‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 3)Chapitre 81 sur 113 · Raja vacca, aux environs de Livourne · texte numérisé non relu

Raja vacca, aux environs de Livourne

mesures de la république françoise; et voilà pourquoi nous avons cru devoir donner à cette espèce de cartilagineux le nom de Raie fabronienne, qui exprimera notre reconnoissance. L’individu qui fait partie de la collection de Florence , a quatre mètres, ou environ, d'envergure , c’est-à-dire depuis la pointe d’une nageoire pectorale jusqu’à celle de l’autre nageoire latérale. L'espace compris entre le bout du museau et l’origine de la queue est à peu près de deux mètres. L’envergure est donc plus que double de la longueur du corps proprement dit, tandis que ces deux dimensions sont égales dans la mobular®, celle de toutes les raies avec laquelle on pourroit être le plus tenté de confondre la fabronienne. Chaque nageoire pectorale est d’ailleurs très étroite, et. la base du triangle que présente sa surface, au lieu de s'étendre depuis la tète jusqu'au commencement de la queue, ainsi que sur la mobular, ne s'étend que jusque vers le milieu de la longueur du corps. Le bord antérieur de chaque nageoire latérale est d’ailleurs convexe, et le bord postérieur concave; ce qui est différent de ce qu'on voit dans la mobular, où le bord de devant et le bord de derrière de la nageoire pectorale présentent l’un et l’autre une convexité auprès du corps, et une concavité auprès de la pointe de la nageoire. Lorsqu'on regarde la fabronienne par dessous, on aperçoit deux nageoires ventrales et deux portions de la nageoire de l’anus ; lorsque la mobular est également vue par dessous, les nageoires ventra-

1. On dit dans l’article de la mobular, que la face antérieure de chaque nageoire pectorale a six pieds de longueur : c'est une faute typographique : il faut lire prés de trois pieds. Voyez page 502.

les cachent une portion des nageoires peclorales, et on ne distingue pas de nageoire de l'anus.

La queue ayant été tronquée, par un accident particulier, dans l'individu de la coliection de Toscane, nous ne pouvons rien dire sur la forme de cette partie dans la raie fabronienne.

Mais ce qui mérite particulièrement l'attention des naturalistes , c'est que le devant de la tête de la fabronienne est garni , comme le devant de la tête de la mobular et de la manatia, de deux appendices longs, étroits et mobiles, qui prennent naissance auprès des orbites des yeux, et que l’on a comparés à des cornes. Chacun de ces appendices a quarantecinq centimètres , ou environ, de longueur , à compter de l'orbite, et par conséquent à peu près le quart de la lougueur du corps et de la tête considérés ensemble; ilest donc beaucoup plus court, à proportion des autres parties de l'animal, que les appendices de la mobular, lesquels ont de longueur près du tiers de celle de la tête et du corps réunis.

D'après le dessin qui m'a été remis, et une note écrite sur ce même dessin, les deux appendices de la fabronienne sont deux espèces d’ailerons ou de nageoires, composés de plusieurs portions cartilagineuses réunies par des membranes ou d’autres parties molles, organisés de manière à pouvoir se déployer comme un éventail, et servant à l’animal non seulement à tâter devant lui, mais encore à approcher sa nourriture de sa bouckhe.

Voilà donc dans la mobular, dans la manatia et dans la fabronienne, une conformation particulière que nous allons retrouver dans la banksienne, mais que

nous ne connoissons dans aucune autre espèce de poisson, un organe particulier du toucher, un instrument remarquable d'appréhension, une sorte de main propre à saisir les objets avec plus ou moins de facilité ; et cette faculté extraordinaire attribuée à ces appendices si dignes par là de observation des physiologistes, est une nouvelle preuve de l'instinct supérieur qui, tout égal d’ailleurs, nous a paru devoir appartenir aux raies qui offrent ces protubérances. Au reste, la grandeur de la raie que nous décrivous, et la ressembiance vague des cornes des ruminants avec de grandes portions saillantes placées sur la Lête, allongées, un peu cylindriques, et souvent

contournées, ont fait donner à la fabronienne le nom de Raïe vache par plusieurs pêcheurs des côtes de la Toscane.

