‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 328 sur 731 · Dorât de la mer du Sud · texte numérisé non relu

Dorât de la mer du Sud

3s Chrysurus signifie queue d oi ,

donné au chrysurus est donc assez düTérent de celui dé l’hlppurus , pour qu’ ou ne se presse pas de les confondre dans la même espèce. Nous allons les voir séparéspar des caractères encore plus constans et plus remarquables.

Le corps du chrysurus , très-allongé et très-comprimé , est terminé dans le haut par une sorte de carène aiguë qui s’étend depuis la tète jusqu’à la nageoire -de la queue ; et une semblable carène règne endessous , depuis cette même nageoire caudale jusqu’à l’anus.

La partie antérieure et supérieure de la tète représente assez exactement un quart de cercle , et se termine dans le haut par une sorte d’arête aiguë.

La mâchoire inférieure , qui se relève vers la supérieure, est un peu plus longue que cette dernière. Toutes les deux sont composées d’un os qu’hérissent des dents très-petites, très-courtes, très-aiguës, assez écartées l’une de l’autre, placées comme celles d’un peigne , et très-différentes, par leur forme , leur nombre et leur disposition, de celles de l’hippurus.

On voit d’ailleurs deux tubercules garnis de dents très-menues et très-serrées auprès de l’angle intérieur de la mâchoire supérieure, trois autres tubercules presque semblables vers le milieu du palais , et un sixième tubercule très-analogue presque audessus du gosier.

La langue est large, courte, arrondie pardevant , osseuse dans son milieu , et cartilagineuse dans ses bords. L’ouverture de la bouche est peu étendue : -ou compte de chaque côté deux orifices des narines; une sorte d’anneau membraneux entoure l’antérieur. Les opercules des branchies sont j comme la tête, dénués de petites écailles ; ils sont de plus assez grands, et composés chacun de deux pièces, dont celle de devant est arrondie vers la queue , et dont celle de derrière se prolonge également vers la queue, en appendice quelquefois un peu recourbé.

Six rayons aplatis soutiennent de chaque côté une membrane branchiale, au-dessous de laquelle sont placées quatre branchies très-rouges , formées chacune de deux rangées de filamens allongés : la partie concave de l’arc de cercle osseux de la première et de la seconde est garnie de longues dents arrangées comme celles d’un peigne ; la concavité de l’arc de la troisième et de la quatrième ne présente que des aspérités»

LE CORYPHÈNE CHRYSURTJS.

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La nageoire du dos , qui commence audessus des yeux, et s’étend presque jusqu’à celle de la queue, comprend cinquante huit rayons ^ : les huit premiers sont d’autant plus longs', qu’ils sont situés plus loin de la lete , et la longueur des autres est au contraire d’autant moindre, quoiqu’avec des ditTérences peu sensibles , qu’ils sont nlus prés de la nageoire caudale.

L’anus est placé vers le milieu de la longueur totale de l’animal ; et l’on voit entre cet orifice et la base des nageoires tlioracines un petit sillon longitudinal.

La nageoire de la queue est fourchue , comme celle de tous les coryphénes du premier sous-genre ; la ligne latérale serpente depuis le haut de l’ouverture branchiale, où elle prend son origine, jusqu’auprès de T’extrémité des nageoires pectorales, et atteint ensuite la nageoire de la queue en ne se fléchissant que par de légères ondulations ; et enfin les écailles qui recouvrent le poisson sont allongées, arrondies à leur sommet, lisses et fortement attachées.

On a donc pu remarquer sept traits principaux par lesquels le chrysurus diffère de l’hippurus : premièrement , le nombre des rayons n’est pas le même dans la plupart des nageoires de ces deux coryphénes; secondement , la membrane branchiale du chrysurus ne renferme pas six rayons, il y en a toujours depuis sept jusqu’à dix à celle de l’hippurus ; troisièmement , le dos du premier est caréné , celui du second est convexe; quatrièmement, l’ouverture de la bouche est peu étendue dans le chrysurus, elle est très-grande dans riiippurus ; cinquièmement , les dents du chrysurus sont conformées et placées bien différemment que celles de l’hippurus ; sixièmement, l’opercule branchial du chrysurus comprend deux lames, oa ne voit qu’une pièce dans celui de l’hippurus ; et septièmement , nous avons déjà montré une distribution de couleurs bien peu semblable sur l’un et sur l’autre de ces deux coryphénes. Ils doivent donc constituer deux espèces différentes , dont une , c’està-dire , celle que nous décrivons, est encore inconnue des naturalistes; car elle est aussi très-distincte du coryphène doradon.

I. A la membrane des branchies. 6 rayons, à la nageoire du dos. . . . 58

h chacune des peclorales. . . 20

k chacune des thoracines. . 5

à la nageoire de l'anus. . . 28

è celle de la queue . . . . 15

ainsi qu’on peut facilement s’en Convaincre en comparant les formes du doradon. et celles du chrysurus.

Au reste , les habitudes du coryphène qui fait le sujet de cet article, doivent se rapprocher beaucoup de celles de l’hippurus. En elï’et, Commerson ayant ouvert un chrysurus qui avoit plus de sept décimètres de longueur, trouva son estomac, qui étoit allongé et membraneux , rempli de petits poissons volans et d’autres poissons trèspeu volumineux.

Il vit aussi s’agiter au milieu de cet estomac , et dans une sorte de pâte ou de chyme, plusieurs vers filiformes, et de la longueur de deux ou trois centimètres.

