Histoire des Moluques , livre IE, p
2. Mémoires pour servir à l'Histoire naturelle des animaux, article dn Crocodile,
les revêlant d’une armure presque impénétrable ; tout leur corps est couvert d'écailles, excepté le sommet de la tête, où la peau est collée immédiatement sur l'os. Celles qui couvrent les flancs, les pattes et la plus grande partie du cou, sont presque rondes, de grandeurs différentes, et distribuées irrégulièrement. Celles qui défendent le dos et le dessus de la queue sont carrées , et forment des bandes transversales. Il ne faut donc pas, pour blesser le crocodile , le frapper de derrière en avant, comme si les écailles se recouvroient les unes les autres, mais dans les Jointures des bandes qui ne présentent que la peau. Plusieurs naturalistes ont écrit que le nombre de ces bandes varioit suivant les individus. Nous les avons complées avec soin sur sept crocodiles de différentes grandeurs , tant de l'Afrique que de l'Amérique : lun avoit treize pieds neuf pouces six lignes de long. depuis le bout du museau jusqu'à l'extrémité de la queue; le second , neuf pieds ; le troisième et le quatrième , huit pieds; le cinquième , quatre; le sixième, deux ; le septième étoit mort en sortant de l'œuf. Ils avoient tous le même nombre de bandes , excepté celui de deux pieds, qui paroissoit , à la rigueur , en présenter une de plus que les autres.
Ces écailles carrées ont une très grande dureté, et une flexibilité qui les empêche d’être cassantes!;
1.« Les écailles du crocodile sont à l'épreuve de la balle, à moins » que le coup ne soit tiré de très près, ou le fusil très chargé. Les » Nègres s’en font des bonnets, ou plutôt des casques , qui résistent à » [a hache. » Labat, vol. 11, page 347; Voyage d’Atkins ; Histoire générale des Voyages, livre VIL.
La dureté de ces écailles doit être cependant relative à l’âge, aux individus, et peut-être au sexe. M. de La Borde assure que la croûte
DU CROCODILE. 10) le milieu de ces lames présente une sorte de crête dure qui ajoute à leur solidité, et le plus souvent , elles sont à l'épreuve de la balle. L'on voit sur le milieu du cou deux rangées transversales de ces écailles à tubercules, l’une de quatre pièces, et l’autre de deux; et de chaque côté de la queue s'étendent deux rangs d’autres tubercules, en forme de crêtes, qui la font paroître hérissée de pointes, et qui se réunissent à une certaine distance de son extrémité, de manière à n’y former qu'un seul rang. Les lames qui garnissent le ventre, le dessous de la tête, du cou, de la queue, des pieds et la face intérieure des pattes, dont le bord extérieur est le plus souvent dentelé, forment également des bandes transversales ; elles sont carrées et flexibles, comme celles du dos, mais bien moins dures et sans crêtes. C’est par ces parties plus foibles que les cétacés et les poissons voraces attaquent le crocodile ; c’est par là que le dauphin fui donne la mort, ainsi que le rapporte Pline, et lorsque le chien de mer, connu sous le nom de Poisson-scie, lui livre un combat qu'ils soutiennent tous deux avec furie, le poisson-scie ne pouvant percer les écailles tuberculeuses quirevêtent
dont les crocodiles sont revêtus, ne peut être percée par la balle qu'au dessous des épaules. Suivant M. de la Coudrenière, on peut aussi La percer à coups de fusil sous le ventre et vers les yeux. Observations sur le crocodile de la Louisiane , par M. de la Coudrenière. Journal de Physique, 1782.
1. Les crêtes voisines des flancs ne sont pas plus élevées que les autres, et ne peuvent point opposer une plus grande résistance à la balle, ainsi qu'on l'a décrit. Je m'en suis assuré par l'inspection de plusieurs crocodiles de divers pays.
190 HISTOIRE NATURELLE le dessus de son ennemi, plonge et le frappe au ventre 1.
La couleur des crocodiles tire sur un jauae verdàtre, plus ou moins nuancé d’un vert foible, par taches et par bandes, ce qui représente assez bien la couleur du bronze un peu rouillé. Le dessous du corps, de la queue et des pieds, ainsi que la face intérieure des pattes, sont d’un blanc jaunâtre : on a prétendu que le nom de ces grands animaux venoit de la ressemblance de leur couleur, avec celle du safran, en latin crocus, et en grec crocos. On a écrit aussi qu'il venoit de crocos et de deilos, qui signifie timide, parce qu'on a cru qu'ils avoient horreur du safran ?. Aristote paroît penser que les crocodiles sont noirs : il y en a en eflet de très bruns sur la rivière du Sénégal, ainsi que nous l'avons dit, mais ce grand philosophe ne devoit pas les connoître.
