‹ Œuvres du comte de Tressan, précd́ées d'une notice sur sa vie et ses ouvragesChapitre 6 sur 16 · ET CLA.REMONDE · texte numérisé non relu

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parles plaisirs qu'il faisait naître ou qui lui étaient offerts. Il monte à cheval ; il vole à la prairie , et trouve Claremonde et Croppart dans le même état où le fauconnier les avait laissés.

La beauté divine de Claremonde le surprend, l'enchante; et, pour la première fois de sa vie peut-être, il sent que ses désirs sont unis aux sentiments et au respect que la beauté modeste et malheureuse est faite pour inspirer.

Il interroge d'abord le bossu : ce traître lui répond qu'il est homme libre; que le hasard l'a fait trouver mal sur le bord de cette. fontaine, et que la jeune personne qu'il voit est sa femme espousee. Il se tourne ensuite vers Claremonde , et la requiert à dire si réellement elle tient à baron le bossu (i). Claremonde commence par le nier, et supplie le roi de Salerne de la mettre à couvert de ses poursuites. Mendulus fait enlever sur des chariots la jeune personne et le bossu; le cheval même, quoiqu'on en ignorât l'usage, ne fut pas oublié. On logea dans le palais la belle Claremonde ; le cheval fut mis au garde-meuble. On s'assura du bossu que Mendulus voyait bien qu'il avait surpris en mensonge; et le malheureux et triste Croppart, étouffé par la violence de sa pleurésie, expira dans la nuit suivante.

Mendulus fut très empressé, le lendemain, à se rendre chez Claremonde ; il venait , disait-il , lui

(i) S'il est véritablemont son mari et son maître.

Googre

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rendre un hommage plus digne d'elle , et lui offrir sa coiu'onne et sa main. A sotte me tenez vouSj lui dit-elle, quand par cette gaberie pensez m allécher et tromper? Point ne naquis de rneS' gnie{i) loUable et connue; me fui raconté en mon bas aage quœuvree ie fus par moines etnonains en pèlerinage ; iceulx qui me recueillirent me exonèrent à nom Treu^ee; et quand ie fus devenue à poinct et grandelette, à femme ils me doneientà un vasfasseurj auquel me ravit le bossu quigrand clerc estoit, disait-il ^physicien et mire (2). Urne conduisit par pays ^ et gaignoit assez largement les testons j de lieux en lieux ^ par philtres medicinauXy et tours dont il esbayssoit les curieux , monté sur son cheval de bois\ tant quil m'avoit tonioûrs bien vestue, bien nourrie, hors la veille que^ sans raison^ m'avoit battue et voulu affoler.

Un tel aveu avait bien de quoi rebuter et dégoûter Mendulus d'une pareille alliance; mais, nous l'avons déjà dit, il était peu délicat sur les moyens de satisfaire ses désirs; et d'ailleurs il était bon^-homme. Il assemble , pour la forme, un conseil ,- composé de flatteurs , dont la plupart étaient compagnons de ses plaisirs; il obtient leur aveu pour épouser la belle Treuvée; il revient le lui annoncer, et Claremonde ne trouve d'autre - - - , ' — •

(i) Famille.

(a) Médecin, chirurgien, tout homme qui exerce l'art de guérir. P.

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ressource, pour retarder le mariage qu'elle craint, que de feindre que la joie lui fait tournçr la tête. Elle fait les plus grandes folies , des grimaces affreuses, et finit par des actes de fureur contre Mendulus même, qui l'obligent à travailler à sa guérison, et, en attendant, à la mettre sous la garde de dix femmes, les plus fortes et les plus sensées qu'on pût trouver : cette seconde qualité exigea de longues recherches.

Pendant ce temps, la cour d'Espagne était plongée dans une douleur bien amère. Le roi, la reine et Cléomades s'étaient rendus vainement au petit château du prince , et n'y avaient point trouvé la belle Claremonde. Quelques recherches que le prince fît, il ne put retrouver qu'un de ses gants ; celle du cheval enchanté fut aussi très inutile: son père et sa mère le ramenèrent au palais, dans im état qui fit craindre pour sa vie.

Quelques jours après , des ambassadeurs du roi de Touscan arrivent ; et la cour de Séville est accablée d'une nouvelle douleur , en étant forcée de leur dire que leur princesse, enlevée à son amant , est peut-être perdue pour toujours.

