‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 4)Chapitre 128 sur 198 · Chrysurus signilie queuc d’or · texte numérisé non relu

Chrysurus signilie queuc d’or

DES POISSONS. 2 rieure, est un peu plus longue que cette dernière. Toutes les deux sont composées d’un os que hérissent des dents très petites, très courtes, très aiguës, assez écartées l’une de l’autre, placées comme celles d’un peigne, et très différentes, par leur forme, leur nombre et leur disposition, de celles de l’hippurus.

On voit d’ailleurs deux tubercules garnis de dents très menues et très serrées auprès de l’angle intérieur de la mâchoire supérieure, trois autres tubercules presque semblables vers le milieu du palais, et un sixième tubercule très analogue presque au dessus du gosier.

La langue est large, courte, arrondie par devant, osseuse dans son milieu, et cartilagineuse dans ses bords. L'ouverture de la bouche est peu étendue : on compte de chaque côté deux orifices des narines; une sorte d’anneau membraneux entoure l’antérieur. Les opercules des branchies sont, comme la tête, déaués de petites écailles ; ils sont de plus assez grands, et composés chacun de deux pièces, dont celle de devant est arrondie vers la queue, et dont celle de derrière se prolonge également vers la queue , en appendice quelquefois un peu recourhé.

Six rayons aplatis soutiennent de chaque côté une imembrane branchiale, au dessous de laquelle sont piacées quatre branchies très rouges , formées chacune de deux rangées de filaments allongés : la partie concave de l'arc de cercle osseux de la première et de la seconde est garnie de longues dents arrangées comme celles d’un peigne; la concavité de Pare de la troisième et de la quatrième ne présente que des aspérités.

La nageoire du dos, qui commence au dessus des yeux, et s'étend presque jusqu’à celle de la queue, comprend cinquante huit rayons!: les huit premiers sont d'autant plus longs qu'ils sont situés plus loin de Ja tête, et la longueur des autres est au contraire d’autant moindre, quoique avec des différences peu sensibles, qu'ils sont plus près de la nageoiïire caudale.

L'anus est placé vers le milieu de la longueur totale de l’animal; et l’on voit, entre cet orifice et la base des nageoires thoracines, un petit sillon longitudinal.

La nageoire de la queue est fourchue, comme celle de tous les coryphènes du premier sous-senre ; la ligne latérale serpente depuis le haut de l’ouverture branchiale, où eile prend son origine, jusqu’auprès de l'extrémité des nageoires pectorales, et atteint ensuite la nageoire de la queue eu ne se fléchissant que par de légères ondulations ; et enfin les écailles qui recouvrent le poisson, sont allongées, arrondies à leur sommet, lisses et fortement attachées.

On a donc pu remarquer sept traits principaux par lesquels le chrysurus diffère de l’hippurus : premièrement, le nombre des rayons n’est pas le même dans la plupart des nageoires de ces deux coryphènes; secondement, la membrane branchiale du chry-

1. À la membrane des branchies. . . . . . . . . . 6 rayons. Aflainageoirendninos. 24). IOL ARC HETIE 58 A chacune des pectorales.... . . . . : . . . .,.. 20 À chacune des thoracines. 27.0. 2 0 M TUE 5 A la nageoire de lanus. . . : . : + . 1... 1028

À celle de la queue: 140.7. 402 0 ASE TE)

surus ne renferme que six rayons, il y en a toujours depuis sept jusqu’à dix à celle de l’hippurus ; troisièmement, le dos du premier est caréné, celui du second est convexe; quatrièmement , l'ouverture de la bouche est peu étendue dans le chrysurus, elle est très grande dans l’hippurus; cinquièmement, les dents du chrysurus sont conformées et placées bien différemment que celles de l'hippurus; sixièmement, l’opercule branchial du chrysurus comprend deux lames, on ne voit qu'une pièce dans celui de l’hippurus; et septièmement, nous avons déjà montré une distribution de couleurs bien peu’semblable sur l’un et sur l’autre de ces deux coryphènes. Ils doivent donc constituer deux espèces différentes, dont une, c'est-à-dire celle que nous décrivons, est encore inconnue des naturalistes ; car elle est aussi très distincte du coryphène doradon, ainsi qu’on peut facilement s’en convaincre en comparant les formes du doradon et celles du chrysurus.

