On nomme ce filet eus:arre
plue ; et si les lois conservatrices de Pespéce humaine nous commandent des sacrifices sans cesse renouvelés de milliers de victimes, n’oublions jamais que ces victi- • mes sont des êtres sensibles; ne cédons à la dure nécessité que ce qu’il nous est impossible de lui ravir ; n’augmentons pas , par des séductions que des jouissances plus douces peuvent. si facilement remplacer, le penchant encore trop dangereux qui nous entraîne vers une des passions les plus hideuses , vers une cruelle insensibilité ; effaçons, s’il estpossible, du cœur de l’homme cette empreinte encore trop profonde de la féroce barbarie dont il a eu tant de peine à secouer le joug ; enchaînons cet instinct sauvage qui le porte encore à ne voir la conservation de son existence que dans la destruction ; que les lumières de la civilisation l’éclairent sur sa véritable félicité ; que ses regards avides ne cherchent jamais les horreurs de la guerre au milieu de la paix des plaisirs, les agitations de la souffrance à côté du calme du bonheur, la rage de la douleur auprès du délire de la joie ; qu’il cesse d’avoir besoin de ces contrastes horribles; et que la tendre pitié ne soit jamais contrainte de s’éloigner, en gémissant, de la pompe de ses fêtes.
Au reste , il n’est pas surprenant que , depuis un grand nombre de siècles , on ait cherché et employé un grand nombre de procédés pour la pêche des thons: ces scombres, • en procurant un aliment très-abondant, donnent une nourriture trés-agréable. On a comparé le goût de la chair de ces poissons à celui des acipencéres esturgeons, et par conséquent à celui du veau. Ils engraissent avec facilité; et l’on a écrit qu’il'se ramassoit quelquefois une si grande quantité de substance adipeuse dans la partie inférieure de leur corps , que les tégumens de leur ventre en étoient étendus au point d’être aisément déchirés par de légers frottemens. Ces poissons avoient une grande valeur chez les Grecs et chez les autres anciens habitans des rives de la Méditerranée, de la Propontide , de la mer Noire ; et voilà pourquoi, dés une époque bien reculée, ils avoient été observés avec assez de soin pour que leurs habitudes fussent bien connues.
Les Romains ont attaché particuliérement un grand prix à ces scombres, surtout lorsque, asservis sous leurs empereurs, ils ont voulu remplacer par les jouissances du luxe les plaisirs de la gloire et de la liberté ; et comme nous ne croyons pas inutile aux progrès de la morale et de l’économie pu-
LÉ SGOMBRE THON.
blîque , d’indiquer à ceux qui cultivent ces sciences si importantes toutes les particularités de ce goût si marqué que nous avons observé dans les anciens pour les alimens tirés des poissons, nous ne passerons pas sous silence les petits détails que Pline nous a transmis sur la préférence que les Romains de son tempsdonnoientà telle ou telle portion des scombres auxquels cetarticle est consacré. Ils estimoient beaucoup la tête et le dessous du ventre ; ils recherchoient aussi le dessous de la poitrine, qu’ils regardoient cependant comme difficile à digérer, surtout quand il n’étoit pas très-frais ; ils ne faisoient presque aucun cas des morceaux voisins de la nageoire caudale, parce qu’ils né les trouvoient pas assez gras ; et ce qu’ils préféroient à plusieurs autres alimens, étoit la portion la plus proche du gosier ou de l’œsophage. Ces mêmes Romains savoient fort bien conserver les thons, en les coupant par morceaux, et en les renfermant dans des vases remplis de sel ; et ils donnoient à cette préparation le nom de mélandrye (meLjaiidrya), à cause de sa ressemblance avec des copeaux un peu noircis de chêne, ou d’autres arbres. Les modernes ont employé lei même procédé. Rondelet dit que ses contemporains coupoient les thons qu’ils vou- 1 oient garder par tranches ou darnes, et qu’on donnoit à ces darnes imbibées de sel le nom de ihonnme ou de tarentella, parce qu’on en apportoit beaucoup de Tarente.
Très-souvent, au lieu de se contenter de saler les thons par des moyens à peu prés semblables à ceux que nous avons exposés en traitant du gade morue, on les marine après les avoir coupés par tronçons, et en les préparant avec de l’huile et du sel. On renferme les thons marinés dans des barils, et on distingue avec beaucoup de soin ceux qui contiennent la chair du ventre , préférée aujourd’hui parles Européens comme autrefoispar les Romains, etnommée panse de thon, de ceux dans lesquels on a mis la chair du dos, que l’on appelle dos de thon, ou simplement thonnîne 'K
Comme les thons sont ordinairement très-gras, il se détache de ces poissons, lorsqu’on les lave et qu’on les presse pour les saler, une huile communément assez abondante , qui surnage promptement, que
1. Les anciens faisoient saler les in'estins du thon , ainsi que les œufs de ce scombre , qui servent encore de nos jours , sur plusieurs côtes, et particulièrement sur celles de la Grèce t â faitp une sorte de pouiargue.
l’on ramasse avec facilité , et qui est employée par les tanneurs.
