièrement des côtes de la Guiane. Ceux de la Louisiane font entendre une sorte de mugissement pour le moins aussi fort que celui des crocodiles de l’ancien continent, qu'ils surpassent quelquefois par leur grandeur et par leur hardiesse, tandis que nous voyons d’un autre côté, dans l’ancien monde, plusieurs pays où les crocodiles sont presque muets, et présentent une sorte de lâcheté et de douceur de mœurs égales, pour le moins, à celles des crocodiies. de la Guiane.
Les crocodiles du Nil et ceux d'Amérique ne for-
DES CROCODILES. 177 anert donc qu'une espèce, dont la grandeur et les habitudes varient dans les deux continents, suivant la température, l'abondance de la nourriture, le plus ou moins d'humidité, etc. Cette première espèce est donc commune aux deux mondes, pendant que le crocodile noir n’a été encore vu qu’en Afrique, et le gavial sur les bords du Gange.
Les voyageurs qui sont allés sur les côtes orientales de l'Amérique méridionale, disent que l’on y rencontre de grands quadrupèdes ovipares, qu'ils regardent comme une petite espèce de caymans, bien distincte de l’espèce ordinaire. Cette prétendue espèce de cayman est celle d’un grand lézard, que l'on nomme Dragonne , et qui parvient quelquefois à la longueur de cinq ou six pieds. Notre opinion à ce sujet a été confirmé par un fort bon observateur qui arrivoit de la Guiane, à qui nous avons montré la dragonne, et qui l’a reconnue pour le lézard qu'on y appelle la petite espèce de Cayman.
Le navigateur Dampier a aussi voulu regarder comme une nouvelle espèce de crocodile, de très grands lézards que l’on trouve dans la Nouvelle- Espagne, ainsi que dans d’autres contrées de l'Amérique, et auxquels les Espagnois ont donné également le nom de Cayman. Mais il nous paroît que les quadrupèdes ovipares, désignés par Dampier sous les noms de Crocodile et de Cayman, sont de l'espèce des grands lézards que l’on a nominés Fouelte-queue. Ils présentent en effet le caractère distinctif de ces