LA RAIE BATIS
Raja Batis, Linn., Lacer., BLocu.
Les raies sont, comme les pétromyzons, des poissons cartilagineux; elles ont de même leurs branchies
1. Flassade, couverture, vache marine, dans plusieurs départements méridicnaux.
taie coliart , Daubenton , Encyclopédie méthodique.
Raja varta, dorso medio glabro, unico aculeorum ordine in cauda. Artedi, gen. 75, syn. 102.
Raja cauda iantum aculeata, Bloch, Histoire naturelle des poissons, iroisième partie, page 54, planche 79.
Raie coliart, Bonnaterre, planches d'Histoire naturelle de l'Encyclopédie méthodique.
Batis, Aristote, Jiv. 1, chap. 5; liv. 2, chap. 15; liv. 5, chap. 5; liv. 6, chap. 10 et 11; liv. 8, chap. 15; et liv. 9, chap. 87.
Ælian., lib. 16, cap. 15, pag. 921.
Oppian., lib. 1, pag. 5, b., et lib. 2, pag. 60.
Athen., lib. 7, pag. 286.
Rayte, raych, et rubas. Cub., Hib. 5, chap. 74 et 77, pag. 87, h et 88, b.
Raja undulata sive cinerea, Aldrovand., lib. 5, cap. 50, pag. 452.
Raja levis, Schonev., pag. 58.
Raja undulata, Jonston, Kb. 1, tit. 1, cap. 5, a. 5, punet. 5.
Raja undulata, Charlet, pag. 150.
Autre raie à bec pointu , Rondelet, première partie, liv. 12, p. 275.
Gronov. mus. 1, n. 145, Zooph, n. 157.
« Dasybatus in superna corporis parte versus alas, etc. » Klein,
miss. pisc. 3, pag. 07, n. 14.
dénuées de membrane et d’opercule. Elles offrent encore d’autres grands rapports avec ces animaux dans leurs habitudes et dans leur conformation ; et cependant quelle différence sépare ces deux genres de poissons! quelle distance, surtout, entre le plus petit des pétromyzons, entre le lamproyon et les grandes raies, particulièrement la raie batis, dont nous allons nous occuper! Le lamproyon n’a souvent que quelques centimètres de longueur sur un de diamètre : les grandes raies ont quelquefois plus de cinq mètres (quinze pieds ou environ) de longueur sur deux ou trois (six ou neuf pieds, ou à peu près) de large. Le lamproyon pèse tout au plus un hectogramme (quelques onces) : l’on voit, dans les mers chaudes des deux continents, des raies dont le poids surpasse dix myriagrammes (deux cent cinq livres). Le corps du lamproyon est cylindrique et très allongé; et si l’on retranchoiït la queue des raies, leur corps, aplati et arrondi dans presque tout son contour, présenteroit l’image d’un disque. Souple, délié, et se pliant facilement en divers sens, le lamproyon peut, en quelque sorte, donner un mouvement isolé et indépendant à chacun de ses muscles : ie corps de la raie, ne se prêtant que difficilement à des plis, ne permettant en général que de légères inciinaisons d’une par-
Belon, Aqual., pag. 89.
Lœviraja, Salv. Aquat., pag. 149.
Gesner, Aquat., pag. 702, ic. an., pag. 50; Thierb., pag. 96.
Willughby. Ichth.. pag. 69, tab. c, 4.
Oxyrhinchus major, Ray, pisc., pag. 26, n. 5.
Skate, Pennant, Zoologie britannique, vol. IIT, pag. 62, n. 1.
Raie au bec pointu, Vaimont de Bomare, Dictionnaire d'histoire naturelle.