Il est des mers dans lesquelles ces scombres se nourrissent de mollusques assez malfaisans pour faire éprouver des accidens graves à ceux qui mangent de ces poissons, sans avoir pris la précaution de les faire vider avec soin,'' et même pour contracter dans des portions de leur corps réparées pendant long temps par des substances * vénéneuses , des qualités très-funestes : tant il semble que sur toutes ses productions, comme dans tous ses phénomènes, la Nature préservatrice ait voulu placer un emblème de la prudence tutélaire, en nous montrant sans cesse l’aspic sous les fleurs, et l’épine sur la tige de la rose.
LE SCOMBRE GERMON
Cette espèce de scombre a été jusqu’à présent confondue par les naturalistes, ainsi que par les marins, avec les autres espèces de son genre. Elle mérite cependant, à beaucoup d’égards , une attention particulière, et nous allons tâcher de la faire connoître sous ses véritables traits , en présentant avec soin les belles observations manuscrites que Commerson nous a laissées au sujet de cet animal.
Le germon, dont la grandeur approche de celle des thons, a communément plus d’un mètre de longueur ; et son poids , presque toujours au-dessus d’un myriagramme , s’étend quelquefois jusqu’à trois. Sa couleur est d’un bleu noirâtre sur le dos, d’un bleu très-pur et très-beau sur le haut des côtés , d’un bleu argenté sur le bas de ces mêmes côtés , et d’une teinte argentée sans mélange sur sa partie inférieure. On voit , sur le ventre de quelques individus, des bandes transversales; mais elles sont si fugitives, qu’elles dispai'oissent avec rapidité lorsque le scombre expire , et même lorsqu’il est hors de l’eau depuis quelques instans. L’animal est allongé et un peu conique à ses deux extrémités ; la tête revêtue de lames écailleuses, grandes et brillantes ; le corps recouvert, ainsi que la queue , d’écailles petites , pentagones , ou plutôt presque arrondies.
Un seul rang de dents garnit chacune
1. Consultez , au sujet des poissons vénéneux, le Discours sur la nature de ces animaux.
2. Germon, par plusieurs navigateurs français j longue oreille, par d’autres navigateurs.
LE SCOMBRE GERMON
des deux mâchoires , dont l’inférieure est d’ailleurs plus avancée que la supérieure.
L’intérieur de la bouche est noirâtre dans son contour ; la langue courte , un peu large , arrondie par-devant, cartilagineuse et rude ; le palais raboteux comme la langue; l’ouverture de chaque narine réduite à une sorte de fente ; chaque trornmissure marquée par une prolongation triangulaire de la mâchoire supérieure ; l’œil grand et un peu convexe ; l’opercule branchial composé de deux pièces dénuées d’écailles semblables à celles du dos, resplendissantes de l’éclat de l’argent , et dont la seconde s’étend en croissant autour de la première , et en borde le contour postérieur.
On peut voir au-dessous de cet opercule une membrane branchiale blanchâtre dans sa circonférence , et noirâtre dans le reste de sa surface ; un double rang de franges compose Chacune des quatre branchies : l’os demi-circulaire du premier de ces organes respiratoires présente des dents longues et fortes , arrangées comme celles d’un peigne; l’os du second n’en offre que de moins grandes ; et l’arc du troisième ainsi que celui du quatrième ne sont que raboteux
Les nageoires pectorales ont une largeur égale au douzième, ou à peu prés, de la largeur totale du scombre; leur longueur est telle , qu’elles dépassent l’ouverture de l’anus, et parviennent jusqu’aux premières petites nageoires du dessous de la queue. Elles sont de plus en forme de faux, fortes, roides, et, ce qu’il faut surtout ne pas négliger d’observer, placées chacune au-dessus d’une fossette , ou d’une petite cavité imprimée sur le côté du poisson , de la même grandeur et de la même figure que cet instrument de natation, et dans laquelle cette nageoire est reçue en partie lorsqu’elle est en repos. Un appendice charnu occupe d’ailleurs, si je puis employer ce mot, l’aisselle supérieure de chaque pectorale.
Une fossette analogue est, pour ainsi dire , gravée au-dessous du corps , pour loger les nageoires thoracines , qui sont si-
tuées au-dessous des pectorales, et qui.
presque brunes à l’intérieur, r
éfléchissent