L.A CHIMÈRE AN- ( Le museau garni d’un long
TARCïiQUK. ( appendice.
longueur des premiers rayons de la nageoire du dos représentent, quoique trèsimparfaitement, une sorte de crinière, située derrière la tête qui est très-grosse, ainsi que celle du lion, et sur laquelle s’élève dans le mâle , à l’extrémité d’un petit appendice , une petite touffe de filamens déliés. D’ailleurs les différentes parties du corps de cet animal ont des proportionsque l’on ne rencontre pas fréquemment dans la classe cependant très-nombreuse des poissons, et qui lui donnent, au premier coup d’opil , l’apparence d’un être monstrueux. Enfin la conformation particulière des' parties sexuelles, tant dans le mâle que dans la femelle, et surtout l’appareil extérieur de ces parties, ajoutent a l’espèce de tendance que l’on a, dans les premiers momens où l’on voit la chimère arctique, à ne la considérer que comme un monstre , et doivent la faire observer avec un intérêt encore plus soutenu.
On a assimilé en quelque sorte sa tête à celle du lion : on a voulu, en conséquence, la couronner comme celle de ce dernier et terrible quadrupède. Le lion a été nommé
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le roi des animaux : on a donné aussi un empire à la chimère ; et si l’on n’a pu supposer sa puissance établie que sur une seule espèce , on l’a fait régner sur une des plus nombreuses, et plusieurs auteurs l’ont appelée le roi des harengs , dont elle agite et poursuit les immenses colonnes.
On ne connoît encore dans le genre de la chimère que deux espèces ; l’arctique dont nous nous occupons, et celle à laquelle nous avons donné le nom à' antarctique.
Leurs dénominations indiquent les contrées du globe qu’elles habitent ; et c’est encore un fait digne d’être observé, que ces deux espèces, qui ont de très-grands rapports dans leurs formes et dans leurs habitudes, soient séparées sur le globe par les plus grands intervalles ; que l’une ne se ü'ouve qu’au milieu des mers qui environnent le pôle septentrional, et qu’on ne rencontre l’autre que dans les eaux situées auprès du pôle antarctique, et particuliérement dans la partie de la mer du Sud qui avoisine ce dernier pôle. On diroit qu’elles 3C sont partagé les zones glaciales. Aucune
ces deux espèces ne s’approche que rarement des contrées tempérées ; elles ne se plaisent , pour ainsi dire , qu’au milieu des montagnes de glace , et des tempêtes qui bouleversent si souvent les plages polaires; et si l’antarctique s’avance, au milieu des flots de la mer du Sud, beaucoup plus prés des tropiques, que la chimère arctique au milieu des ondes agitées de l’Océan boréal, c’est que l’hémisphère austral, plus froid que celui que nous habitons , offre usje température moins chaude à une égale distaaee de la ligne équatoriale, et que la chimère asstarctique peut trouver dans cet hémisphère., quoiqu’à une plus grande proximité de la zone torride , le même degré de froid, la même nature ou la même abondance d’alimens, et les mêmes facilités pour la fécondation de ses œufs, que dans i’hémisphére septentrional.
Mais avant de parler plus au long de cette «spèce antarctique , continuons de faire connoître la chimère qui habite dans notre hémisphère, qui de loin ressemble beaucoup à un squale , et qui parvient au moins à trois pieds de longueur.
Le corps de la chimère arctique est un peu comprimé par les côtés , très - allongé , et va en diminuant très - sensiblement de gi’osseur depuis les nageoires pectorales Jusqu’à l’extrémité de la queue. La peau qui la revêt est souple , lisse , et présente jdes écailles si petites , qu’elles échappent ,
pour ainsi dire , au toucher , et cependant si argentées , que tout le corps de la chimère brille d’un éclat assez vif. Quelquefois des taches brunes , répandues sur ce fond, en relèvent la blancheur.
La tête est grande , et représente une sorte de pyramide , dont le bout du museau forme la pointe , et dont le sommet est presque à la même hauteur que les yeux. Le tégument mou et flexible qui la couvre est plissé dans une très-grande étendue du côté inférieur , et percé dans cette même partie , ainsi que sur les faces latérales , d’un nombre assez considérable de pores arrondis , grands , et destinés à répandre une mucosité plus ou moins gluante.
Les yeux sont très -gros. A une petite distance de ces organes, on voit de chaque côté du corps une ligne latérale blanche, et quelquefois bordée de brun, qui s’étend jusque vers le milieu de la queue , y descend sous la partie inférieure de l’animal , et va s’y réunir à la ligne latérale du côté opposé. Vers la tête, la ligne latérale se divise en plusieurs branches plus ou moins sinueuses, dont une s’élève sur le dos, et va joindre un rameau analogue de la ligne latérale opposée. Deux autres branches entourent l’œil, et se rencontrent à l’extrémité du museau ; une quatrième va à la commissure de la bouche; et une cinquième, placée au-dessus de cette dernière , serpente sur la portion inférieure du museau, où elle se confond avec une branche semblable , partie du côté correspondant à celui qu’elle a parcouru. Tous ces rameaux forment des sillons plus ou moins profonds et plus ou moins interrompus par des pores arrondis.
Les nageoires pectorales sont très-grandes, un peu en forme de faux, et attachées à une prolongation charnue. Celle du dos commence par un rayon triangulaire trèsallongé, trés-dur, et dentelé par derrière: sa hauteur diminue ensuite tout d’un coup; mais bientôt après elle se relève, et s’étend jusques assez loin au - delà de l’anus , en montrant toujours à peu prés la même élévation. Là un intervalle trés-peu sensible la sépare quelquefois d’une espèce de seconde nageoire dorsale, dont les rayons ont d’abord la même longueur que les derniers de la première , et qui s’abaisse ensuite insensiblement jusque vers l’extrémité de la queue , où elle disparoît. D’autres fois cet intervalle n’existe point ; et bien loin de pouvoir compter trois nageoires sur le dos de la chimère arctique, ainsi que
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