Rondelet, première partie, liv. 8, chap
Ce fait nous rappelle un phénomène analogue, qui nous a été attesté par un voyageur digne d’estime, et sur lequel nous croyons utile d'appeler l’attention des observateurs.
M. Charvet m'a instruit, par deux lettres, datées de Serrières, département d’Ardèche, l’une le 11 ociobre, l’autre le 7 novembre de lan 1796, qu’en 1776 il étoit occupé dans l’île de la Guadeloupe, non seulement à faire une collection de dessins coloriés de plantes, qu'il destinoit pour le Jardin et le Cabinet d'histoire naturelle de Paris, et qui furent entièrement détruits par le fameux Guragan de septembre de cette mème année 17976, mais encore à terminer avec beaucoup de soin des dessins de différentes espèces de poissons pour M. Barbojteau , habitant du Port-Louis, connu par un ouvrage intéressant sur les fourmis, et correspondant de Duhamel, qui publia plusieurs de ces dessins ichthyologiques dans le Traité général des pêcies.
Les liaisons de M. Charvet avec les Caraïbes, chez lesquels il trouvoit de l’ombrage et du repos lorsqu'il étoit fatigué de parcourir les rochers et les profondeurs des anses, lui procurèrent, de la part de ces insulaires, des poissons assez rares. Ces Caraïbes le dirigèrent, dans une de ses courses, vers une partie des rivages de l'île, sauvage, pittoresque et mélancolique, appelée Porte d'enfer. Ce fut auprès de cette côte qu'il trouva un poisson dont il m'a envoyé un dessin colorié. Cet animal avoit l'air si familier et si peu effrayé des mouvements de M. Charvet, qui se baignoit, que cet artiste fut tenté de le saisir. À peine le Lenoit-il, qu’une fente placée sur le dos du poisson
DES POISSONS. 123 s’entr'ouvrit, et qu'il en sortit une liqueur d'un pourpre vif, assez abondante pour teindre l’eau environnante, en troubler la transparence, et donner à l'animal la facilité de s'échapper , au moment où l’étonnement de M. Charvet l’empècha de retenir le poisson qu'il avoit dans les mains. Cet artiste cependant prit de nouveau le poisson, qui répandit une seconde fois sa liqueur; mais ce fluide étoit bien moins coloré et bien moins abondant qu'au premier jet, et cessa de couler, quoique l'animal continuât d'ouvrir et de fermer la fente dorsale, comme pour obéir à une grande irritation. Le poisson , rendu à la liberté , ne parut pas très affoibli. Un second individu de la mème espèce, placé promptement sur une feuille de: papier, la teignit de la même manière qu'une eau fortement colorée avec la laque ; néanmoins, après trois Jours, la tache rouge étoit devenue jaune. Des affaires imprévues, une maladie erave, les suites funestes du: terrible ouragan de septembre
576, et l'obligation soudaine de repartir pour l'Europe , empêchèrent M. Charvet de dessiner et même de désrire, pendant quil étoit encore à la Guadeloupe, le poisson à liqueur pourprée : mais sa mémoire , fortement frappée des traits, de l'allure et de la propriété de cet animal, lui a donné la facilité de faire en France une description et un dessin colorié de ce poisson, qu'il a eu la bonté de me faire parvenir.
Les individus vus par ce voyageur avoient un peu plus de deux décimètres de longueur. Leurs nageoires pectorales étoient assez grandes. La nageoire dorsale étoit composée de deux portions longitudinales, char-
nues à leur base, terminées dans le haut par des filaments qui les faisoient paroître frangées, et appliquées l’une contre l’autre de manière à ne former qu’un seul tout, lorsque l’animal vouloit tenir fermée la fente propre à laisser échapper la liqueur rouge ou violette. Cette fente, située à l’origine et au milieu de ces deux portions longitudinales de la nageoire dorsale, ne paroissoit pas s'étendre vers la queue aussi loin que cette même nageoire; mais le fluide coloré, en sortant par cette ouverture, suivoit toute la longueur de la nageoire du dos , et obéissoit à ses ondulations.
La peau étoit visqueuse , couverte d’écailles petites et fortement adhérentes. La couleur d’un gris blanc plus ou moins clair faisoit ressortir un grand nombre de petits points jaunes, bleus, bruns, ou d’autres nuances. L'ensemble des formes de ces poissons, et les teintes qu'ils présentoient , étoient agréables à la vue. Ils se nourrissoient de petites mollusques et de vers marins, qu'ils cherchoient avec beaucoup de soin parmi les pierres du fond de l’eau, sans se détourner ni discontinuer leurs petites manœuvres avant l’instant où on vouloit les saisir; et la contraction qu'ils éprouvoient lorsqu'ils faisoient jaillir leur liqueur pourprée , étoit apparente dans toute la longueur de leur corps, mais principalement vers l'insertion des nageoires pectorales.
Ces Teinturiers de la Guadeloupe, car c’est ainsi que les nomme M. Charvet, cherchent un asile lorsque la tempête commence à bouleverser les flots : sans cette précaution , ils résisteroient d’autant moins aux agilations de la mer et aux secousses des vagues
impétueuses qui les briseroient contre les rochers, que leurs écailles sont fort tendres; leurs muscles très délicats, et leurs téguments de nature à se rider bientôt après leur mort.
Ces faits ne suffisent pas pour déterminer l’espèce ni le genre, nimême l’ordre de ces poissons. Plusieurs motifs doivent donc engager les naturalistes qui parcourent les rivages de la Guadeloupe, à chercher des individus de l'espèce observée par M. Charvet, à reconnoître leur conformation, à examiner leurs habitudes, à constater leurs propriétés.
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LE SCOMBRE JAPONOIS”.
Scomber japonicus, Linx., Guer., Lacrr.
CE scombre n'est peut-être qu’une variété du maquereau, ainsi que l’a soupçonné le professeur Gmelin. Nous ne l'en séparons que pour nous conformer à l’opinien de plusieurs naturalistes, en annonçant aux voyageurs notre doute à cet égard, et en les invitant à le résoudre par des observations.
1.« Scomber cærulescens, pinnulis quinque spuriis. » Houttuyn, Act. Haarl. 20, 2, p. 631, n. 18.
Scombre du Japon, Bonnaterre, planches de l'Encyclopédie méthodique.
Ce poisson vit dans la mer du Japon. Sa longueur n’est quelquelois que de deux décimètres; ses mâchoires sont hérissées de petites dents; sa couleur générale est d’un bleu clair ; sa tête brille de la couleur de l'argent; ses écailles sont très petites; et l’on a comparé l’ensemble de sa conformation à celle du hareng!.
Houttuyn l’a fait connoître.
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