‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 2 sur 113 · Horace, Juvénal, Martial, Pline · texte numérisé non relu

Horace, Juvénal, Martial, Pline

8. Lisez les différentes descriptions des Indes, et surtout celles de la Chine. IDE

des vastes mers, combien de fleuves, de rivières, de ruisseaux, de fontaines, et, d’un autre côté, de lacs, de marais, d’étangs, de viviers, de mares même, qui renferment une quantité plus ou moins considérable des animaux que nous voulons examiner! Tous ces lacs, lous ces fleuves, toutes ces rivières, réunis à l'antique Océan, comme autant de parties d’un même tout, présentent autour du globe une surface bien plus étendue que les continents qu'ils arrosent, et déjà bien plus connue que ces mêmes continents, dont l’intérieur n’a répondu à la voix d'aucun observateur, pendant que des vaisseaux conduits par le génie et le courage ent sillonné toutes les plaines des mers non envahies par les glaces polaires.

De tous les animaux à sang rouge, les poissons sont donc ceux dont le domaine est le moins circonserit. Mais que cette immensité, bien loin d’effrayer notre imagination, lanime et l’encourage. Et qui peut le mieux élever nos pensées, vivifier notre intellisence, rendre le génie attenlif, et le tenir dans cette sorte de contemplation religieuse -si propre à l’intuition de la vérité, que le spectacle si grand et si varié que présente le système des innombrables habitations des poissons? D'un côté, des mers sans bornes, et immobiles dans un calme profond; de l'autre, les ondes livrées à toutes les agitations des courants et des marées : ici, les rayons ardents du soleil réfléchis sous toutes les couleurs par les eaux enflammées des mers équatoriales; là, des brumes épaisses reposant silencieusement sur des monts de glaces flottants au milieu des longues nuits hyperboréennes : tantôt la mer tranquille, doublant le nombre des étoiles pendant

DES POISSONS. 1) des nuits plus douces et sous un ciel plus serein, tantôt des nuages amoncelés, précédés par de noires ténèbres, précipités par la tempête, et lançant leurs foudres redoublés contreles énormes montagnes d’eau soulevées par les vents : plus loin, et sur les continents, des torrents furieux roulant de cataractes en cataracles; ou l’eau limpide d’une rivière argentée, amenée mollement, le long d’un rivage fleuri, vers un lac paisible que la lune éclaire de sa lumière blanchâtre. Sur les mers, grandeur, puissance, beauté sublime, tout annonce la nature créatrice, tout la montre manifestant sa gloire et sa magnificence : sur les bords enchanteurs des lacs et des rivières, la nature créée se fait sentir avec ses charmes les plus doux; l’âme s’émeut; l'espérance l’échauffe ; le souvenir l'anime par de tendres regrets, et la livre à cette affection si touchante, toujours si favorable aux heureuses inspiralions. Ah! au milieu de ce que le sentiment a de plus puissant, ef de ce que le génie peut découvrir de plus grand et de plus sublime, comment n'être pas pénétré de cette foree intérieure, de cet ardent amour de la science , que les obstacles, les distances et le temps, accroissent au lieu de le diminuer ?

Ce domaine, dont les bornes sont si reculées , n’a été cependant accordé qu'aux poissons considérés comme ne formant qu'une seule classe. Si on les examine groupe par groupe, on verra que presque toutes les familles parmi ces animaux paroissent préférer chacune un espace particulier plus ou moins étendu. Au premier coup d'œil, on ne voit pas aisément comment les eaux peuvent présenter assez de diver-

sité, pour que les différents genres, et même quelquefois les différentes espèces de poissons, soient retenus par une sorte d’attrait particulier dans une plage plutôt que dans une autre. Que l’on considère cependant que l’eau des mers, quoique bien moins inégalement échauffée aux différentes latitudes que l'air de l'atmosphère, offre des températures très variées, surtout auprès des rivages qui la bordent, et dont les uns, brûlés par un soleil très voisin, réfléchissent une chaleur ardente, pendant que d’autres

sont couverts de neiges, de frimas et de glaces; que /

l'on se souvienne que les lacs, les fleuves et les rivières, sont soumis à de bien plus grandes inégalités de chaleur et de froid; que lon apprenne qu'il est de vastes réservoirs naturels auprès des sammets des plas hautes montagnes, et à plus de deux mille mètres au dessus du niveau de Ia mer, où les poissons remontent par les rivières qui en découlent, et où ces mêmes animaux vivent, se multiplient, et prospèrent! ; que l’on pense que les eaux de presque tous les lacs, des rivières et des fleuves. sont très douces et légères, et celles des mers, salées et pesantes : que l’on ajoute, en ne faisant plus d'attention à cette division de l'Océan et des fleuves, que les unes sont claires et limpides, pendant que les autres sont sales et limoneuses; que celles-ci sont entièrement calmes, tranquilles, et, pour ainsi dire, immobiles, tandis que celles-là sont agitées par des courants, boulever-

1. Note adressée de Bagnières, le 15 nivose de l’an V, au citoyen Lacépède, par le citoyen Ramond , membre associé de l’Institut nationai, professeur d'histoire naturelle à Tarbes, et si avantageusement connu du public par ses Voyages dans les Alpes et dans les Pyrénées.

