‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 63 sur 731 · AVEUGLE · texte numérisé non relu

AVEUGLE

Les gastrobranches ressemblent beaucoup aux pétromyzons par la forme cylindrique et très-allongée de leur corps, par la flexibilité des diiïérentes poi'tions qui le composent, par la souplesse et la viscosité de la peau qui le revêt, et sur laquelle on ne peut apercevoir, au moins facilement , aucune sorte d’écailîe. Ils se rapprochent encore des pétromyzons par le défaut de nageoires inférieures et même de nageoires pectorales, par la conformation de leur bouche , par la disposition et la nature de leurs dents; et ils ont surtout de trèsgrands rapports avec ces cartilagineux par la présence d’un évent au-dessus de la tête, et par l’organisation de leurs branchies. Ces organes respiratoires consistent, en effet, ainsi que ceux des pétromyzons, dans des vésicules ou poches, lesquelles d’un côté s’ouvrent à l’extérieur du corps, de l’autre communiquent avec l’intérieur de la bouche , et présentent de nombreuses ramifications artérielles et veineuses. Il est donc trés-aisé , au premier coup d’œil , de

I. Plusieurs des matériaux ne'cessaires pour composer les articles relatifs aux gastrobranclies, ne m’étant parvenus qu’apres l’impression d’un assez grand nombre de feuilles de cet ouvrage, je n’ai pu placer qu’ici la description de’ ces animaux, dont l’histoire aurait dû suivre celle des pétromyzons. Au reste, le genre des gastrobranclies est inscrit à sa véritable place sur le tableau des ordres des poissons tant osseaux que cartilagineux; et il le sera de même sur le tableau général de tous les genres et de toutes les especes de poissons décrits dans celte Histoire naturelle-, tableau par lequel notre travail sera terminé.

confondre les gastrobranches avec les pétromyzons, ainsi que Font fait d’habiles naturalistes : en les examinant cependant avec attention , on voit facilement les différences qui les séparent de cette famille. Tous les pétromyzons ont sept branchies • de chaque côté ; le gastrobranche aveugle n’en a que six à droite et six à gauche, et il est à présumer que le gastrobranche dombey n’en a pas un plus grand nombre. Dans les pétromyzons , chaque branchie a une ouverture extérieure qui lui est particulière ; dans le gastrobranche aveugle , il n’y a que deux ouvertures extérieures pour douze branchies. Les ouvertures branchiales des pétromyzons sont situées sur les côtés et assez prés de la tête ; celles des gastrobranches sont placées sous le ventre.

Les lèvres des gastrobranches sont garnies de barbillons ; on n’en voit point sur celles des pétromyzons. Les yeux des pétromysons sont assez grands ; on n’a pas encore pu reconnoître d’organe de la vue dans les gastrobranches, et voilà pourquoi l’espèce dont nous parlons dans cet article a reçu le nom Cl aveugle.

On remarquera sans peine que presque tous les traits qui empêchent de réunir les gastrobranches avec les pétromyzons concourent, avec un grand nombre de ceux qui rapprochent ces deux familles, à faire méconnoître la véritable nature des gastrobranches, au point de les retrancher de la classe des poissons, de les placer dans celle des vers, et de les inscrire particuliérement parmi ceux de ces derniers animaux auxquels le nom à' intestinaux a été donné. Aussi plusieurs naturalistes, et même Linné , ont-ils regardé les gastrobranches aveugles comme formant une famille distincte , qu’ils ont appelée myxine, et qui, placée

LE GASTKOJiRAr’iCHE AVEUGLE.

au milieu des vers inlesünaux, les repoussoit néanmoins , pour ainsi dire , ne montt*oit point aux yeux les plus exercés à examiner des vers les rapports nécessaires pour conserver avec convenance la place qu’on lui avoit donnée, dérangeoit en quelque sorte les distributions méthodiques imaginées pour classer les nombreuses tribus d’animaux dénués de sang rouge , et y causoit des disparates d’autant plus frappantes, que ces méthodes plus récentes étoient appuyées sur un plus grand nombre de faits, et par conséquent plus perfectionnées Le célèbre ichtyologiste, le docteur Bloch de Berlin, ayant été à même d’observer soigneusement l’organisation de ces gastrobranches, a bientôt vu leur véritable nature ; il les a restitués à la classe des poissons, à laquelle les attache leur organe respiratoire, ainsi que la couleur rouge de leur sang ; il a montré qu’ils appartenoient à un genre voisin, mais distinct, de celui des pétromyzons ; et il les a fait connoître très en détail dans un mémoire et par une planche enluminée très-exacte, qu’il a communiqués à l’Institut national de France '^. Je ne puis mieux faire que d’extraire de ce mémoire une grande partie de ce qu’il est encore nécessaire de dire du gastrobranche aveugle.

Ce cartilagineux est bleu sur le dos, rougeâtre sur les côtés ,' et blanc sur le ventre; quatre barbillons garnissent sa lévie supérieure, et deux autres barbillons sont placés auprès de la lèvre de dessous. Entre les quatre barbillons d’en haut , on voit un évent qui communique avec l’intérieur de la bouche , comme celui des pétromyzons ; cet évent est d’ailleurs fermé , à la volonté de l’animal, par une espèce de soupape. Les lèvres sont molles, extensibles, propres à se coller contre les corps auxquels Paveugle veut s’attacher ; elles donnent une forme presque ronde à l’ouverture de la bouche , qui présente un double rang de dente fortes, dures, plutôt osseuses que cartilagineuses, et retenues, comme celles de la lamproie , dans des espèces de capsules membraneuses. On compte neuf dents dans le rang supérieur, et huit dans l’inférieur. Une dent ]*ecourbée est de plus placée au-dessus des autres, et sur la ligne que l’on pourroit tirer de l’évent au gosier,

I. Nous pourrions citer, parmi ces dernières mc’tliodes, le beau travail lait par W. Cuvier sur les animaux dits à sang blanc, et celui de M. Latnarck sur les memes animaux.

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