‹ Œuvres du comte de Tressan, précd́ées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 1 sur 16 · LES ROMANS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

LES ROMANS FRANÇAIS

J 1 oiTs devons au savant Huet , évêque d'Avranches , des recherches profondes sur l'origine des romans : personne en effet n'eût' été phis capable que ce prélat, s*il l'eût voulu, de nous donner des notions lumineuses et précises sur cette origine. L'auteur du beau traité sur la faiblesse de Tentendement humain pouvait facilement porter le flambeau de la philosophie dans cette recherche ; mais, entraîné par l'esprit qui régnait alors, il prodigua les richesses de l'érudition dans un travail qu'un seul trait de lumière pouvait éclairer. Il ne paraît pas possible même que ce trait lui soit échappé , puisqu'il est l'ame du second traité que je viens de citer ; mais l'esprit des Scaliger et des Casaubon régnait alors : le savant prélat se

crut obligé de suivre leur marche tortueuse et pesante , en défrichant une route qu'un génie tel que le sien eût parcourue avec moins d'effort et plus de rapidité.

L'origine des romans doit être presque de la même antiquité que le monde : elle est l'effet d'un faible inné dans l'esprit humain , et du penchant le plus doux que nous ayons reçu de la nature.

L'amour du merveilleux devint le tyran de l'esprit de l'homme, le même jour que l'enfant qu'on peint avec des ailes fut celui de son cœur. L'amour du merveilleux exalta son imagination; l'autre alluma ses désirs. Mille êtres fantastiques naquirent du premier ; beaucoup de vertus et de vices naquirent du second. Imaginer , aimer , furent de tous les temps les deux grands ressorts de l'existence morale de l'homme ; c'est de la combinaison des mouvements de ces deux grands ressorts , que naquirent presque toutes les idées, tous les sentiments qui nous affectent, et qui n'en sont que des modifications.

Tout dans la nature annonçait le grand Oromase à l'intelligence de l'homme moral; mais l'amour du merveilleux corrompit bientôt la pureté du culte qu'il lui devait , et l'égara dans l'idée qu'il osa s'en former, comme dans les attributs

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