‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 100 sur 731 · I. Un des meilleurs moyens de parvenir à la L-VCcpèdï:. II · texte numérisé non relu

I. Un des meilleurs moyens de parvenir à la L-VCcpèdï:. II

El ces fluides, quels qu’ils soient, d’où peut-on présumer qu’ils tirent leur origine ? ou, pour éviter le plus possible toute hypothèse , quelle est la source plus ou moins immédiate de cette force électrique , ou presque électrique , départie aux quatre organes dont nous venons d’exposer la structure ?

Celte source est dans les nerfs , qui , dans le gymnote engourdissant , ont des dimensions et une distribution qu’il est utile d’examiner rapidement.

Premièrement, les nerfs qui partent de la moelle épinière sont plus larges que dans les poissons d’une grandeur égale , et plus que cela ne paroît'nécessaire pour l’entretien de la vie du gymnote.

Secondement , Hunter a fait connoîlre un nerf remarquable qui , dans plusieurs poissons , s’étend depuis le cerveau jusqu’auprès de l’extrémité de la queue, eu donnant naissance à plusieurs ramifications, passe, à peu prés, à une égale distance de. l’épine et de la peau du dos dans la murène anguille, et se trouve immédiatement audessous de la peau dans le gade morue. Ce nerf est plus large , tout égal d’ailleurs, et s’approche de l’épine dorsale dans le gymnote électrique , beaucoup plus que dans plusieurs autres poissons.

Troisièmement , des deux côtés de chaque vertèbre du gymnote torporifique , part un nerf qui donne des ramifications aux muscles du dos. Ce nerf se répand entre ces muscles dorsaux et l’épine ; Renvoie de petites branches jusqu’à la surface extérieure du grand organe , dans lequel pénétrent plusieurs de ces rameaux , et sur lequel ces rameaux déliés se distribuent en passant entre cet organe et la peau du côté de l’animal. Il continue cependant sa route, d’abord entre les muscles dorsaux et la vessie natatoire, et ensuite entre cette même vessie natatoire et l’organe électrique. Là il se divise en plusieurs branches. Ces branches vont vers la cloison verticale que nous avons déjà indiquée , et qui est située entre les deüx grands organes électriques. Elles s’y séparent en branches plus petites qui se

véritable théorie des effets produits par le gymnote engourdissant et par les autres poissons torporifiques, est d'avoir recours aux belles expériences électriques et aux idées trc.s-ingénieuses dont on trouvera l’exposition dans une lettre qui m’a été adressée par M. Âldini , de l’Institut national de Bologne , et que cet habilg physicien a publiée dans cette ville , il y a environ un an (en 1797 ).

LE GYMNOTE ÉLEGTRIQÜE.

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dirigent vers les ailerons et les muscles de la nageoire de l’anus, et se perdent, après avoir répandu des ramifications dans cette même nageoire , dans ses muscles , dans le petit organe et dans le grand organe électrique.

Les rameaux qui entrent dans les organes électriques sont , à la vérité , très-petits ; mais cependant ils le sont moins que ceux de toute autre partie du système sensitif.

Tels sont les canaux qui font circuler, dans les quatre instrumens du gymnote, le principe de la force engourdissante ; et ces canaux le reçoivent eux-mêmes du cerveau, d’où tous les nerfs émanent. Et comment en effet ne pas considérer, dans le gymnote, ainsi que dans les autres poissons engourdissans , le cerveau comme la première source de la vertu particulière qui les distingue, lorsque nous savons, par les expériences d’un habile physicien , que la soustraction du cerveau d’une torpille anéantit l’électricité ou la force torporifique de ce cartilagineux, lors même qu’il paroît encore aussi plein de vie qu’avant d’avoir subi cette opération , pendant qu’en arrachant le cœur de cette raie , on ne la prive pas, avant un temps plus on moins long, de la faculté de faire éprouver des commotions et des tremblemens ?