Le chef de l'ambassade était un homme sage et très savant: attendri sur le sort de Cléomades, il fut le premier à le consoler; mais il ne put s'empêcher de lui dire qu'il s'étonnait de le voir s'abandonner au désespoir, au lieu de partir pour chercher par toute ^a terre une princesse si digne d'être regrettée.

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Ce reproche ranime les forces et le courage de Cléomades; et dès qu'il peut siipporter le poids de ses armes, il s'en couvre, monte un fier et vigoureux destrier , franchit les montagnes , et s'approche du royaume^ de Touscan, espérant que quelque heureux hasard y portera des nouvelles de sa princesse. Il reconnaît bientôt les montagnes escarpées dont ce royaume est entouré ; il les traverse au milieu de mille précipices ; et la nuit était déj^ très obscure, lorsqu'il se trouva près d'un château isolé, où la fatigue le força de s'arrêter. LfC pont -le vis était levé, il appelle; un homme paraît aux créneaux, et lui dit que la coutume du château est qu'aucun, chevalier n'y peut entrer sans y laisser ses armes et son cheval , à moins qu'il ne se soumette à combattre seul le lendemain contre deux redoutsibles chevaliers. Une telle coutume, répond Cléomades, €st contraire à la courtoisie. Elle fut établie, lui réplique-t-on , depuis qu'im traître qu'on reçut dans ce château viola les droits de l'hospitalité , en assassinant , la nuit , le maître qui le possédait. Ses deux neveux le trouvèrent le lendemain matin baigné dans son sang; il leur fit jurer , en expirant^ de maintenir cette coutume, qu'il établit, et qui vous est imposée.

On croira sans peine qile cette coutume ne fit pas rebrousser chemin à Cléomades : il insiste pour entrer; le pont s'abaisse; il est bien reçu, fait bonne chère , se repose tranquillement ; et le

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lendemain matin, celui qui s'était empressé pour le bien recevoir lui dit que le moment est arrivé, ou de laisser ses armes, ou de combattre. Cléomades ne daigne plus lui répondre ; il se couvre de ses armes, prend une forte lance, et, trouvant son cheval tout prêt, il s'élance dessus, et suit celui qui le conduit sur une esplanade où la lice était préparée, et où deux chevaliers vigoureux l'attendaient.

Cléomades les défie le premier : ils courent sur lui; tous deux brisent leurs lances contre son écu, sans l'ébranler; et celui qui reçoit l'atteinte de la sienne est jeté au loin sur la poussière avec une épaule démise, et hors d'état de se relever. L'autre charge Cléomades à coups d'épée, et le combat est long et douteux ; enfin , le prince d'Espagne le saisit et le désarme. Sur-le-champ ce chevalier ôte son casque de lui-même, et Cléomades reconnaît en lui l'un des plus braves chevaliers qu'il eut trouvés dans ses voyages : il se fait connaître à son tour ; ils s'embrassent , et volent au secours du chevalier blessé. Son compagnon lui fait connaître le prince Cléomades. Seigneur, lui dit le blessé, c'était malgré moi que je soutenais la coutume injuste que vous venez de détruire; et je regretterais peu d'être blessé par un bras accoutumé à vaincre, si je n'avais la douleur de me trouver inutile à la défense d'une jeune et noble demoiselle, accusée à tort de trahison.

Tristan de Léonais, etc. ï 9

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On entre dans le château ; on rapporte le chevalier blessé, et son compagnon et lui racontent à Cléomades que Liopatris étant arrivé à Touscan le lendemain de l'enlèvement de Claremonde, trois chevaliers de sa suite ont injustement accusé de trahison Florette, Gayette et Lyriade, conmie complices de cet enlèvement. Tous les deux confient à Cléomades qu'ils sont amoureux de Florette et de Lyriade, et que leurs parents, d'accord, étaient prêts à les unir, lorsqu'on les a faussement accusées; et le blessé gémit de nouveau de ne pouvoir défendre l'innocente et belle Lyriade. Eh ! qui doit être pJus obligé que moi, s'écria Cléomades, à leur conserver la vie? Soyez tranquille, seigneur; je pars avec votre brave compagnon , et j'espère rendre bientôt l'aimable Lyriade à votre amour.

