‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 57 sur 113 · Troupille, à Marseille · texte numérisé non relu

Troupille, à Marseille

Dormilliouse , ibid.

Poule de mer, dans plusieurs départements méridionaux. Tremoise, à Bordeaux.

Icara , sur les côtes voisines de Saint-Jean-de-Luz. Tremorise, à Gênes.

Baite potta, ibid.

Ochiatiella, à Rome.

Oculatella, ibid.

Cramp-fisk, en Angleterre.

Raie torpille, Daubenton, Encyclopédie méthodique. Bloch, pl. 125. l Raie Torpille, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique. Raja tota lœævis, Artedi, gen. 75, syn. 102.

Mus. adol., fr. 2, p. 50.

Gronov. Zooph. 155, tab. 9, fig. 5.

Arist., 1. 2, c. 18225315; 0€. 5; 4 ; liv. 6, c10,"an5 E 1950: 37-

DES POISSONS. 2 l’objet de l'attention des physiciens. Le vulgaire l’a admiré, redouté, métamorphosé dans un animal doué

Ælian., L. 1, c. 56; L. 5, c. 57; 1. 0, c. 14. * Oppian., L1,p.5;l.2,p. 52.

Athen., L. 7, p. 514.

Narcos, Cub., 1. 5, c. 62, fol. 85.

Torpedo, Plin., 1. 9, c. 16, 24, 42, 51;et ]. 52, ce. 11.

P. Jov., c. 28, p. 100.

Torpille, Rondelet, p. 1, 1. 19, c. 18.

Occhiatella, Salvian., f. 1492, 145.

Jonston., lib. 1, tit. 1, cap. 5, a. 5, punct. 1, tab. 9, fig. 5, 4.

Charlet., p. 129.

Matthiol. in Diosc., liv. 2, c. 15, p. 288.

Balk. mus. princ., paragr. 58.

Mus. berler., p. 57, tab. 26.

Blas., Anat. anim., p. 805.

Redi, Exper., p. 55.

Kæœmpfer, Amœnit. exot., p. 509, tab. 510.

Mus. richter., p. 568.

J. Scorlia nat. et inct. Nili, L 1, c. 7, p. 48.

« Narcocion dempta cauda cireularis, » Klein, miss. pise. 5, p. 51, et e Torpedo maculis pentagonice positis nigris, » Shaw, Trav. app., p. 51, n. 58.

Torpedo, Ray.

Torpedo, Willughby, p. 81.

« Torpedo oculata prima, torpedo maculosa, et torpedo maculosa » supina, » Gesner (germ.) fol. 74 b, et 75 a.

Torpedo Salviani maculos&, Aldrovand., lib. 5, cap. 45, pag. Aa7.

Torpo oculata, Belon.

Torpedo, torpigo, stupeseor, Lemery, Dict. des drogues simples, p- 887.

Cramp-ray, Pennant, Brit. Zoolog., tom. LIT, p. 67.

Torpille, torpède, tremble, Duhamel, Traité des pêches, seconde partie, neuvième section, chap. 5, pag. 286, pl. 15.

Raja torpedo. Tota lœvis. Brünn. pisc. mass., p. 1.

Barthol. Acta hafn. 5, obs. 97.

Réaumur, Mémoires de l’Académie des Sciences de Paris, 1714.

Ringle, Disc. on the torpedo, Lond. 1774.

