Lotte de Hongrie, aux environs de Strasbourg
Harcha , en Italie. Hardscha , en Hongrie.
Glano , dans les environs de Constantinople.
Schaden , en Autriche.
W'éls, en Allemagne.
W' aller, ibid.
Scheid, ibid.
Schoiden , ibid.
Szum , en Pologne.
Sumus , en langue esclavone.
Ckams-wels, en Livonie.
Som , en Russic.
Dschium , en Tartarie.
Zolbarte , chez les Calmouques. 4 Mâl , en Suède.
Mall et malle, en Danemarck.
Méerval , en Hollande.
The seat fish, en Angleterre.
Bloch, pl. 54.
Silure mal, Daubenton et Haüy, Encyclopédie méthodique.
Id. Bonnaterre , planches de l'Encyclopédie méthodique. Faun. Suecic. 344.
DES POISSONS. 155 tacés ; on l’a nommé la baleine des eaux douces. On s’est plu à dire qu'il régnoit sur ces lacs et sur ces fleuves, comme la baleine sur Océan. Ce privilége de la grandeur auroït seul attiré les regards vers ce silure. Ge qui est grand fait toujours naître l’étonnement, la curiosité, l'admiration, les sentiments élevés, les idées sublimes. À sa vue, le vulgaire , surpris et d’abord accablé comme sous le poids d’une supériorité qui lui est étrangère, se familiarise cependant bientôt avec des sensations fortes, dont il jouit d’autant plus vivement qu'elles lui étoient inconnues ; l’homme éclairé en recherche , en mesure, en compare les rapports, les causes, les effets ; le philosophe, découvrant dans cette sorte d’exemplaire , dont toutes les parties ont été, pour ainsi dire, grossies, le nombre , les qualités, les dispositions des ressorts ou des éléments qui échappent par leur ténuité dans des copies plus circonscrites, en contemple l’enchaînement dans une sorte de recueillement religieux ; le poëte, dont l’imagination obéit si facilement aux impressions inattendues ou extraordinaires, éprouve ces affections vives, ces mouvements soudains, ces transports irrésistibles dont se compose un noble enthousiasme ; et le génie , pour qui toute limite est importune , et qui veut commander à l’espace comme au temps, se plaît à reconnoître son empreinte dans le sujet de son examen, à trouver une masse très éten-
Meïding. Ie. pisc. Austr. t. 9.
Mal, It. Scan. G1.
Silurus, Act. Stcokh. 1756, p. 54, t 5.
« Silurus cirris quatuor in mento.» Artedi, gen. 82, syn. 110, Gronov. mus. 1, n, 25, t. 6, fig. 1.
due soumise à des lois, et à pouvoir considérer l’objet qui l’occupe , sans cesser de tenir ses idées à sa propre hauteur.
Le caractère de la grandeur est d’inspirer tous ces sentiments , soit qu'elle appartienne aux ouvrages de l'art, soit qu’elle distingue les productions de la nature ; qu'elle ait été départie à la matière brute , ou accordée aux substances organisées, et qu’on la compte parmi les attributs des êtres vivants et sensibles. On a dû également les éprouver et devant les jardins suspendus de Babylone, les antiques pagodes de l'Inde, les temples de Thèbes, les pyramides de Memphis, et devant ces énormes masses de rochers amoncelés ‘qui composent les sommets des Andes, et devant l’immense baleine qui sillonne la surface des mers polaires, l'éléphant, le rhinocéros et l’hippopotame, qui fréquentent les rivages des contrées torrides, les serpenis démesurés qui infestent les sables brûlants de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, les poissons gigantesques qui voguent dans l'Océan ou dominent dans les fleuves.
Et quoique tous les êtres qui présentent des dimensions supérieures à celles de leurs analogues arrêtent nos regards et nos pensées, notre imagination est surtout émue par la vue des objets qui, l’emportant en étendue sur ceux auxquels ils ressemblent le plus, surpassent de beaucoup la mesure que la nature a donnée à l’homme pour juger du volume de ce qui l'entoure , cette mesure dont il ne cesse de se servir, quoiqu'il ignore souvent l'usage qu'il en fait, et qui consiste dans sa propre hauteur. Ün ciron de deux ou trois décimètres de longueur seroit bien plus ex-
DES POISSONS. | 137 traordinaire qu’un éléphant long de dix mètres, un squale de vingt, un serpent de cinquante et une baleine de plus de cent ; et cependant il nous frapperoit beaucoup moins ; il surprendroit davantage notre raison, mais il agiroit moins vivement sur nos sens; il s'empareroit moins de notre imagination ; il imprimeroit bien moins à notre âme ces sensations profondes, et à notre esprit ces conceptions sublimes que font naître les dimensions incomparablement plus grandes que notre propre stature.