Les crocodiles ont queiquefois cinquante- neuf VErtèbres; sept dans le cou, douze dans le dos, cinq dans les lombes, deux à la place de l’os sacrum , et trente-trois dans la queue; mais ie nombre de ces vertèbres est variable. Leur œsophage est très vaste, et susceptible d’une grande dilatation; ils n’ont point de vessie comme les tortues ; leurs uretères se décharsent dans le rectum ; l’anus est situé au dessous et à l'extrémité postérieure du corps; les parties sexuelles des mâles sont renfermées dans l’intérieur du corps, jusqu'au moment de l’accouplement, ainsi que dans
1. Histoire générale des Voyages, tome XXXIX , page 55, édition in-12,
>. Gesner, de Quadrup. ovip., page 18.
DU CROGODILE. 101
les autres lézards et dans les tortues; et ce n'est que par l’anus qu’ils peuvent les faire sortir. Ils ont deux glandes ou petites poches au dessous des mâchoires, et deux autres auprès de l'anus : ces quatre glandes contiennent une matière volatile, qui leur donne une odeur de muse assez forte.
La taille des crocodiles varie suivant la température des diverses contrées dans lesquelles on Îles trouve. La longueur des plus grands ne passe guêre vingt-cinq ou vingt-six pieds dans les climats qui leur conviennent le mieux; il paroît même que, dans cerlaines contrées qui leur sont moins favorables, comme les côtes de ia Guiane, leur longueur ordi-
1, Voyez le Voyage aux iles Madère, Barbade, de la Jamaïque, etc., par Sloane , tome IL, page 552. On y trouve une description des parties intérieures du crocodile, que nous traduisons en partie ici, attendu qu'elle a été faite sur un assez grand individu, sur un alligator de seize pieds de long. « La trachée-artère étoit fléchie : elle présen- » toit une division avant d'entrer dans les poumons, qui n’étoient » que des vésicules, entremêlées de vaisseaux sanguins , et qui éloient » composés de deux grands lobes, un de chaque côté de l’épine du » dos. Le cœur étoit petit ; le péricarde renfermoit une grande quan- » lité d’eau. Le diaphragme paroïissoit membraneux, ou plutôt tendi- » neux et nerveux. Le foie étoit long et triangulaire : il y avoit une » grande vésicule du fiel, pleine d’une bile jaune et claire. Je n’ob- » servai point de rate { c'est toujours Sloane qui parle) : les reins » placés auprès de l'anus, étoient larges et attachés à l’épine..…. Ce » crocodile n’avoit point de langue ( ceci ne doit s'entendre que d’une langue libre et dégagée de toute membrane) : l'estomac, qui étoit » fort large, et garni intérieurement d’une membrane dure, conte- » noit plusieurs pierres rondes et polies, du gravier tel qu'on le » trouve sur le bord de la mer, et quelques arêtes... Les yeux étoient » sphériques et garnis tous les deux d’une forte membrane cligno- » tante : la pupille étoit allongée comme celle des chats. » On peut comparer ces détails avec ceux que donne Hasselquist, dans son voyage en Palestine , pages 544 el suiv.
192 HISTOIRE NATURELLE naire ne s'étend pas au delà de treize ou quatorze pieds!. Un individu de cette longueur , dont la peau
1. Browne prétend que les crocodiles parviennent souvent à la longueur de quatorze à vingt-quatre pieds. Histoire naturelle de la Jamaïque. page 461.
Les crocodiles, ou alligators , sont très communs sur les côtes et dans les rivières profondes de la Jamaïque , où on en prit un de dixneuf pieds de long, dont on offrit la peau comme une rareté à Sloane. Voyage aux iles Madère, Barbade, de la Jamaïque , ctc., par Sloane. volume IT, page 352.
« La rivière du Sénégal abonde , auprès de Ghiam, en crocodiles, » beaucoup plus gros et plus dangereux que cenx qui se trouvent à » l'embouchure. Les laptôts du général en prirent un de vingt-cinq » pieds de longs, à la joie extrême des habitants, qui se figurèrent » que c’étoit le père de tous les autres, et que sa mort jetteroit l'effroi » parmi tous les monstres de sa race. » Second voyage du sieur Brue sur le Sénégal. Histoire générale des Voyages.
Quelques voyageurs ont attribué une grandeur plus considérable au crocodile. Barbot dit qu'il s’en est trouvé dans le Sénégal et dans la Gambie, qui n’avoient pas moins de trente pieds de long : suivant Smith, ceux de Sierra-Léona ont la même longueur. Jobson parle aussi d'un crocodile de trente-lrois pieds de long ; mais comme il n’àvoit mesuré que la trace que cet animal avoit laïssée sur le sable, son témoignage ne doit pas être compté. Smith , voyage en Guinée. Voyage du cap. Jobson. Histoire générale des Voyages, livre VIT.