DES POISSONS. 17 sées par des marées, précipitées en cascades, lancées en torrents, ou du moins entraînées avec des vitesses plus ou moins rapides et plus ou moins constantes : que l’on évalue ensuite tous les degrés que l’on peut compter dans la rapidilé, dans la pureté, dans la douceur et dans la chaleur des eaux; et qu’accablé sous le nombre infini de produits que peuvent donner toutes les combinaisons dont ces quatre séries de nuances sont susceptibles, on ne demande plus comment les mers et les continents peuvent fournir aux poissons des habitations très variées , et un très grand nombre de séjours de choix.

Mais ne descendons pas encore vers les espèces particulières des animaux que nous voulions connoître; ne remarquons même pas encore les différents groupes dans lesquels nous les distribuerons; ne les voyons pas divisés en plusieurs famiiles, placés dans divers ordres : continuons de jeter les yeux sur la classe entière ; exposons la forme générale qui lui appartient, et auparavant voyons quelle est son essence, et déterminons les caractères qui la distinguent de toutes les autres classes d'êtres vivants.

On s’apercevra aisément, en parcourant cette histoire, qu'il ne faut pas, avec quelques naturalistes, faire consister le caractère distinctif de la classe des poissons dans la présence d’écailles plus ou moins nombreuses, ni même dans celle de nageoires plus ou moins étendues, puisque nous verrons de véritables poissons paroître n'être absolument revêtus d’aucune écaille, et d’autres être entièrement dénués de nageoires. Îl ne faut pas non plus chercher ceile marque caractéristique dans la forme des organes de la

circulation, que nous trouverons, dans quelques poissons, semblables à ceux que nous avons observés dans d’autres classes que celle de ces derniers animaux. Nous nous sommes assurés, d’un autre côté, par un très grand nombre de recherches et d'examens, qu’il éloit impossible d'indiquer un moyen facile à saisir, invariable, propre à tous les individus, et appli- :cable à toutes les époques de leur vie, de séparer la classe des poissons des autres êtres organisés, en n'employant qu'un signe unique, en n'ayant recours, en quelque sorte, qu’à un point de la conformation de ces animaux. Mais voici la marque constante, et des plus aisées à distinguer, que la nature a empreinte sur Lous les véritables poissons ; voici, pour ainsi dire, Je sceau de leur essence. La rougeur plus ou moins vive du sang des poissons empêche, dans tous les iemps et dans tous les lieux, de les confondre avec les insectes, les vers, et tous les êtres vivants auxquels le nom d'animaux à sang blanc a été donné. Il ne faut donc plus que réunir à ce caractère un second signe aussi sensible , aussi permanent, d'après lequel on puisse, dans toutes les circonstances, tracer d’une nain sûre une ligne de démarcation entre les objets actuels de notre étude, et les reptiles, les quadrupèdes ovipares, les oiseaux, les quadrupèdes vivipares, etl’homme, qui tous ont reçu un sang plus ou moins rouge comme les poissons. Il faut surtout que cette seconde marque caractéristique sépare ces derniers d'avec les cétacés, que l’on a si souvent confondus avec eux, et quinéanmoins sont compris parmi les animaux à mamelles, au milieu ou la suite des quadrupèdes vivipares, avec lesquels ils sont réunis par les liens les

DES POISSONS. 19 plus étroits. Or, l’homme, les animaux à mamelles, les oiseaux, les quadrupèdes ovipares, les serpents, ne peuvent vivre, au moins pendant long-temps, qu'au milieu de l’air de l'atmosphère, et ne respirent que par de véritables poumons, tandis que les poissons ont un organe respiratoire auquel le nom de branchies a été donné, dont la forme et la nature sent très différentes de celles des poumons, et qui ne peuvent servir, au moins long-temps, que dans l’eau , à entretenir la vie de l'animal. Nous ne donnerons donc le nom de poisson qu'aux êtres organisés qui ont le sang rouge, et qui respirent par des branchies. Otez-leur un de ces deux caractères, et vous n'aurez plus un poisson sous les yeux; privez-les, par exemple, de sang rouge, et vous pourrez considérer une sépie , ou quelque autre espèce de ver, à laquelle des branchies ont été données. Rendez-leur ce sang coloré, mais remplacez leurs branchies par des poumons; et quelque habitude de vivre au milieu des eaux que vous présentent alors les objets de votre examen, vous pourrez les reléguer parmi les phoques, les lamentins ou les cétacés; mais vous ae pourrez, en aucune manière, les inscrire parmi les animaux auxquels cette histoire est consacrée.

