‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 178 sur 731 · LE GADE MERLAN · texte numérisé non relu

LE GADE MERLAN

pluviôse ; et sur plusieurs de celles d’Angleterre ou de Hollande , on a choisi les mois de l’été.

On le trouve trés-gras lorsque les harengs ont déposé leurs œufs, et qu’il a pu en dévorer une grande quantité Mais, excepté dans le temps où il fraie lui -même, sa chair écailleuse est agréable au goût : elle n’a pas de qualité malfaisante ; et comme elle est molle, tendre et légère, on la digère avec facilité , et elle est un des alimens que l’on peut donner avec le moins d’inconvénient à ceux qui éprouvent un grand besoin de manger, sans avoir cependant des sucs digestifs très-puissans.

Dans quelques endroits de l’Angleterre et des environs d’Ostende , de Bruges et de Gand , on a fait sécher et saler des merlans après les avoir vidés; et on les a rendus, par cette préparation, au moins suivant le témoignage de plusieurs observateurs, un mets très-délicat.

On a écrit qu’il y avoit des merlans hermaphrodites. On en a vu , en effet , dont l’intérieur présentoit en même temps un ovaire rempli d’œufs , et un corps assez semblable , au premier coup d’œil , à la laite des poissons mâles : mais cet aspect n’est qu’une fausse apparence ; l’on s’est assuré que cette prétendue laite n’étoit que le foie, qui est très-gros dans tous les merlans , et particuliérement dans ceux qui sont trés-gras.

On prend quelquefois des merlans avec des filets , et notamment avec celui que l’on a nommé drége, et dont nous avons fait connoître la forme dans l’article de la trachine vive. Le plus souvent néanmoins on pêche le gade dont nous parlons avec une vingtaine de lignes, dont chacune, garnie dé deux cents hameçons, est Ion. gue de plus de cent mètres , et qu’on laisse au fond de l’eau environ pendant trois heures.

Au reste , non seulement la qualité de la chair du merlan varie suivant les saisons et les parages qu’il fréquente, mais encore ses caractères extérieurs sont assez différons, selon les eaux qu’il habite, pour qu’on ait compté dans cette espèce plusieurs variétés remarquables et constantes. Nous pouvons en donner un exemple, en rapportant une observation très-intéressante qui nous a été transmise au sujet des merlans que l’on trouve sur les côtes du dépar-

t . Lettre de M. Noël, de Rouen , à M. Lacépède , du 21 brumaire an 7,

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tement de la Seine-Inférieure, par un naturaliste habile et très-zélé, M. Noël, de Rouen, que j’ai déjà eu occasion de citer dans cet ouvrage.

Cet ichtyologiste m’a écrit qu’on aperce voit une assez grande différence entre les merlans que l’on prend sur les fonds voisins d’Yport et des Dalles, prés de Fécamp, et ceux que l’on pêche depuis la pointe de d’Ailly jusqu’au Tréport et au-delà. Les merlans d’Yport et des Dalles sont plus courts; leur ventre est plus large, leur tête plus grosse , leur museau moins aigu ; la ligne que décrit leur dos, légèrement courbée en dedans, au lieu d’être droite; la couleur des parties voisines du museau et de la nageoire de la queue , plus brunâtre ; la chair plus ferme, plus agréable et plus recherchée’.

M. Noël pense, avec raison, qu’on doit attribuer cette diversité dans les qualités de la chair, ainsi que dans les nuances et les formes extérieures, à la nature des fonds au-dessus desquels les merlans habitent, et par conséquent à celle des alimens qu’ils trouvent à leur portée. Auprès d’Yport et de Fécamp , les fonds sont presque tous de roche, tandis que ceux des eaux de d’Ailly, de Dieppe et du Tréport sont [presque tous de vase ou de gravier. En général, M. Noël pense que le merlan est plus petit et plus délicat sur les bas-fonds très-voisins des rivages, que sur les bancs que l’on trouve à de grandes distances des côtes.

LE GADE MOLVE'*

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