Ces dimensions, très rares dans les êtres vivants et sensibles, sont celles du glanis.
Un individu de cette espèce , vu près de Limritz, dans la Poméranie, avoit la gueule assez grande pour qu’on püt y faire entrer facilement un enfant de six ou sept ans. On trouve dans le Volga des glanis de douze ou quinze pieds de longueur. On prit, il y a quelques années, dans les environs de Spandaw, un de ces silures qui étoit du poids de cent vingt livres ; et un autre de ces poissons, pêché à Writzen sur l’Oder, en pesoit huit cents.
Le glanis a la tête grosse et très aplatie de haut en bas ; le museau très arrondi par devant ; la mâchoire inférieure un peu plus avancée que celle d’en haut, ces deux mâchoires garnies d’un très grand nombre de dents petites et recourbées; quatre os ovales, hérissés de dents aiguës, et situés au fond de la gueule ; l'ouverture de la bouche très large; une fossette de chaque côté de la lèvre inférieure ; les yeux ronds, saillants , très écartés l’un de l’autre, et d’une petitesse d'autant plus remarquable que les plus grands des animaux, les baleines, les cachalots, les éléphants,
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les crocodiles, les serpents démesurés , ont les yeux très petits à proportion des énormes dimensions de leurs autres organes.
Le dos du glanis est épais; son ventre très gros; son anale très longue ; sa ligne latérale droite; sa peau enduite d’une humeur gluante, à laquelle s’attache une assez grande quantité de la vase limoneuse sur laquelle il aime à se reposer.
Le premier rayon de chaque pectorale est osseux, très fort et dentelé sur son bord intérieur 1.
Les ventrales sont plus éloignées de la tête que la nageoire du dos.
La couleur générale de lanimal est d’un vert mêlé de noir, qui s’éclaircit sur les côtés et encore plus sur la partie inférieure du poisson, et sur lequel sont distribuées des taches noirâtres irrégulières. Les pectorales sont jaunes, ainsi que la dorsale et les ventrales ; ces dernières ont leur extrémité bleuâtre ; et l’extrémité, de même que la base des pectorales, présentent la même nuance de bleu foncé. Le savant professeur de Strasbourg , feu mon confrère M. Hermann, rapporte, dans des notes manuscrites qu'il eut la bonté de me faire parvenir peu de moments avant sa mort, et auxquelles son digne frère M. Frédéric Hermann,
1. Plusieurs poissons compris dans le genre silure, établi par [année . et qui ont à chaque pectorale un rayon dur et dentelé, peuvent, lorsqu'ils étendent cette nageoire , donner à ce rayon une fixité que l'on ne peut vaincre qu'en le détournant. La base de ce rayon est terminée par deux apophyses. Lorsque la pectorale est étendue, l'apophyse antérieure entre dans un trou de la clavicule ; le rayon tourne un peu sur son axe ; l'apophyse , qui est recourbée , s'accroche au bord du trou ; et le rayon ne peut plus être fléchi, à moins qu'il ne fasse sur son axe un mouvement en sens contraire du premier.
DES POISSONS. | 139 ex-législateur et maire de Strasbourg , a bien voulu ajouter quelques observations, que les silures glanis un peu avancés en âge qu'il avoit examinés dans les viviers de M. Hirschel, avoient le bord des pectorales peint d’une nuance rouge, que l'on ne voyoit pas sur celles des individus plus jeunes.