DES POISSONS. 109 lie sur une autre, el presque toujours étendu de la même manière, ne se meut que par une action plus universelle et plus uniformément répartie dans les diverses portions qui le composent. Dans quelque saison de l’année que l’on observe les lamproyons et les autres pétromyzons, on ne les voil jamais former aucune sorte de société : il est au contraire un temps de l’année, celui pendant lequel le plus impérieux des besoins est accru ou provoqué par la chaleur nouvelle , où les raies s’'appariant, se tenant le mâle auprès de la femelle pendant un temps plus ou moins long, et se réunissant, peut-être seules entre tous les poissons, d’une manière assez intime, forment un commencement d'association de famille, et ne sont pas étrangères, comme presque tous les autres habitants des eaux, aux charmes de la volupté partagée, et d’une sorte de tendresse au moins légère et momentanée. Les jeunes pétromyzons sortent d'œufs pordus depuis un nombre de jours plus où moins grand par leur mère : les jeunes raies éclosent dans ie ventre même de la leur, et naissent toutes formées. Les pétromyzons sont très féconds; des milliers d'œufs sont pondus par les femelles, et fécondés par les mâles : les raies ne donnent le jour qu’à un petit à la fois, et n'en produisent, chaque année, qu’un nombre très peu considérable. Les pétromyzons se rap prochent des couleuvres vipères par leur organe respiratoire ; les raies par leur manière de venir à la lumière. Une seuie espèce de pétromyzon ne craint pas les eaux salées, mais ne se retire dans le sein des mers que pendant la saison du froid : toutes les espèces de raies vivent au contraire, sous tous les cli-
mats et dans toutes les saisons, au milieu des ondes de l'Océan, ou des mers méditerranées. Qu'il y à donc loin de nos arrangements artificiels au plan sublime de la toute-puissance créatrice; de celles de nos méthodes dont nous nous sommes le plus efforcés de combiner tous les détails, avec l’immense et admirable ensemble des productions qui composent où embellissent le globe; de ces moyens nécessaires, mais défectueux, par lesquels nous cherchons à aïder la foiblesse de notre vue, l’inconstance de notre mémoire , et l’imperfection des signes de nos pensées, à la véritable exposition des rapports qui lient tous les êtres; et de l’ordre que l’état actuel de nos connoissances nous force de regarder comme le plus utile, à ce tout merveilleux où la nature, au lieu de disposer les objets sur une seule ligne, les a groupés, réunis et enchaînés dans tous les sens par des relations innombrables! Retirons cependant nos regards du haut de cette immensité dont la vue a tant d’attraits pour notre imagination; et, nous servant de tous les moyens que l’art d'observer à pu inventer jusqu’à présent, portons notre attention sur les êtres soumis maintenant à notre examen, et dent la considération réfléchie peut neus conduire à des vérités utiles et élevées.
C'esttoujours au milieu des mers que les raies font leur séjour; mais, suivant les différentes époques de l’année, elles changent d'habitation au milieu des flots de l'Océan. Lorsque le temps de la fécondation des œufs est encore éloigné , et par conséquent pendant que la mauvaise saison règne encore, c’est dans les profondeurs des mers qu'elles se cachent, pour
ainsi dire. C’est là que, souvent immobiles sur un fond de sable ou de vase, appliquant leur large corps sur le limon du fond des mers, se tenant en embuscade sous les algues et les autres plantes marines, dans les endroits assez voisins de la surface des eaux pour que la lumière du soleil puisse y parvenir et développer les germes de ces végétaux, elles méritent, loin des rivages, l’épithète de pélagiennes qui leur a été donnée par plusieurs naturalistes. Elles la méritent encore, cette dénomination de pélagiennes, lorsque, après avoir attendu inutilement dans leur retraite profonde l’arrivée des animaux dont elles se nourrissent , elles se traînent sur cette même vase qui les a quelquefois recouvertes en partie, sillonnent ce limon des mers, et étendent ainsi autour d'elles leurs embüûches et leurs recherches. Elles méritent surtout ce nom d’habitantes de la haute mer, lorsque, pressées de plus en plus par la faim, ou effrayées par des troupes très nombreuses d’ennemis dangereux, ou agitées par quelque autre cause puissante, elles s’élèvent vers la surface des ondes, s’éloignent souvent de plus en plus des côtes, et, se livrant, au milieu des régions des tempêtes, à une fuite précipitée, mais le plus fréquemment à une poursuite obstinée et à une chasse terrible pour leur proie, elles affrontent les vents et les vagues en courroux, et, recourbant leur queue, remuant avec force leurs larges nageoires, relevant leur vaste corps au dessus des ondes, et le laissant retomber de tout son poids, elles font jaillir au loin et avec bruit l’eau salée et écumante. Mais lorsque le temps de donner le jour à leurs petits est ramené par le printemps, ou par le commencement de
