Hist. natur., liv. 9, chap
DES POISSONS. 209 ses évents présente quelquefois deux espèces de petites dents ; elle a deux nageoires dorsales un peu conformées comme le fer d'une faux, et placées à peu près comme celles de la bohkat. La première de ces deux nageoires est en elfet située au dessus des nageoires ventrales, et la seconde un peu plus près de l’extrémité de la queue que de la première. Une troisième nageoire, une véritable nageoire caudale, garnit le bout de la queue; et cette dernière partie, de la même grosseur à son origine que la partie postérieure du corps, ne diminue de diamètre jusqu’à son extrémité que par des degrés insensibles. La surface de l’animal est revêtue d’une grande quantité de tubercules; et une rangée d’autres tubercules forts et aigus, ou, pour mieux dire, de pointes, part de l’entredeux des yeux, et s'étend jusqu'à la seconde nageoire dorsale.
La partie supérieure de l'animal est d’une couleur obscure, et le dessous d’un blanc rougeûtre.
Telle est la véritable rhinobate , l'espèce que nous avons fait dessiner et graver d’après un individu de plus d’un mètre de longueur, conservé dans le Muséum d'histoire naturelle. La courte description que nous venons d’en faire d’après ce même individu suffiroit pour que personne ne la confondit avec la raie thouin : cependant, afin d'éviter toute erreur, mettons en opposition quelques principaux caractères de ces deux poissons cartilagineux; on n’en connoitra que mieux ces deux espèces remarquables de la famille des raies.
Premièrement, la couleur du dessus du museau et du reste de la tête de la rhinobate ne présente
qu'une seule teinte : le museau et le devant de Ïa tête de la thouin offrent une nuance très foncée etun blanc très éclatant, distribués avec beaucoup de régularité, et contrasiés d’une manière frappante.
Secondement, l’angle que présente l’extrémité du museau est beaucoup plus aigu dans la rhinobate que dans la thouin, et la base de l'espèce de triangle que forme ce museau est par conséquent beaucoup moins étendue.
Troisièmement, la surface supérieure de cette même partie et du devant de la tête n'est point hérissée de petits aiguillons sur la rhinobate, comme sur la thouin.
Quatrièmement, la forme des pointes qui règnent le long du dos de la raie que nous décrivons dans cet article, est souvent différente de celle des piquants dont le dos de la thouin est armé.
Cinquiémement, le dessus du corps de la rhinobate est moins aplati que celui de la thouin.
Sixièmement, le corps de la rhinobate ne commence à diminuer de diamètre que vers les nageoires ventrales : celui de la thouin montre cette diminution vers le milieu des nageoires pectorales.
Septièmement, les nageoires pectorales de la rhinobate ne présentent pas le même contour, et sont moins rapprochées des ventrales que celles de la thouin.
Huitièmement, une membrane quelquefois franvée, quelquefois sans découpure, s'étend longitudinalement de chaque côté de la rhinobate, et mar-
que, pour ainsi dire, la séparation de la partie supérieure de l’animal d’avec l’inférieure : on ne voit
DES POISSONS. 297 rien de semblable sur la raie à laquelle nous la comparons.
Neuvièmement, la première nageoire dorsale de la rhinobate est située beaucoup plus près des évents que celle de la raie thouin. |
Et dixièmement enfin, la nageoire de la queue de la rhinobate, au lieu d’être peu échancrée comme celle de la thouin, est divisée en deux lobes très marqués, dont le supérieur est beaucoup plus grand que l'inférieur.
Ces deux raies sont donc éloignées l’une de l’autre par dix caractères distinctifs : et comment confondre ensemble deux espèces que tant de dissemblances séparent? Des variétés plus ou moins constantes .de la rhinobate ou de la thouin pourront bien se placer, pour ainsi dire , entre ces deux animaux, et, par quelques altérations dans la conformation que nous venons d'exposer, servir en apparence de points de communication, et même les rapprocher un peu : mais de trop grands intervalles resteront toujours entre ces deux espèces pour qu'on puisse les identifier.
La rhinobate ayant le museau plus délié, et par conséquent plus mobile que la thouin, doit avoir le toucher pour le moins aussi exquis, et la sensibilité aussi vive que cette dernière,
Au reste, c’est à l'espèce de la rhinobate que nous
‘rapportons, avec le professeur Gmelin !, la raie halavi?, décrite par Forskael dans sa Faune d’ Arabie,