Ce voyageur rapporte d’ailleurs dans les manuscrits qui m’ont été confiés dans le temps par Buffon , que lorsque les matelots exercés à la pêche ont pris un chrysurus, ils l’attachent à une corde, elle suspendent à la proue du vaisseau, de manière que l’animal paroît être encore en vie et nager à la surface de la mer. Ils attirent et réunissent , par ce procédé , un assez grand nombre d’autres chrysurus , qu’ils peuvent alors percer facilement avec une fouine K

Commerson ajoute que les chrysurus l’emportent sur presque tous les poissons de mer par le bon goût de leur chair, que l’on prépare de plusieurs manières, et particulièrement avec du beurre et des câpres.

LE CORYPHÈNE SCOMBÉ- ROÏDE.

Nous avons trouvé dans les manuscrits de Commerson la description de celte espèce de coryphène, que ce savant voyageur avoit vue, au mois de mars 1768, dans la mer du Sud, ou, pour mieux dire, dans le grand océan équatorial, vers le 18' degré de latitude australe , et le 134* degré de longitude , et par conséquent à une distance

2. La fouine est un peigne de fer attaché à un long manche. On donne aussi ce nom , ainsi que celui de fohie et de fouanne , à une broclie terminée par un dard. Qulquefoison ajuste ensemble deux , trois ou un plus grand nombre de lames, pour former une fouanne, ou foene , ou fouine. D’autres fois on emploie ces noms pour désigner une simple fourche. On attache l’instrument au bout d\mè perche , et l’on s’en sert ]jour percer les poissons que l’on aperçoit au fond de l’eau , ou qui sont cachés dans la vase , les enfiler et les retirer.

LE COKYPHÈNE SGOMBÉROIDE, 31 ï

de la ligne Irès-pcu différente de celle où il observa , un ou deux mois après , le coryphéne chrysurus.

Le scombéroïde est d’une longueur intermédiaire entre celle du scombre maquereau et celle du hareng. Sa couleur totale est argentée et brillante ; mais elle n’est pure que sur les côtés et sur le ventre. Une teinte brune , mêlée de bleu céleste , est répandue sur le dos; cette teinte s’étend aussi sur le sommet de la tête, où elle est plus foncée , plus noirâtre, et mêlée avec des reflets dorés que l’on voit également autour des yeux et sur les lames des opercules.

Toutes les nageoires sont entièrement brunes, excepté les tlioracines, dont la partie extérieure est blanche, et les pectorales, qui sont un peu dorées.

La mâchoire supérieure est plus courte que l’inférieure. Les os qui composent l’une et l’autre sont hérissés d’un, si grand nombre de petites dents tournées en arriére, qu’ils montrent la surface d’une lime, et qu’ils tiennent l’animal facilement suspendu à un doigt, par exemple, que l’on introduit dans la cavité de la bouche.

La langue a une figure remarquable ; elle ressemble en quelque sorte à un ongle humain : elle est large , un peu arrondie par devant, et néanmoins terminée par un angle à chaque bout de son arc antérieur ; de plus, elle présente dans son milieu un os presque carré , et couvert de petites aspérités dirigées vers le gosier ; sa circonférence est formée par un cartilage qui s’amincit vers le bord et un frein large et épais la retient par-dessous.

La voûte du palais est entièrement lisse, excepté l’endroit le plus voisin du gosier, où l’on voit de petites élévations osseuses et denticulées.

Deux lames arrondies par-derrière, grandes et lisses, composent chaque opercule; six rayons soutiennent la membrane branchiale ; et les branchies sont assez semblables, par leur nombre et par leur conformation , à celles du chrysurus.

La ligne latéi'ale offre plusieurs sinuosités qui décroissent à mesure qu’elles sont plus voisines de la nageoire caudale.

Les nageoires tlioracines sont réunies à leur base par une membrane C[ui lient aussi à un sillon longitudinal placé sous le ventre, et dans lequel le poisson peut coucher à volonté ces mêmes nageoires. Elles renfer» ment chacune cinq ou six rayons.

Le dessous de la queue est terminé par une carène très-aiguë.

La nageoire dorsale régne depuis l’occiput jusque vers l’extrémité de la queue î elle est festonnée dans sa partie postérieure, de manière à imiter les très-petites nageoires que l’on voit sur la queue des scombres ; la nageoire de l’anus offre une conformation analogue ; et ces traits particuliers au poisson que nous décrivons, ne servant pas peu à le rapprocher des scombres , avec lesquels d’ailleurs on peut voir , dans cette Histoire, que les coryphénes ont beaucoup de rapports, j’ai cru devoir nommer scombéroïde, l’espèce que nous cherchons , dans cet article , à faire connoître des naturalistes L

Commerson vit des milliers de ces scombéroïdes suivre les vaisseaux français avec assiduité , et pendant plusieurs jours. Il» vivoient de très-jeunes ou très-petits poissons voîans , qui , pendant ce temps, voltigeoient autour des navires comme des nuées de papillons , qu’ils ne surpassoient guère en grosseur ; et c’est à cause de la petitesse de leurs dimensions qu’ils pouvoient servir de proie aux scombéroïdes , dont la bouche étroite n’auroit pas pu admettre des animaux plus gros. En effet, l’un des plus grands de ces coryphénes observés par Commerson, n’avoit qu’environ trois décimètres de longueur. Cet individu étoit cependant adulte et femelle.

Au reste , les ovaires de celte femelle , qui avoienlune forme allongée, occupoient la plus grande partie de l’intérieur du ventre , comme dans les cyprins , et contenoient une quantité innombrable d’œufs; ce qui prouve ce que nous avons déjà dit au sujet de la grande fécondité des coryphénes.

LE CORYPHÈNE ONDÉ.

Parlas a décrit le premier cette espèce de coryphène. L’individu qu’il a observé, et qui avoit été pêché dans les eaux de l’île d’Amboine, n’ étoit long que de cinq centimètres ou environ. Les formes et les couleurs de cet animal étoient élégantes : trés-

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