‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 160 sur 731 · TELLE · texte numérisé non relu

TELLE

Le GADE CIM- BRE.

La nageoire de la queue , arrondie ; la première nageoire du dos trèsbasse , excepté le premier ou le second rayon; la ligne latérale trèscourhe auprès des nageoires pectorales, et ensuite droite.

La nageoire de la queue , arrondie ; deux barbillons auprès des narines ; un barbillon à la lèvre supérieure, ctuu à l’inférieure ; le premier rayon de la première nageoire dorsale terminé par deux filamens disposés horizontalement comme les branches d’un T.

Il O LE (S-ADE M(D)MUEoSoLE (E-ABE MEMLANc ■S O LE €rAID)E LBTTE O

LES GADES

QUATRIÈME SOUS-GENRE

. Deux nageoires dorsales : point de barbillons auprès du bout du museau„

ESPÈCE* CARACTERES

ÎLa nageoire de la queue , rectiligne ; la mâchoire inferieure plus avance'e que la supe'rieure.

CINQUIÈME SOUS-GENRE

Une seule nageoire dorsale ; des

/ La nageoire de la queue 19. Le GADE BROS-j lance'olée ; des bandes me. 1 transversales sur les cô-

tés.

LE GADE MORUE

Parmi tQus les animaux qui peuplent l’air, la terre ou les eaux , il n’est qu’un très-petit nombre d’espèces utiles dont l’histoire puisse paroître aussi digne d’intérêt que celle de la morue, à la philosophie attentive et bienfaisante qui médite sur la prospérité des peuples. L’homme a élevé le cheval pour la guerre , le bœuf pour le travail^ la brebis pour l’industrie , l’éléphant pour la pompe , le chameau pour l’aider à traverser les déserts, ledoguepour sa garde, le chien courant pour la chasse , le barbet pour le sentiment, la poule pour sa table , le cormoran pour la pêche , l’aigrette pour sa parure , le serin pour ses plaisirs , l’abeille pour remplacer le jour ; il a donné la morue au commerce maritime ; et en répandant, par ce seul bienfait, une nouvelle vie sur un des grands objets de la pensée, du courage et d’une noble ambition, il a

I. Morhnelj dans plusieurs pays septentrionaux de l’Europe; molùe, cabiliau cabillauj dans quelques contrées de France; cabillaud ^ dans le même pays, et particulièrement dans les départemens les plus septentrionaux ; kablag en Danemarck ; ciblia^ en*Suède.

barbillons au bout du museau.

doublé les liens fraternels qui unissoient les différentes parties du globe.

Dans toutes les contrées de l’Europe, et dans presque toutes celles de l’Amérique , il est bien peu de personnes qui ne connoisT sent le nom de la morue , la bonté de son goût, la nature de ses muscles, et les qualités qui distinguent sa chair suivant les diverses opérations que ce gade a subies : mais combien d’hommes n’ont aucune idée précise de la forme extérieure , des organes intérieurs, des habitudes de cet animal fécond , ni des diverses précautions que l’on a imaginées pour le pêcher avec facilité ! Et parmi ceux qui s’occupent avec le plus d’assiduité d’étudier ou de régler les rapports politiques des nations , d’augmenter leurs moyens de subsistance , d’accroître leur population, de multiplier leurs objets d’échange , de créer ou de ranimer leur marine; parmi ceux même qui ont consacré leur existence aux voyages de long cours, ou aux vastes spéculations commerciales, n’est -il pas plusieurs esprits élevés et trèsinstruits , aux yeux desquels cependant une histoire bien faite du gade morue dévoileroit des faits importans pour le sujet de leurs estimables méditations?