254 HISTOIRE NATURELLE d’un pouvoir presque surnaturel ; et la réputation de ses qualités vraies ou fausses s’est tellement répandue, même parmi les classes les moins instruites des différentes nations, que son nom est devenu populaire , et la nature de sa force, le sujet de plusieurs adages. La tête de la torpille est beaucoup moins distinguée du corps proprement dit et des nageoires pectorales, que celle de presque toutes les autres raies ; et l’ensemble de son corps, si on en retranchoit la queue, ressembleroit assez bien à un cercle, ou, pour mieux dire, à un ovale dont on auroit supprimé un segment vers le milieu du bord antérieur. L'ouverture supérieure de ses évents est ordinairement entourée d’une membrane plissée, qui fait paroitre cet orifice comme dentelé. Autour de la partie supérieure de son corps et auprès de lépine dorsale, on voit une assez grande quantité de petits trous d’où suinte une liqueur muqueuse, plus ou moins abondante dans tous les poissons, et qui ne sont que les ouvertures des canaux ou vaisseaux particuliers destinés à transmettre ce suc visqueux aux différentes portions de la surface de l’animal. Deux nageoires nommées dorsales sont placées sur la queue; et l’extrémité de cette partie est garnie d’une nageoire, et divisée, pour ainsi dire, par cette même extrémité, en deux lobes, dont le supérieur est le plus grand. La torpilie est blanche par dessous; mais la couleur de son côté supérieur varie suivant l’âv?, le sexe et le climat. Quelquefois cette couleur est d'un brun cendré, et quelquefois elle est rougeûtre; quelques individus présentent une seule nuance, et d’autres ont

:. C'est le Torpedo Narke, Risse, Rondelet, 358 et 562.

un très grand nombre de taches. Le plus souvent on en voit sur le dos cinq très grandes. rondes, disposées comme aux cinq angles d’un pentagone , ordinairement d’un bleu foncé, entourées tantôt d’un cercle noir, tantôt d’un cercle blanc , tantôt de ces deux cercles placés l’un dans l’autre, ou ne montrant aucun cercle coloré. Ces grandes taches ont assez de rapports avec celles que l’on observe sur le miralet : on les a comparées à des yeux ; elles ont fait donner à l'animal l’épithète d'OEillé; et c'est leur absence, ou des variations dans leurs nuances et la disposition de leurs couleurs, qui ont fait penser à quelques naturalistes que l’on devoit compter quatre espèces différentes de torpiile, ou du moins quatre races constantes dans cette espèce de raie?.

L’odorat de la torpille semble être beaucoup moins parfait que celui de la plupart des raies, et de plusieurs autres poissons cartilagineux; aussi-sa sensihilité paroît-elle beaucoup moindre : elle nage avec moins de vitesse; elle s’agite avec moins d’impétuosité ; elle fuit plus difficilement; elle poursuit plus foiblement; elle combat avec moins d’ardeur; et, avertie de bien moins loin de la présence de sa proie ou de celie de son ennemi, on diroit qu’elle est bien plus exposée à être prise par les pêcheurs, ou à succomber à la faim , ou à périr sous la dent meurtrière de très gros poissons.

Elle ne parvient pas non plus à une grandeur aussi considérable que la batis et quelques autres raies; on n’en trouve que très rarement et qu'un bien petit

1. C'est le Torpedo narke, Risso, Rondelet, 358 et 362. 2. Voyez l'ouvrage de Rondelet, à l'endroit déjà cité.

nombre d’un poids supérieur à vingt-cinq kilogrammes {cinquante livres, ou environ )!; et ses muscles paroissent bien moins forts à proportion que ceux de la batis.

Ses dents sont très courtes ; la surface de son corps ne présente aucun piquant ni aiguillon. Petite, foible, indolente, sans armes, elle seroit donc livrée sans défense aux voraces habitants des mers dont elle peuple les profondeurs, ou dont elle habite les bords : mais, indépendamment du soin qu’elle a de se tenir presque toujours cachée sous le sable ou sous la vase, soit lorsque la belle saison l’attire vers les côtes, soit lorsque le froid l’éloigne des rivages et la repousse dans les abîmes de la haute mer, elle a reçu de la nature une faculté particulière bien supérieure à la force des dents. des dards, et des autres armes dont elle auroit pu être pourvue ; elle possède la puissance remarquable et redoutable de lancer, pour ainsi dire, la foudre; elle accumule dans son corps et en fait jaillir le fluide électrique avec la rapidité de l'éclair; elle imprime une commotion soudaine et paralysante au bras le plus robuste qui s’avance pour la saisir, à l'animal le plus terrible qui veut la dévorer; elle engourdit pour des instants assez longs les poissons les plus agiles dent elle cherche à se nourrirz elle frappe quelquefois ses coups invisibles à une distance assez grande ; et, par cette action prompte,

1: M. Walsh, inembre du parlement d'Angleterre, et de ia société de Londres, prit, dans la baie de Tor, une torpille qui ayoit quatre pieds de long, deux pieds et demi de large, et quatre pouces et demi dans sa plus grande épaisseur: elle pesoit cinquante-irois livres. ( Of iurpeuos found on the coast of England, p. 4.)