Le poisson est donc un animal dont le sang est rouge , et qui respire au milieu de l’eau par le moyen de branchies. |

Tout le monde connoît sa forme générale; tout le monde sait qu’elle est le plus souvent allongée, et que l’on distingue l’ensemble de son corps en trois parties, la tête, le corps proprement dit, et la queue, qui commence à l’ouverture de l'anus.

Parnu les parties extérieures qu'il peut présenter, il en est que nous devons, dans ce moment, considérer avec le plus d’atiention, soitiparce qu'on les voit sur presque tous les animaux de la classe que nous avons sous les yeux, soit parce qu'on ne les trouve que sur un très petit nombre d’autres êtres vivants et à sang rouge, soit enfin parce que de leur : présence et de leur forme dépendent beaucoup la rapidité des mouvements, la force de la natation, et Ja direction de la route du poisson : ces parties remarquables sont les nageoires.

On ne doit, à la rigueur, donner ce nom de nageoires qu’à des organes composés d’une membrane plus ou moins large, haute et épaisse, et soutenue par de petits cylindres plus ou moins mobiles, plus ou moins nombreux, et auxquels on a attaché le nom de rayons, parce qu'ils paroïssent quelquefois disposés comme des rayons autour d’un centre. Cependant il est des espèces de poissons sur lesquelles des rayons sans membrane, ou des membranes sans rayons, ont recu, avec raison, et par conséquent doivent conserver la dénomination de nageoires, à cause de leur position sur l’animal, et de l'usage que ce dernier peut en faire.

Mais ces rayons peuvent être de différente nature : les uns sont durs et comme osseux; les autres sont flexibles. et ont presque tous les caractères de véritables cartilages.

Examinons les rayons. que l’on à désignés par le | nom d'osseux.

Îl faut les distinguer en deux sortes. Plusieurs sont solides , allongés, un peu coniques, terminés'par une

DES POISSGNS. 21

pointe piquante; ils semblent formés d’une seule pièce : leur structure, si peu composée, nous a déterminés à les appeler rayons simples, en leur conservant cependant le nom d'aiguillons, qui leur a été donné par plusieurs naturalistes, à cause de leur terminaison en piquant fort et délié. Les autres rayons osseux, au lieu d’être aussi simpies dans leur construction, sont composés de plusieurs petites pièces placées les unes au dessus des autres; ils sent véritablement articules, et nous les nommerons ainsi.

Ces petites pièces sont de petits Grimes assez courts , et ressemblent, en miniature, à ces tronçons de colonnes que l’on nomime tambours, et dont on se sert pour construire les hautes colonnes des vastes édifices. Non seulement les rayons articulés présentent une suite plus ou moins allongée de ces tronçons ou petits cylindres : mais, à mesüre que l’on considère une portion de ces rayons plus éloignée du corps de l’animal , ou, ce qui est la même chose, de la base de la nageoïre, on les voit se diviser en deux; chacune de ces deux branches se sépare en deux branches plus petites, lesquelles forment aussi chacune deux rameaux; et cette sorte de division, de ramification et d’épanouissement, qui, pour tous les rayons, se fait dans ie même plan, et représente comme un éventail, s'étend quelquefois à un bien plus grand nombre de séparations et de bifurcations successives.

Ces articulations, qui constituent lessence d’un très srand nombre de rayons osseux, se retrouvent et se montrent de la même manière dans iles ecartilagineux; mais pour en bien voir les dispositions, il faut regarder ces rayons cartilagineux contre le jour,

po SUR LA NATURE

à cause d'une espèce de couche de nature cartilagineuse et transparente, dans laquelle elles sont comme enveloppées ! Au reste, tous les rayons, tant osseux que cartilagineux , tant simples qu'articulés, sont plus ou moins transparents, excepté quelques rayons osseux simples et très forts, que nous remarquerons sur quelques espèces de poissons , et qui sont le plus souvent entièrement opaques.

Nous avons déjà dit qu’il y avoit des poissons dénués de nageoires ; les autres en présentent un rombre plus au moins grand, suivant le genre dont ils font partie, ou l'espèce à laquelle il appartiennent. Les uns er ont une de chaque côté de la poitrine ; et d’autres, à la vérité très peu nombreux, ne montrent pas ces nageoires pectorales, qui ne paroissent jamais qu’au nombre de deux, et que l’on a comparées, à cause de leurs position et de leurs usages, aux extrémités antérieures de plusieurs animaux, aux bras de l’homme, aux pattes de devant des quadrupèdes, ou aux ailes des oiseaux.

Plusieurs groupes de poissons n'ont aucune nageoire au dessous de leur corps proprement dit; les autres en ont, au contraire, une ou deux situées ou sous la gorge, ou sous la poitrine, ou sous le ventre. Ce sont ces nageoires inférieures que l’on a considérées comme les analogues des pieds de l’homme, ou des pattes de derrière des quadrupèdes.

