‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 27 sur 731 · LES CHIMÈRES · texte numérisé non relu

LES CHIMÈRES

plusieurs naturalistes l’ont écrit , on n’y en voit qu’une seule.

Le bout de la queue est terminée par un filament très-long et très-délié. H y a deux nageoires de l’anus : la première , qui est très-courte et un peu en forme de faux, ne commence qu’au-delà de l’endroit où les lignes latérales aboutissent l’une à l’autre ; la seconde est très - étroite et se prolonge peu. Les nageoires ventrales environnent l’anus, et tiennent, comme les pectorales, à un appendice charnu.

La bouche est petite ; l’on voit à chaque mâchoire deux lames osseuses, à bords tranchans , et sillonnées assez profondément pour ressembler aune rangée de dents incisives, et très-distinctes l’une de l’autre; il y a de plus au palais deux dents communément aplaties et triangulaires.

Indépendamment de la petite houppe qui orne le l)Out du museau du mâle , et dont nous avons parlé', il a, au-devant des nageoires ventrales, deux espèces de petits pieds, ou plutôt d’appendices, garnis d’ongles destinés à retenir la femelle dans l’accouplement. La chimère s’accouple donc comme les raies et les squales ; les œufs sont fécondes dans le ventre de la mère , et l’on doit penser que le plus souvent ils éclosent dans ce même ventre comme ceux des squales et des raies : mais ce qui est plus digne de remarque, ce qui lie la classe des poissons avec celle des serpens , et ce qui rend les chimères des êtres plus extraordinaires et plus singuliers, c’est que, seules parmi tous les poissons connus jusqu’à présent, elles paroissent féconder leurs œufs non -seulement pendant un accouplement réel , mais encore pendant une réunion intime , et par une véritable intromission. Plusieurs auteurs ont écrit en effet que les chimères mâles avoient une sorte de verge double ; et j’ai vu sur une femelle assez grande , un peu au - delà de l’anus , deux

i parties très-rapprochées, saillantes , arrondies , assez grandes , membraneuses , plis-

1 sées, extensibles, et qui présenloient cha- I cune l’origine d’une cavité que j’ai suivie j jusque dans l’ovaire correspondant. Ces I deux appendices doivent être considérés I comme une double vulve destinée à receil voir le double membre génital du mâle ; et 1 nous devions d’autant plus les faire con-

ii noître , que celte conformation , très -rare I dans plusieurs classes d’animaux , est très- 1 éloignée de celle que présentent le plus i souvent les parties sexuelles des femelles

des poissons.

La chimère arctique, cet animal extraordinaire par sa forme, vit, ainsi que nous l’avons dit au commencement de cet article , au milieu de l’Océan septentrional. Ce n’est que rarement qu’il s’approche des rivages ; le temps de son accouplement est presque le seul pendant lequel il quitte la haute mer : il se tient presque toujours dans les profondeurs de l’océan, où il se nourrit le plus souvent de crabes , de mollusques , et des animaux à coquille ; et s’il vient à la surface de l’eau, ce n’est guère que pendant la nuit , ses yeux grands et sensibles ne pouvant supporter qu’avec peine l’éclat de la lumière du jour, augmenté par la réflexion des glaces boréales. On l’a vu cependant attaquer ces légions innombrables de harengs dont la mer du Nord est couverte à certaines époques de l’année , les poursuivre , et faire sa proie de plusieurs de ces foiblcs animaux.

Au reste , les Norwégiens , et d’autres habitans des côtes septentrionales , vers lesquelles il s’avance quelquefois , se nourrissent de ses œufs , et de son foie , qu’ils préparent avec plus ou moins de soin.

LA

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