‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 249 sur 731 · I. A la première nageoire du dos. 7 rayons · texte numérisé non relu

I. A la première nageoire du dos. 7 rayons

à la seconde 9

à chacune des pectorales. . . 15

à chacune des thoracines. ... G à la première de l’anus. . . 2

à la seconde 14

h celle de la queue 20

2. Ton, sur quelques rivages de France ; atkon, dans quelques départemens méridionaux ; toun, auprès de Marseille ; tonno, sur les côtes de la Ligurie ; tunny fish , spanish mackrell, en Angleterre;' orcynus ; albacore , dans quelques contrées d’Europe ; ialling talling , aux Maldives,

LE SG OMBRE THON

éloignées des Côtes on doit surtout remarquer les thons dont nous écrivons l’histoire.

Les divers attributs qu’ils ont reçus de la Nature, leur donnent une grande prééminence sur le plus grand nombre des autres poissons. C’est presque toujours à la sur-' face des eaux qu’ils se livrent au repos, ou qu’ils s’abandonnent à l’action des diverses causes qui peuvent les déterminer à se mouvoir. On les voit, réunis- en troupes trèsnombreuses, bondir avec agilité, s’élancer avec force, cingler avec la vélocité d’une flèche. La vivacité avec laquelle ils échappent, pour ainsi dire, à l’œil de l’observateur, est principalement produite par une queue très-longue, et qui, frappant Fonde salée par une face très-étendue , ainsi que par une nageoire très-large , est animée par des muscles vigoureux, et soutenue de chaque côté par un cartilage qui accroît l’énergie de ces muscles puissans’.

Lorsque, dans cerlaines saisons, et particuliérement dans celle de la ponte et de la fécondation des œufs,, une nécessité impé-, rieuse les amène vers quelque plage, ils serrent leurs rangs nombreux , ils se pressent les uns contre les autres; et les plus forts ou les plus audacieux précédant leurs compagnons à des distances déterminées par les degrés de leur vigueur et de leur courage, pendant que des nuances différentes composent une sorte d’arriére-garde, plus ou moins prolongée , des individus les plus foibles et les plus timides, on ne doit pas être surpris que la légion forme une sorte de grand parallélogramme animé, que l’on aperçoit naviguant sur la mer, ou qui , nageant au milieu des flots qui le couvrent encore et le dérobent à la vue , s’annonce cependant de loin par le bruit des ondes rapidement refoulées devant ces rapides voyageurs. Des échos ont quelquefois répété cette espèce de bruissement , ou de murmure lointain , qui , se propageant alors de rocher en rocher, et multiplié de rivage en rivage , a ressemblé à ce retentissement sourd, mais imposant, qui, au milieu du calme sinistre des journées brûlantes de l’été, annonce l’approche des nuées orageuses.

Malgré leur multitude, leur grandeur, leur force et leur vitesse , ces élémens des succès dans l’attaque ou dans la défense,

I. Voyez , dans le Discours sur la. nature des ^poissons , ce rpie nous avons dit de la natation dé CCS animaux.

un bruit soudain a souvèiït suspèndü tihe tribu voyageuse de thons au milieu de sa course : on les a vus troublés, arrêtés et dispersés par une vive décharge d’artillerie, ou par un coup de tonnerre subit. Le sens de l’ouïe n’est même pas, dans ces animaux , le seul que des impressions inattendues ou extraordinaires plongent dans une sorte de terreur : un objet d’une forme ou d’une couleur singulière suffit pour ébranler l’organe de leur vue , de manière à les effrayer et à interrompre leurs habitudes les plus constantes. Ces- derniers effets ont été remarqués par plusieurs voyageurs modernes, et n’avoient pas échappé aux navigateurs anciens. Pline rapporte, par exemple , que , dans le printemps, les thons passoient en troupes composées d’un grand nombre d’individus, de la Méditerranée, dans le Pont-Euxin, ou mer Noire; que dans le bosphore de Thrace , qui réunit la Propontide à.rEuxin, et dans le détroit même qui sépare l’Europe de l’Asie, un rocher d’une blancheur éblouissante et d’une grande hauteur s’élevoit auprès de Ghalcédoine sur le rivage asiatique; que l’éclat de cette roche , frappant subitement les légions de thons, leseffrayoit au point de les contraindre à se précipiter vers le cap de Byzance, opposé à la rive de Chalcédoine; que cette direction forcée dans le voyage de ces scombres en rendoit la pêche Irésabondante auprès de ce cap de Byzance , et presque nulle dans les environs des plages opposées; et que c’est à cause de ce concours des thons auprès de ce promontoire qu’on lui avoit donné le nom de ou de corne d’or, . ou de corne d’abondance 1.