On voit quelquefois la partie supérieure du corps. et de la queue des poissons absolument sans nageoires;

1. On peut reconnoître particulièrement cette disposition dans les

rayons des nageoires pectorales de la raie batis, de la raïe bouclée, et d’autres poissons du même genre.

DES POISSONS. 29 d’autres fois on compte une ou deux, où même trois nageoires dorsales; l’extrémité de la queue peut montrer une nageoire plus ou moins étendue, ou n’en présenter aucune; et enfin le dessous de la queue peut être dénué ou garni d'une ou deux nageoires, auxquelles on a donné le nom de nageoire de l’anus.

Un poisson peut donc avoir depuis une jusqu’à dix nageoires, Où organes de mouvement extérieurs et plus ou moins puissants.

Pour achever de donner une idée nette de la forme extérieure des poissons, nous devons ajouter que ces animaux sont recouverts par une peau qui, communément, revêt toute leur surface. Gette peau est molle et visqueuse ; et quelque épaisseur qu’elle puisse avoir, elle est d'autant plus flexible et d'autant plus enduite d’une matière yluante qui la pénètre profondément, qu'elle paroît soutenir moins d'écailles, ou être garnie d'écailles plus petites.

Ces dernières productions ne sont pas particulières aux animaux dont cet ouvrage doit renfermer l’histoire : le pangolin et le phatagin, parmi les quadrupèdes à mamelles, presque tous les quadrupèdes ovipares, et presque tous les serpents, en sont revêEus; et cette sorte de tégument établit un rapport d'autant plus remarquable entre la classe des poissons , et le plus grand nombre des autres animaux à sang rouge, que presque aucune espèce de poisson n’en est vraisemblablement dépourvue. À la vérité , il est quelques espèces, parmi les objets de notre examen, sur lesquelles l’attention la plus soutenue, l'œil le plus exercé, et même le microscope, ne peuvent faire distinguer aucune écaille pendant que l'animal est encore

en vie , et que sa peau est imbibée de cette mucosité gluante et qui est plus ou moins abondante sur tous les poissons ; mais lorsque l'animal est mort, et que sa peau a été naturellement ou artificiellement desséchée, il n’est peut-être aucune espèce de poisson de laquelle on ne püût, avec un peu de soin, détacher de très petites écailles qui se sépareroient comme une poussière brillanie, et tomberoient comme un amas de très petites lames dures, diaphanes et éclalantes. Au reste, nous avons plusieurs fois, et sur plusieurs poissons que l’on auroit pu regarder comme absolument sans écailles, répété avec succès ce procédé qui, même dans plusieurs contrées, est employé dans des arts très répandus, ainsi qu'on pourrale voir dans la suite de cette histoire.

La forme des écailles des poissons est très diversifiée. Quelquefois la matière qui les compose s'étend en pointe, et se façonne en aiguillon; d’autres fois elle se tuméfie , pour ainsi dire, se conglomère et se durcit en callosités, ou s'élève en gros tubercules; mais le plus souvent elle s'étend en lames unies ou relevées par une arête. Ces lames, qui portent avec raison le nom d'écailles proprement dites, sont ou rondes, ou ovales, ou exagones; une partie de leur circonférence est quelquefois finement dentelée : sur quelques espèces, elles sont clair-semées, et trés séparées les unes des autres ; sur d’autres espèces, elles se touchent ; sur d’autres encore, elles se recouvrent comme les ardoises placées sur nos toits. Elles communiquent au corps de l'animal par de petits vaisseaux dont nous montrerons bientôt l’usage; mais d’ailleurs elles sont attachées à la peau par une partie

DES POISSONS, 25 plus ou moins grande de leur contour. Et remarquons un rapport bien digne d’être observé. Sur un grand nombre de poissons qui vivent au milieu de la haute mer, et qui, ne s’approchant que rarement des rivages, ne sont exposés qu'à des frottements passagers, les écailles sont retenues par une moindre portion de leur circonférence; elles sont plus attachées, et recouvertes en partie par l'épiderme, dans plusieurs des poissons qui fréquentent les côtes et que l’on a vommés littoraux; elles sont plus attachées encore, et recouvertes en entier par ce même épiderme, dans presque tous ceux qui habitent dans la vase, et y creusent avec effort des asiles assez profonds.