L’anale et la nageoire de la queue du glanis sont communément d’un gris mêlé de jaune, et bordées d’une bande violette,
Le silure que nous venons de décrire habite non seulement dans les eaux douces de l'Europe, mais encore dans celles de l’Asie et de l'Afrique. On ne l’a trouvé que très rarement dans la mer; et il paroît qu'on ne l’y a vu qu'auprès des rivages voisins de l'embouchure des grands fleuves, hors desquels des accidents particuliers ou des circonstances extraordinaires peuvent l’avoir quelquefois entraîné. Le professeur Kolpin, de Stettin, écrivoit à Bloch, en 1766, qu’on avoit pêché un silure de l'espèce que nous examinons, auprès de l’île de Rügen, dans la Baltique.
Comme les baleines, les éléphants, les crocodiles, les serpents de quarante ou soixante pieds, et tous les grands animaux , le glanis ne parvient qu'après une longue suite d’années à son entier développement. On pourroit croire cependant, d’après les notes manuscrites de M. Hermann, que, pendant la première jeunesse de ce silure, ce poisson croît avec vitesse, et que ce n'est qu'après avoir atteint à une longueur considérable qu'il grandit avec beaucoup de lenteur, et que son développement s'opère par des degrés très peu sensibles.
On a écrit qu'il en étoit des mouvements du glanis
comme de son accroissement; qu'il ne nageoit qu'avec peine, et qu'il ne paroissoit remuer sa grande masse qu'avec difficulté. La queue de ce silure, et l’anale qui en augmente la surface, sont trop longues et conformées d’une manière trop favorable à une natation rapide pour qu'on puisse le croire réduit à une manière de s’avancer très embarrassée et très lente. il faudroit , pour admettre cette sorte de nonchalance et de paresse forcées , supposer que les muscles de cet animal sont extrêmement foibles, et que sil a reçu une rame très étendue, il est privé de la force nécessaire pour la remuer avec vitesse et pour l’agiter dans le sens le plus propre à faciliter ses évolutions. La dissection des muscles du glanis n'indique aucune raison d'admettre cette organisation vicieuse. C'est dans son instinct qu'il faut chercher la cause du peu de mouvement qu'il se donne. S'il ne change pas fréquemment et promptement de place, il n’en a pas moins reçu les organes nécessaires pour se transporter avec célérité d’un endroit à un autre ; mais il n’a ni le besoin ni par conséquent la volonté de faire usage de sa vigueur et de ses instruments de natation. Il vit de proie; mais il ne poursuit pas ses victimes. Il pré- {ère la ruse à la violence ; il se place en embuscade ; il se retire dans des creux, au dessous des planches, des poteaux et des autres bois pourris qui peuvent border les rivages des fleuves qu'il fréquente ; il se couvre de limon ; il épie avec patience les poissons dont il veut se nourrir. La couleur obscure de sa peau empêche qu'on ne le distingue aisément au milieu de la vase dans laquelle il se couche. Ses longs barbillons, auxquels il donne des mouvements semblables
à ceux des vers, attirent les animaux imprudents qu’il cherche à dévorer, et qu'il engloutit d'autant plus aisément qu'il tient presque toujours sa bouche béante, et que l’ouverture de sa gueule est tournée vers le haut.
Il ne quitte que pendant un mois ou deux le fond des rivières où il a établi sa pêche : c’est ordinairement vers le printemps qu'il se montre de temps en temps à la surface de l’eau; et c’est dans cette même saison qu'il dépose près des rives, ou ses œufs ou le suc prolifique qui doit les féconder. On a remarqué qu'il n’alloit pondre ou arroser ses œufs que vers le milieu de la nuit, soit que cette habitude dépende du soin d'éviter les embüches qu'on lui tend, ou de la délicatesse de ses yeux, que la lumière du soleil blesseroïit, pour peu qu'elle fût trop abondante. Cette seconde cause pourroit être d'autant plus la véritable, que presque tous les animaux qui passent la plus grande partie de leur vie dans des asiles écartés et dans des cavités obscures, ont l'organe de la vue très sensible à l’action de la lumière.
Les membres du glanis étant arrosés , imbus et profondément pénétrés d’une humeur gluante , peuvent résister plus facilement que ceux de plusieurs autres habitants des eaux, aux coups qui brisent, aux accidents qui écrasent, aux causes qui dessèchent; et dès lors on doit voir pourquoi il est plus difficile de lui faire perdre la vie qu’à beaucoup d’autres poissons !,
On a pensé que sa sensibilité étoit extrèmement