LE COTTE SCORPION
C’est dans l’Océan atlantique, et à des distances plus ou moins grandes du cercle polaire , que l’on trouve ce cotte remarquable par ses armes, par sa force , par son agilité. 11 poursuit avec une grande rapidité, et par conséquent avec un grand avantage , la proie qui fuit devant lui à la surface de la mer. Doué d’une vigueur trèsdigne d’attention dans ses muscles caudaux, pourvu par cet attribut d’un excellent instrument de natation, s’élançant comme un trait, trés-vorace, hardi , audacieux même, il attaque avec promptitude des blennies , des gades, des dupées, des saumons; il les combat avec aebarnement, les frappe vivement avec les piquans de sa tête , les aiguillons de ses nageoires , les tubercules aigus répandus sur son corps, et en triomphe le plus souvent avec d’autant plus de facilité, qu’il joint une assez grande taille à l’impétuosité de sesmouvemens, au nombre de ses dards et à la supériorité de sa hardiesse. En effet, nous devons croire , en comparant tous les témoignages, et malgré l’opinion de plusieurs habiles naturalistes , que dans les mers où il est le plus ù l’abri de ses ennemis, le cotte scoi-piou peut parvenir à une longueur de plus de deux mètres : ce n’est qu’auprés des côtes fréquentées par des animaux marins dangereux pour ce poisson, qu’il ne montre presque jamais des dimensions très-considérables. L’homme ne nuit guère à son entier développement, en le faisant périr avant le terme naturel de sa vie. La chair de ce cotte, pou agréable au goût et à l’odorat, n’est pas recherchée par les pêcheurs; ce ne sont que les habitans peu délicats du Groenland , ainsi que de quelques autres froides et sauvages contrées du Nord, qui en font quelquefois leur nourrilurc ; et tout au plus tire-t-on parti de son foie pour en faire de l’huile, dans
1. Caramassou. , à l’embouchure de la Seine ; scorpion de mer, dans plusieurs départemeus de I’'raiice ; rotsimpa , skrabba , skjalryta, skialryta , skiolrista , pinulka , en Suède ; fisk-symp , vid kieft, soe scorpion, en Norwège ; kmiivk ka7iininak , dans le Groenland ; karhahn , dans la Poméranie ; donner krote , dans la Livonie ; kamtscha, dans la Sibérie ; ula, idka , en Danemarck ; ivulk , daïe» quelques contrées du nord de l'Europe ; donderpad , en Hollande ; posthoest , posthoofdt , d.ins la Belgique ; fallier-lasher, sur plusieurs eûtes d’Au* gleterre ; scolpinj^ , à Terre-Neuve.
-iilCÉPÙUEi li.
Sâ2
LE COTTÈ SCOFvPIOI^.
les endroits où , comme en Norwége, par exemple , il est très-répandu.
Si d’ailleurs ce poisson est jeté par quelque accident sur la grève , et que le re tour des vagues, le reflux de la marée, ou ses propres eflbrts , ne le ramènent pas promptement au milieu du fluide nécessaire à son existence, il peut résister pendant assez long-temps au défaut d’eau, la nature et la conformation de ses opercules et de ses membranes branchiales lui donnant la faculté de clore presque entièrement les orifices de ses organes respiratoires, d’en interdire le contact à l’air de l’atmosphère, et de garantir ainsi ses organes essentiels et délicats de l’influence trop active, trop desséchante, et par conséquent trop dangereuse, de ce même fluide atmosphérique.
C’est pendant l’été que la plupart des cottes scorpions commencent à s’approcher des rivages de la mer; mais communément l’hiver est déjà avancé, lorsqu’ils déposent leurs œufs , dont la couleur est rougeâtre.
Tout leur corps est parsemé de petites verrues en quelque sorte épineuses , et beaucoup moins sensibles dans les femelles que dans les mâles.
La couleur de leur partie supérieure varie; elle est ordinairement brune, avec des raies et des points blancs : leur partie inférieure est aussi très-fréquemment mêlée de blanc et de brun. Les nageoires sont rouges avec des taches blanches; on distingue quelquefois les femelles par les nuances de ces mêmes nageoires, qui sont alors blanches et rayées de noir, et par le blanc assez pur du dessous de leur corps.
La tête du scorpion est garnie de tubercules et d’aiguillons ; les yeux sont grands, allongés, rapprochés l’un de l’autre, et placés sur le sommet de la tête ; les mâchoires sont extensibles, et hérissées, comme le palais, de dents aiguës ; la langue est épaisse, courte et dure; l’ouverture branchiale très-large; l’opercule composé de deux lames ; la ligne latérale droite , formée communément d’une suite de petits corps écailleux faciles à distinguer malgré la peau qui les recouvre , et placée le plus souvent au-dessous d’une seconde ligne produite pa;‘ les pointes de petites arêtes : la jiageoire caudale est arrondie , et chacune des fhoracines assez longue L
r. A la première nageoire du dos. ■10 ravous, à la seconde '
LE
COTTE QÜATRE-GORNES *.
Quatre tubercules osseux , rudes, poreux , s’élèvent et forment un carré sur le sommet de la tête de ce cotte ; ils y représentent, en quelque sorte , quatre cornes, dont les deux situées le plus prés du museau sont plus hautes et plus arrondies que les deux postérieures.
Plus de vingt apophyses osseuses et piquantes, mais recouvertes par une légère pellicule, se font aussi remarquer sur diflërentes portions de la tête ou du corps: on en distingue surtout deux au-dessus de la membrane des branchies, trois de chaque côté du carré formé par les cornes, deux auprès des narines, deux sur la nuque, et une au-dessus de chaque nageoire pectorale.
Le quatre-cornes ressemble d’ailleurs , par un très-grand nombre de traits, au cotte scorpion : il présente presque toutes les habitudes de ce dernier; il habite de même dans l’Océan atlantique septentrional, et particulièrement dans la Baltique et auprès du Groenland; également armé , fort, vorace, audacieux, imprudent, il nage avec d’autant plus de rapidité, qu’il a de très-grandes nageoires pectorales 2, et qu’il les remue très-vivement : il se tient quelquefois en embuscade au milieu des fucus et des antres plantes marines, où il dépose des œufs d’une couleur assez pâle ; et dans certaines saisons il remonte les fleuves pour y trouver avec plus de facilité les vers, les insectes aquatiques et les jeunes poissons dont il aime à se nourrir.
On dit, au reste, que sa chair est plus agréable à manger que celle du scorpion ; il ne parvient pas à une grandeur aussi considérable que ce dernier cotte ; et les cou-
h chacune des pectorales. . .
à chacune des ihoracines . .
à celle de la queue. . . . .
Vertèbres dorsales , 8.
Vertèbres lombaires , 2.
Vertèbres caudales , 15.