Cléomades, ne voulant point se faire connaître à la cour de Touscan, choisit, dans l'arsenal du château, les armes les plus simples: il part avec son compagnon, qui déjà ne doute plus de sauver les jours de Florette et de Lyriade; mais il s'attendrit sur le sort de Gayette , qui reste sans défenseur. Nous lui en servirons, répondit vivement Cléomades; et je répandrais plutôt tout mon sang, que de laisser périr aucune de ces trois demoiselles. Ils arrivent dans les faubourgs de la ville où résidait Cornuant. Le chevalier du château se rend seul à la cour; il y déclare que deux chevaliers se présentent pour combattre les

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trois de Liopatris , et pour défendre les trois filles d'honneur de Claremonde de l'accusation portée contre elles. Le combat est ordonné; les adversaires sont placés aux deux extrémités de la lice ; ils y renouvellent lés protestations et les serments ordinaires; et dès que le juge du camp a crié, LcUssei aller les ^fins combattanfSy ils s'élancent les uns contre les autres. Le plus apparent des trois chevaliers de Liopatris court seul contre Cléomades dont la lance brise son écu et son haubert, et lui perce le cœur. Les deux autres courent ensemble contre son compagnon, et lui font vider les arçons; mais bientôt Cléomades vole à son secours, le sauve d'une nouvelle atteinte, et lui donne le temps de remonter à cheval. Cléomades est bientôt vainqueur, et chargé des deux épées des chevaliers de Liopatris, qui lui ont cvïé meTci^ si demande quc^brieftems les trois nobles pucelles lui soient deslivrees saines et deschargees de leur accusation, La loi des combats l'ordonnait; elle est exécutée. Les parents des trois jeunes pucelles les entourent, leur amènent des palefrois; et, sous la conduite de Cléomades, ils reprennent tous ensemble le chemin du château, d'où Cléomades et son compagnon étaient partis.

A peine sont-ils arrivés, que la tendre Lyriade, suivie de ses deux compagnes, vole au secours du chevalier blessé; la présence de ce qu'il aime lui rend la vie; et tout ce qui se trouve présent

aga CLÉOMADES

célèbre et la haute valeur et la générosité de Cleomades.

Pendant ce temps, le prince se désarmait: rien ne peut expriixier la surprise et les transports de joie de Gayette, de Florette et de Lyriade, lorsqu'elles le reconnaissent. Elles l'entourent; elles veulent baiser ses mainjp^ictorieuses ; mais bientôt les larmes que lui fait répandre le souvenir de Claremonde, en les revoyant, fait aussi couler celles de ses trois jeunes amies. Ils se consultent, et cherchent ensemble les moyens de réussir à la trouver. Un vieux chevalier, que son grand âge empêche de porter les armes, leur dit qu'il connaît à Salerne un sage astronomien qui cleres veoit les choses les plus couvertement celées. Un faible rayon suffit pour déterminer un amant. Cléomades ne balance pas à partir dès le lendemain matin; il embrasse les trois jeunes amies; il leur fait promettre de venir le trouver en Espagne, avec les époux qui leur sont destinés, s'il retrouve sa belle Claremonde , et s'il peut l'y faire régner avec lui.

L'aube du jour paraissait à peine , que Cléomades , sans permettre à personne de le suivre, s'arme et part : il franchit de nouveau les montagnes, et arrive, en peu de jours, dans les faubourgs de Salerne. Il s'informe à l'hôte chez lequel il descend , du sage dont il espère tirer quelques lumières. Ah! seigneur, lui répond-il, depuis un an nous l'avons perdu, et jamais on ne l'a tant

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regretté;. car il eût été d'un grand secours pour calmer la. douleur de notre souverain, et pour rendre la raison à la plus belle fille qui respire, et dont ce prince est assez amoureux pour vouloir l'épouser , malgré sa basse origine.