Réunissez à ces écailles les callosités , les tubercules, les aiguillons dont les poissons peuvent être hérissés; réunissez-y surtout des espèces de boucliers solides, et des croûtes osseuses, sous lesquelles ces animaux ont souvent une portion considérable de leur corps à l'abri, et qui les rapprochent, par de nouvelles conformités, de la famille des tortues, et vous aurez sous les yeux les différentes ressources que la nature a accordées aux poissons pour les défendre contreleurs nombreux ennemis, les diverses armes qui les protégent contre les poursuites multipliées auxquelles ils sont exposés. Mais ils n’ont pas reçu uniquement la conformation qui leur étoit nécessaire pourse garantir des dangers qui les menacent; il leur a été aussi départi de vrais moyens d’attaaue, de véritables armes offensives, souvent mème d'autant plus redoutables pour l’honime et les plus favorisés des animaux, qu'elles peuvent être réunies à un corps d’un très

26 SUR LA NATURE grand volume, et mise en mouvement par une grande puissance.

Parmi ces armes dangereuses, jetons d’abord Îes yeux sur les dents des poissons. Elles sont en général fortes et nombreuses. Mais elles présentent differentes formes : les unes sont un peu coniques ou comprimées, allongées , cepéndant pointues, quelquefois dentelées sur leurs bords, et souvent recourbées ; les autres sont comprimées, et terminées à leur extrémité par une lame tranchante; d’autres enfin sont presque demi-sphériques, où même presque entièrement aplaties contre leur base. C’est de leurs différentes formes, et non pas de leur position et de leur insertion dans tel ou tel os des mâchoires, qu'il faut tirer les divers noms que l’on peut donner aux dents des poissons, et que l’on doit conclure les usages auxquels elles peuvent servir. Nous nommerons, en conséquence, dents moluires celles qui, étant demi-sphériques ou très aplaties, peuvent facilement concasser, écraser, broyer les corps sur lesquels elles agissent; nous donnerons le nom d’incisives aux dents comprimées dont le côté opposé aux racines présente une sorte de lame avec laquelle l'animal peut aisément couper, trancher et diviser, comme l’homme et plusieurs quadrupèdes vivipares divisent, tranchent et coupent avec leurs dents de devant; et nous emploierons la dénomination de /aniaires pour celles qui, allongées, pointues, et souvent recourbées, accrochent , retiennent et déchirent la proie de l’animal. Ces dernières sont celles que l’on voit le plus fréquemment dans la bouche des

DES POISSONS. 2 poissons; il n'y a même qu'un très petit nombre d’espèces qui en présentent de molaires ou d’incisives. Au reste, ces trois sortes de dents incisives, molaires ou laniaires, sont revètues d’un émail assez épais dans presque tous les animaux dont nous publions l'histoire; elles diffèrent peu d’ailleurs les unes des autres par la forme de leurs racines, et par leur structure intérieure, qui en général est plus simple que celle des dents de quadrupèdes à mamelles. Dans les laniaires, par exemple, cette structure ne présente souvent qu'une suite de cônes plus ou moins réguliers, emboîtés les uns dans les autres, et dont le plus intérieur renferme une assez grande cavité, au moins dans les dents qui doivent être remplacées par des dents nouvelles, et que ces dernières, logées dans cette même cavité, poussent en dehors en se développant.

Mais ces trois sortes de dents peuvent être distribuées dans plusieurs divisions, d’après leur manière d’être attachées et la place qu'elles occupent; et par là elles sont encore plus séparées de celles de presque tous les animaux à sang rouge.

En effet, les unes sont retenues presque immobiles dans des alvéoles osseux ou du moins très durs; les autres ne sont maïntenues par leurs racines que dans des capsules membraneuses, qui leur permettent de se relever et de s’abaisser dans différentes directions, à la volonté de l’animal, et d’être ainsi employées avec avantage, ou tenues couchées et en réserve pour de plus grands eflorts.

D'un auire côté, les mâchoires des poissons ne sont pas les seules parties de leur bouche qui puissent

être armées de dents : leur palais peut en être hérissé; leur gosier peut aussi en être garni; et leur langue même, presque toujours attachée, dans la plus grande partie de sa circonférence , par une membrane qui la lie-aux portions de la bouche les plus voisines, peut être plus adhérente encore à ces mêmes portions, et montrer sur sa surface des rangs nombreux et serrés de dents fortes et acérées.

Ces dents mobiles ou immobiles de la langue, du cosier, du palais et des mâchoires, ces instruments plus ou moins meurtriers peuventexister séparément, où paroître plusieurs ensemble, ou être tous réunis dans le même poisson. Et toutes les combinaisons que leurs différents mélanges peuvent produire, et qu'il faut multiplier par tous les degrés de grandeur et de force , par toutes les formes extérieures et intérieures, par tous les nombres ainsi que par toutes les rangées qu'ils peuvent présenter, ne doivent-elles pas produire une très grande variété parmi les moyens d’attaque accordés aux poissons ? 5

Ces armes offensives, quelque multipliées et quelque dangereuses qu’elles puissent êlre, ne sont cependant pas les seules que la nature leur ait données : quelques uns ont reçu des piquants longs, forts et mobiles, avec lesquels ils peuvent assaillir vivement et blesser profondément leurs ennemis; et tous ont été pourvus d’une queue plus où moins déliée, mue par des muscles puissants, et qui, lors même qu’elle est dénuée d’aiguilions et de rayons de nageoires, peut être assez rapidement agitée pour frapper une proie par des coups violents et redoublés.

