‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 113 sur 731 · VINGT-CINQUIÈME GENRE · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME GENRE

LES TRICHTUrxÊS.

Point de nageoire caudale; te corps et la queue trés-allongés , très-comprimés , et en forme de lame; les opercules des branchies placés très-près des yeux.

ESPECB,

i. Le TRICHIURE LF.PTL’RE.

CARACTERES

ESPECE

CARACTERES

La mâchoire Infe'rieure 2, Le TRICHIXJRE ( Les deux mâchoires égal dIiis avancée oue la su- ÉLECTRIQUE. ' ment avancées.

plus avancée que la su périeure

LE TRICHIURE LEPTÜRE ■.

Les trichiures sont encore de ces poissons apodes qui ne présentent aucune nageoire à l’extrémité de la queue. On les sépare cependant très - aisément de ces osseux qui n’ont pas Re véritable nageoire caudale. En effet, leur corps très -allongé et trés-comprimé ressemble à une lame d’épée , ou , si on le veut , à un ruban; et voilà pourquoi le lepture , qui réunit à cette conformation la couleur et l’éclat del’argent, a été nommé ceinture d’argent ou ceinture argentée.

D’ailleurs les opercules des branchies sont placés beaucoup plus prés des yeux sur les trichiures que sur les autres poissons avec lesquels on pourroit les confondre.

A ces traits généraux réunissons les traits particuliers du lepture, et voyons, si je puis employer cette expression, cette bande argentine et vivante se dérouler, pour ainsi dire, s’agiter, se plier, s’étendre, se raccourcir, s’avancer en différens sens, décrire avec rapidité mille courbes enlacées les unes dans les autres, monter, descèndre, s’élancer et s’échapper enfin avec la vitesse d’une flèche, ou plutôt, en quelque sorte, avec celle de l’éclair.

La tête du lepture est étroite , allongée, et comprimée comme son corps et sa queue. L’ouverture de sa bouche est grande. Ses dents sont mobiles , au moins en très-grand nombre ; et ce caractère que nous avons vu dans les squales , et par conséquent dans les plus féroces des cartilagineux, observons d’avanc^ que nous le remarquerons

ï. Trichiurus leptwns' paille-en-cul, par plusieurs voyageurs et naturalistes.

dans la plupart des osseux qui se font distinguer par leur voracité. Indépendamment de celte mobilité qui donne à l’animal la faculté de présenter ses crochets sous l’angle le plus convenable , et de retenir sa proie avec plus de facilité , plusieurs des dents des mâchoires du lepture, et particulièrement celles qui avoisinent le bout du museau, sont longues et recourbées vers leur pointe ; les autres sont courtes et aiguës. On n’en voit pas sur la langue, ni sur le palais ; mais on en aperçoit de trèspetites sur deux os placés vers le gosier.

Les yeux sont grands, très - rapprochés du sommet de la tête , et remarquables par un iris doré et bordé de blanc autour de la prunelle.

L’opercule , composé d’une seule lame , et membraneux dans une partie de son contour, ferme une large ouverture branchiale’. Une ligne latérale couleur d’or s’étend sans sinuosités depuis cet opercule jusqu’à l’extrémité de la queue. L’anus est assez près de la tête.

Les nageoires pectorales sont très-petites et ne renferment que onze rayons ; mais la nageoire dorsale en comprend ordinairement cent dix-sept , et règne depuis la nuque jusqu’à une très-petite distance du bout de la queue.

On ne voit pas de véritable nageoire de l’anus : à la place qu’occuperoit cette nageoire, on trouve seulement de cent à cent vingt , et le plus souvent cent dix aiguillons très-courts, assez éloignés les uns des autres, dont la première moitié , ou à peu près , est recourbée vers la queue , et dont la seconde moitié est fléchie vers la tête.

ï . On compte sept rayons à la membrane des branchies.

LE TRICHIURE LEPTURE.