Aristote, Pline, ni aucun des anciens his-

LE GADE MORLE.

torîens de Ja Nature, n’ont connu le gade morue : mais les naturalistes réceus, les voyageurs , les pêcheurs , les préparateurs, les marins, les commerçans, presque tous les habitans des rivages , et même de l’intérieur des terres de l’Europe, ainsi que de l’Amérique , particuliérement de l’Amérique et de l’Europe septentrionales, se sont occupés si fréquemment et sous tant de rapports de ce poisson; ils l’oiiLvu, si ]e puis employer cette expression, sous tant de faces et sous tant de formes, qu’ils ont dû nécessairement donner à cet animal un très-grand nombre de dénominations dilférentes. Néanmoins sous ces divers noms, «ussi bien que sous les déguisemens que l’art a pu produire , et même sous les dissemblances plus ou moins variables et plus ou moins considérables que la Nature a créées dans les dilférens climats, il sera toujours aisé de distinguer la morue non seulement des autres jugulaires de la première division des osseux, mais encore de tous les autres gades , pour peu qu’on veuille rappeler les caractères que nous allons indiquer.

Comme tous les poissons de son genre, la morue a la tête comprimée ; les yeux , placés sur les côtés , sont très-peu rapprochés l’im de l’autre , trés-grps , voilés par une membrane transparente ; et cette dernière conformation donne à l’animal la faculté de nager à la surface des mers septentrionales, au milieu des montagnes de glace, auprès des rivages couverts de neige congelée et resplendissante, sans être ébloui parla grande quantité de lumière réfléchie sur ces plages l3oréales : mais hors de ces régions voisines du cercle polaire , la moj'ue doit voir avec plus de diflicidté que la plupart des poissons, dont les yeux ne sont pas ainsi recouverts par une pellicule diaphane ; et de là est venue l’expression A'yeux de morue dont on s’est servi pour désigner des yeux grands, à fleur de tète, et cependant mauvais.

Les mâchoires sont inégales en longueur: la supérieure est plus avancée que l’inferieure, au bout de laquelle on voit pendre un assez grand barbillon. Elles sont armées toutes les deux de plusieurs rangées de dents fortes et aiguës. La première rangée en présente de beaucoup plus longues que les autres ; et toutes ne sont pas articulées avec l’un des os maxillaires, de manière à ne se prêter à aucun mouvement.

Plusieurs de ces dents sont au coniraiic très -mobiles, c’est a dire, pcu'ciUètje.

comme celles des squales, couchées et relevées sous dilférens angles , à la volonté de l’animal, et lui donner ainsi des armes plus appropriées à la nature, au volume et à la résistance de la proie qu’il cherche a dévorer.

La langue est large, arrondie par devant, molle et lisse : mais on voit des dents petites et serrées au palais et auprès du gosier.

Les opercules des branchies sont composés chacun de trois pièces , et bordés d’une bande souple et non ciliée. Sept rayons soutiennent chaque membrane branchiale.

Le corps est allongé , légèrement comprimé et revêtu d’écailles plus grandes que celles qui recouvrent preque tous les autres gades. La ligne latérale suit à peu prés la courbure du dos jusque vers les deux tiers de la longueur totale du poisson.

On voit sur la morue trois grandes nageoires dorsales. Ce nombre cte trois dans les nageoires du dos distingue les gades du premier et du second sous-genre, ainsi que l’indique le tableau qui est à la tête de cet article; et il est d’autant plus remarquable, qu’excepté les espèces renfermées dans ces deux sous-genres , les eaux douces , aussi bien que les eaux salées , doivent comprendre un très-petit nombre de poissons osseux ou cartilagineux dont les, nageoires dorsales soient plus que doubles , et qu’on n’en trouve particuliérement aucun à trois nageoires dorsales parmi les habitans des mers ou des rivières que nous avons déjà décrits dans cet ouvrage.

Les poissons qui ont trois nageoires du dos ont deux nageoires de l’anus placées , comme les dorsales, à la suite l’une de l’autre. La morue a donc deux nageoires anales comme tous les gades du premier et du se cond sous- genre ; et on a pu voir sur le tableau de sa famille que le premier aiguillon de la première de ces deux nageoires est épineux et non articulé L

Les nageoires jugulaires sont étroites et terminées en pointe, comme celles de pres- <|ue tous les gades ; la caudale est un peu fourchue.

Page 1