Au reste , ne perdons jamais de vue que , si nous ne voyons pas de mammifère , de cétacée , d’oiseau , de quadrupède ovipare, ni de serpent , doués de celle faculté électrique ou engourdissante, que l’on a déjà bien constatée au moins dans deux poissons cartilagineux et dans trois poissons osseux, c’est parce qu’il faut, pour donner naissance à celte facul té , et l’abondance d’un fluide ou d’un principe quelconque que les nerfs paroissent posséder et fournir, et un ou plusieurs instrumens organisés de manière à présenter une très-grande surface , capables par conséquent d’agir avec efficacité sur des fluides voisins ', et composés d’ailleurs d’une substance peu conductrice d’électricité, telle, par exemple, que des matières visqueuses, huileuses et résineuses. Or, de tous les animaux qui ont un sang rouge et des vertèbres , aucun , tout égal d’ailleurs, ne présente, comme

I. J’ai publié, en 1781, que l’on devoit déduire l’explication du plus grand nombre de phénomènes électriques , de l’accroissement que -produit dans l’affinilé que les corps exercent sur ïes fluides qui. les environnent , la division de .ces mêmes coi ns en i lusieurs parties, et par conséquent l’augmentation de leur surface*

les poissons, une quantité plus ou moins grande d’huile et de liqueurs gluantes et visqueuses.

On remarque surtout dans le gymnote engourdissant une très-grande abondance de cette matière huileuse , de celte substance non conductrice , ainsi que nous l’avons déjà observé. Cette onctuosité est très-sensible, même sur. la membrane qui sépare de chaque côté le grand organe du petit; et voilà pourquoi, indépendamment de l’étendue de la surface de ses organes torporifiques, bien supérieure à celle des organes analogues de la torpille, il paroît posséder une plus grande vertu électrique que cette dernière. D’ailleurs il habile un climat plus chaud que celui de celle raie, et par conséquent dans lequel toutes les combinaisons et toutes les décompositions intérieures peuvent s’opérer avec plus de vitesse et de facilité : et de plus , quelle différence entre la fréquence et l’agilité des évolutions du gymnote, et la nature ainsi que le petit nombre des mouvemens ordinaires de la torpille 1

Mais si les poissons sont organisés d’une manière plus favorable que les autres animaux à vertèbres et à sang rouge, relativement à la puissance d’ébranler et d’engourdir, étant doues d’une très-grande irritabilité, ils doivent être aussi beaucoup plus sensibles à tous les effets électriques, beaucoup plus soumis au pouvoir des animaux toiporifiques , et par conséquent plus exposés à devenir la victime du gymnote de Surinam

Celle considération peut servir à expliquer pourquoi certaines personnes, et particuliérement les femmes qui ont une fièvre nerveuse, peuvent toucher un gymnote électrique sans ressentir de secousse ; et ces faits curieiix, rapportés par le savant et infatigable Frédéric- Alexandre Hurnboltz, s’accordent avec ceux qui ont été observés dans la Caroline méridionale par Henri Collins Flagg. D’après ce dernier physicien, on ne peut pas douter que plusieurs Nègres, plusieurs Indiens, et d’autres personnes, ne puissent arrêter le cours de la vertu électrique ou engourdissante du gymnote de Surinam , et interrompre une chaîne préparée pour soii passage ; et cette

I. C’est par une raison semblable que , lorsqu’une torpille ne donne plus de commotion sensible , on obtient des signes de la vertu qui î-ii reste encore , eu soumettant à son action une grenouille préparée comme pour les expériences galvaniques.

LK GYMNOTE ÉLECTRIQUE

interruption a été prodiiile spécialement par une femme que l’auleiir connoissoit depuis long-temps, et qui avoit la maladie à laquelle plusieurs médecins donnent le nom de fièvre hectique.

C’est en étudiant les ouvrages de Galvani, de Humboltz, et des autres observateurs qui s’occupent de travaux analogues à ceux de ces deux physiciens, qu’on pourra parvenir à avoir une idée plus précise des ressemblances et des diOerences qui existent entre la vertu engourdissante du gymnote , ainsi que des autres poissons appelés électriques , et l’électricité proprement dite. Mais pourquoi faut-il qu’en terminant cet article, j’apprenne que les sciences viennent de perdre l’un de ces savans justement célèbres, M. Galvani, pendant ^ue Humboltz, commençant une longue suite de voyages lointains , utiles et dangereux , nous force de mêler l’expression de la crainte que le sentiment inspire, à celle des grandes espérances que donnent ses lumières, et de la reconnoissance que l’on doit à son zèle, toujours croissant !

LE GYMNOTE PUTAOL, •

Ce gymnote ressemble beaucoup à l’électrique ; indépendamment d’autres traits de conformité, il a de même la mâchoire inférieure plus avancée que la supérieure. Sa tête est petite, sa queue courte ^ sa couleur jaunâtre , avec des raies transversales, souvent ondées et brunes, ou rousses, ou blanches. Il vit dans les eaux du Brésil^.

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