LE SQUALE TUYAU
n’avoit pu être introduite par l’ouverture de la bouche qu’aprés de grands efforts. Il a trouvé aussi dans chacune des deux femelles qu’il a disséquées une quarantaine d’œufs assez gros , rclaliveuient aux dimensions de ranimai.
LE
SYNGNATHE HYPPOGAMPE',
ET LE
SYNGNATHE DEUX-PIQÜANS.
Quel contraste que celui des deux images rappelées par ce mol hippocampe , qui désigne en même temps et un cheval et une chenille! Quel éloignement dans l’ensemble des êtres vivans et sensibles sépare ces deux animaux, dont on a voulu voir les traits réunis dans l’hippocampe , et dont on s’est efforcé de combiner ensemble les deux idées pour en former l’idée composée du syngnathe que nous décrivons! L’imagination qui, au lieu de calculer avec patience les véritables rapports des objets , se plaît tant à se laisser séduire par de vaines apparences , et à se laisser entraîner vers les rapprochemens les plus bizarres, les ressemblances les plus trompeuses et les résultats les plus merveilleux, a dû d’autant plus jouir en s’abandonnant pleinement au sens de ce mot hippocampe, que, par l’adoption la plus entiérè de cette expression , elle a exercé, pour ainsi dire, en même temps, une triple puissance. Reconnoître, en quelque manière, un cheval dans un petit cartilagineux, voir dans le môme moment une chenille dans un poisson, et lier ensemble et dans un même être une cîienille et un cheval, ont été trois opérations simultanées, trois espèces de petits miracles compris dans un seul acte, trois signes de pouvoir devenus inséparables, dans lesquels Fimagination s’est complu sans réserve , parce qu’elle ne trouve de véritable attrait que dans ce qui lui permet de s’attribuer une sorte de force créatrice : et voilà pourquoi cette dénomination d’Aipporampe a été trèsanciennement adoptée ; et voilà pourquoi, lors même qu’elle n’a rappelé qu’une erreur bien reconnue , elle a conservé assez de charmes secrets pour être généralement maintenue par les naturalistes. Quelles sont
1 Ciwallo marina, en Italie,
cependant ces légères apparences qui ont introduit ce mot hippocampe , et d’abord quels sont les traits de la conformation extérieure du syngnathe dont nous nous occupons, qui ont réveillé l’idée du cheval à l’instant où l’on a vu ce cartilagineux? Une tête un p^eu grosse ; la partie antérieure du corps ,* plus étroite que la tête et le corps proprement dit ; ce même corps plus gros que la queue , qui se recourbe ; une nageoire dorsale dans laquelle on a trouvé de la ressemblance avec une selle ; et de petits filamens qui, garnissant l’extrémité de tubercules placés sur la tête et le devant du corps , ont paru former une petite crinière : tels sont les rapports éloignés qui ont fait penser au cheval ceux qui ont examiné un hippocampe , pendant que ces mêmes filamens, ainsi que les anneaux qui revêtent ce cartilagineux, comme ils recouvrent les autres syngnathes , l’ont fait rapporter aux chenilles à anneaux hérissés de bouquets de poil.
Mais, en écartant ces deux idées trop étrangères de chenille et de cheval , . déterminons ce qui différencie l’hippocampe d’avec les autres poissons de sa famille.
Il parvient ordinairement à la longueur de trois ou quatre déciinètres , ou d’environ un pied. Ses yeux sont gros, argentés et brilbns. Les anneaux qui l’enveloppent sont à sept pans sur le corps , et à quatre pans sur la queue ; chacun de ces pans, qui quelquefois sont très -peu sensibles, est ordinairement indiqué par un tubercule garni le plus souvent d’une petite houppe de filamens déliés. Ces tubercules sont communément plus gros au-dessus de la tête, et l’on en voit particulièrement cinq d’assez grands au-dessus des yeux. On compte treize anneaux à l’étui qui enveloppe le corps , et de trente-cinq à trente-huit à celui qui renferme la queue , faquellc est armée . de chaque côté , de trois aiguillons, de deux en haut cl d’un en bas. An reste, ce nombre d’anneaux varie beaucoup, au moins suivant les mers dans lesquelles on II Olive Fiiippocainpe.