Au reste, les habitudes du coryphène qui fait le sujet de cet article, doivent se rapprocher beaucoup de celles de l’hippurus. En effet, Commerson ayant ouvert un chrysurus qui avoit plus de sept décimètres de longueur, il trouva son estomac qui étoit allongé et membraneux, rempli de petits poissons volants, et d’autres poissons très peu volumineux.

Il vit aussi s’agiter au milieu de cet estomac, et dans une sorte de pâte ou de chyme , plusieurs vers filiformes , et de la longueur de deux ou trois centimètres,

Ce voyageur rapporte d’ailleurs dans les manuscrits qui m'ont été confiés dans le temps par Buflon, que

574 HISTOIRE NATURELLE lorsque les matelots exercés à la pêche ont pris an chrysurus, ils l’attachent à une corde , et le suspendent à la proue du vaisseau , de manière que l’animal paroît être encore en vie el nager à la surface de la mer. Ils attirent et réunissent, par ce procédé , un assez grand nombre d’autres chrysurus, qu'ils peuvent alors percer facilement avec une fouinef. Commerson ajoute que les chrysurus l'emportent sur presque tous les poissons de mer par le bon goût de leur chair, que l’on prépare de plusieurs manières , et particulièrement avec du beurre et des câpres.

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LE CORYPHÈNE SCOMBEROÏDE®.

Coryphæna scomberoides, LAcEr.

Nous avons trouvé dans les manuscrits de Commerson la description de cette espèce de coryphène,

1, La fouine est un peigne de fer attaché à un long manche. On donne aussi ce nom, ainsi que celui de foëne et de fouanne, à une broche terminée par un dard. Quelquefois on ajuste ensemble deux, trois ou un plus grand nombre de lames, pour {former une fouanne , ou foëne, ou fouine. D'autres fois on emploie ces noms pour désigner une simple fourche. On attache l'instrument au bout d’une perche, et l'on s'en sert pour percer les poissons que l’on aperçoit'au fond de l’eau , ou qui sont cachés dans la vase , les enfiler et Les retirer.

2.« Coryphus argenteus. »—« Coryphus pinna dorsali longissima

pe

que ce savant voyageur avoit vue, au mois de mars 1708, dans la mer du Sud, ou, pour mieux dire, dans le grand Océan équatorial, vers le 18° degré de latitude australe, et le 134° degré de longitude, et par conséquent à une distance de Îa ligne très peu différente de celle où il observa, un ou deux mois après, le coryphène chrysurus.

Le scombéroiïde est d’une longueur intermédiaire entre celle du scombre maquereau et celle du hareng. Sa couleur totale est argentée et brillante ; mais elle n'est pure que sur les côtés et sur le ventre. Une teinte brune mêlée de bleu céleste est répandue sur le dos; cette teinte s'étend aussi sur le sommet de la tête, où elle est plus foncée, plus noirâtre, et mêlée avec des reflets dorés que l’on voit également autour des yeux et sur les lames des opercules.

Toutes les nageoires sont entièrement brunes, excepté les thoracines, dont la partie extérieure est blanche, et les pectorales, qui sont ün peu dorées.

La mâchoire supérieure est plus courte que l'inférieure. Les os qui composent l'une et l’autre, sont hérissés d’un si grand nombre de petites dents tournées en arrière, qu'ils montrent la surface d’une lime, et qu’ils tiennent l’animal facilement suspendu à un doigt, par exemple, que l’on introduit dans la cavité de la bouche.

» radicrum quinquaginta-quinque, osse quadratulo in media lingua. » »— Et coryphus argenteus, immaculatus, pinnis fuscis, dorsali ra- » diorum quinqueginta-quinque, anali viginti-quinque, cauda bifurca : fucescente. » Commerson , manuscrits déjà cités.

Osteoglossus, ostéoglosse, ou languosseux de la mer du Sud. Id., ibid.

Petite dorade. Id. , ibid.

276 HISTOIRE NATURELLE La langue a une figure remarquable ; elle ressem-

ble en quelque sorte à un ongle humain : elle est large, un peu arrondie par devant, et néanmoins terminée par un angle à chaque bout de son arc antérieur; de plus, elle présente dans son milieu un os presque carré, et couvert de petites aspérités dirigées vers le gosier; sa circonférence est formée par un cartilage qui s’amincit vers le bord; et un frein large et épais la retient par dessous.

