LA RAIE BOUCLÉE
Raia clavata, Linn., Guer., Lacer., Cuv.
CETTE raie, à laquelle on a donné le nom de houclée, ou de clouée, à cause des gros aiguillons dont 1. Raie clouée.
Clavelade, dans plusieurs départements méridionaux. LACÉPEDE. V. 15
elle est armée, et qu'on a comparés à des clous ou à des crochets, habite dans toutes les mers de l'Euk use à à
LapG Elle y parvient jusqu’à la longueur de quatre mètres (plus de douze pieds). Elle est donc une des plus vrandes; et comme eile est en même temps une des meilleures à manger, elle est, ainsi que la batis,
très recherchée par les pêcheurs : l’on ne voit même le plus souvent dans les marchés d'Europe que la bouclée et la batis. Elle ressemble à la batis par ses
habitudes, excepté le temps de sa ponte, qui paroît plus retardé et exiger une saison plus chaude; elle est aussi à beaucoup d’égards conformée de
même.
La couleur &e ia partie supérieure de son corps
Tornback, et maids , en Angieterre.
Raie bouclée, Daubenton, Encyclopédie méthodique. ALE Raja ordine aculsorum unguiformium, unico in dorso cauda- » que. » Bloch, Histoire des poissons en allemand, troisième partie , p. 65,n. 5, pl. 83.
Raja clavata, Fauna suecica, 295.
Id. lt. Wesigoth., 175.
« Raja aculeata, dentibus tubereulosis, cartilagine transversa in
» ventre.» Artedi, gen. 71, syn. 99, spec. 109. Raie bouclée, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.
Gronov., mus. 1, 140, Zooph., 154.
« Dasybatus clavatus, corpore toto maculis albidis rotundis, ete. » Klein, miss. pise. 8, p. 55,n. 4.)tabt4n\7:
Raja clavata, Act. sien. 4, p. 606.
Raie bouclée. Rondelet, première partie, liv. 12, chap. 12.
Raja clavata, Gesn., Aqual., 705.
Id. Willughby, Ichth., 74.
Yd. Ray., pisc. 26.
Raie bouclée, Belon, Aquat., page 70.
Thornback, Pennant, Zool. brit. 3, page 69, n. 5.
Raie bouclée, Valmont de Bomare, Dict. d'histoire naturelle,
Duhamel, Traité des pêches, seconde partie, sect. 9, page 280
est ordinairement d’un brunâtre semé de taches blanches, mais quelquefois blanche avec des taches noires.
La tête est un peu allongée , et le museau pointu; les dents sont petites, plates, en losange, disposées sur plusieurs rangs, et très serrées les unes contre les autres.
La queue, plus longue que le corps, et un peu aplatie par dessous, présente, auprès de son extrémité la plus menue, deux petites nageoires dorsales, et une véritable nageoire caudale qui la termine.
Chaque nageoire ventrale, organisée comme celles de la batis, offre également deux portions plus larges l’une que l’autre, et qui paroïssent représenter, l’une une nageoire ventrale proprement dite, et l’autre une nageoire de l’anus. Mais ce n'est qu'une fausse apparence ; et ces deux portions, dont la plus large a communément trois rayons cartilagineux, et l’autre six, ne forment qu'une seule nageoire.
Presque toute la surface de la raie bouclée est hérissée d'aiguillons. Le nombre de ces piquants varie cependant suivant le sexe et les parages fréquentés per l’animal ; il paroît aussi augmenter avec l’âge. Mais voici quelle est en général la disposition de ces pointes sur une raie bouclée qui a atteint un degré assez avancé de développement.
Un rang d’aiguillons grands, forts et recourbés, attachés à des cartilages un peu lenticulaires, durs, et cachés er grande partie sous la peau qui les retient et aflermit les piquants, règne sur le dos, et s'étend jusqu'au bout de la queue. L'on voit deux piquants semblables au dessus et au dessous du bout du mu-
seau. Deux autres sont placés au devant des yeux, et trois derrière ces organes; quatre autres très grands sont silués sur le dos, de manière à y représenter les quatre coins d'un carré; et une rangée d’aiguillons moins farts garnit longitudinalement chaque côté de la queue. Ce sont toutes ces pointes plus ou moins longues, dures et recourhées, que l’on a comparées à des clous, à des crochets. Mais, indépendamment de ces grands piquants, le dessus du corps, de la tête et des nageoires pectorales, présente des aiguillons plus petits, de longueurs inégales, et qui, lorsqu'ils tombent, laissent à leur place une tache blanche comme les piquants grands et crochus. EL enfin on voit, sur la partie inférieure de la raie bouclée , quelques autres pointes encore plus petites et plus clairsemées.
Cette tache blanche qui marque l'endroit que les aiguiilons séparés du corps avoient ombragé, recouvert, et privé de l'influence de la lumière, cette place décolorée, n'est-elle pas une preuve de ce que nous avons exposé sur les causes des différentes couleurs que les poissons présentent, et des dispositions que ces nuances affectent 1?