Les couleurs de ce poisson sont aussi trés-sujelles à varier, suivant les individus. Il est ou d’un livide plombé , ou brun, ou noirâtre , ou v erdâtre ; et , quelque nuance qu’il présente, il est quelquefois orné de petites raies ou de petits points blancs ou noirs
I II y a à la menibraue des
branchies i ia\c>ns.
90 LE SYNGNATHE HIPPOCAMPE,
Les branchies de l’hippocampe ont été mal vues par un grand nombre de naturalistes; et leur petitesse peut avoir aisément induit en erreur sur leur forme. Mais je me suis assuré , par plusieurs observations, qu’elles étoient frangées sur deux bords , et semblables, à très-peu prés,» à, celles que nous avons examinées dans plusieurs autres syngnathes, et que nous avons décrites dans l’article de la trompette.
La vésicule aérienne est assez grande ; le canal intestinal est presque sans sinuosités. La bouche de l’hippocampe étant d’ailleurs conformée comme celle des autres cartilagineux de son genre, il vit, ainsi que ces derniers, de petits vers marins, de larves, d’insectes aquatiques, d’œufs de poissons peu développés. On le trouve dans presque toutes les mers, dans l’Océan, dans la Méditerranée, dans la mer des Indes. Pendant qu’il est envie, son corps èst allongé comme celui des autres syngnathes : mais lorsqu’il est mort, et surtout lorsqu’il commence à se dessécher , sa queue se replie en plusieurs sens, sa tête ét la partie antérieure de son corps se recourbent ; et c’est dans cet état de déformation qu’on le voit dans les cabinets , et qu’il a été le plus comparé au cheval.
On a attribué à l’hippocampe un grand nombre de propriétés médicinales, et d’autres facultés utiles ou funestes, combinées d’une manière plus ou moins absurde : et comment n’auroit-on pas cherché à douer des vertus les plus merveilleuses et des qualités les plus bizarres un être dans lequel on s’est obstiné , pendant tant de temps , à réunir par la pensee un poisson, un cheval et une chenille ?
Le syngnathe deux-piquans habite dans la mer des Indes. Il est varié de jaune et
à chacune des nageoires pectorales 9
( On en a compté i8, parce que cliaque ravoii se divise eu deux, presque dès son origine. )
à celle de la queue. . . 16 à 20
à celle de l’anus, ... 4
de brun. Les anneaux qui composent sa longue cuirasse ne présentent chacun que quatre pans ; et au-dessus des yeux on voit deux aiguillons courbés en arriére
LE SYNGNATHE BARBE,
ET LE SYNGNATHE OPHIDION.
Non seulement le barbe n’a point de nageoire caudale , mais encore il n’a pas de nageoire de l’anus. Aussi le voit-on placé dans un cinquième sous-genre sur le tableau méthodique de la famille que nous décrivons. Son corps est d’ailleurs à six pans longitudinaux 2.
L’ophidion est encore plus dénué de nageoires : il n’en a pas de pectorales ; il n’en montre qu’une qui est située sur le dos ^ , et qui est assez élevée. De tous les syngnathes il est celui qui ressemble le plus à un serpent, et voilà pourquoi le nom d’ophidion lui a été donné , le mot grec Ôfiç désignant un serpent. Nous avons cru d’autant plus devoir lui conserver cette dénomination, que son corps est plus menu et plus délié à proportion' que celui des autres cartilagineux de son genre. Il parvient quelquefois à la longueur de deux pieds, ou de plus de sept décimètres. Son museau est moins allongé que celui de la trompette. Cet animal est verdâtre avec des bandes transversales et quatre raies longitudinales, plus ou moins interrompues, d’un trèsbeau bleu. Il habite dans l’Océan septentrional.
1 A la membrane des brancliies. 2 l’ayous. à chaque nageoire pectorale. 21
à celle du dos 34
à celle de l’anus 4
sur le corps ...... 17 anneaux.
sur la queue 45
2 A cliaque nageoire pectorale
du barbe 22 rayons.
à celle du dos 43
3 A la membrane des branchies
de l’ophidion 2
à la nageoire dorsale ... 34
•Wïvvi\WlVVVVvvv\vvvvv»vvv\vvvvvvv'»<v».vvvvivvvvvvvvvvvvvVvvi/vvvvv</vvvwvvvvvwvwvu»(Vvvvvvvvvt,vvvvvwvvvv\wvwvwvvWi(V