Mais, avant de chercher à peindre les habitudes

DES POISSONS. 29 remarquables des poissons, examinons encore un moment les premières causes des phénomènes que nous devrons exposer. Occupons-nous encore de la forme de ces animaux; et en continuant de renvoyer l'examen des détails qu’ils pourront nous offrir, aux articles particuliers de cet ouvrage, jetons un coup d'œil général sur ieur conformation intérieure.

À la suite d’un gosier quelquefois armé de dents propres à retenir et déchirer une proie encore en vie, et souvent assez extensible pour recevoir des aliments volumineux, le canal intestinal, qui y prend son origine et se termine à l'anus, s’élargit et reçoit le nom d'estomac. Ce viscère, situé dans le sens de la longueur de l'animal, varie dans les différentes especes par sa figure, sa grandeur, l'épaisseur des membraues qui le composent, le nombre et la profondeur des plis que ces membranes forment; il est même quelques poissons dans lesquels un étranglement très marqué le divise en deux portions assez distinctes pour qu'on ait dit qu'ils avoient deux estomacs, et il en est aussi dans lesquels sa contexture , au lieu d’être membraneuse , est véritablement musculeuse.

L'estomac communique par une ouverture avec l'intestin proprement dit; mais, entre ces deux porions du canal intestinal, on voit dans le plus grand nombre de poissons, des appendices ou tuyaux membraneux, cylindriques, creux, ouverts uniquement du côté du canal intestinal, et ayant beaucoup de ressemblance avec le cœcum de l’homme et des quadrupèdes à mamelles. Ces appendices sont quelquefois longs, et d’un plus petit diamètre que lintestin, et d’autres fois assez gros et très courts. On en compte,

suivant les espèces que l’on a sous les yeux, depuis un jusqu’à plus de cent.

L'intestin s'étend presque en droite ligne dans plusieurs poissons, et particulièrement dans ceux dont le corps est très allongé; il revient vers l’estormac, et se replie ensuite vers l’anus, dans le plus grand nombre des autres poissons; et,’ dans quelques uns de ces derniers animaux, il présente plusieurs circonvolutions, et est alors plus long que la tête, le corps et la queue considérés ensemble.

On a fait plusieurs observations sur la manière dont s'opère la digestion dans ce tube intestinal ; 6n a pariiculièrement voulu savoir quel degré de température résultoit de cette opération, et l’on s’est assuré qu'elle ne produisoit aucune augmentation sensible de chajeur. Les aliments, qui doivent subir dans l’intérieur des poissons les altérations nécessaires pour être changés d’abord en chyme, et ensuite en chyle, ne sont donc soumis à aucun agent dont la force soit aidée par un surcroît de chaleur. D'un autre côté, l'estomac du plus grand noinbre de ces animaux est composé de membranes trop minces, pour que la nourriture qu'ils avalent soit broyée, triturée et divisée au point d'être très facilemert décomposée; il n’est donc pas surprenant que les sucs digestifs des poissons soient, en général, très abondants et très actifs. Aussi ont-ils, avec une rate souvent triangulaire, quelquefois allongée, toujours d’une couleur obscure, et avec une vésicule du fiel assez grande , un foie très volumineux, tantôt simple, tantôt divisé en deux ou eu trois lobes, et qui, dans quelques uns des animaux dont nous traitons, est aussi long que labdomen.

ea

Cette quantité et cette force des sucs digestifs sont surtout nécessaires dans les poissons qui ne présentent presque aucune sinuosité dans leur intestin, presque aucun appendice auprès du pylore, presque aucune dent dans leur gueule, et qui, ne pouvant ainsi ni couper, ni déchirer, ni concasser les substances alimentaires, ni compenser le peu de division de ces substances par un séjour plus long de ces mêmes matières nutritives dans un estomac garni de petits cœcums, ou dans un intestin très sinueux et par conséquent très prolongé, n’ont leurs aliments exposés à la puissance des agents de la digestion que dans l’état et pendant le temps le moins propre aux altérations que ces aliments doivent éprouver. Ce seroit donc toujours en raison inverse du nombre des dents, des appendices de l'estomac, et des circonvolutions de l'intestin, que devroit être, tout égal d’ailleurs, le volume du foie, si l'abondance des sucs digestifs ne pouvoit être supléée par un accroissement de leur activité. Quelquefois cet accroissement d'énergie est aidé ou remplacé par une faculté particulière accordée à l'animal. Par exemple, le brochet et les autres ésoces, que l’on doit regarder comme les animaux de proie les plus funestes à un très grand nombre de poissons, et qui, consommant une grande quantité d'aliments, n’ont cependant reçu ni appendices de l'estomac, ni intestin très contourné, ni foie des plus volumineux, jouissent d’une faculté que l’on a depuis long-temps observée dans d’autres animaux rapaces, et surtout dans les oiseaux de proie les plus sanguinaires ; ils peuvent rejeter facilement par leur gueule les différentes substances qu'ils ne pourroient digé-

rer qu'en les retenant très long-temps dans des appendices ou des intestins plusieurs fois repliés qui leur manquent, ou en les attaquant par des sucs plus abondants ou plus puissants que ceux qui leur ont été

départis. :