l'été, les mâles ainsi que les femelles se pressent autour des rochers quibordent les rivages; et elles pourroîent alors être comptées passagèrement parmi les poissons littoraux. Soit qu'elles cherchent ainsi auprès des côtes l'asile, le fond et la nourriture qui leur conviennent le mieux, ou soit qu'elles voguent loin de ces mêmes bords, elles attirent toujours l’attention des observateurs par la grande nappe d’eau qu'elles compriment et repoussent loin d'elles, et par l’espèce de tremblement qu’elles communiquent aux flots qui les environnent. Presque aucun habitant des mers, si on excepte les baleines, les autres cétacés, et quelques pleuronectes, ne présente, en effet, un corps aussi long, aussi large et aussi aplati, une surface aussi plane et aussi étendue. Tenant toujours déployées leurs nageoires pectorales, que l’on a comparées à de grandes ailes, se dirigeant au milieu des eaux par le moyen d’une queue très longue, très déliée et très mobile, poursuivant avec promptitude les poissons qu’elles recherchent, et fendant les eaux pour tomber à limproviste sur les animaux qu’elles sont près d'atteindre, comme l'oiseau de proie se précipite du haut des airs; il n’est pas surprenant qu'elles aient été assimilées, dans le moment où elles cinglent avec vitesse près de la surface de l'Océan, à un très grand oiseau, à un aigle puissant, qui, les ailes étendues, parcourt rapidement les diverses régions de l'atmosphère. Les plus forts et les plus grands de presque tous les poissons, comme l'aigle est le plus grand et le plus fort des oiseaux; ne paroissant, en chassant les animaux marins plus foibles qu’elles, que céder à une nécessité impérieuse et au besoin de
DES POISSONS. 193 nourrir un Corps volumineux ; n'immolant pas de victimes à une cruauté inutiles douées d’ailleurs d’un instinct supérieur à celui des autres poissons osseux ou cartilagineux, les raies sont en elfet les aigles de la mer ; l'Océan est leur domaine, comme l'air est celui de l’aigle ; et de même que l’aigle, s’élançant dans les profondeurs de l'atmosphère, va chercher, sur des rochers déserts et sur des cimes escarpées, le repos après la victoire, et la jouissance non troublée des fruits d’une chasse laborieuse, elles se plongent, après leurs courses et leurs combats, dans un des abîimes de la mer, et trouvent dans cette retraite écartée un asile sûr et la tranquille possession de leurs conquêtes.
Ii n’est donc pas surprenant que, dès le siècle d’Aristote, une espèce de raie ait reçu le nom d’Aigle marine, que nous lui avons conservé. Mais, avant de nous occuper de cette espèce, examinons de près la batis, l’une des plus grandes, des plus répandues et des plus connues des raies, et que l'ordre que nous avons cru devoir adopter nous offre la première.
L'ensemble du corps de la batis présente un peu la forme d’un losange. La pointe du museau est placée à l'angle antérieur, les rayons les plus longs de chaque nageoire pectorale occupent les deux angles latéraux , et l’origine de la queue se trouve au sommet de l’angle de derrière. Quoique cet ensemble soit très aplati, on distingue cependant un léger renflement tant dans le côté supérieur que dans le côté inférieur, qui trace, pour ainsi dire, le contour du corps proprement dit, c’est-à-dire des trois cavités de la tête, de la poitrine et du ventre. Ges trois cavités réunies
19/4 HISTOIRE NATURELLE n'oceupent que le milieu du losange, depuis l'angle antérieur jusqu’à celui de derrière, et laissent de chaque côté une espèce de triangle moins épais, qui compose les nageoires pectorales. La surface de ces deux nageoires pectorales est plus grande que celle du corps proprement dit, ou des trois cavités principales ; et, quoiqu'elles soient recouvertes d’une peau épaisse, on peut cependant distinguer assez facilement, et même compter avec précision, surtout vers langle latéral de ces larges parties, un grand nombre de ces rayons cartilagineux, composés et articulés, dont nous avons exposé la contexture, Ces rayons partent du corps de l'animal, s'étendent, en divergeant un peu, jusqu'au bord des nageoires; et les différentes personnes qui ont mangé de ia raie batis, et qui ont dû voir et manier ces longs rayons, ne seront pas peu étonnées d'apprendre qu'ils ont échappé à l'observation de quelques naturalistes, qui ont pensé, en conséquence, qu'il n'y avoit pas de ravons dans les nageoires pectorales de la batis. Aristote luimême, qui cependant a bien connu et très bien exposé les principales habitudes des raies?, ne croyant pas que les côtés de la batis renfermassent des rayons ou ne considérant pas ces rayons comme des caractères distinctifs des nageoires, a écrit qu'elle r’avoit point de nageoires pectorales, et qu’elle voguoit en agitant les parties latérales de son corps.
La tête de la batis, terminée par un museau un