Ces scombres sont cependant trés-courageux dans la plupart des circonstances de leur vie. Un seul phénomène le prouveroit , c’est l’étendue et la durée des courses qu’ils entreprennent. Pour en connoître nettement la nature , il faut rappeler la distinction que nous avons faite, en traitant des poissons en général , entre leurs voyages périodiques et réguliers, et ceux qui ne présentent aucune régularité, ni dans les circonstances de emps, ni dans celles de lieu. Les migrations régulières et périodiques des ihoris sont celles auxquelles ils s’abandonnent, lorsqu’à l’approche de chaque printemps, ou dans une saison plus

I. C’est pour rappeler ce même concours que les médailles de Bvzaiice présentent l’imaire du thon.

LE SCOMBRE THON

chaude, Suivant le climat qu’ils habitent, ils s’avancent vers la température , l’aliment, l’eau, l’abri, la plage, qui conviennent le mieux au besoin qui les presse, pour y déposer leurs œufs, ou pour les arroser de leur liqueur vivifiante, ou lorsqu’aprés s’être débarrassés d’un fluide trop stimulant ou d’un poids trop incommode , et avoir repris des forces nouvelles dans le repos et l’abondance , ils quittent les côtes de l’océan avec les beaux jours, regagnent la haute mer, et rentrent dans les profonds asiles qu’elle leur offre. Leurs voyages irréguliers sont ceux qu’ils entreprennent à des époques dénuées de tout caractère de périodicité , qui sont déterminés par la nécessité d’échapper à un danger apparent ou réel , de fuir un ennemi , de poursuivre une proie , d’apaiser une faim cruelle , et qui , ne se ressemblant ni par l’espace parcouru , ni par la vitesse employée à le franchir, ni par la direction des mouvemens , sont aussi variables et aussi variés que les causes qui les font naître. Dans leurs voyages réguliers, ils ne vont pas communément chercher bien loin, ni par de grands détours, la rive qui leur est nécessaire, ou la retraite pélagienne qui remplace cette rive pendant le régne des hivers : mais, dans leurs migrations irrégulières, ils parviennent souvent à de très-grandes distances ; ils traversent avec facilité, dans ces circonstances, non seulement des golfes et des mers intérieures , mais même l’antique océan. Un intervalle de plusieurs centaines de lieues ne les arrête pas; et, malgré leur mobilité naturelle , fidèles à la cause qui a déterminé leur départ , ils continuent avec constance leur course lointaine. Nous lisons dans l’intéressante relation rédigée et publiée par le général Milet-Mureau , du voyage de notre célébré et infortuné navigateur la Pérouse, que des scombres, à la vérité, de l’espèce appelée bonite, mais bien moins favorisés que les thons , relativement à la faculté de nager avec vitesse et avec constance , suivirent les bâtimens commandés par cet illustre voyageur, depuis les environs de Pile de Pâque , jusqu’à Pile Mowée , l’une des îles Sandwich. La troupe de ces scombres , ou le banc de ces poissons, pour employer l’expression de nos marins , fit quinze cents lieues à la suite de nos frégates : plusieurs de ces animaux , blessés par les foénes, ou tridents, des matelots français , portoient sur le dos une sorte de signalement qu’il étoit impossible de ne pas distinguer ; et l’on reconnoissoit

chaque jour les mêmes poissons qu’on avoit vus la veille

Quelque longue que puisse être la durée de cette puissance qui les maîtrise, plusieurs marins allant d’Europe en Amérique, ou revenant d’Amérique en Europe, ont vu des thons accompagner pendant plus de quarante jours les vaisseaux auprès desquels ils trouvoient avec facilité une partie de l’aliment qu’ils aiment ; et cette avidité pour les diverses substances nutritives que l’on peut jeter d’un navire dans la mer n’est pas le seul lien qui les retienne pendant un très-grand nombre de jours auprès des bâtimens. L’attentif Commerson a observé une autre cause de leur assiduité auprès de certains vaisseaux , au milieu des mers chaudes de l’Asie , de l’Afrique et de l’Amérique, qu’il a parcourues. Il a écrit, dans ses manuscrits, que dans ces mers dont la surface est inondée des rayons d’un soleil brûlant, les thons, ainsi que plusieurs autres poissons, ne peuvent se livrer, auprès de cette même surface des eaux, aux différens mouvemens qui leur sont nécessaires, sans être éblouis par une lumière trop vive, ou fatigués par une chaleur trop ardente : ils cherchent alors le voisinage des rivages escarpés, des rochers avancés, des promontoires élevés, de tout ce qui peut les dérober, pendant leurs jeux et leurs évolutions , aux feux de l’astre du jour. Une escadre est pour eux comme une forêt flottante qui leur prête son ombre protectrice : les vaisseaux, les mâts, les voiles, les antennes, sont un abri- d’autant plus heureux pour les scombres , que , perpétuellement mobile , il les suit , pour ainsi dire, sur le vaste océan, s’avance avec une vitesse assez égale à celle de ces poissons agiles, favorise toutes leurs manœuvres, ne retarde en quelque sorte aucun de leurs mouvemens; et voilà pourquoi, suivant Commerson , dans la zone torride, et vers le temps des plus grandes chaleurs, les thons qui accompagnent les bâtimens se rangent, avec une attention facile à remaî quer, du côté des vaisseaux qui n’.est pas exposé aux rayons du soleil 2.