Nous n'avons pas besoin de dire que de l’organisation qui donne ou qui refuse cette faculté de rejeter, de la quantité et du pouvoir des sucs digestifs, de la forme et des sinuosités du canal intestinal, dépendent peut-être, autant que de la nature des substances avalées par l'animal, la couleur et les autres qualités des excréments des poissons; mais nous devons ajouler que ces produits de la digestion ne sortent du corps que très ramollis, parce qu'indépendamment d'autre raison, ils sont toujours mêlés, vers l’extrémité de l'intestin, avec une quantité d'urine d’autant plus grande, qu'avant d’arriver à la vessie destinée à la réunir, elle est filtrée et préparée dans des reins très volumineux, placés presque immédiatement au dessous de l’épine du dos, divisés en deux dans quelques poissons, et assez étendus dans presque tous pour égaler l'abdomen en longueur. Cette dernière sécrétion est cependant un peu moins liquide dans les poissons que dans les autres animaux; et n’at-elle pas ceite consistance un peu plus grande, parce qu’elle participe plus ou moins de la nature huiteuse que nous remarquerons dans toutes les parties des animaux dont nous publions l’histoire ?

Maintenant ne pourroit-on pas considérer un moment la totalité du corps des poissons comme une sorte de long tuyau, aussi peu uniforme dans sa cavité intérieure que dans ses parties externes? Le canal

pe 7 J.

DES POISSONS. 33 intestinal, dont les membranes se réunissent à ses deux extrémités avec les téguments de l'extérieur du corps, représenteroit la cavité allongée et lortueuse de cette espèce de tube. Et que l’on ne pense pas que ce point de vue fût sans utilité. Ne pourroit-i} pas servir, en effet, à mettre dans une sorte d’évidence ce grand rapport de conformation qui lie tous les êtres animés, ce modèle simple et unique d’après lequel l’existence des êtres vivants a été plus ou moins diversifiée par la puissance créatrice ? Et dans ce long tube, dans lequel nous transformons, pour ainsi dire, le corps du poisson, n’aperçoit-on pas à l'instant ces. longs tuyaux qui composent la plus grande partie de l'organisation des animaux les plus simples, d'un grand nombre de polypes ?

Nous avons jeté les yeux sur la surface extérieure et sur la surface interne de ce tube animé qui représente, un instant pour nous, le corps des poissons. Mais les parois de ce tuyau ont une.épaisseur; c’est dans cette épaisseur qu'il faut pénétrer; c’est là qu'il faut chercher les sources de la vie.

Dans les poissons, comme dans les autres animaux, les véritables sucs nourriciers sont pompés au travers des pores dont les membranes de l'intestin sont criblées. Ce chyle est attiré et reçu par une portion de ce système de vaisseaux remarquables, disséminés dans toutes les parties de l'animal, liés par des glandes propres à élaborer le liquide substantiel qu’ils transmettent, et qui ont reçu le nom de vaisseaux lactés ou de vaisseaux lymphatiques, suivant leur position, ou, pour mieux dire, suivant la nature du liquide alimentaire qui les parcourt.

Les bornes de ce discours et le but de cet ouvrage ne nous permettent pas d'exposer dans tous ses détails l’ensemble de ces vaisseaux absorbants, soit qu'ils contiennent une sorte de lait que l’on nomme chyle, ou qu'ils renferment une lymphe nourricière ; nous ne pouvons pas montrer ces Canaux sinueux qui pénètrent jusqu'à toutes les cavités, se répandent auprès de tous les organes, arrivent à un si grand nombre de points de la surface, sucent, pour ainsi dire , partout les fluides surabondants auxquels ils atteignent, se réunissent, se séparent, se divisent, . font parvenir jusqu'aux glandes qu'ils paroïssent composer par leurs circonvolutions , les sucs hétérogènes qu'ils ont aspirés, les y modifient par le mélange , les y vivifient par de nouvelles combinaisons, les y élaborent par le temps, les portent enfin convenablement préparés jusqu'à deux réceptacles, et les poussent, par un orifice garni de valvules, jusque dans laveinecave, presque à l'endroit où ce dernier conduitramène vers le cœur le sang qui a servi à l'entretien des différentes parties du corps de l’animal. Nous pouvons dire seulement que cette organisation, cette distribution, et ces effets si dignes de l'attention du physiologiste, sont très analogues, dans les poissons, aux phénomènes et aux conformations de ce genre que l'on remarque dans les autres animaux à sang rouge. Les vaisseaux absorbants sont même plus sensibles dans les poissons; et c'est principalement aux observations dont ces organes ont été l’objet dans les animaux dont nous recherchons la nature, qu'il faut rappor-

3. L'on trouvera particulièrement des descriptions très bien faites:

DES POISSONS. 35 ter une grande partie des progrès que l’on a faits assez récemment dans la connoissance des vaisseaux Ilymphatiques ou lactés, et des glandes conglobées des autres animaux.

