‹ Œuvres du comte de Lacépède (volume 5)Chapitre 62 sur 177 · Discours sur la nature des poissons · texte numérisé non relu

Discours sur la nature des poissons

émoussée ; on l’a conclu du peu d’agitation qu'il éprouvoit lorsqu'il étoit pris, et de l'espèce d’immobilité qu'il montroit souvent dans toutes ses parties, excepté dans ses barbillons. On auroit dû cependant se souvenir que, malgré le besoin qu’il a de se nourrir de substances animales, il paroît avoir l'instinct social. On voit presque toujours deux glanis ensemble ; et c'est ordinairement un mâle et une femelle qui vivent ainsi l’un auprès de l’autre.

Malgré sa grandeur, le glanis femelle ne contient qu'un très petit nombre d'œufs, suivant plusieurs naturalistes ; et si ce fait est bien constaté , il méritera d'autant plus l'attention des physiciens, qu'il sera une exception à la proportion que la nature semble avoir établie entre la grosseur des poissons et le nombre de leurs œufs!. Bloch rapporte qu’une femelle, qui pesoit déjà une livre et demie , n’avoit dans ses deux ovaires que dix-sept mille trois cents œufs.

Lorsque les tempêtes sont assez violentes pour bouleverser toute la masse des eaux dans lesquelles vit le glanis, il quitte sa retraite limoneuse, et se montre à la surface des fleuves ; néanmoins, comme ces orages sont rares, et que d’ailleurs le temps pendant lequel il est attiré vers les rivages est d’une durée assez courte, il est exposé bien peu souvent à se défendre contre des poissons voraces assez forts pour oser l’attaquer. Mais les anguilles , les lotes , et d’autres poissons beaucoup plus petits, se nourrissent de ses œufs; et quand il est encore très jeune , il est quelquefois la proie des grandes grenouilles.

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