DROMADAIRE
J Le corps quadrangulaire ;
■ une bosse garnie d’un aiguillon sur le dos.
L’OSTRACION TRIANGU- LAIRE.
On diroit que la Nature , en répandant la plus grande variété parmi les êtres \i- \ans et sensibles dont elle a peuplé le globe, n’a cependant jamais cessé d’imprimer à ses productions des traits de quelques formes remarquables , dont on retrouve des images plus ou moins imparfaites dans presque toutes les classes d’animaux. Ces formes générales, vers lesauelies les lois
qui régissent l’organisation des êtres animés paroissent les ramener sans cesse , sont comme des modèles, dont la puissance créatrice semble avoir voulu s’écarter d’autant moins^ que les résultats de ces conformations principales tendent presque tous à une plus sûre conservation des espèces et des individus. Le genre dont nous allons nous occuper va nous présenter un exemple frappant de cette multiplication de copies plus ou moins ressemblantes d’un type préservateur, et de leur dissémination dans presque toutes les classes des
F(D)ISS©K§
Pi. 32.
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L’OSTR A( ; î OX T H î A XC ÜL A î R K.
êtres organisés et sensibles. Celte arme défensive, cette enveloppe solide , cette çuilasse tutélaire, sous laquelle la Nature a mis à l’abri plusieurs animaux dont BuiTon , bu nous, avons déjà donné l’histoire , nous allons la retrouver autour du corps des ostracions ; et si nous poursuivons nos recherches jusqu’au milieu de ces légions innombrables d’êtres connus sous le nom d’rt?u'- ’inaaiV à sang blanc ^ nous la reverrons, avec des dissemblances plus ou moins grandes , sur des familles entières , et sur des ordre nombreux en familles. L’épaisse cuirasse et les bandes osseuses qui revêtent le s tatous, la carapace et le plastron qui défendent les tortues, les gros tubercules et les lames très-dures qui protègent les crocodiles, la croûte crétacée qui environne les oursins, le têt solide qui revêt les crustacées, et enfin les coquilles pierreuses qui cachent un si grand nombre de mollusques, sont autant d’empreintes d’une première forme conservatrice, sur laquelle a été aussi modelée la couverture la plus extérieure des ostracions; et voilà pourquoi ces derniers animaux ont reçu le nom qu’ils portent , et qui rappelle sans cesse le rapport, si digne d’attention, qui les lie avec les habitansdes coquilles. Ils ont cependant de plus grandes ressemblances superficielles avec les oursins : leur enveloppe est, en effet, garnie d’une grande quantité de petites élévations , qui la font paroître comme ciselée; et ces petits tubercules qui la rehaussent sont disposés avec assez d’ordre et de régularité pour que leur arrangement puisse être comparé à la distribution si régulière et si bien ordonnée que l’on voit dans les petites inégalités de la croûte des oursins, lorsque ces derniers ont été privés de leurs piquans. La nature de la cuirasse des ostracions n’est pas néanmoins crétacée ni pierreuse : elle est véritablement osseuse ; et les diverses portions qui la composent sont si bien jointes les unes aux autres, que l’ensemble de celte enveloppe qui recouvre le dessus et le dessous du corps ne paroît formé que d’un seul os , et représente une espèce de boîte ou de coffre allongé, à trois ou quatre faces, dans lequel on auroit placé le corps du poisson pour le garantir contre les attaques de ses ennemis, et qui, en quelque sorte, ne laisseroit à découvert que les organes extérieurs du mouvement , c’est-à-dire, les nageoires, et une partie plus ou moins grande de la queue. Aussi plusieurs voyageurs, plusieurs naturalistes, et les habi-
tans de plusieurs contrées équatoriales, onîils donné le nom de poisson coffre aux différentes espèces d’ostracions dont ils se sont occupés. On croiroit que cette matière dure et osseuse , que nous avons vue ramassée en boucliers relevés et pointus, et distribuée en plusieurs rangs très-séparés les uns des autres sur le corps des acipenséres , rapprochée autour de celui des ostracions, y a été disposée en plaques plus minces^ et étroitement attachées les unes aux autres , et que par là une armure défensive complète a été substituée à des moyens de défense trés-isolés, et par conséquent bien moins utiles.
Nous venons de voir que l’espèce de coffre dans lequel le coips des ostracions est renfermé est en forme tantôt de solide triangulaire , et tantôt de solide quadrangulaire , c’est-à-dire , que les deux faces qui revêtent les côtés se réunissent quelquefois sur le dos et y produisent une arête longitudinale plus ou moins aiguë, et que d’autres fois elles vont s’attacher à une quatrième face placée horizontalement et audessus du corps. Mais, indépendamment de cette différence , il en est d’autres qui nous ont servi à distinguer plus facilement les espèces de cette famille, en les distri huant dans quatre sous-genres. Il est de ces poissons sur lesquels la matière osseuse qui compose la cuirasse s’étend en pointes ou aiguillons assez longs, le plus souvent sillonnés ou cannelés, et auxquels le nom de cornes a été donné par plusieurs auteurs. D’autres ostracions n’ont , au contraire, aucune de ces proéminences. Parmi les premiers, parmi les ostracions cornus ou aiguillonnés, les uns ont de longues pointes auprès des yeux ; d’autres vers le bord inférieur de l’enveloppe, qui touche la queue et d’autres enfin présentent de ces pointes non-seulement dans cette extrémité, mais encore auprès des yeux. Nous avons, en conséquence, mis dans le premier sousgenre ceux de ces poissons qui n’ont point d’aiguillons ; nous avons placé dans le second ceux qui en ont auprès des yeux ; le troisième comprend ceux qui en présentent dans la partie de leur couverture osseuse la plus voisine du dessous de la queue ; et le quatrième renferme les ostracions qui sont armés d’aiguillons dans cette dernière par tie de l’enveloppe et auprès des yeux.
