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qu'il eut la témérité de croire devoir être de son essence.
Les passions, qui rendirent l'homme physique malheureux, influèrent sur sa moralité, lui firent imaginer un Arimane, et l'avilirent jusqu'à lui faire croire qu'il était également soumis au pouvoir de ce spectre qu'il s'était formé. J)e là, les Péris et les Gines, les bonnes ou les mauvaises fées, les sages bienfaisants et les noirs enchanteurs. L'homme sans énergie chercha , trouva des excuses à sa faiblesse dans un pouvoir surnaturel, par lequel il se croyait entraîné; et mille prestiges absurdes obscurcirent la lumière de la première société dans les subdivisions qui s'en formèrent.
Les Scythes, les Huns, les Pietés et jusqu'aux farouches Orcadiens , les Indiens , tous les Asiatiques en général firent des hymnes et des romans; les Phéniciens et les habitants des bords du Nil en firent à leur tour. C'est du débris de ces premières fables que les Grecs composèrent leur mythologie, leur Olympe et leur Achéron. Ils en firent de nouvelles fables qui se ressentirent de leurs moeurs plus douces et plus éclairées : leurs fables milésiennes présentèrent des allégories aussi sublimes qu'agréables ; elles plurent
aux sages qui s'en amusèrent; elles firent une plus forte impression sur le peuple qui les adora. Les Romains, instruits par les Grecs , adoptèrent la plus grande partie de ces fables utiles à leurs premiers législateurs; et c'est du débris général de tout ce qui les avait précédés, que les peuples de l'intérieur de l'Europe apprirent à chanter et à célébrer les prestiges , l'amour et la terreur. Les Maures devenus puissants en Europe avaient été instruits par lés Asiatiques ; les Provençaux par les Grecs : les anciens Bretons le furent plus anciennement encore par les poésies danoises , et par celles des Scaldes et d'Ossian.
La langue celtique et la langue latine étaient les plus familières en Europe dans les huit premiers siècles; elles se confondirent bientôt ensemble. Le peuple commence, pour sa commodité, la première £stbrique d'un jargon; bientôt les gens éclairés se trouvent forcés d'en apprendre l'usage; ils finissent par l'adopter et le polir.
Les Italiens et les Provençaux furent les premiers à se former un jargon composé de ces deux îs. Le latin domina dans celui des Ita- ^e celtique domina de même dans >veiiçal; mais cette langue était déjà et très adoucie par la langue grec-
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que , devenue familière en Proveitce par son commerce avec la Grèce , et par la colonie phocéenne fonckittice dcr Marseille (i).
Les Espagnols, vcnsins de l'Italie et de la Provence , adopterait ces nouveaux jai^ons , et s'en fwm^nt un, composé de tous les deiix^ dans lequel ils mêlèrent plusieurs mot» de la langue celtique qu'ils tenaient des Goths^ et plusieurs ar* ttdes et noms propres qu'ils tenaient des Arabes.
Nous autres Francs, ou Gaulois, nous donnons par ei^ellence le nom de troubadours ou trou^ vères aux anciens auteurs provençaux. Nous le devans en effet , puisque c'est d'eux que nous tenons la langue romancé et le fondement de la littérature fraiïçaise. Mats les Espagnols et les Italiens ont le même droit que les Provençaux au nom de trouvères, puisqu'ils ont trouyé les moyens de se former un nouveau langs^e , dans
(i) Feu mon p^re, homme très savant, a vérifié que les vignerons des environs de Marseille chantent encore, en travaillant , quelques fragments ies odes de Pindare sur \ei vendanges } il' tes reconnut a^rès a'voir aiis par écrit les mots de tout ce qu'il entendit chanter à vingt vignerons différents : aucun d'eux n'entendait ce qu'il chantait ; et ces fragments , dont les mots corrompus ne pouvaient être reconnus qu'avec peiife, s'étaient conservés dtr génération en génération par une tradition orale.
lequel ils ont écrit des chroniques et des contes versifiés et rimes.
C'est du résultat de ces trois diflférents jai^ns, que les Français ont formé celui qui, dans son origine, porta le nom de roman; et tous les quatre ensemble sont un composé des quatre langues mères , celtique , scythe , grecque et latine , et même de quelques mots étrusques.
Cette nouvelle langue romance resta pendant plusieurs siècles si pauvre, si dure à l'oreille, qu^aucun poëte, aucun chroniqueur, aucun conteur français n'osa s'en servir avant le règne de Philippe- Auguste. Tous les anciens romans de la Table ronde , tirés par les Bretons des anciennes et fabuleuses chroniques de Melkin et Tézelin, furent écrits en latin par Rusticien de Puise. Le malheureux Àbailard, Héloïse plus malheureuse peut-être encore que lui, n'osèrent se servir, sous Louis-le-Gros et I^ouis-le- Jeune, d'un idiome encore trop barbare et trop peu sonore (i) : ce ne fut que sous Philippe-Auguste que l'on commença d'écrire les chroniques et quelques ouvrages d'a-
(i) L'éloquent saint Bernard, dans ses derniers sermons, ne s'en servit même que pour se faire entendre de la multiplicité des gens du peuple qui se soumirent à sa règle.