‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 66 sur 731 · Lediodon MOL · texte numérisé non relu

Lediodon MOL

''Le corps un peu allongé; des piquans très-rapprochés les uns des autres, et deux ou trois fois plus longs sur le dos que sur le ventre ; la nageoire delà queue, arrondie; trois grandes taches de chaque côté du corps ; une tache en forme de croissant sur la nuque.

Le corps sphérique , ou presque sphérique ; des piquans forts, courts, et clair-semés.

Très .- comprimé ; demiovale; comme tronque ‘ p;<r derrière.

Sg LE DIODON ATINGA.

LE DIODON ATINGA.

Les diodons ont de très-grands rapports , dans leur conformation et dans leurs habitudes, avec les tétrodons et les ovoïdes : mais ils en diffèrent par la forme de leurs mâchoires osseuses, dont chacune ne présente qu’une pièce ; et de là vient le nom qu’on leur a donné , et qui désigne qu’ils n’ont que deux dents, l’une en haut, et l’autre en bas. Ils en différent encore par la nature de leurs piquans beaucoup plus longs, beaucoup plus gros, beaucoup plus forts , que ceux des tétrodons les mieux armés. Ces piquans sont d’ailleurs trés-monilcs , et répandus sur toute la surface de la plupart des diodons. Cette dissémination, ce nombre , cette mobilité, cette grandeur, ont fait regarder, avec raison, les diodons comme les analogues des porc-épics et des hérissons, dans la classe des poissons. La diversité de couleurs que montrent fréquemmpnt ces aiguillons a dû contribuer encore à ce rapprochement ; et comme on a pu en faire un presque semblable entre les cartilagineux que nous examinons et les vers que l’on a nommés oai'sinsj, on doit considérer la famille <les diodons comme formant un des principaux liens qui réunissent et attachent ensemble la classe des quadrupèdes à mamelles, celle des poissons, et celle des vers.

Ce genre remarquable ne renferme qu’un petit nombre d’espèces : mais le plus grand nombre des naturalistes en ont njal saisi les caractères distinctifs ; et comme d’ailleurs elles sont presque toutes très-variables dans plusieurs points de leur conformation extérieure , une grande confusion a régné dans la détermination de ces espèces, dont on a très-souvent trop étendu ou resserré le nombre ; et le même désordre s’est trouve dans l’application que plusieurs auteurs ont faite aux espèces qu’ils avoient admises, des noms donnés aux diodons , ou des descriptions de ces animaux déjà publiées. Ce n’est que parce que nous avons été à portée de comparer de ces cartilagineux de différens âges, de différons sexes, de différens pays, et pris à des époques de l’année tréséloignées l’une de l’autre , que nous avons pu parvenir à fixer le nombre des espèces de diodons connues jusqu’à présent, à reconnoître leurs formes distinctives et invariables, et à composer la table méthodique qui précède cet article.

L’atinga a le coiqis très-allongé ; chaque

narine n’a qu’une ouverture Idacée dans une sorte de petit tube ; les yeux sont assez près du museau ; l’anus en est , au contraire, à une assez grande distance , et par conséquent la queue proprement dite est trèscourte. Les nageoires du dos et de l’anus se ressemblent beaucoup, sont petites, et placées au-dessus l’une de l’autre ; celle de la queue est arrondie

Les piquans mobiles dont l’atinga peut | se hérisser sont très- forts, très -longs, , creux vers leur racine , variés de blanc et ■ de noir, et divisés à leur base en tiois pointes qui s’écartent , s’étendent , et vont s’at- | tacher au-dessous des tégumens de l’animal. Ils sont revêtus d’une membrane plus ou moins déliée, qui n’est qu’une continuation do la peau du diodon. Cette membrane s’élève autour de l’aiguillon, 0 jusqu’au-dessus de l’extrémité de ce pi- ^ quant, ou jusqu’à une distance plus ou moins grande de la pointe de ce dard, qui ' le plus souvent perce cette membrane et ' paroît à découvert.