Le foie de la raie bouclée est divisé en trois lobes, dent celui du milieu est le moins grand, et les deux latéraux sont très longs : il est très volumineux; il fournit une grande quantité d'huile, que les pêcheurs de Norwége recueillent particulièrement avec beaucoup de soin.
La vésicule du fiei, rougeñtre. allongée et triangu-
1. Discours sur la naiure des poissons, et plusieurs autres arlicles de celte histoire.
laire , est entre le lobe du milieu du foie et l’estomac.
Ce dernier viscère est assez grand, allongé, et si-
tué un peu du côté gauche de l’abdomen, Il se ré-
trécit et se recourbe un peu vers le pylore, qui est très Ctroit, et n’est garni d'aucun appendice.
Au detà du pylore le canal intestinal s’élargit, et parvient à l’anus sans beaucoup de sinuosités.
Mais pourquoi nous étendre davantage sur un poisson que l’on a si souvent entre les mains, que l’on peut si aisément connoître , et qui à tant de rapports avec la batis dont nous avons examiné très en détail et la forme et la manière de vivre ?
Qu'il nous suflise donc d'ajouter que l’on pèche les raies bouclées, comme les autres raies, avec des cordes flottantes!, des folles?, des demi-folles ?, et des seines /,
Lorsque la houclée a été prise, on la conserve pendant quelques jours, ainsi que presque tous les
1-2-5-4. Il y a trois manières principales de pécher avee des cordes.
Premièrement, on peut se servir d'âne longue corde à laquelle on attache, de distance en distance, des lignes où empiles garnies de leurs haims. Cette corde principale porte le nom de maitresse corde, où de bouffe, sur les bords de l'Océan, et celui de maître de palangre sur les côtes de la Méditerranée, où la dénomination de palangre remplace celle de corde, et où les pêcheurs qui emploient des cordes ci des empiles sout appelés palangriers, au lieu de cordiers. Par empile ou pile on entend un fil decrin , de chanvre ou de laiton, auquel un haum est attaché, que l’on suspend aux lignes, et qui, variant dans sa grosseur suivant la force des haïms, et l'espèce du poisson que l’on se propose de prendre, est simple, ou double, rond , ou tressé en cadenette. Et par aim, presque tout le monde sait que l’on désigne un crochet d'os, de bois dur, ou de métal, auquel on attache une amorce, et qui. recevant quelquefois le nom d’hamegon, le porte surtout lorsqu'il est garni de son appât.
Secondement, on pêche avec des cordes par fond, c'est-à-dire avec
poissons du même genre, afin que sa chair acquière de la délicatesse, et perde toute odeur de marécage ou de marine. Sur plusieurs côtes, on recherche beaucoup de jeunes et très petites raies bouclées que l’on
des maîtresses cordes chargées de plomb ou de caïlloux, qui les assujettissent au fond des eaux.
Et troisièmement, on peut employer une corde flottante. Cette dernière, moins grosse ordinairement que les cordes par fond, est soutenue par des flottes ou corcerons de liége, qui la font quelquefois flotter entièrement à la surface de l’eau. On s’en sert pour prendre les poissons qui nagent très près de la superficie des mers ou des rivières.
— La folle est un filet à larges mailles, que l’on tend de manière qu'il fasse des plis, tant dans le sens horizontal que dans le sens vertical, afin que les poissons s’enveloppent plus facilement dans ses différentes parties. La plupart des auteurs qui ont écrit sur les instruments employés dans les pêches, ont dit que les mouvements irréguliers et multipliés produits par les plis de ce filet, lui ont fait donner le nom de folle. Au reste, il est lesté par le bas, et légèrement flotté ou garni de liége par le haut; et c'est communément auprès du fond des mers ou de celui des rivières qu'il est tendu.
— La demi-folle diffère de la folie, en ce qu’elle a moïns d'étendue, et que les mailles qui la compô#ent sont plus étroites.
On nomme seine, ou senne, un filet composé d'une nappe simple, et propre à arrêter les poissons qu'ou veut prendre. Elle diffère de la folle, en ce qu'elle est destinée à être trainée par les pêcheurs. Elle est garnie de lest dans sa partie inférieure, et de flottes ou morceaux de liége dans sa partie supérieure. La corde qui berde et termine cette partie supérieure, et à laquelle les flottes sont attachées, se nomme ralingue. Aux extrémités de cetle ralingue sont des cordes plus ou moins longues qu'on appelle bras , et qui servent à tendre le filet ou à le traîner. Lorsqu'on traîne la seine, elle forme, dans le sens horizontal, une courbure dont le creux est tourné vers le point auquel on tend : et comme il est très rare que les poissons que on poursuit avec ce filet soient de grandeur ou de forme à s'embarrasser et se prendre dans ses mailles, on ne relève la seine qu’en rapprochant et réunissant tout-à-fait les deux bouts de la ralingue, et en renfermant les poissons dans le contour que l’on produit par cette manœuvre.
DES POISSONS. 203 nomme Rayons, Raietons, Ratillons, et, dans quelques parts, Papillons ; dénominations dont on se sert aussi quelquelois pour désigner des morceaux détachés de grandes raies desséchées, et préparées pour de longs voyages.
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