‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 14 sur 177 · Plin, Hist. mundi, lib, 9, cap · texte numérisé non relu

Plin, Hist. mundi, lib, 9, cap

Lingué les pleuronectes dont les yeux sont à gauche, d’avec ceux dont les yeux sont à droite.

Passant ensuite à la considération particulière de chacun de ces groupes, nous avons réparti en différentes sections les espèces à caudale fourchue ou échancrée en croissant, celles dont la nageoïire de la queue est rectiligne ou arrondie sans échancrures , et enfin celles dont la caudale , plus ou moins pointue, touche à la dorsale et à la nageoiïre de l’anus.

Nous aurions pu, par conséquent, former six sousgenres ou sections dans le genre que nous décrivons; mais, parmi les pleuronectes qui ont les yeux à gauche, nous n’avons vu ni caudale pointue et confondue avec celles de l’anus et du dos, ni caudale fourchue ou découpée en croissant.

Nous ne proposons donc, quant à présent, que quatre sous-genres, dont on a pu voir les caractères distinctifs sur le tableau du genre qui nous occupe.

A latête du premier de ces quatre sous-genres est le Flétan ou Hippoglosse, que ses grandes dimensions rendent encore plus comparable aux cétacés que tous les autres pleuronectes. On a pêché en Angleterre des individus de cette espèce qui pesoient trois cents livres; on en a pris en Islande qui pesoient quarante livres; Olafsen en a vu de près de dix-huit pieds de longueur, et l’on en trouve en Norwége qui sont assez grands pour couvrir toute une nacelle.

On trouve les flétans dans tout l'Océan atlantique septentrional. Les peuples du Nord les recherchent beaucoup. Les Anglois en tirent une assez grande quantité des environs de Newfoundland ; et les Fran-. cois en ont pêché auprès de Terre-Neuve.

On se sert communément, pour les prendre, d’un grand instrument que les pècheurs nomment Gangvaden où Gaungwad. Cet instrument est composé d’une grosse corde de quinze à dix-huit cents pieds de lonsueur, à laquelle on attache trente cordes moins grosses , et garnies chacune à son extrémité d’un crochet très fort. On emploie pour appât des cottes ou des gades. Des planches qui flottent à la surface de la mer, mais qui tiennent à la grosse corde par des liens très longs, indiquent la place de cet instrument lorsqu'on l’a jeté dans l’eau. En le construisant, les Groenlandois remplacent ordinairement les cordes de chanvre par des lanières ou portions de fanon de baleine, et par des bandes étroites de peau de squale. On retire les cordes au bout de vingt-quatre heures; et il n’est pas rare de trouver quatre ou cinq flétans pris aux crochets.

On tue aussi les hippoglosses à coups de javelot, lorsqu'on les surprend couchés, pendant la chaleur, sur des bancs de sable, ou sur des fonds de la mer très rapprochés de la surface : mais lorsque les pêcheurs les ont ainsi percés de leurs dards, ils se gardent bien de les tirer à eux, pendant que ces pleuronectes jouiroient encore d'assez de force pour renverser leur barque; ils attendent que ces poissons très affoiblis aient cessé de se débattre : ils les élèvent alors et les assomment à coups de massue.

Vers les rivages de la Norwége , on ne poursuit les flétans que lorsque le printemps est déjà assez avancé pour que les nuits soient claires, et que l’on puisse les découvrir facilement sur les bas-fonds. Pendant l'été on interrompt la pêche de ces animaux, parce

que, extrêmement gras lorsque cette saison règne , ils ne pourroient pas être séchés convenablement, et que les préparations que l’on donneroit à leur chair ne l’empêcheroient pas de se corrompre même très promptement.

On donne le nom de raff aux nageoires du flétan, et à la peau grasse à laquelle elles sont attachées ; on appelle ræckel, des morceaux de la chair grasse de ce pleuronecte, coupée en long; et on distingue par la dénomination de skare flog, ou de square queite, des lanières de la chair maigre de ce thoracin.

Ces différents morceaux sont salés, exposés à l'air sur des bâtons, séchés et emballés pour être envoyés au loin. On les sale aussi par un procédé semblable à celui que nous décrirons en parlant des Clupées harengs. On a écrit que le meilleur ra/ff et le meilleur ræckel venoient de Samosé, près de Berghen en Norwége. Mais ces sortes d'aliments ne conviennent guère, dit-on, qu'aux gens de mer et aux habitants des campagnes , qui ont un estomac fort et un tempérament robuste. Auprès de Hambourg et en Hollande, la tête fraiche du flétan a été regardée comme un mets un peu délicat. Les Groenlandois ne se contentent pas de manger la chair de ce poisson, soit fraiche , soit séchée ; ils mettent aussi au nombre de leurs comestibles le foie et même la peau de ce pleuronecte. Ils préparent la membrane de son estomac, de manière qu'elle est assez transparente pour remplacer le verre des fenêtres.

