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914 HISTOIRE NATURELLE ascarides, tourmentent souvent dans son intérieur le plus énorme requin: ils déchirent ses entrailles sans avoir rien à craindre de sa puissance. D’autres animaux presque autant sans défense relativement à sa force, des poissons mal armés, tels que lPÆcheneis Remora, peuvent aussi impunément s'attacher à sa surface extérieure. Presque toujours, à la vérité, sa peau dure et tüberculeuse l'empêche de s’apercevoir de la présence de ces animaux : mais si quelquefois ils s’accrochent à quelque partie plus sensible, le requin fait de vains efforts pour échapper à la douleur; et le poisson qui n'a presque reçu aucun moyen de nuire, est pour lai au milieu des eaux ce que l’aiguillon d'un seul insecte est pour le tigre {e plus furieux au milieu des sables ardents de l'Afrique.
Les requins de dix mètres, ou d’un peu plus de trente pieds de longueur, étant les plus grands des poissons qui habitent la mer Méditerranée, et surpassant par leurs dimensions la plupart des cétacés que l'on voit dans ses eaux, c’est vraisemblablement le squale dont nous essayons de présenter les traits, qu'ont eu en vue les inventeurs des mythologies, ou les auteurs des opinions religieuses adoptées par les Grecs et par les autres peuples placés sur les rivages de cette même mer. Il paroît que c'est dans le vaste estomac d'un immense requin quils ont annoncé qu'un de leurs héros ou de leurs demi-dieux avoit vécu pendant trois jours et trois nuits; et ce qui doit faire croire d'autant plus aisément qu'ils dnt, dans leur récit, voulu parler de ce squale, et qu'ils n’ont désigné aucun des autres animaux marins qu'ils comprenoient avec ce poisson sous la dénomination gé-
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DES POISSONS. 999 nérale de Cete, c’est que l’on a écrit qu’un très long requin pouvoit avoir l'œsophage et l'estomac assez étendus pour engloutir de très grands animaux sans les blesser, et pour les rendre encore en vie à la lumière.
Les requins sont très répandus dans toutes les mers. Îl n’est donc pas surprenant que leurs dépouilles pétriñiées, et plus ou moins entières, se trouvent dans un si grand nombre de montagnes et d’autres endroits du globe autrefois recouverts par les eaux de l'Océan. On a découvert une de ces dépouilles presque complète dans l’intérieur du Monte-Bolca, montagne volcanique des’environs de Vérone, célèbre par les pétrifications de poissons qu’elle renferme, et qui, devenue depuis le dix-huitième siècle l’objet des recherches des savants Véronois, leur a fourni plusieurs collections précieuses?, et particulièrement celle que l’on a due aux soins éclairés de M. Vincent Bozza et du comte Jean-Baptiste Gazola. C’est à cette dernière collection qu’appartient ce requin pétrifié qui a près de sept décimètres (vingt-cinq pouces six lignes) de longueur, et dont on peut voir la figure dans l’Zchtyolithologie véronoise?, bel ouvrage que publie dans ce moment une société de physiciens de Vérone. Mais il est rare de voir, dans les différentes couches du globe, des restes un peu entiers de requin; on n'en trouve ordinairement que des fragments; et celles
1. Deux de ces riches collections, formées l’ane par l'illustre marquis Scipion Maffei, et l’autre par M. Jean-Jacques Spada , ont appartenu au célèbre Seguier de Nimes , et ant été dans le temps transporiées dans cette dernière ville.