Le sang des poissons ne sort donc de la veine-cave, pour entrer dans le cœur, qu'après avoir reçu des vaisseaux absorbants les différents sucs qui seuls peuvent donner à ce fluide la faculté de nourrir les diverses parties du corps qu'il arrose : mais il n’a pas encore acquis toutes les qualités qui lui sont nécessaires pour entretenir la vie; il faut qu'il aille encore dans les organes respiratoires recevoir un des éléments essentiels de son essence. Quelle est cependant la route qu'il suit pour se porter à ces organes, et pour se distribuer ensuite dans les différentes parties du corps? Quelle est la composition de ces mêmes organes ? Montrons rapidement ces deux grands objets.

Le cœur, principal instrument de la circulation, presque toujours contenu dans une membrane très mince que l’on nomme péricarde, et variant quelquefois dans sa figure , suivant l'espèce que l’on examine, ne renferme que deux cavités : un ventricule, dont les parois sont très épaisses, ridées, et souvent parsemées de petits trous; et une oreillette beaucoup plus grande, placée sur le devant de la partie gauche du veniricule , avec lequel elle communique par un orifice garni de deux valvules !. C’est à cette oreillette

et de beaux dessins des vaisseaux absorbants des poissons, dans le grand ouvrage que le savant Monro a publié sur ces animaux.

1. Toutes les fois que nous emploierons dans cet ouvrage les mois antérieur, inférieur, postérieur, supérieur, elc., nous supposerons le

qu'arrive le sang avant qu'il soit transmis au ventricule; et il y parvient par un ample réceptacle qui constitue véritablement la veine-cave, ou du moins l'extrémité de celte veine, que l'on a nommé sinus veineux, qui est placé à la partie postérieure de l’oreillette, et qui y aboutit par un trou, au bord duquel deux valvules sont attachées.

Le sang, en sortant du ventricule, entre, par un

2° orilice que deux autres valvules ouvrent et ferment, dans un sac artériel ou très grande cavité que l’on pourroit presque comparer à un second ventricule. qui se resserre lorsque le cœur se dilate, et s’épanouit, au contraire, lorsque le cœur est comprimé; dont les pulsations peuvent être très sensibles, et qui, diminuant de diamètre, forme une véritable artère à laquelle le nom d’aorte a, été appliqué. Cette artère est cependant l’analogue de celle que l’on a nommée pulmonaire dans l’homme, dans les quadrupèdes à mamelles, et dans d’autres animaux à sang rouge. Elle conduit, en effet, le sang aux branchies, qui, dans les poissons, remplacent Îles poumons proprement dits; et, pour le répandre au milieu des diverses portions de ces branchies dans l’état de division nécessaire ; elle se sépare d’abord en deux troncs, dont l’un va vers les brancnies de droite, et l’autre vers les branchies de gauche. L'un et l’autre de ces deux troncs se partagent en autant de branches qn'il y a de branchies de chaque côté, et il n’est aucune de ces branches qui n’envoie à chacune des lames que l’on voit dans une branchie, un rameau qui se divise, très

poisson dans sa position la plus naturelle, c’est-à-dire dans la situation horizontale.

DES POISSONS. 97 près de la surface de ces mêmes lames, en un très grand nombre de ramifications, dont les extrémités disparoissent à cause de leur ténuité.

Ces nombreuses ramifications correspondent à des ramifications analogues, mais veineuses, qui, se réunissant successivement en rameaux et en branches, portent le sang réparé, et, pour ainsi dire, revivifié par les branchies, dans un tronc unique, lequel, s’avançant vers la queue le long de l’épine du dos, fait les fonctions de la grande artère nommée aorte descendante dans l’homme et dans les quadrupèdes, et distribue dans presque toutes les parties du corps le fluide nécessaire à leur nutrition.

La veine qui part de la branchie la plus antérieure ne se réunit cependant avec celle qui tire son origine de la branchie la plus voisine, qu'après avoir conduit le sang vers le cerveau et les principaux organes des sens; mais il est bien plus important encore d'observer que les veines qui prennent leur naissance dans les branchies, non seulement transmettent le sang qu'elles contiennent, au vaisseau principal dont nous venons de parler, mais encore qu’elles se déchargent dans un autre tronc qui se rend directement dans le grand réceptacle par lequel la veinecave est formée ou terminée.

Ce second tronc, que nous venons d'indiquer, doit être considéré comme représentant la veine pulmonaire, laquelle, ainsi que tout le monde le sait, conduit le sang des poumons dans le cœur de l’homme, des quadrupèdes, des oiseaux et des reptiles. Une

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