LA RAÏE BANKSIENNE.

Raia banksiana, Lacer.

NX

LE célèbre ualuraliste Fabroni ayant adressé au chevalier Banks, président de la Société royale de Londres, une ietire relative à la raie que nous venons de décrire, cet illustre savant lui fit parvenir, avec sa réponse , une notice et un dessin d’une autre grande raie remarquable, comine la mobular, la manatia et

la fabronienne, par de longs appendices placés sur le devant de la tête. Fabroni a bien voulu mettre à ma disposition ce dessin et cette nolice; eten m'en servant pour le complément de l'histoire des cartilagineux, je me suis empressé de distinguer cette raie par le nom de Banksienne, alin de donner un témoignage public de la gratitude qu'ont inspirée à tous les amis de l'humanité, les progrès que le respectable président de la Société royale de Londres a fait faire aux sciences naturelles, et les marques d'estime qu'il n’a cessé de donner, dans toutes les circonstances, à ceux de mes compatriotes qui se sont dévoués comme lui au perfectionnement des connoissances huinaines.

La banksienne n’a point de nageoire sur le dos, ni au bout de la queue; cette conformation ia sépare de la mobular et de la manatia. Elle en est aussi séparée par d’autres caractères. Chaque nageoire pectorale, plus longue que Île corps proprement dit, est plus étroite encore dans la plus grande partie de son étendue et relativement aux différentes dimensions des autres parties de l'animal, que les nageoires pectoraies de la fabronienne; elle représente un triangle isocèle, dont la base repose sur un des côtés du corps à une distance à peu près égale de la tête et de la queue, et dont le sommet est aussi à peu près également éloigné de la queue et de la tête.

Les veux, au lieu d’être situés sur les côtés de la têle, comme dans la fabronienne, la manatia et la mobular, sont placés sur la surface supérieure de cette partie de la raie. On voit trois taches longues, étroites, longitudinales , inégales et irrégulières , derrière les yeux; trois autres semblables auprès de

l’origine de la queue, et deux autres également semblables auprès de la base de chaque nageoire pectorale.

Le chevalier Banks dit dans sa note manuscrite que le dessin de l'animal lui est parvenu des Indes orientales, que les marins donnent à cette raie le nom de Diable de mer, et qu’elle parvient à un volume si considérable, qu'un individu de la même espèce, pris sur les côtes de la Barbade, n’a pu être tiré à terre que par le moyen de sept paires de bœufs. C'est la réunion d'une grandeur peu commune, d’une force analogue , et d’une tête en apparence cornue, qui aura fait nommer la banksienne Diable de mer, aussi bien que la mobular. Au reste, il paroît que la manatia et la banks'enne n'ont encore été observées que dans les mers chaudes de l’ancien ou du nouveau continent, pendant qu'on a pêché la mobular et la fabronienne près des rivages septentrionaux de la mer Méditerranée.

Dans Je dessin envoyé par le chevalier Banks, on voit un barbillon, ou très long filament, à l’extrémité de chacun des appendices de la tête: on a même représenté un petit poisson embarrassé et retenu par la raie au milieu de plusieurs contours de l’un de ces filaments. Mais Banks pense que ces barbillons déliés n’ont jamais existé que dans la tête du dessinateur. Nous partageons d'autant plus l'opinion de ce savant, que le dessin qu'il a envoyé au physicien Fabroni, n’a pas élé fait sur l'animal tiré à terre et observé avec facilité, mais sur ce poisson nageant encore auprès de la surface de la mer ; et voilà pourquoi nous avons désiré qu'on retranchât ces filaments dans la

Poissons -

PL Go.

BRANISUENNI

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