Cléomades , pénétré de douleur de la mort du sage dont les connaissances étaient sa dernière ressource , tombe dans une triste et profonde rêverie. Son hôte essaie de l'en tirer , en lui contant l'histoire du vilain bossu, et par quelle aventure le roi Mendulus a trouvé cette jeune personne si charmante. Il poursuit et lui raconte comment la joie lui a tourné la tête , lorsque le roi lui a déclaré qu'il allait l'épouser. Dieu ! quel trouble , quels transports s'élevèrent dans l'ame de Cléomades à ce récit! Il questionne son hôte, et ne lui laisse pas oublier la plus petite circonstance: l'hôte finit par celle qu'il croyait la moins intéressante , et parle enfin du cheval de bois , qui par hasard fiit trouvé près du vilain bossu expirant. A ces mots, Cléomades lui saute au cou. Ah! mon ami, lui dit-il, votre fortune est faite, et la mienne aussi ; j'ai des secrets infaillibles pour guérir de la folie la plus complète; conduisezmoi promptement à votre souverain; mais, comme mes armes pourraient lui causer quelque ombrage, trouvez-moi la robe et le bonnet d'un médecin, ajustez une fausse barbe sur mon visage, et soyez sûr de la réussite , et d'une fortune que je jure de partager avec vous.

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L'hôte, enchanté d'une pareille promesse, lui fournit promptement le déguisement nécessaire: il vole à la cour; il annonce au roi qu'il est arrivé chez lui , la veille , un médecin célèbre qui répond , sur sa tête , de guérir sa maîtresse. Vole, et me l'amène, s'écria Mendulus.

Cléomades, muni du gant de Claremonde, qu'il avait rempli de quelques fleurs et plantes communes, prend une longue baguette noire et de grandes lunettes; il est présenté à Mendulus. Ce prince le conduit lui-même à l'appartement de Claremonde , qui , les voyant venir de loin , redouble de folie et de foreur. La barbe , l'habit et la physionomie changée de Cléomades, ne permirent pas d'abord de le reconnaître à la belle Claremonde qui n'avait jeté qu'un coup-d'œil sur lui, et qui, plus occupée que jamais de paraître folle, faisait alors des cris affreux, et rendait ses yeux hagards, autant que leur douceur et leur beauté pouvaient le permettre. Sire , dit Cléomades, ne vous étonnez de rien, je vais bientôt la calmer. Il s'approche d'elle , porte son gant sous ses yeux comme pour le lui faire sentir. Surprise en voyant son gant , elle regarde Cléomades, le Reconnaît : aussitôt elle se calme; elle prend sa main comme pour s'appuyer, et se remettre de ce dernier vertige. Elle la lui serre tendrement.... Non jamais la feinte n'a caché tant d'amour et tant de plaivsir... Physicien, lui dit-elle^ ton gant est habile, car il me fait du bien ; mais pour toi,

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pauvre mortelle le crois tout aussi fou que moi. Tu fais ici l'important, et je parie que mon cheval de bois en sait plus que toi. Mais à propos, je crains qu'on ne le laisse mourir de faim ; je voudrais bien qu'on me l'apportât , pour le faire disputer avec toi: oh! qu'il raisonnerait bien s'il pouvait manger de l'avoine de Se ville! En disant cela, Claremonde levait ses yeux au ciel; tous les traits de son visage avaient repris leur accord et leur beauté céleste; et la présence de son amant colorait ses joues de l'incarnat doux et brillant de la rose. Mendulus attendri , mais désespéré de croire l'entendre déraisonner plus fortement que jamais, saisit les mains du médecin qui l'avait fort bien comprise. Il le conjure d'employer tout son art pour achever de la guérir. Je vais, dit-il, seigneur, faire tous mes efforts ; mais dans ces premiers moments il faut céder à ses plus légères fantaisies, obéir à toutes ses volontés , et saisir l'instant favorable de lui faire prendre les remèdes que j'ai eu soin d'apporter avec moi. Mendulus convient qu'il a raison. Belle Treuvée , lui dit le faux médecin d'un ton bien doux, je ne refuse point de disputer avec votre cheval; il m'est arrivé souvent de soutenir thèse contre de pareils animaux; j'avoue qu'on ne peut les convaincre, mais avec adresse on peut les apprivoiser, et les rendre utiles. Faites conduire ici votre cheval. Ah! pauvre bête que tu es! s'écria Claremonde en éclatant de rire, mon cheval est bien d'une autre nature que ceux que tu as