Au reste, cette habitude de chercher l’ombre des navires peut avoir quelque rapport avec celle de suspendre leurs

1. Voyez ce que nous avons écrit sur la vitesse des poissons , dans notre Discours préliminaire sur la nature de ces animaux,

2. Nous parlerons encore de cette observation de Commerson , dans l’article du scombre germon.

LE SC OMBRE THON

courses pendant les brumes , qui leur est attribuée par quelques voyageurs. Ils interrompent leurs voyages pour plusieurs mois, aux approches du froid; et, dès le temps de Pline , on disoit qu’ils hivernoient dans l’endroit où la mauvaise saison les surprenoit. On prétend que , pendant cette saison rigoureuse, ils préfèrent pour leur habitation les fonds limoneux : ils s’y nourrissent de poissons , ou d’autres animaux de la mer plus foibles qu’eux ; ils se jettent particulièrement sur les exocets et sur les dupées; les petits scombres deviennent aussi leur proie ; ils n’épargnent pas même les jeunes animaux de leur espèce; et comme il sont Irés-goulus, et d’ailleurs tourmentés , dans certaines circonstances , par une faim qui ne leur permet pas d’attendre les alimens les plus analogues à leur organisation , ils avalent souvent avec avidité , dans ces retraites vaseuses et d’hiver, aussi bien que dans les autres portions de la mer qu’ils fréquentent, des fragmens de diverses espèces d’algues.

Ils ont besoin d’une assez grande quantité de nourriture , parce qu’ils présentent communément des dimensions considérables. Pline et les autres auteurs anciens qui ont écrit sur les thons les ont rangés parmi les poissons les plus remarquables par leur volume. Le naturaliste romain dit qu’on en avoit vu du poids de quinze talcns *, et dont la nageoire de la queue avoit de largeur, ou, pour mieux dire, de hauteur, deux coudées et un palme.

Les obseivateurs modernes ont mesuré et pesé des thons de trois cent vingt-cinq centimètres de longueur, et du poids de cinquante-cinq ou soixante kilogrammes ; et cependant ces poissons, ainsi que tous ceux qui n’éclosent pas dans le ventre de leur mère, proviennent d’œufs très-petits : on a comparé la grosseur de ceux du thon à celle des graines de pavot.

Le corps de ce scombre est très-allongé, et semblable à une sorte de fuseau trésétendu. La tête est petite ; l’œil gros ; l’ou-

4. Ce poids de quinze talens attribué h un thon nousparoît bien supérieur à celui qu’ont dû présenter les gros poissons de l’espèce que nous décrivons. En effet, le talent des Romains, leur centumpondium étoit égal, selon Paucton [Métrologie, pag. 761 ) , k 68 49/mO livres de France , poids de marc , et le petit talent d’Egypte , d’Alabie, etc. , égaloit 4^ 65/100 ou 66/100 livres de France. Un thon auroit donc pesé au moins 675 livres ; ce qui ne nous semble pas admissible.

verture de la bouche très-large; la mâchoire inférieure plus avancée qne la supérieure, et garnie, comme cette dernière , de dents aiguës ; la langue courte et lisse ; l’orifice branchial très-grand; l’opercule composé de deux pièces ; le tronc épais , et couvert, ainsi que la queue, d’écailles petites, minces et foiblement attachées. Les petites nageoires du dessus et du dessous de la queue sont communément au nombre de huit L Quelques observateurs en ont compté neuf dans la partie supérieure et dans la partie inférieure de cette portion de l’animal ; et d’après ce dernier nombre, on pourroit être tenté de croire que l’on peut quelquefois confondre l’espèce du thon avec celle du germon , dont la queue , offre aussi par-dessus et par-dessous huit petites nageoires : mais la proportion des dimensions des pectorales avec la longueur totale du scombre suffira pour séparer avec facilité les germons , des poissons que nous tâchons de bien faire connaître. Dans les germons , ces pectorales s’étendent jusqu’au-delà de l’orifice de l’anus ; et dans les thons , elles ne sont jamais assez grandes pour y parvenir; elles se terminent à peu prés au-dessous de l’endroit du dos où finit la première dorsale. La nageoire de la queue est figurée ên croissant : nous avons fait remarquer son étendue dés le commencement de cet article.

Nous avons eu occasion, dans une autre portion de cet ouvrage de parler de ces petits os auxquels on a particuliérement donné le nom arêtes , qui, placés entre les muscles, ajoutent à leur force, que l’on n’aperçoit pas dans toutes les espèces de poissons, mais que l’on n’a observés jusqu’à présent que dans ces habitans des eaux. Ces arêtes sont simples ou fourchues. Nous avons dit de plus, que, dans certaines espèces de poissons , elles aboutissoient à l’épine du dos, quoiqu’elles ne fissent pas véritablement partie de la charpente osseuse proprement dite. Nous avons ajouté que, dans d’autres espèces, non-seulement ces arêtes n’étoient pas liées avec la grande charpente osseuse , mais qu’elles en étoient séparées par différens intervalles. Les scombres, et par conséquent les thons , doivent

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