La voûte du palais est entièrement lisse, excepté l'endroit le plus voisin du gosier, où l’on voit de petites élévations osseuses et denticulées.

Deux lames arrondies par derrière, grandes et lisses, composent chaque opercule; six rayons soutiennent la membrane branchiale: et les branchies sont assez semblables, par leur nombre et par leur conformation , à celles du chrysurus.

La ligne latérale offre plusieurs sinuosités qui décroissent à mesure qu'elles sont plus voisines de la nageoire caudale.

Les nageoires thoracines sont réunies à leur base par une membrane qui tient aussi à un sillon longitudinal placé sous le ventre, et dans lequel le poissen peut coucher à volonté ces mêmes nageoires. Elles renferment chacune cinq ou six rayons.

Le dessous de la queue est terminé par une carène très aiguë.

La nageoire dorsale règne depuis l’occiput jusque vers l'extrémité de la queue; elle est festonnée dans sa partie postérieure, de manière à imiter les très petites nageoires que l'on voit sur la queue des scombres : la nageoire de l’anus offre une conformation

DES POISSONS. D analogue; et ces traits particuliers au poisson que nous décrivons, ne servant pas peu à le rapprocher des scombres, avec lesquels d’ailleurs on peut voir, dans cette histoire , que les coryphènes ont beaucoup de rapports, j'ai cru devoir nommer Scombéroïde l'espèce que nous cherchons, dans cet article, à faire connoître des naturalistes.

Commerson vit des milliers de ces scombéroïdes suivre les vaisseaux françois avec assiduité, et pendant plusieurs jours. Ils vivoient de très jeunes ou très petits poissons volants, qui, pendant ce temps, voltigeoient autour des navires comme des nuées de papillons , qu'ils ne surpassoient guère en grosseur ; et c'est à cause de la petitesse de leurs dimensions, qu’ils pouvoient servir de proie aux scombéroïdes, dont la bouche étroite n’auroit pas pu admettre des animaux plus gros. En effet, l’un des pius grands de ces coryphènes observés par Commerson n’avoit qu'environ trois décimètres de longueur. Cet individu étoit cependant adulte et femelle,

Au reste, les ovaires de cette femelle, qui avoient une forme allongée , occupoient la plus grande partie de l’intérieur du ventre, comme dans les cyprins , et contenoient une quantité innombrable d'œufs ; ce qui prouve ce que nous avons déjà dit au sujet de la srande fécondité des coryphènes.

1. À la membrane des branchies.. . . . . . . . . 6 rayons. Alaimageoireldu dos. 1. Heure 55 A.chacune des pectarales. . . . . + . . . . . . . 18 A chacune des thoracines. . . . . . . . . , . . 6 Acellerderl'anuss astres «eat une NT m2 5 A celle de la queue , qui est fourchue.. . . . . 15

LACÉPEDE. VIIL, 18

MeHETET ER OS TERETMREORERSBELETEPEE SET ER ETERER PER GEL BCE AT EEE EE ET EEE ELLES OT

LE CORYPHENE ONDÉ".

Coryphæna fasciolata, Parras, Linn., Guer. — Coryphæna undulata, Lacre.

Parras a décrit le premier cette espèce de coryphène. L'individu qu'il a observé et qui avoit été pêché dans les eaux de l’île d’Amboine , n’étoit iong que de cinq centimètres ou environ. Les formes et les couleurs de cet animal étoient élégantes : très allongé et un peu comprimé, il montroit sur ja plus grande partie de sa surface une teinte agréable qui réunissoit la blancheur du lait à l'éclat de l'argent; une nuance grise varioit son dos ; la nageoire dorsale et celle de l'anus étoient distinguées par de petites bandes transversales brunes; les bandelettes de la première de ces deux nageoires s’étendoient sur la partie supérieure de lanimal, y onduloient, pour ainsi dire, s’y réunissoient les unes aux autres, disparoiïssoient vers la partie inférieure du poisson ; et ia nagoire de la queue, qui étoit fourchue, présentoit un croissant très brun.

1. Pallas, Spicil. zoolog., 8, p. 25. tab. 3, fig. 2. Coryphène ondeyant. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie mé-

thodique.

