‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 34 sur 113 · Le 20 maï · texte numérisé non relu

Le 20 maï

Ce cartilagineux est bleu sur le dos, rougeâtre sur les côtés, et blanc sur le ventre; quatre barbillons garñissent sa lèvre supérieure, et deux autres barbillons sont placés auprès de la lèvre de dessous. Entre les quatre barbillons d'en haut, on voit un évent qui communique avec l'intérieur de la bouche, comme celui des pétromyzons; cet évent est d’ailleurs fermé, à la volonté de l'animal, par une espèce de soupape. Les lèvres sont molles, extensibles, propres à se coller contre Îles corps auxquels laveugle veut s’attacher; elles donnent une forme presque ronde à l’ouverture de la bouche, qui présente un double rang de dents fortes, dures, plutôt osseuses que cartilagineuses, ét retenues, comme celles de la lamproie, dans des espèces de capsules membraneuses. On compte neuf dents dans le rang supérieur, et huit dans l’inférieur. Une dent recourbée est de plus placée au dessus des äutres, et sur la ligne que l’on pourroit tirer de l'évent au gosier, en la faisant passer par dessus la lèvre supérieure.

On n’aperçoit pas de langue ni de narines ; mais on voit au palais, et autour de l'ouverture par laquelle l’'évent communique avec la cavité de la bouche, une membrane plissée, que je suis d'autant plus porté à regarder comme l'organe de l’odorat du gastrobranche aveucle, que son organisation est très analogue à celle de l’intérieur des narines du plus grand nombre de cartilagineux, et que les plus fortes analogies doivent nous faire supposer dans tous les poissons un odorat très sensible.

Le corps de l’aveugle, assez délié et cylindrique, ne parvient presque jamais à la longueur d’un pied,

ou d'environ trois décimètres. Il présente de chaque côté une rangée longitudinale de petites ouvertures, qui laissent échapper un suc trés gluant : une matière semblable découle de presque tous les pores de l’animal : et ces liqueurs non seulement donnent à la peau de l’aveugle, qui en est enduite, une sorte de vernis et une grande souplesse ; mais encore, suivant Gunner et d’autres naturalistes, elles rendent visqueux un assez grand volume de l’eau dans laquelle ce gastrobranche est plongé.

Ce cartilagineux n’a d’autres nageoires que celle du dos, celle de la queue et celle de l'anus, qui sont réunies, très basses, et composées de rayons mous, que l’on ne peut compter à cause de leur petilesse et de l'épaisseur de la peau qui les revêt,

L'ouverture de l’anus est une fente très allongée ; et sur le ventre sont placées deux ouvertures, dont chacune communique à six branchies. Une artère particulière qui aboutit à la surface de chacun de ces organes respiratoires, s’y distribue, comme dans les autres poissons, en ramifications très nombreuses, au milieu desquelles sont disséminées d’autres ramifications qui se réunissent pour former une veine.

Le canal intestinal est sans sinuosités.

Les petits éclosent hors du ventre de la mère.

L’aveugle habite principalement dans l'Océan septentrional et européen : il se cache souvent dans la vase ; il pénètre aussi quelquefois dans le corps de grands poissons, se glisse dans leurs intestins, en parcourt les divers replis, les déchire et les dévore; et cêtte habitude n’avoit pas peu servi à le faire inscrire

parmi les vers intestinaux, avec le tænia, et d’autres

, e LA LA genres d'animaux dénués de sang rouge.

LE GASTROBRANCHE DOMBEY.

Gastrobranchus Dombey, Lacer. — Myxine Dombey, Cu.

Nous donnons ce nom à un cartilagineux dont la peau sèche a été apportée au muséum national d’histoire naturelle par le voyageur Dombey, et dont aucun naturaliste n’a encore parlé. Il est évidemment de la même famille que l’aveugle ; mais il appartient à un autre hémisphère, et c’est dans la mer voisine du Chili, et peut-être dans celle qui baigne les rivaes des autres contrées de l'Amérique méridionale, qu'on le trouve. 1] a de très grands rapports de conformation avec l’aveugle, mais il parvient à une loneueur et à une grosseur deux fois au moins plus considérables; il en est d’ailleurs séparé par d’autres différences que nous allons indiquer en le décrivant.

La tête de ce gastrobranche est arrondie et plus grosse que le corps : elle présente quatre barbillons dans sa partie supérieure ; mais l’état d’altération dans lequel étoit l'individu donné par Dombey, n’a pas permis de s'assurer s’il y en avoit deux auprès de la lèvre inférieure , comme sur l’aveugle. Les dents sont

DES POISSONS. 181 pointues, comprimées, triangulaires, et disposées sur deux rangs circulaires : l'extérieur est composé de vingt-deux dents, et l'intérieur de quatorze. Une dent plus longue que les autres, et recourbée, est d’ailleurs placée à la partie la plus haute de l'ouverture de la bouche.

L'organe de la vue et celui de l’odorat ne sont pas plus apparents sur le dombey que sur l’aveugle. La couleur du gastrobranche que nous cherchons à faire connoître étoit effacée , ou paroissoit dénaturée dans la peau que nous avons vue. La queue, dont la longueur n'excède guère le double du diamètre du corps, est arrondie à son extrémité, et terminée par une nageoire qui se réunit à celle de l'anus, Ces deux nageoires sont les seules que présente l'animal; elles sont très basses, très difficiles à distinguer, et composées de membranes au milieu desquelles on n’a pu que soupconner des rayons sur lindividu desséché que nous avons examiné.

LACÉPEDE, , 12

Dot aeetetre-peteteian 0)

Page 1