A^C LILLE
arrive aux œufs de l’anguille ce qui survient quelquefois à ceux des raies, des squales, des blennies, des silures, etc.; c’est que la femelle s’en débarrasse avant que les petits ne soient éclos; et l’on peut le conclure des expressions employées par quelques naturalistes en traitant de cette murène , et notamment par R edi dans son ouvrage des animaux vivant dans les animaux vivans.
Tous les climats peuvent convenir à l’anguille : on la pêche dans des contrées trèschaudes, à la Jamaïque, dans d’autres portions de l’ Amérique voisines des tropiques, dans les Indes orientales ; elle n’est point étrangère aux régions glacées, à l’Islande, au Groenland ; et on la trouve dans toutes les contrées tempérées, depuis la Chine, où elle a été figurée tré.s-exaclement pour l’intéressante suite de dessins donnés parla Hollande à la France et déposés dans le Muséum d’histoire naturelle , jusqu’aux côtes occidentales du royaume et à ses départemens méridionaux , dans lesquels les murènes de cette espèce deviennent trèsbelles et très - bonnes , particuliérement celles qui vivent dans le bassin si célébré de la poétique fontaine de Vaucluse L
Dans des temps plus reculés et antérieurs aux dernières catastrophes que le globe a éprouvées, ces mêmes murènes ont dû être aussi trés-répandues en Europe, ou du moins trés-multipliées dans un grand nombre de contrées, puisqu’on reconnoît leurs restes, ou leur empreinte, dans presque tous les amas de poissons pétrifiés ou fossiles que les naturalistes ont été à portée d’examiner , et surtout dans celui que l’on a découvert à Æningen , auprès du lac de Constance, et dont une notice a été envoyée dans le temps par le célèbre Lavater à l’illustre Saussure.
Nous ne devons pas cesser de nous occuper de l’anguille, sans faiie mention de quel([ues murènes que nous considérons comme de simples variétés de cette espèce, jusqu’au moment où de nouveaux faits nous les feront regarder comme constituant des espèces particulières. Ces variétés sont au nombre de cinq : deux différent par leur couleur de l’anguille commune ; les autres trois en sont distinguées par leur forme. Nous devons la connoissance de la première à Spallanzani ; et la notice des autres nous
1. Note communiffuée vers 1788, pae l’eVcque d’Uzès , ami Irès-zclc cl Irès-ëciairé des sciences uatmclles.
LA MUilÈAE
h a été envoyée par M. îNoël de Rouen, que nous avons si souvent Je plaisir de citer.
Premièrement, celle de ces variétés qui a été -indiquée par Spallanzani se trouve I dans les marais de Chiozza auprès de Venise. Elle est jaune sous le ventre , constamment plus petite que l’anguille ordi- I naire; et ses habitudes ont cela de remarquable , qu’elle ne quitte pas périodiquei ment ses marais, comme l’espèce commune,
I pour aller, vers la fm de la saison des cha • j leurs, passer un temps plus ou moins longdans la mer. Elle porte un nom particulier ; on la nomme acerine.
Secoudem«;nt, des pêcheurs de la Seine I disent avoir remarqué que les premières anguilles qu’ils prennent sont plus blanches que celles qui sont pêchées plus lard. Selon d’autres, de même que les anguilles sont communément plus rouges sur les fonds de roche , et deviennent en peu de jours d’une teinte plus foncée lorsqu’on les a mises dans des réservoirs, elles sont plus blanches sur des fonds de sable. Mais, indépendamment de ces nuances plus ou moins constantes que présentent les anguilles communes , ou observe dans la Seine une anguille qui vient de la mer lorsque les marées sont fortes, et qui remonte dans la rivière en même temps que les merlans. Sa tête est un peu menue. Elle est d’ailleurs très-belle et communément assez grosse. On la prend quelquefois avec la seine ^ : mais le plus souvent on la pêche avec une ligne dont les appâts sont des éperlans et d’autres petits poissons.
Troisièmement, le phnperneau est , suivant plusieurs pêcheurs, une autre anguille de la Seine, qui a la tête menue comme l’anguille blanche, mais qui de plus l’a trèsallongée, et dont la couleur est brune.
Quatrièmement, une autre anguille de la même rivière est nommée guiseau. Elle a la tête plus courte et un peu plus large , que l’anguille commune. Le guiseau a d’ailleurs le corps plus court; son œil est plus gros , sa chair plus ferme , sa graisse plus délicate. Sa couleur varie du noir au brun, au gris sale, au roussâtre.
On le prend depuis /e //oc jusqu’à Filleqaier , et rarement au-dessus. M. Noël pense que le bon goût de sa chair est dû à la nourriture substantielle et douce qu’il trouve sur les bancs de l’embouchure de la
t. Voyez, H l’inticle de la /-aie buuclce,
desciipUon du filet appelé icinc„
anguille.
Seine, ou au grand nombre de jeunes et petits poissons qui pullulent sur les fonds voisins de la mer. 11 croit aussi que cette murène a beaucoup de rapports, par la délicatesse de sa chair , avec l’anguille que l’on pêche dans l’Eure, et que l’on désigne par le nom de breieau. Les troupes de guiseaux sont quelquefois détrillées, suivant l’expression des pêcheurs, c’est-à-dire qu’ils ne sont, dans certaines circonstances, mêlés avec aucune autre murène ; et d’autres fois on pêche, dans le même temps , des quantités presque égales d’anguilles communes et de guiseaux. Un pêcheur de Villequier a dit à M. Noël qu’il avoit pris, un jour, d’un seul coup de filet, cinq cents guiseaux, au pied du château d’Orcheb.
Cinquièmement, V anguille chien a la tête plus longue que la commune , comme le pimperneau, et plus large, comme le guiseau. Cette partie du corps est d’ailleurs aplatie. Ses yeux sont gros. Ses dimensions sont assez grandes ; mais son ensemble est peu agréable à la vue, et sa chair est filamenteuse. On dit qu’elle a des barbillons à la bouche. Je n’ai pas été à même de vérifier l’existence de ces barbillons , qui peutêtre ne sont que les petits tubes à l’extrémité desquels sont placés les orifices des narines. ÎJ anguille chien est très-goulue ; et de là vient le nom qu’on lui a donné. Elle dévore les petits poissons qu’elle peut saisir dans les nasses, déchire les filets, ronge même les fils de fer des lignes. Lorsqu’elle est prise à l’hameçon , on remarque qu’elle a avalé l’haim de manière à le faire parvenir jusqu’à l’œsophage, tandis que les anguilles ordinaires ne sont retenues avec l’hameçon que par la partie antérieure de leur palais. On la pêche avec plus de facilité vers le commencement de l’automne ; elle paroît se plaire beaucoup sur les fonds qui sont au-dessus de Candeleu. Dans l’automne de l’an 6 de l’ére française, une troupe d'anguilles chiens remonta jusqu’au passage du Croisset ; elle y resta trois ou quatre jours ; et n’y trouvant pas apparemment une nourriture sufiisaute ou convenable, elle redescendit vers la mer.