DES POISSONS. 257 et qu'elle peut souvent renouveler, annulant les niouvements de ceux qui l’attaquent et de ceux qui se défendent contre ses efforts, on croiroit la voir réaliser au fond des eaux une partie de ces prodiges que la poésie el la fable ont attribués aux fameuses enchanteresses dont elles avoient placé l'empire au milieu des flots, ou près des rivages.

Mais quel est donc dans la torpille l'organe dans lequel réside cette électricité particulière ? et €omment s'exerce ce pouvoir que nous n'avons encore vu départi à aacun des animaux que l’on trouve sur l'échelle des êtres, lorsqu'on en descend les degrés depuis l’homme jusqu’au genre des raies ?

De chaque côté da crâne et des branchies est un organe particulier qui s'étend communément depuis le bout du museau jusqu'à ce cartilage demi-circuläire qui fait partie du diaphragme, et qui sépare Ja cavité de la poitrine de celle de l’abdomen. Cet organe aboutit d’ailleurs, par son côté extérieur, presque à l'origine de la nageoire pectorale. Il occupe donc un espace d'autant plus grand relativement au volume de l'animal, qu’il remplit tout l'intérieur cowpris entre la peau de la partie supérieure de la torpille, et celle de la partie inférieure. On doit voir aisément que la plus grande épaisseur de chacun des deux organes est dans le bord qui est tourné vers le centre et vers la ligne dorsale du poisson, et qui suit dans son contour toutes les sinuosités de la tête et des branchies, contre lesquelles il s'applique. Chaque organe est attaché aux parties qui l’environnent, par une membrane cellulaire dont le tissu est serré, etpar des fibres teudineuses , courtes, fortes et droites, qui

vont depuis le bord extérieur jusqu’au cartilage demicirculaire du diaphragme.

Sous la peau qui revêt la partie supérieure de chaque organe électrique, on voit une espèce de bande étendue sur tout l'organe , composée de fibres prolongées dans le sens de la longueur du corps, et qui, excepté ses bords, se confond, dans presque toute sa surface supérieure, avec le tissu cellulaire de la peau.

Immédiatement au dessous de ceite bande, on en découvre une seconde de même nature que la première, et dont le bord intérieur se mèle avec celui de la bande supérieure, mais dont les fibres sont situées dans le sens de la largeur de la torpille.

Cette bande inférieure se continue dans l’organe proprement dit, par un très grand nombre de prolongements membraneux qui y forment des prismes verticaux à plusieurs pans, ou, pour mieux dire , des tubes creux, perpendiculaires à la surface du poisson , et dont la hauteur varie et diminue à mesure qu'ils s’éloignent du centre de l’animal ou de la ligne dorsale. Ordinairement la hauteur des plus longs tuyaux égale six vingtièmes de la longueur totale de l'organe; celle des plus petits en égale un vingtième; et leur diamètre, presque le même dans tous, est aussi d’un vingtième, ou à peu pres.

Les formes des différents tuyaux ne sont pas toutes semblables. Les uns sont hexagones, d’autres pentagones, et d’autres carrés; quelques uns sont réguliers, mais le plus grand nombre est d’une figure irrégulière.

Les prolongations membraneuses qui composent les pans de ces prismes, sont très déliées, assez

DES POISSONS. 239 transparentes, étroitement unies l’une à l’autre par un réseau lâche de fibres tendineuses qui passent obliquement et lransversalement entre les tuyaux; et ces tubes sont d’ailleurs attachés ensemble par des fibres fortes et non élastiques, qui vont directement d'un prisme à l’autre. On a compté, dans chacun des deux organes d’une grande torpille, jusqu’à près de douze cents de ces prismes. Aureste, entre la partie inférieure de l'organe et la peau qui revêt le dessous du corps du poisson, on trouve deux bandes entièrement semblabies à celles qui recouvrent les extrémités supérieures des tubes.

