‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 80 sur 731 · F(D)1[SS(D)NS · texte numérisé non relu

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g) O LE CYCLOFTEIRE VENTM

LE CYCLOPTÈKE LOMPE.

et assez de mobilité ; le gosier est garni , ainsi que les mâchoires, d’un grand nombre de dents aiguës.

Le long du corps et de la tête régnent ordinairement sept rangs de gros tubercules, disposés de manière que l’on en compte trois sur chaque côté, et qu’un septième occupe l’espèce de carène longitudinale formée par la partie la plus élevée du corps et de la queue. Ces tubercules varient non-seulement dans le nombre de rangées qu’ils composent, mais encore dans leur conformation , les uns étant aplatis, d’autres arrondis, d’autres terminés par un aiguillon , et ces dilTérentes figures étant même quelquefois placées sur le même individu.

Les deux nageoires inférieures sont arrondies dans leur contour, et réunies de manière à représenter, lorsqu’elles sont bien déployées , une sorte de bouclier, ou , pour mieux dire , de disque ; et c’est cette réunion, ainsi que cette forme, qui, se retrouvant dans toutes les espèces de la même famille , et constituant un des principaux caractères distinctifs de ce genre, ont fait adopter ce nom de cycloptère , qui désigne cette disposition de nageoires en cercle, ou plutôt en disque plus ou moins régulier.

Le lompe a deux nageoires dorsales :

mais la plus antérieure n’est soutenue par aucun rayon ; et étant principalement composée de membranes, de tissu cellulaire , et d’une sorte de graisse, elle a reçu le nom à'adipeuse.

Ses cartilages sont verdâtres.

Son organe de l’ouïe a paru plus parfait que celui d’un grand nombre d’auti es poissons, et plus propre à faire éprouver des sensations délicates; on a vu, dans le fond de ses yeux, des ramifications de uerfsplus distinctes; ses nageoires inférieures, réunies en disque , ont été considérées comme un siège particulier du toucher, et une sorte de main assez étendue ; sa peau n’est revêtue que d’écailles peu sensibles, et enfin nous venons de voir que sa langue présente une surface assez gsande et assez molle, et qu’elle est assez mobile pour s’appliquer facilement et par plusieurs points à plusieurs corps savoureux.

Voilà donc bien des raisons pour que l’instinct du lompe soit plus élevé que celui de plusieurs autres cartilagineux, ainsi qu’on l’a observé ; et cette petite supériorité des résultats de l’organisation du lompe a dû servir à propager l’erreur qui l’a sup-

posé attaché à sa femelle par un sentiment aussi constant que tendre.

Il est très-rare qu’il parvienne à une longueur d’un mètre, ou d’environ trois pieds; mais son corps est, à proportion de cette dimension, et très-large et très-haut.

Sa couleur varie avec son âge ; le plus souvent il est noirâtre sur le dos , blanchâtre sur les côtés, orangé sur le ventre : les rayons de presque toutes les nageoires sont d’un jaune qui tire sur le rouge ; celle de l’anus et la seconde du ^dos sont d’ailleurs grises avec des taches presque noires.

On rencontre ce poisson dans un grand nombre de mers ; c’est néanmoins dans l’Océan septentrional qu’on le voit le plus fréquemment. Il y est très-fécond , et sa femelle y dépose ses œufs à peu près vers le temps où l’été y commence.

Il s’y tient souvent attaché au fond de la mer, et aux rochers, sous les saillies desquels il se place pour éviter plus facilement ses ennemis, pour trouver une plus grande quantité de vers marins qu’il recherche , ou pour surprendre avec plus d’avantage les petits poissons dont il se nourrit. C’est par le moyen de ses nageoires inférieures , réunies en forme de disque , qu’il se cramponne, pour ainsi dire , contre les rocs, les bans, et le fond des mers ; et il s’y colle en quelque sorte d’autant plus fortement, que son corps est enduit, beaucoup plus que celui de plusieurs autres cartilagineux, d’une humeur visqueuse, assez abondante surtout auprès des lèvres, et que quelques auteurs ont en conséquence comparée à de la bave. Cette liqueur gluante étant répandue sur tous les cycloptères, et tous ces animaux ayant d’ailleurs leurs nageoires inférieures conformées et rapprochées comme celles du lompe, ils présentent une habitude analogue à celle que nous remarquons dans le poisson que nous décrivons.

On doit avoir observé plusieurs fois deux lompes placés ainsi très-près l’un de l’autre , et long- temps immobiles sur les rochers ou le sable des mers. On les aura supposés mâle et femelle ; on aura pris leur voisinage et leur repos pour l’effet d’une affection mutuelle, et on ne se sera pas cru foiblemenî autorisé à leur accorder cette longue fidélité et ces attentions durables que l’on s’est plu à représenter sous des couleurs si gracieuses.

Au reste , le suc huileux qui s’épanche sur la surface du lompe ]^énètre aussi Irésprofondément dans l’intérieur de ce pois-

LE CYCLOPTERE LOMPE.

son, et voilà pourquoi sa chair, quoique mangeable, est muqueuse, molle, et peu agréable.

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