‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 6 sur 731 · I. Bourse, à la Martinique ; old.wife. en anglais · texte numérisé non relu

I. Bourse, à la Martinique ; old.wife. en anglais

ressentons une aneclion un peu \iiislne du sentiment aucfuei se bvi eiit asoi tant d attraits ceux qui, parcourant ■ 1 histoire des actes de l’espèce humaine, soulagent, par la douce contemplation des époques de vertu et de bonheur, leur cœur tourmenté par le spectacle des temps d’infortunes et de crimes.

Le contraste offert par les genres que nous venons d’examiner, et par celui qui se présente à nous , est d’autant jilus marqué, et la sensation qu’il fait naître est d’autant pins vive, que rien ne répugne ni à I’om! ni à J’esprit dans la considération de cette intéressante famille des balistes. Si elle ne recherche pas les combats, elle ne fuit pas lâchement, même devant des ennemis très-supérieurs en force; elle se défend avec courage; elle use de toutes ses ressources avec adresse ; et elle a reçu la plus brillante des parures. Nous ferons voir, en décrivant les différentes espèces qui la composent , qu’elle présente les cou- Icum les plus vives, les plus agréables, et les mieux opposées. En observant même les balistes les mieux traités à eet égard, on diroit que la distrihulion, la nuance et l’opposition de leurs couleurs ont souvent servi de modèle au goût délicat, préparant pour la beauté les ornemens les plus pi'opres à augmenter le don de plaire.

Et que l’on ne soit pas étonné de celte empreinte de la magnificence de la Nr.tnre. que l’on volt sur lesdîlTérentes espèces de oalisles : c’est dans les climats les plus cbaiids qu’elles balnlent. Excepté une seule de ces espèces, que l’on trouve dans le bassin de la Méditerranée, elles n’ont été encore vues que dans ces contrées équatoriales , où des flots de lumière et toutes les influences d’une chaleur productive pénétrent, pour ainsi dire , et l’air, et la terre , et les eaux; où volent dans l’alm-ospliére les oiseaux-mouches, ceux de paradis, les coli- ))ris, les perroquets et tant d’autres oiseaux richement décorés; où bourdonnent au milieu des plus belles fleurs tant d’insectes l esplendissans d’or, de vert et d’azur ; où les teintes de l’arc-en-cieî se déploient avec tant d’éclat sur les écaillesluisantes des scrpens et des quadrupèdes ovipares, et où , jusqu’au sein de la terre, se forment ces diamans et ces pierres précieuses, que Fart sait faire briller de tant de feux diversement colorés. J .CS balistes ont aussi reçu une part di.slinguèe des dons de la chaleur et de la lumière répandues dans les mers équatoriales, aussi bien que sur les eoiiü-

LE ÜALISTE VIEILLE.

neiis dont ces mers arvosenl les bords. Ils I ajoüLeut d’autant plus, sur ces plages j échauffées par un soleil toujours voisin , à i la pompe du spectacle qu’y présentent les i eaux et tout ce qu’elles recèlent, qu’ils ’ forment des troupes très- nombreuses.

Chaque espèce de baîiste renferme en effet ; beaucoup d’individus ; et le genre entier de

■ ces beaux poissons contient tant d’espèces, qu’un des naturalistes les plus habiles et les plus exercés à ordonner avec convenance et à observer avec fruit des légions d’animaux, le célèbre Gommerson, s’écrie dans

■ son ouvrage en traitant des balistes : Quelle vie pourvoit sujftre pour décrire , pour com.parer, pour bien connoître tous ceux que L’on a déjà vus?

Mais sachons quelles sont les formes sur lesquelles la Kature a disposé les couleurs diversifiées dont nous venons de parler. Examinons' en quoi consistent les moyens de défense dont les balistes sont pourvus.

Leur corps est très-comprimé par les côtés, et se termine le plus souvent, le long du dos et sous le ventre, par un bord aigu que l’on a comparé à une caréné. Il est tout couvert de petits tubercules ou d’écailles très -dures, réunis par groupes , distribués par compartimens plus ou moins réguliers, et fortement attachés à un cuir épais. Ce tégument particulier revêt non-seulement le corps proprement dit des balistes , mais encore leur tête , qui ))aro!t le plus souvent peu distincte du corps; et il cache ainsi tout l’animal sous une sorte de cuirasse et de casque, que des dents trés-acérées ont beaucoup de peine à percer. Mais , indépendamment de celte espèce d’armure défensive et complète, ils ont encore , pour protéger leur vie , des moyens puissans de faire lâcher prise aux ennemis qui les attaquent.

Des aiguillons, à la vérité très-petits, mais très-durs, hérissent souvent une partie dé leur queue ; et comme ils sont recourbés vers la tête , ils auroient bientôt ensanglanté la gueule des gros poissons qui voudroient saisir et retenir un baliste par la queue.

Les cartilagineux du genre dont nous traitons ont d’ailleurs deux nageoires dorsales ; et la première de ces nageoires présente toujours un rayon très-fort , très-gros, très-long, et souvent garni de pointes, qui , couché dans une fossette placée sur le dos, et se relevant avec vitesse à la volonté de

I, Manuscrits déjà cites.

l’animal , pénétre très-avant dans le paîat^ de ceux de leurs ennemis qui les attaquent par la partie supérieure de leur corps, et les contraint bientôt à s’enfuir, ou leur donne quelquefois la mort par une suite de blessures multipliées qu’il peut faire en s’a baissant et se redressant plusieurs fois *.

Les nageoires inférieures , ou , pour mieux dire, la nageoire thorachique, et improprement appelée ventrale, présente dans les balistes une conformation que l’on n’a encore observée dans aucun genre de poissons. Non-seulement les nageoires dites ventrales sont ici rapprochées de très-près, comme sur le mâle du squale roussette ; non-seulement elles sont réunies , comme nous le verrons, sur les cycloptéres parmi les cartilagineux, et sur les gobies parmi les poissons osseux , mais encore elles sont confondues l’une dans l’autre, réduites à une seule , et même quelquefois composées d’un seul rayon.

Ce rayon, soit isolé, sait accompagné d’autres rayons plus ou moins nombreux, est presque toujours caché en grande partie sous la peau ; et cependant il est assez gros, assez fort, et souvent assez hérissé de petites aiguilles, pour faire de la nageoire thorachique une arme presque aussi redoutable que la première nageoire dorsale, et mettre le dessous du corps de l’animal à couvert d’une dent ennemie.

Cet isolement, dans certains balistes, du rayon très-allongé que l’on voit à la première nageoire dorsale et à l’inférieure , et sa réunion avec d’autres rayons moins puissans, dans d’autres animaux de la même famille, sont les caractères dont nous nous sommes servi pour répandre quelque clarté dans la description des diverses espèces de ce genre , et pour en faire retenir les attributs avec plus de facilité. C’est par le moyen de ces caractères que nous avons établi quatre sous -genres, dans lesquels nous avons distribué les balistes connus.

Nous avons placé dans le premier ceux de ces poissons qui ont plus d’un rayon à la première nageoire du dos et à la nageoire dite ventrale ; nous avons mis dans le second les balistes qui, n’ayant qu’un rayon à la première nageoire du dos, en ont ce-

I. La nianière rapide dont les balistes redressent le rayon long et enineiix de leur première nageoire dorsale a ètë comparée à celle avec laquelle se débandüient autrefois certaines parties d’inslrumcris de gucre propres à lancer des dards ; et voilà d’où vient le noin de ces animaux.

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