Non seulement la grandeur de ces tuyaux augmente avec l’âge de la torpille, mais encore leur nombre s’accroît à mesure que l'animal se développe.

Chacun de ces prismes creux est d’ailleurs divisé dans son intérieur en plusieurs intervailes par des espèces de cloisons horizontales, composées d’une membrane déliée et très transparente, paroissant se réunir par leurs bords, attachées par une membrane cellulaire très fine, communiquant ensemble par de pelits vaisseaux sanguins, placées l’une au dessus de l’autre à de très petites distances, et forwant un grand nombre de petits interstices qui semblent contenir un fluide.

De plus, chaque organe est traversé par des artères, des veines, et un grand nombre de nerfs qui se divisent dans toutes sortes de directions entre les tubes, et étendent de petites ramifications sur chaque cloison où ils disparoissent 1,

1. Ceux qui désireront des détails plus étendus sur les organes que nous venons de décrire, pourront ajouter aux résultats de nos obser-

Tel est le double instrument que la nature a accordé à la torpille ; tel est le double siége de sa puissance électrique. Nous venons de voir que lorsque cette raie est parvenue à un certain degré de développement, les deux organes réunis renferment près de deux mille quatre cents tubes : ce grand assemblage de tuyaux représente les batteries électriques, si bien connues des physiciens modernes, et que composent des bouteilles fulminantes, appelées bouteilles de Leyde, disposées dans ces batteries de la même manière que les tubes dans les organes de la torpille, beaucoup plus grandes à la vérité, mais aussi bien moins nombreuses.

Voyons maintenant quels sont les effets de ces instruments fulminants; éxposons de quelle manière la iorpille jouit de son pouvoir électrique. Depuis très long-temps on avait observé, ainsi que nous l'avons dit, cette curieuse faculté; mais elle étoit encore inconnue dans sa nature et dans plusieurs de ses phénomènes, lorsque Redi chercha à en avoir une idée plus nette que les savants qui l’avoient précédé. IL voulut éprouver la verta d’une torpille que l’on venoit de pècher. « À peine l’avois-je touchée et serrée avec » la main, dit cet habile observateurt, que j’éprouvai » dans cette partie un picotement qui se communiqua » dans le bras et dans toute l’épaule, et qui fut suivi » d'un tremblement désagréable, et d’une douleur » accablante et aiguë dans le coude, en sorte que je » fus obligé de retirer aussitôt Ja main. » Cet engour-

vations ceux qu'ils trouveront dans l'excellent ouvrage de J. Hunter, intitulé Observalions anatomiques sur la torpille. 1. Experimenla circa res diversas naturales.

dissement a été aussi décrit par Réaumur, qui a fait plusieurs observations sur la raie torpille. « Il est très

différent des engourdissements ordinaires, a écrit ce savant uaturaliste; on ressent dans toute l’étendue du bras une espèce d’étonnement qu’il n’est pas possible de bien peindre, mais lequel (autant” que les sentiments peuvent se faire connoître par comparaison) a quelque rapport avec la sensation douloureuse que lon éprouve dans le bras lorsqu'on s'est frappé rudement le coude contre quelques corps dur !, »

Redi, en continuant de rendre compte de ses ex-

périences sur la raie dont nous écrivons l'histoire, ajoute: « La même impression se renouveloit toutes

les fois que je m'obstinois à toucher de nouveau la torpille. Il est vrai que la douleur et le tremblement diminuèrent à mesure que la mort de la torpille approchoit. Souvent même je n'éprouvois plus aucune sensation semblable aux premières; et lorsque la torpille fut décidément morte, ce qui arriva dans l’espace de trois heures, je pouvois la manier en sûreté, et sans ressentir aucune impression fàcheuse. D’après cette observation, je ne suis pas surpris qu'il y ait des gens qui révoquent cet effet en doute, et regardent l'expérience de la torpille comme fabuleuse, apparemment parce qu'ils ne l’ont jamais faite que sur une torpille morte ou près de mourir. »

Mais ce n’est pas seulement lorsque la torpille est

très afloiblie et près d’expirer, qu’elle ne fait plus

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