L’atinga est brun ou bleuâtre sur le dos, ^ et blanc sur le ventre ; ses nageoires sont quelquefois jaunes dans le milieu de leur surface ; et ces mêmes nageoires , ainsi que toute la partie supérieure du poisson , sont semées de petites taches lenticulaires et noires, que l’on voit fréquemment répandues aussi sur le dessous de l’atinga.

Ce cartilagineux vit au milieu des mers de l’Inde et de l’Amérique, voisines des tropiques, ainsi que dans les environs du cap de Bonne-Espérance. Il s’y nourrit de petits poissons, de cancres, et d’animaux à coquille , dont il brise» aisément l’enveloppe dure par le moyen de ses fortes mâchoires. Il ne s’éloigne guère des côtes, et quoiqu’il ne parvienne qu’à la longueur de quinze pouces ou d’un pied et demi, il sait si bien-, lorsqu’on l’attaque, se retourner en différens sens, exécuter des mouvemens rapides, s’agiter, se couvrir de ses armes, en présenter la pointe , qu’il est très-difficile et même dangereux de le prendre.

Aussi le poursuit-on d’autant moins que sa chair est dure et peu savoureuse.

C’est principalement dans les momens où l’on veut le saisir qu’il gonfle sa partie inférieure. Il a la faculté de l’enfler comme les tétrodons et les ovoïdes, c^uoique ce-

I. A la nageoire clu clos. • 15 ou 16 rayons, aux nageoires pectorales. 2A ou 25 h celle de l’anus. . . 15 ou 16

à celle de la queue. . . 9

LE DIODON ATINGA. Sd

|)eiîdant il ^aroissê ne pouvoir pas donner à cette portion de son corps un aussi grand degré d’extension. Il augmente ainsi son volume pour donner plus de force à sa résistance , ou pour s’élever et nager avec plus de facilité ; il se grossit et se tuméfie particuliérement lorsque , après l’avoir saisi, on cherche à le tenir un moment susi^endu par sa nageoire dorsale : mais , quelque cause qui le contraigne à se boursoufller, il détend souvent tout d’un coup sa partie inférieure , et, faisant alors sortir avec rapidité par l’ouverture de sa bouche, par celle de ses branchies, ou par son anus, le fluide contenu dans son intérieur, il produit un bruissement semblable à celui que font entendre lesbalistes, les ostracions et les tétrodons.

La vessie natatoire de l’atinga est trèsgrande , ainsi que celle des tétrodons ; et , d’après la nature de la membrane qui la compose , il paroît que , préparée comme celle de l’acipensère Huso , elle donneroit une colle supérieure par sa bonté à celle que l’on pourroit obtenir de la vésicule aérienne d’un très-grand nombre d’autres espèces de poissons.

L’estomac du diodon que nous décrivons n’est composé que d’une membrane assez mince ; mais il est garni de beaucoup d’appendices , qui , comme autant de petites poches ou d’intestins ouverts uniquement par un bout, peuvent ou augmenter la quantité des sucs digestifs, ou contribuer à l’élaboration, à la perfection , à l’activité de ces sucs, ou prolonger la durée de l’action de ces liquides sur les alimens, en retardant le passage des substances nutritives dansla partie des intestins la plus voisine de l’anus.

Ces alimens, quelque dure que soit leur nature, peuvent arriver à l’estomac, d’autant, plus broyés et par conséquent susceptibles de subir l’action des liqueurs digestives, qu’indépendamment des mâchoires osseuses qui tiennent lieu à l’animal de deux dents très-larges et très-fortes, l’atinga a deux véritables dents molaires trèsgrandes relativement à l’étendue delà cavité de la bouche, à peine convexes, et sillonnées transversalement. L’une occupe presque tout le palais ; et l’autre , qui ne cède que très-peu en grandeur à la première, revêt la partie opposée de la gueule, dans l’endroit le plus voisin du devant de la mâchoire inférieure.