Le triangulaire est le premier des carti lagineux de cette famille que nous ayons à examiner. Comme tous les poissons de son genre , le solide allongé que repré-
L'OSTRACIOjX lAllANGULAlKÈ.
sente sa couverture peut être considéré comme composé de deux sortes de pyramides irrégulières, tronquées, et réunies par leurs bases.
Au-devant de la pyramide antérieure, on voit, dans presque tous les ostracions,. l’ouverture de la bouche. Les mâchoires peuvent s’écarter d’autant plus l’une de l’autre , qu’elles sont plus indépendantes de la croûte osseuse , dont une interruption plus ou moins grande laisse passer et déborder les deux ou seulement une des deux mâchoires. La partie qui déborde est ievêtue d’une matière quelquefois assez dure, et presque toujours de nature écailleuse.
Chaque mâchoire est ordinairement garwie de dix ou douze dents serrées, allongées, étroites, mousses, et assez semblables aux dents incisives de plusieurs quadrupèdes vivipares.
Dans le triangulaire , les yeux sont situés à une distance à peu prés égale du milieu du dos et du bout du museau , et la place qu’ils occupent est saillante.
L’ouverture des branchies est située de ■chaque côté au-devant de la nageoire pecinrale. Elle est très-allongée, Irés-étroite, iCit placée presque perpendiculairement à la âojîgueur du corps. On a été pendant longtÆïfîps dans l’incertitude sur la manière dont cette ouverture peut êire fermée, à la volonté de l’animal ; mais diverses observa lions faites sur des ostracions vivans, par Èc savant Commersoii et par d’autres voya- ^urs, réunies avec celles que J’ai pu faire jjioi-mêmc sur un grand nombre d’indivi- •duc de cette famille conservés dans difféajoutes collections, ne permettent pas de douter .qu’il n’y ait sur l’ouverture des .branchies des ostracions un opercule et une membenne. L’opercule est couvert de pe- •tiis tubercules disposés comme sur le reste filn corps, mais moins régulièrement; et la imcmbrane est mince, flottante, et attachée
1 mémo, côté que l’opercule.
Ob ne trouve les ostracions que dans les inei's Cïiaudes des deux continens, dans la mer Rouge, dans celle des Indes, dans celle qui baigne l’Amérique équinoxiale.
Ils se nourriseent de crustacées, et des animaux qui vivent dans les coquilles, et dont .ils peuvent briser facilement avec leurs dents l’enveloppe . lor-squ’elle n’est ni trèsé'ixiisse ni trés-volumiaeiise. (les poissons «w^4,.en général, peu de chair; mais elle
de bon goût dans plusieurs espèces.
Le D’iangnlvtjfe hgbile dans les deux In-
des. Sur cet animal , ainsi que sur presque tous les ostracions, les tubercules qui recouvrent l’enveloppe osseuse sont placés de manière à la faire paraître divisée en pièces hexagones et plus ou moins régulières, mais presque toutes de la même grandeur.
Sur le triangulaire , ces hexagones sont relevés dans leur centre, et les tubercules qui les composent sont très-sensibles. Cette conformation suflTit pour distinguer le triangulaire des autres cartilagineux compris dans le premier sous-genre des ostracions , et qui n’ont que trois faces longitudinales.
Le milieu du dos de l’ostracion que nous décrivons est d’ailleurs très-relevé , de telle sorte que chacune des faces latérales de l’enveloppe de ce poisson est presque triangulaire. De plus, la forme bombée des hexagones, et les petits tubercules dont ils sont hérissés, font paroître la ligne dorsale, lorsqu’on la regarde par coté , non-seulement festonnée , mais encore finement dentelée.
Au reste, sur tous les ostracions, et par conséquent sur le triangulaire , l’ensemble de l’enveloppe osseuse est recouvert d’un tégument irés-peu épais, d’une sorte de peau ou d’épiderme très-mince , qui s’applique très-exactement à toutes les inégalités, et n’empêche de distinguer aucune forme. Après un commencement d’altéra tion ou de décomposition, on peut facilement séparer les unes des autres, et cette peau, et les diverses pièces qui composent la croûte osseuse.
Les nageoires du triangulaire sont toutes à peu prés de la même grandeur, et presque également arrondies. Celles du dos et celles de l’anus sont aussi éloignées l’une que l’autre du bout du museau L
La queue sort de l’intérieur de la croûte osseuse par une ouverture échancrée de chaque côté, et l’on en voit au moins les deux tiers hors de l’enveloppe solide. Une plus grande partie de la queue n’est libre dans presque aucune espèce d’ostracion ; et il est, au contraire , des poissons du même genre dans lesquels la queue est encore plus engagée sous la couverture osseuse. Les ostracions sont donc bien éloignes d’avoir, dans la totalité de leur queue et dans la pai tie postérieure de leur corps, cette liberté de mouvement nécessaire pour frap-