Diicours sur la nature des poissons
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LE DACTYLOPTERE PIRAPÈDE.
Voilà pourquoi la pirapède peut s’élever au-dessus de la mer, à une assez grande hauteur pour que la courbe qu’elle décrit dans l’air ne la ramène dans les flots que lorsqu’elle a franchi un intervalle égal, suivant quelques observateurs, au moins à une trentaine de mètres; et voilà pourquoi encore , depuis Aristote jusqu’à nous, elle a porté le nom de faucon de La mer, et surtout dhîrondelle marine.
Elle traverseroit au milieu de l’atmosphère des espaces bien plus grands encore, si la membrane de ses ailes pouvoit conserver sa souplesse au milieu de l’air chaud et quelquefois même brûlant des contrées où on la trouve t mais le fluide qu’elle frappe avec ses grandes nageoires les a bientôt desséchées, au point de rendre très difiîciles le rapprochement et l’écartement alternatifs de rayons; et alors le poisson que nous décrivons, perdant rapidement sa faculté distinctive, retombe vers les ondes au-dessus desquelles il s’étoit soutenu , et ne peut plus s’élancer de nouveau dans l’atmosphère que lorsqu’il a plongé ses ailes dans une eau réparatrice , et que , retrouvant ses attributs par son immersion dans son fluide natal, il offre une sorte de petite image de cet Antée que la mythologie grecque nous représente comme perdant ses forces dans l’air, et ne les retrouvant qu’en touchant de nouveau la terre qui l’avoit nourri.
Les pirapèdes usent d’autant plus souvent du pouvoir de voler qui leur a été départi, qu’elles sont poursuivies dans le sein des eaux par un grand nombre d’ennemis. Plusieurs gros poissons, et particulièrement les dorades et les scombres , cherchent à les dévorer; et telle est la malheureuse destinée de ces animaux qui, poissons et oiseaux, semblefoient avoir un double asile , qu’ils ne trouvent de sûreté nulle part, qu’ils n’échappent aux périls de la mer que pour être exposés à ceux de l’atmosphère , et qu’ils n’évitent la dent des habitans des eaux que pour être saisispar le redoutable bec des frégates, des phaétons, des mauves , et de plusseurs autres oiseaux marins.
Lorsque descirconslances favoralfles éloignent de la partie de l’atmosphère qu’elles traversent des ennemis dangereux, on les voit offrir au-dessus de la mer un spectacle assez agréable. Ayant quelquefois un demi-mètre de longueur, agitant vivement dans l’air de larges et longues nageoii es ; elles attirent d’ailleurs l’attention par leur
nombre, qui souvent est de plus de mille* Mues parla même crainte, cédant au même besoin de se soustraire à une mort inévitable dans l’océan, elles s’envolent en grandes troupes; et lorsqu’elles se sont confiées ainsi à leurs ailes au milieu d’une nuit obscure, on les a vues briller d’une lumière phosphorique , semblable à celle dont resplendissent plusieurs autres poissons, et à l’éclat que jettent, pendant de belles nuits des pays méridionaux , les insectes auxquels Icvulgairea donné le nom de vers luisans. S.i la mer est alors calme et silencieuse, on entend le petit bruit que font naître le mouvement rapide de leurs ailes et le choc de ces instrumens contre les couches de l’air, et on distingue aussi quelquefois un bruissement d’une autre nature, produit au travers des ouvertures branchiales par la sortie accélérée du gaz que l’animal exprime, pour ainsi dire, de diverses cavités intérieures de son corps, en rapprochant vivement leurs parois. Ce bruissement a lieu d’autant plus facilement, que ces ouvertures branchiales étant trèsétroites, donnent lieu à un frôlement plus considérable ; et c’est parce que ces orifices sont très-petits , que les pirapèdes , moins exposées à un dessèchement subit de leurs organes respiratoires, peuvent vivre assez long-temps hors de l’eau
On rencontre ces poissons dans la Méditerranée et dans presque toutes les mers des climats tempérés ; mais c’est principalement auprès des tropiques qu’ils habitent. C’est surtout auprès de ces tropiques qu’on a pu contempler leurs manœuvres et observer leurs évolutions. Aussi leur nom et leur histoire ne sont-ils jamais entendus avec indifférence par ces voyageurs courageux qui , loin de l’Europe , ont affronté les tempêtes de l’océan, et ses calmes sousouvent plus funestes encore. Ils retracent à leur souvenir, leurs peines, leurs plaisirs, leurs dangers, leurs succès. Ils nous ramènent, nous qui tâchons de dessiner leurs traits , vei's ces compagnons de nos travaux, qui , dévoués à la gloire de leur pays, animés par un ardent amour de la science, diriges par un chefhabile, conduits par le brave navigateur Baudin , et réunis par les liens d’une amitié touchante ainsi que d’une estime mutuelle, quittent , dans le moment même où mon cœur s’épanche vers eux , les rivages de leur patrie , se séparent de tout ce qu’ils ont de plus