D'ailleurs ce coryphène avoit des yeux assez grands; l'ouverture de sa bouche, étant très large, laissoit voir facilement une langue lisse, et arrondie par devant; un opercule composé de deux lames non découpées couvroit de chaque côté un grand orifice branchial; la ligne latérale étoit droite et peu proéminentei,

SE ME 5 58 2 D-H0 0 LC 0 ED 129 OO 50 10 50 9 LP9 040 9 509 H-0 0 B 0.704940 80 09.50.60 H0H0108H0 FO0EE LI HO 0 LE

LE CORYPHÈNE POMPILE?

Coryphæna Pompilus, Lixn., Guer., LacEr. — Centrolophus Pompilus, Cuv.

DE tous les coryphènes du premier sous-genre, le pombpile est celui dont la nageoïire caudale est la moins

1. À la membrane des branchies Aa Tapeoie du dose el eee de lalle le Miele 54

A chacune des pectorales

ae VE À CR ARABES A 19 À chacune des thoracines.. . . . . , : . , .. 5 A celle de Fanus..5. vit 29080. 0970m0rep M8 D 27 A celle de la queue:4fsre anis MONO RE, 17

2. Coryphère lampuge. Daubenton, Encyclopédie méthodique. Id. Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.

« Coryphæna.. linea laterali curva, » Artedi, gen. 16, syn. 29. Pompilos. Ælian., Hb. 2, cap. 15 ; et lib. 15, cap. 25.

Id. Athen., lib. 7, p. 282, 283 et 284.

Id. Oppian., Hal., lib. 1, p. 8.

Pompilus. Ovid.

fourchue; et voilà pourquoi quelques naturalistes, et particulièrement Artedi, le comparant sans doute à l’hippurus, ont écrit que cette nageoire de la queue n’étoit pas échancrée. Cependant, lorsqu'on a sous les yeux un individu de ceite espèce , non altéré, on s'aperçoit aisément que sa nageoire caudale présente à son extrémité un angle rentrant. Les anciens ont nominé Pompile le coryphène dont nous traitons dans cet article, parce que, se rapprochant beaucoup par ses habitudes de l'hippurus et du doradon, on diroit qu'il se plaît à accompagner les vaisseaux, et que pompe signifie en grec pompe ou cortège. Au resté, il ne faut pas être étonné qu'ils aient assez bien connu la manière de vivre de ce poisson osseux, puisqu'il habite dans la Méditerranée, aussi bien que dans plusieurs portions chaudes ou tempérées de l'Océan atlantique et du grand Océan.

L'ouverture de la bouche du pompile est très grande ; sa mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure, et un peu relevée; les côtés de la tête présentent des dentelures et des enfoncements; la ligne latérale est courbe; les nageoires pectorales sont pointues! ; des bandes transversales, étroites, et

Pompilus. Plin., Hist. mundi, lib. 52, cap. 11.

Pompile. Rondelet, première partie, liv. 8, chap. 13. Xrusophrus, par plusienrs anciens auteurs.

Gesner, p. 881, 753 ; et (Germ.) fol. 60, a, b.

Aldrovand., lib. 3, cap. 19, p. 825.

Jonston, lib. 1, tit. 1, cap. 2, a, 2, tab. 3, fig. 5.

Charlet., p. 124.

Willughby, p. 215.

Raï., p. 101.

1. À la nagevire dorsale. . . . . . . . . . . . :\1:55trayons.

DES POISSONS. 261 communément jaunes, règnent sur les côtés. La dorure qui distingue un si grand nombre de coryphènes, se manifeste sur le pompile au dessus de chaque œil; et voilà pourquoi on l’a nommé Sourcil d’or, en grec Xrusophrus.

LE CORYPHÈNE BLEU!

Coryphæna cœrulea, Linn., Guer., Lacep.

L'or, l'argent et l’azur brillent sur les coryphènes que nous venons d'examiner; la parure de celui que nous décrivons est plus simple , mais élégante. Il ne présente ni argent ni or; mais toute sa surface est d’un bleu nuancé par des teintes agréablement diversifiées, et fondues par de douces dégradations de clarté. On le trouve dans les mers tempérées ou chaudes qui baignent les rivages orientaux de l'Amérique. Ses écailles sont grandes; celles qui revêtent le dessus et les côtés de sa tête, sent assez semblables aux

À chacune des pectorales. . . . . ; . . . . . . 14 rayons. A chacune des thoracines. . . . 1. pete 6 Acelléide lanusst ee Ar ben PAPA Ce A celle de la queue. . . . . . . SR ANA) Vale

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