La queue du lepture, presque toujours très-déliée et terminée par une sorte de prolongation assez semblable à un fd ou à un cheveu, a fait donner à ce poisson le nom de lepture, qui signifie petite queue, ainsi que celui de tricfiiure, qui veut dire queue en cheveu. , et que l’on a étendu , comme nom générique, à toute la petite famille dont nous nous occupons. Cependant, comme cette queue très-longué est en même temps assez comprimée pour avoir été comparée à une lame, comme le corps et la tête présentent une conformation semblable, et que tous les muscles de l’animal paroissent doués d’une énergie tres-soutenue, on supposera sans peine dans le lepture une mobilité rare, une natation très-rapide, une grande souplesse dans les mouvemens, pour peu que l’on se rappelle ce que nous avons déjà exposé plus d’une fois sur la cause de la natation célère des poissons*. Et en effet, les voyageurs s’accordent à attribuer au lepture une agilité singulière et une vélocité extraordinaire. S’agitant presque sans cesse par de nombreuses sinuosités , ondulant en différens sens, serpentant aussi facilement que tout autre habitant des eaux, il s’élève, s’abaisse, arrive et disparoît avec une promptitude dont à peine on peut se former une idée. Frappant violemment l’eau par ses deux grandes surfaces latérales, il peut se donner assez de force pour s’élancer au-dessus de la surface des fleuves et des lacs; et comme il est couvert partout de très-petites écailles blanches et éclatantes, et, si je puis parler ainsi, d’une sorte de poussière d’argent que relève l’or de ses iris et de ses lignes latérales, il brille et dans le sein des ondes et au milieu de l’air, particulièrement lorsque , cédant à sa voracité, qui est très- grande, animé par «

I . La collection du Muséum renferme une variété de lepture , qu’il est aisé de distinguer par la forme du bout de la queue. Cette partie , au lieu de se terminer par une prolongation filamenteuse , paroît comme tronquée assez loin de sa véritable extrémité ; elle présente , à l’endroit où elle finit , une ligne droite et verticale. Fit quoique nous ayons vu deux individus avec cette conformation particulière , nous ne savons pas si, au lieu d’une variété plus ou moins constante, nous n’avons pas eu uniquement sous les yeux deux produits d’accidens semblables ou analogues , deux résultats d’une sorte d’amputation extraordinaire , dont on trouve plusieurs exemples parmi les animaux à sang froid , qu’ils peuvent subir sans en périr, et qui , pour les deux individus dont nous parlons, aurait emporté la portion la plus déliée de leur queue.

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une afl'ection puissante, ajoutant par l’elfet de ses mouvemens à la vivacité de ses couleurs, et déployant sa riche parure sous uu ciel enflammé, il jaillit du dessus les .eaux, et, poursuivant sa proie avec plus d’ardeur que de précautions , saute jusque dans les barques et au milieu des pêcheurs. Cette bande d’argent si décorée , si élastique , si vive , si agile , a quelquefois plus d’un mètre de longueur.

Le lepture vit au milieu de l’eau douce. On le trouve, comme plusieurs gymnotes , dans l’Amérique méridionale. Il n’est pas étranger néanmoins aux contrées orientales de l’ancien continent : il se trouve dans la Chine ; et nous avons vu une image très-fidèle de ce poisson dans un recueil de peintures chinoises données par la république batave à la république française , déposéesmaintenant dans le Muséum d’histoire naturelle, et dont nous avons déjà parlé dans cet ouvrage.

Au reste, la beauté et la vivacité du lepture sont si propres à plaire aux yeux , à parer une retraite, à charmer des loisirs, qu’il n’est pas surprenant que les Chinois l’aient remarqué , observé, dessiné ; et vraisemblablement ce peuple, qui a su tirer un si grand parti des poissons pour ses plaisirs, pour sou commerce , pour sa nourriture ' ne se sera pas contenté do multiplier les portraits de cctle espèce; il aura voulu aussi en répandre les individus dans ses nombreuses eaux, dans ses larges rivières dans ses lacs enchanteurs, ’

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TRICHIURE ÉLECTRIQUE

On a reconnu dans ce trichiure une faculté analogue à celle d^ la torpille et du gymnote torporifique. Mais comme, en découvrant ces effets , on n’a observé aucun phénomène particulier propre à jeter un nouveau jour sur cette puissance que nous avons long-temps considérée en traitant du gymnote engourdissant et de la torpille, nous croyons devoir nous contenter de dire que le trichiure électrique est séparé du lepture, non-seulement. par la conformation de ses mâchoires , qui sont toutes les deux également avancées, mais encore par la forme de ses dents , toutes extrêmement

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