Quelque grand que soit le flétan, il a dans les dauphins des ennemis dangereux, qui l’attaquent avec d'autant plus de hardiesse, qu'il ne peut leur oppoxer,

DES POISSONS. 35 avec beaucoup d'avantage, que son volume, sa masse et ses mouvements, et qui employant contre lui leurs dents grosses , solides et crochues, le déchirent, emportent des morcéaux de sa chair, lorsqu'ils sont contraints de renoncer à une victoire complète , et le laissent, ainsi mutilé, traîner en quelque sorte. une misérable existence. Quand il est très jeune, il est aussi la proie des squales, des raies , et des autres habitants de la mer, remarquables ve leurs armes ou par leur force.

Les oiseaux de proie qui vivent sur les rivages de la mer et se nourrissent de poissons, le poursuivent avec acharnement, lorsqu'ils le découvrent auprès de la surface de l'Océan. Mais lorsque le flétan est gros et fort, l'oiseau de proie périt souvent victime de son audace. Le poisson plonge avec rapidité à l'instant où il sent la serre cruelle qui le saisit; et l'oiseau, dont les ongles crochus sont embarrassés sous la peau et les écailles du pleuronecte , fait en vain des efforts violents pour se dégager ; le flétan l’entraîne ; ses cris sont bientôt étouffés par l'onde, et il est précipité jusque dans les abîmes de l'Océan, asile ordinaire de l’hippoglosse,

11 paroît que, dans les différentes circonstances où le flétan se montre couvert. d'insectes ou de vers marins attachés à sa peau, il éprouve une maladie qui influe sur le goût de sa chair, ainsi que sur la quantité de sa graissé.

Il fraie au printemps ; et c’est M entre les pierres qu'il dépose, près du rivage, des œufs dont la couleur est d’un rouge pâle.

Tous les individus de cette espèce sont très vora-

ces; ils dévorent non seulement les crabes, et même des gades, mais encore des raies. Ils paroïssent très friands des cycloptères lompes qu’ils trouvent attachés aux rochers. Ils se tiennent plusieurs ensemble dans le fond des mers qu'ils fréquentent; ils y forment quelquefois plusieurs rangées; ils y attendent, la gueule ouverte, les poissons qui ne peuvent leur résister, et qu'ils engloutissent avec vitesse; et lorsqu'ils sont très affamés, ils s'attaquent les uns les autres, et se mangent les nageoires ou la queue.

Leur canal intestinal présente deux sinuosités ; un long appendice est situé auprès de leur estomac ; leur ovaire est double ; et soixante-cinq vertèbres composent leur épine du dos.

Les écailles qui les recouvrent sont arrondies à leur extrémité, molles, fortement attachées, enduites d’une liqueur visqueuse, et très difliciles à voir avant que le poisson ne soit mort et même desséché.

Le corps et la queue sont allongés. La tête n'est pas grande à proportion de l'énorme étendue des autres portions de ces pleuronectes : mais l'ouverture de la bouche est large; et les deux mâchoires sont garnies de plusieurs dents longues, pointues, courbées , et un peu séparées les unes des autres. La lèvre supérieure peut être étendue en avant. Les yeux sont gros, et aussi rapprochés du museau l’un que l’autre. Trois lames composent l’opercule, qui cependant ne cache pas en entier la membrane branchiale. Un piquant tourné vers la gorge est placé au devant de l’anale. L'anus est aussi éloigné de la tête que de la pectorale. La ligne latérale se courbe d’abord vers le

DES POISSONS. | 57 haut , et s'étend ensuite directement jusqu’à la nageoire de la queue.

Le côté gauche du flétan , celui sur lequel il nage ou se repose, est blanc ou blanchâtre : le côté droit paroît d'autant plus foncé, que l'animal est plus maigre. L'iris est blanc; la dorsale et l’anale sont jaunâtres; chaque pectorale est jaunâtre ou jaune, avec une bordure foncée; les thoracines et la caudale sont brunes 1.

1. 7 rayons à la membrane branchiale du pleuronecte flétan. :4 rayons à chaque pectorale, 7 rayons à chaque thoracine.

18 rayons à la nageoire de la queue.

LACÉPEÈDE, Xf )

LE PLEURONECTE LIMANDE.

Pleuronectes Limanda, Linn., Lacer. Brocu.— Pleuronectes (Platessa\ Limanda , Cuv.

CE poisson, très commun sur nos tables, se trouve non seulement dans l'Océan atlantique, mais encore

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