Lorsqu’on a mangé de l’atinga , nonseulement on peut éprouver des accidens

graves si on a laisssé dans l’intérieur de cet animal quelques restes des alimens qu’il préfère , et qui peuvent être trés-maîsains pour l’homme ; mais encore, suivant Pison, la vésicule du fiel de ce cartilagineux contient un poison si actif, que si elle crève quand on vide l’animai , ou qu’on l’oublie dans le corps du poisson , elle produit sur ceux qui mangent de l’atinga les effets les plus funestes : les sens s’émoussent, la langue devient immobile , les membres se roidissent ; et à moins qu’on ne soit promptement secouru , une sueur froide ne précède la mort que de quelques instans.

Au reste, si la vésicule du fiel, ou quelque autre portion intérieure du corps de l’alinga, confient un venin dangereux, il ne peut point faire perdre la vie, en parvenant juscpi’au sang des personnes blessées par ce cartilagineux, et en y arrivant parle moyen des longs piquans "dont la surface du poisson est hérissée , ainsi c[ue quelques voyageurs l’ont redouté. Ces piquans ne sont point creux jusqu’à leur extrémité; leur cavité ne présente à l’extérieur aucun orifice par lequel le poison pût être versé jusque dans la plaie ; et l’on ne découvre aucune communication entre l’intérieur de CCS aiguillons , et quelque vésicule propre à contenir et à répandre un suc délétère.

LE DIODON PLUMIER.

Il éloit convenable de désigner ce cartilagineux par le nom du naturaliste auquel nous devons la figure de celte belle espèce de diodon , que l’on trouve la zone torride, auprès des côtes orientales de l’Amérique. Ce poisson, que l’on voit aussi auprès des rivages de. plusieurs îles américaines, a beaucoup de ressemblance avec l’alinga ; mais il en diffère par plusieurs caractères. Premièrement, il cstsouventplus allongé, sa longueur totale étant presque toujours quatre fois aussi étendue que sa hauteur. Secondement, il présente un étranglement trés-marqué à l’endroit où la tête est attachée au corps, et par conséquent entre les yeux et les nageoires pectorales. Troisièmement, il n’y a pas de piquans sur les côtés de la tête , au-dessous, ni sur le devant de cette partie ; et au-delà de la nageoire dorsale , la queue est également dénuée d’aiguillons.

Le diodon plumier est bleuâtre avec des

LE DIODOA PLUMIER.

taches blanches, presque rondes, assez petites, et très-nombreuses L

LE DIODON HOLOCANÏHE.

Le Irait le plus constant et le plus sensible par lequel la conformation extérieure de Fholocanthe diffère de celle de Patinga, est la forme de la nageoire de la queue. Cette nageoire, au lieu d’ctre arrondie comme dans Patinga, est échancrée , et par conséquent fourchue ou un peu en croissant dans Plîolocanthe. L’ensemble de là tête, du corps et de la queue, est aussi, au moins le plus souvent, moins allongé dans Pholocanthe que dans Patinga ; le dos est plus convexe , et les piquans»sont quelquefois plus longs 2 ; mais d’ailleurs toutes les formes sont presque semblables; les nuances et la distribution des couleurs ne le sont pas moins; et Pon remarque les mêmes habitudes dans les deux espèces.

Comme Patinga, Pholocanthe se livre à divers mouvemens très-violens et trèsrapides lorsqu’il se sent saisi , et particuliérement lorsqu’il est pris à l’hameçon.

11 se gonfle et se compriipe , redresse et couche ses dards, s’élève et s’abaisse avec vitesse, pour se débarrasser du crochet qui le retient. Ses piquans étant quelquefois pluslongs et plus forts que ceux de Patinga, ses efforts multipliés pour s’échapper et se défendre sont plus redoutés que ceux de cet autre diodon; et, bien loin d’oser le prendre au milieu de Peau et lorsqu’il jouit encore de toute sa force , on n’ose approcher sa main de son corps jeté et gisant sur le rivage , qu’au moment où sa puissance affoiblie et sa vie prés de s’éteindre rendent ses mouvemens à peine sensibles , et ses armes presque milles.

Au reste , se nourrissant des mêmes animaux que Patinga, il fréquente les côtes, ainsi que ce cartilagineux, et ainsi que la plupart des poissons qui vivent de crabes et d’animaux à coquille. On le trouve dans les mêmes mers que celles où Pon pêche Patinga.

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