On trouve, suivant Catesby, à la Jamaïque, et dans plusieurs endroits du continent de l'Amérique septentrionale, des crocodiles de plus de vingt pieds de long. On peut voir dans Gesner, livre IT, article du Crocodile, tout ce que les anciens ont écrit touchant la grandeur de cet animal , auquel quelques uns d’eux ont attribué une longueur de vingt-six coudées.
Hasselquist dit, dans son voyage en Palestine, page 347, que les œufs du crocodile qu'il décrit, avoient appartenu à une femelle de trente pieds.
« Sur le bord d'une rivière, qui se jette dans la baïe de Saint-Au- » gustin , île de Madägascar, les gens du capitaine Keeling tuèrent à » coups de fusil un alligator, espèce de crocodile, qu'ils virent marcher » fort lentement sur la rive. Quoique mort d'un grand nombre de » coups, les mouvements convulsifs qui lui restoient encore étoient
DU CROCODILE. 109 est conservée au Cabinet du Roi, a plus de quatre pieds de circonférence dans l'endroit je plus gros du corps, ce qui suppose une circonférence de huit à neuf pieds dans les plus grands crocodiles. Au reste, on pourra juger des proportions de ce grand quadrupède ovipare , par la note suivante ! qui présente les principales dimensions de lindividu dont nous venons de parler.
C’est au commencement du printemps que l’amour fait éprouver ses feux au crocodile. Cet énorme quadrupède ovipare s’unit à sa femelle en la renversant
capables d'inspirer de la frayeur. Il avoit scize pieds de long; ct sa gueule étoit si large, qu'il ne parut pas surprenant qu'elle pût en-
gloutir un homme. Keeling fit transporter ce monstre jusqu'à son
vaïsseau, pour en donner le spectacle à tous ses gens. On l’ouvrit :
» l'odeur qui s’en exhala parut fort agréable; mais quoique la chair
ne le fût pas moins à la vue, les plus hardis matelots n’osèrent en » goûter. » Voyage du capitaine William Keeling à Bantam et à Banda, en 1607.
pi. po. lig.
ilonoueuritotale.n241)0 20e re nee s.. + 19 9 6 Éongneur dedartête.s. . 00. RIR NUR © SION AN ar 26%" Longueur depuis l’entre-deux des yeux, jusqu’au bout du museau, . . . . QUE RE PC SEE AE RE 1 6 Longueur de la mâchoire supérieure. . . . . . . . .. JL Oo 10 isongueur de la partie de la mâchoire qui est armée de deniss ir tus APR SIT AS PR ENS OR SE EN Distance destdeupiyeux. #13: 444 400. À PP EDNS EN à 0 2 o Grand diameéiretdehænen tit ie ge EP GERS Circonférence du corps à l’endroit le plus gros. . . . . 4 4 6G Largeur de la tête derrière les yeux. . . . . . .. . .. 20 20776 Largeur du museau à l'endroit le plus étroit. . . . . . M'ois8 lo Longueur des pattes de devant jusqu’au bout des doigts. 1 9 o Longueur des pattes de derrière jusqu’au bout des doigts. 2 9 53 Ponsueurde la quene 00 PAPER AIMANT MG OS Circonférence de la queue à son origine. . . .. . . .. 2 10 0
sur le dos, ainsi que les autres lézards ; et leurs embrassements paroissent très étroits. On ignore la durée de leur union intime; mais, d’après ce que l’ou a observé touchant les lézards de nos contrées, leur accouplement, quoique bien plus court que celui des tortues, doit être plus prolongé, ou du moins plus souvent renouvelé que celui de plusieurs vivipares; et lorsqu'il a cessé, l’attention du mâle pour sa compagne ne passe pas tout-à-fait avec ses désirs , et il l’aide à se remettre sur ses pattes.
On à cru, pendant long-temps, que les crocodiles ne faisoient qu'une ponte ; mais M. de La Borde nous apprend que, dans l’Amérique méridionale, la femelle fait deux et quelquefois trois pontes éloignées l’une de l’autre de peu de jours ; chaque ponte est de vingt à vingt-quatre œufs, et par conséquent il est possible que le crocodile en ponde en tout soixante-douze, ce qui se rapproche de l’assertion de M. Linnée, qui a écrit que les œufs du crocodile étoient quelquefois au nombre de cent.
La femelle dépose ses œufs sur le sable, le long des rivages qu'elle fréquente ; dans certaines contrées, comme aux environs de Cayenne et de Surinam ?, elle prépare assez près des eaux qu’elle habite, un petit terrain élevé, et creux dans le milieu; elle y ramasse des feuilles et des débris de plantes, au milieu desquels elle fait sa ponte ; elle recouvre ses œufs avec ces mêmes feuilles ; il s’excite une sorte de fermentation dans ces végétaux, et c'est la chaleur