SUR LA DURÉE DES ESPÈCES
avec des événemens dont on reconnoît déjà Jes relations des époques , en attendant qu’on ait dévoilé leur ancienneté absolue.
Ici le flambeau de la géologie nous aide à répandre quelque clarté au milieu de la nuit des temps.
Elle nous montre comment, en pénétrant dans les couches du globe , et en examinant l’essence ainsi què le gisement des minéraux qui les composent , nous pouvons savoir si nous avons sous les yeux des monumens de l’une ou de l’autre des trois époques que l’on doit distinguer dans la suite des catastrophes les moins anciennes de notre terre, les seules qu’il nous soit permis de reconnoître de loin.
La moins récente de ces révolutions est le dernier bouleversement général que notre globe a éprouvé , et qui a laissé de profondes empreintes sur l’universalité de la surface de la terre.
Après cette catastrophe universelle , il faut placer dans l’ordre des temps les bouleversemens moins étendus, qui n’ont. répandu leurs ravages que sur une grande partie du globe.
L’on ne peut pas , dans l’état actuel des connoissances humaines , déterminer les rapports des dates de ces événemens particuliers : on ne peut que les rattacher tous à la seconde époque , sans leur assigner à chacun une place fixée avec précision sur la route du temps.
A la troisième époque , nous mettons les boulevei’semens circonscrits comme les seconds , et qui de plus présentent les caractères distinctifs de l’action terrible et destructive des volcans , des feux souterrains, des foudres et des ébranlemens électriques de l’intérieur du globe.
Maintenant si nous voulons appliquer un moment ces principes , nous reconnoîtrons que nous ne pouvons encore rapporter à une de ces époques qu’un petit nombre des modifications par lesquelles les espèces tombent, de dégradation en dégradation, jusqu’à la non- existence.
Nous pouvons dire que le temps où, par exemple , le genre des squales présentoit une grandeur si supérieure à celle des squales observés de nos jours, et où le volume de l’une de leurs espèces l’emporloit près de deux mille fois sur le volume qu’elle offre maintenant, appartient à la seconde des époques que nous venons d’indiquer , et a touché celui où le globe a éprouvé le dernier des bouîeversemens non universels et non volcaniques qui aient altéré sa sur- Lacépèue. II,
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face auprès de la chaîne des Pyrénées dont les environs nous ont montré les resîes de ces grandes espèces marines , si réduites maintenant dans leurs dimensions.
Nous pouvons assurer également que , lors des convulsions de la terre , des éruptions volcaniques, des vastes incendies et des orages souterrains , dont les effets redoutables se montrent encore si facilement à des yeux exercés et attentifs , auprès de Venise et de l’extrémité de la mer Adriatique , plusieurs espèces^ dont les flancs du mont Bolca recèlent les empreintes ou la dépouille , n’avoient pas éprouvé les dégradations dont nous pouvons compter toutes les nuances , ou n’avoient pas encore été reléguées dans les mers chaudes de l’Asie, de l’Afrique ou de l’Amérique méridionale, ou se montroient déjà avec tous les traits qu’elles présentent, ainsi que dans les contrées qu’elles habitent aujourd’hui; et enfin , que celles que l’on seroit tenté de considérer comme éteintes, et que du moins on n’a encore retrouvées dans aucun fleuve, dans aucun lac, dans aucune mer, 'figuroient encore dans l’ensemble des êtres sortis des mains de la puissance créatricci
Lorsque la science aura étendu son domaine , que de nouveaux observateurs auront parcouru dans tous les sens les terres et les mers, que le génie aura conquis le monde, qu’il aura découvert, compté, décrit et comparé et les êtres qui vivent cl les fragmens de ceux dont il ne reste que des dépouilles, qu’il connoîtra et ce qui est et une partie de ce qui a été j qu’au milieu des monts escarpés , sur les rivages de l’Océan, dans le fond des mines et des cavernes souterraines, il interrogera la Nature, au nom du Temps, et le Temps au nom delà Nature j quelles comparaisons fécondes ne naîtront pas de toutes parts ! quels admirables résultats ! quelles vérités sublimes I quels immenses tableaux ! quel nouveau jour se lèvera sur l’état primitif des espèces, sur les rapports qui les lioient dans ces âges si éloignés du nôtre, sur leur nombre plus petit à cette époque antique , sur leurs grandeurs plus rapprochées, sur leurs traits plus différcns, sur leurs habitudes plus dissemblables, sur leurs alliances plus difficiles, sur leurs durées plus longues ! O heureuse postérité 1 à combien de jouissances n’es-tu pas réservée , si les passions funestes, l’ambition délirante, la vile cupidité, le dédain de la gloire , l’ignorance présomptueuse, et la fausse science, plus redoutable encore, n’enchaînent tes nobles destinée» I
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