‹ Œuvres du comte de LacépèdeChapitre 94 sur 731 · LES CECI LIES · texte numérisé non relu

LES CECI LIES

Point de nageoires; V ouverture des branchies sous le cou,

ESPÈCE

museau très - poinhi ; les dents aiguës; huit

LA CÉCILIE BRAN- vetils trous sur le <lc- DÊRlEîJ^E. 1 vaut de la léte , sept sur I le sommet de celle

\ même partie , sept sur

même pa roteiput.

LA CÉGILIE BRANDÉRIENNE.

LA

CÉCILIE BRANDÉRIENNE.

Nous avons dû nous déterminer d’autant plus aisément à placer les cécilies dans un genre difl’érent de toutes les autres familles de poissons osseux, et particuliérement des murènes, parmi lesquelles elles ont été inscrites, qu’elles présentent un caractère distinctif desplus remarquables: elles n’ont absolument aucune sorte de nageoire ; et ce défaut constant est d’autant plus digne d’attention , que pendant long-temps on a regardé la présence de plusieurs nageoires, ou au moins d’une de ces parties, comme une marque caractéristique de la classe des poissons. Cette absence totale de ces organes extérieurs de mouvement sufiîroit même pour séparer les cécilies de tous les poissons cartilagineux, puisqu’elle n’a encore été observée sur aucun de ces derniers animaux, ainsi qu’on a pu s’en convaincre en lisant leur histoire. D’ailleurs on n’a pas encore découvert un organe de la vue dans les cécilies : elles en paroissent entièrement privées; et par cette cécité, elles s’éloignent non-seulement de presque tous les poissons, mais même de presque tous les animaux vertébrés et à sang rouge , parmi lesquels on ne connoît encore qu’un mammifère nommé typhle, et le genre des cartilagineux nommés gastrobranchés , qui aient paru complètement aveugles. C’est donc avec les gastrobranches qu’il faut particulièrement comparer les cécilies. D’autres rapports que celui de la privation de la vue les lient d’assez près. Les ouvertures des branchies sont placées sous le corps , dans ces deux genres ; mais dans les gas^

trobranches elles sont situées sous le ventre, pendant que dans les cécilies on les voit sur la partie inférieure du cou. Ces deux familles ont le corps très - allongé , cylindrique , serpentiforme , souple comme celui des murènes , enduit d’une humeur abondante ; et on distingue aisément sur la tête des cécilies les principales ouvertures par lesquelles se répand cette viscosité. Dans la seule espèce de ce genre décrite jusqu’à présent , on remarque aisément huit pores ou petits trous sur le devant de la tête , sept au sommet de cette même partie , et sept autres sur l’occiput : ces vingt - deux orifices sont certainement les extrémités des vaisseaux destinés à porter à la surface du corps la liqueur onctueuse propre à la ramollir et à la lubrifier. Cette même espèce dont Linné a dû la première connoissance à Brander, et que nous avons cru devoir en conséquence nommer la brandérienne , a les mâchoires très-avancées, et garnies de dents très- aiguës; c’est audessous de son museau , qui est très-pointu, que l’on voit de chaque côté , au bout d’un très-petit tube, l’ouverture des narines ; et de plus, l’anus est plus près de la tête que de l’extrémité de la queue. Cette cécilie vit dans les eaux de la Méditerranée, auprès des côtes de la Barbarie , où elle a été observée par Brander.

Nous n’avons pas vu cette espèce. Nous soupçonnons qu’elle n’ani opercule ni membrane des branchies. Si notre conjecture à cet égard étoil fondée, il faudroit ôter les cécilies de la place que nous leur avons donnée dans le tableau général , et les transporter de la tête du premier ordre de la première division des osseux , au premier rang du premier ordre de la quatrième division de ces mêmes osseux.

VINGT-DEÜXIÈME GENRE.

LES MONOPTÈLES.

Point d^autrê nageoire que celle de la queue; les ouvertures des narines placées entre

les yeux.

ESPÈCE. CARACTÈRES

ÎLc corps plus long que la queue , et de'nué d’écailles facilement visibles.

68 LE MONOPTÈRE JAVANAIS.

LE MONOPTÈRE JAVANAIS.

Ce peisson n’est pas entièrement privé de nageoires , comme la cécilie brandérienne ; mais il n’en a qu’à la queue , et même l’extrémité de cette partie est une sorte de pointe assez déliée , autour de laquelle on n’aperçoit qu’à peine la nageoire caudale. C’est de ce caractère que nous avons tiré le nom de monoptêre , ou de poisson à une seule nageoire , que nous avons donné au genre non encore connu des naturalistes, dans lequel nous avons inscrit le javanais; et cette dénomination ùg javanais indique le pays qu’habite l’espèce dont nous allons décrire rapidement les formes. Cette espèce se trouve en effet dans le détroit de là Sonde , auprès des côtes de l’île de Java : elle y a été vue par Commerson, auquel nous devons d’ être instruits de son existencè , et qui a laissé dans scs manuscrits des obsei-vations trés-détailléesau sujet des formes et des dimensions de cet animal, qu’il avoit rapporté au genre des anguilles ou des congres, parce qu’il n’avoit pas fait attention au caractère tiré du nombre dos nageoires. Elle y est très-bonne à manger, et si nombreuse en individus, que chaque jour les naturels du pays apportoient une très-grande quantité de ces monoptéres javanais au vaisseau sur lequel étoit Commerson. Son goût doitresscmbler beaucoup à celui des murènes , dont elle a en li ésgrande partie la conformation, et particuliérement le corps serpentiforme, visqueux, et dénué d’écaillcs facilement visibles. La tête est épaisse, comprimée, bombée cependant vers l’occiput, et terminée en devant par un museau arrondi. L’ouverture de la bouche est assez grande : la mâchoire

supérieure n’avance guère au-delà de l’inférieure ; elles sont toutes les deux garnies de dents courtes et serrées comme celles d’une lime ; et une rangée de dents semblablés est placée dans l’intérieur de la gu.eule, tout autour du palais. La base de la langue, qui est cartilagineuse et creusée par-dessous en gouttière, présente deux tubercules blanchâtres. Les ouvertures des narines ne sont pas placées au haut d’un petit tube ; on ne les voit pas au - devant des yeux , comme sur le plus grand nombre de poissons, mais au - dessus de ces mêmes organes. L’opercule des branchies , mollasse et flasque , paroi t comme une cluplicature de la peau ; la membrane branchiale n’est soutenue que par trois rayons, que l’on ne distingue qu’en disséquant cette même membrane; les branchies ne sont qu’au nombre de trois de chaque côté ; les os qui les soutiennent sont très-peu courbés, et ne montrent, dans leur côté concave, aucune sorte de denticule ni d’aspérité. Sa nageoire caudale renferme des rayons: ils sont imperceptibles, tant que cette nageoire n’est pas altérée; et comme la queue est très-comprimée , cette dernière partie ressemble assez à une lame d’épée à deux tranchans. La ligne latérale, plus rapprochée du dos que du ventre , s’étend depuis les branchies jusqu’à l’extrémité de cette même queue ; elle est presque de la couleur de l’or. Le dos est d’un brun livide et noirâtre; les côtés présentent la même nuance, avec de petites bandes transversales couleur de fer : cette dernière teinte s’étend sur tout le Vèntre , qui est sans tache. La longueur des monoptéres javanais est ordinairement de prés de sept décimètres; leur circonférence, dans l’endroit le plus gi’os de leur corps, d’un décimètre ; et leur poids, de plus d’un hectogramme.

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