agfi CLÉOMADES

connus. Il ne se laisse point conduire, mais il aime à se faire porter par des ânes comme toi; va lé chercher toi-même, et reviens, si tu l'oses, disputer avec lui en ma présence. Cléômades feint de ne rien comprendre à cette nouvelle extravagance. Sire, dit-il à Mendulus, comment faire? Elle a l'imagination frappée d'un cheval; ordonnez qu'on en amène un de vos écuries. Mendulus, qui se croit fort habile, lui répond : Vous n'y êtes pas; je comprends mieux que vous ce qu'elle veut dire. Alors il ordonne qu'on porte promptementle cheval de bois dans le jardin. Belle Treuvée , dit-il en souriant, le cheval pourrait salir votre appartement; venez avec nous dans le jardin , il sera dans un moment à vos ordres. Ah ! petit roi mon ami, dit Claremonde , tu raisonnes mieux que ce benêt de physicien. Viens, mon enfant, ajoute-t-elle avec un regard enchanteur , donne-moi le bras et descendons. Mendulus enchanté de cette espèce de faveur , et des progrès de la guérison de Treuvée, prend son bras, sur lequel elle s'appuie fortement, et de l'autre main elle saisit l'oreille de Cléômades, qu'elle a l'air d'entraîner en se moquant. Toute la cour rit et descend : on apporte le cheval de bois; on le pose sur un rond de gazon. Claremonde court à lui, l'embrasse. Ah! mon ami, s'écrie-t-elle, comme te voilà sec et maigre ! on t'a laissé moiurir de faim. Elle court arracher des fleurs, des herbes, les lui porte à la bouche: on la laisse faire; tout le monde se prête à cette nouvelle folie.

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Cléomades s'approche mystérieusement de Menduius, et lui montre une petite bouteille, dont il ne faut pas perdre de temps, dit -il, à lui faire avaler la liqueur. Claremonde , sans avoir l'air de s'en apercevoir, change aussitôt de folie : elle feint de prendre confiance aux remèdes du médecin. 0 grand homme ! lui dit-elle , secourez-moi , montez avec moi sur ce cheval , et tirez-moi des mains de cette populace qui me tourmente. Cherchez dans l'oreille du cheval , vous y trouverez ma guérison. Cléomades lève les épaules*, et dit à Mendulus qu'il commence à désespérer du succès. Mendulus le force lui-même à monter sur le cheval; il prend la princesse, la soulève, et la place doucement sur la croupe. Cléomades tire de sa poche et laisse voir la petite bouteille qu'il a l'air de cacher dans sa main ; il feint de l'aller chercher dans l'oreille du cheval : mais il prend son temps; il tourne promptement la cheville, et le cheval s'élance dans l'air comme une flèche qui partirait de l'arc d'un Tartare. Mendulus tombe à la renverse d'étonnement ; toute la cour jette de grands cris. Cléomades fait planer un instant le cheval. Mendulus , lui dit-il , je suis Cléomades, prince d'Espagne ; et celle que tu perds est la belle Claremonde , fille du roi de Touscan. A ces mots , il excite la vélocité naturelle du cheval enchanté, qui disparaît aux yeux de toute la cour étonnée.

Ces heureux amants se livrent alors à toute leur tendresse et au bonheur de s'être retrouvés.

298 GLEOMADES ET GLAREMONDE.

Ils arrivent le lendemain matin à Séville. Le roi et la reine d'Espagne, qui les reçoivent dans leurs bras, ne veulent plus différer leur bonheur. L'a^ chevêque les unit; on en donne avis au roi Cornuant, qui arrive suivi d'une partie de sa cour. Il revoit avec transport sa chère Claremonde dans ses bras , et Cléomades à ses genoux. Les fêtes les plus brillantes recommencent en l'honneur de son arrivée. Il y eut des tournois magnifiques; on y vit paraître un quadrille de chevaliers tartares, qui s'obstinaient à lie se point faire connaître. Leur chef était Liopatris : ce prince était venu pour tirer raison de l'enlèvement de Claremonde; mais, touché des charmes de la j^une Maxime, il ne pensa plus qu'à l'ofifre que Cléomades lui en avait faite. Il se découvre ; il obtient la main de la princesse d'Espagne, qui le trouve très propre à la dédommager de l'horreur que lui avait inspirée le vilain roi bossu. Gayette, Florette etLyriade arrivèrent aussi avec leurs amants ; et tous ces époux fortunés composèrent une cour aimable et riante, où tout respirait l'amour et jouissait de la félicité.

EXTRAIT

DU

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