I.B 1 8 AOITT X
A Toccasion des prix que Messieurs les Syndics de cette province donnèrent aux écoliers du collège des PP. de TOratoire de Boulogne, et dont il fut prié de faire la distribution.
Messieurs,
Qu'il est flatteur pour moi de présider à vos exercices , et de couronner vos premiers travaux ! Cet honneur n'est point attaché au commandement ni au grade dont le roi m'a honoré.
Je puis me flatter aujourd'hui que messieurs les syndics du Boulonnais, en me choisissant, n'ont considéré en moi qu'un homme plein de zèle pour vos progrès , pénétré de tendresse pour vous, et fidèle à son attachement pour cette province.
Ils ont voulu que ma main répandît leurs dons ; ils ont cru que celle d'un homme qui vous
aime y joindrait un nouveau prix. La place que j'occupe dans ce moment me répond de celle que j'ai dans leur cœur. Je regarde l'honneur que je reçois comme la récompense du zèle que ma conduite leur a prouvé. Ils n'exigent que j'exerce les fonctions publiques de citoyen , que parcequ'ils en ont reconnu en moi tous les sentiments.
Oui, messieurs, je regarde le bonheur de présider à cette assemblée cpmme une adoption de la province aussi honorable pour moi, que je l'ai vivement désirée ; adoption dont mon cœur se plaira sans cesse à remplir tous les devoirs, et qui, dans ce moment, me donne les droits et de vos chefs et de vos pères , pour vous parler avec tout le zèle d'un véritable compatriote.
Songez , messieurs , que dans ce jour où vous remportez des prix, juste objet de votre émulation, vous vous annoncez à la société par un acte qui fait naître des espérances que vous devez remplir.
Prouver aux yeux d'une assemblée respectable que vous savez profiter de l'éducation que vbus recevez, c'est commencer à mériter le nom de citoyen; c'est attacher les yeux éclairés sur vous; c'est inviter les gens en place à protéger votive jeunesse.
Il est des couronnes pour tous les âges, pour tous les états, pour tous les talents; quelquefois celles qui paraissent les plus brillantes ne doivent
leur éclat qu'à l'illufifion qui se répaud sur des actions qui nous çtounent. Il en est que le seul hasard nous donne occasion de mériter, et dont un moment heureux décide. Il en est d'autres, et ce sont , sans doute , les plus flatteuses , qui ne sont dues qu'à des travaux assidus , qu'à l'amoiu* de la patrie et de la vertu, qu'au désir et aux soins constants de §e rendre utile.
Tout citoyen doit prétendre à les mériter, comme tout bon citoyen doit aimer à les prodiguer à ceux qui s'en rendent dignes. Celles qu'on s'est acquises ne doivent être qu'un nouveau motif pour en acquérir de nouvelles. On ne couronne aujourd'hui les travaux de votre enfance que pour vous rendre dignes d'être couronnés dans un âge plus avancé : l'esprit de la religion , la voix de la sagesse, l'amour de la véritable gloire , nous disent également que notre vie n'est qu'un songe , si tous nos jours ne sont illustrés et remplis , autant qu'ils peuvent l'être , par les travaux qui sont à notre portée.
Pensez donc à mériter un jour, parmi vos citoyens , les mêmes distinctions que vous méritez aujourd'hui de vos émules. Profitez de ces années précieuses où votre cœur et votre esprit, qui n'éprouvent encore aucune espèce de combat, sont pleins d'une aimable innocence , et peuvent recevoir facilement d'heureuses impressions. Ecoutez la voix de la sagesse et dp la religion. Ce n'est qu'à elles qu'il appartient de former de grands
hommes, parceque seules elles écartent de nous ces vices et ces passions , qui sont le tombeau des talents, et qui anéantissent également et l'homme et le citoyen.
Attachez-vous aux principes qu'on vous donne des sciences; soumettez-vous à la méthode (i), dont ma tendresse prévoyante vous a déjà fait sentir la nécessité dans une de vos assemblées ; les priiïcipes et la méthode peuvent seuls vous ouvrir le temple des muses et assurer vos succès.
Écoutez quelquefois la voix du génie qui commence à se dévoiler en vous , mais qu'il ne vous écarte jamais des règles qui doivent maîtriser ses efforts. Évitez surtout une paresse honteuse dans tous les âges. C'est ce triste abattement de l'esprit et de la raison, qui nous fait flotter incertains entre les vertus et les vices , qui nous abaisse toujours au-dessous du rang qui nous était destiné , et qui finit par nous rendre méprisables. Ne regardez point comme heureux le temps où vous finirez vos études , et où vous perdrez les leçons savantes de vos professeurs , pour écouter celles du grand monde. Il n'aide que trop souvent à nous entretenir dans les erreurs qui nous flattent. Il en est peu qui n'aient des partisans intéressés
(i) En 1746» les écoliers du même collège dédièrent à M. le comte de Tressan un exercice littéraire , et ce seigneur prononça à cette occasion un discours sur la méthode qu'on doit suivre en étudiant. -
à faire leur éloge. Une partie brillante de la société, plus capable d'imagination que de raisonnement, plus assujettie à la mode qu'aux principes, fait souvent Fapologie de cette espèce de paresse qu elle ose nommer aimable ; de cette paresse qui obéit aux désirs sans s'attacher à rien , qui ue combat point une première impression agréable, et qui cherche à cueillir des fleurs sans savoir les faire naître , les enlever et les choisir.
Quelque fausse que soit cette façon de penser, la mode et la mollesse ne la font que trop sou« vent recevoir. On aime à entendre les poètes chanter la paresse dans leurs vers ; mais qu'il est aisé de pénétrer qu'ils agissent en secret contre d'aussi faux principes, et qu'ils passent des nuits laborieuses à parer de fleurs cette idole impuissante et inanimée, qui déshonorerait leurs ouvrages , s'ils osaient , en effet , s'abandonner à son culte !
L'esprit natiurel ne peut jamais remplir les vides de l'ignorance. Ses éclairs sont éblouissants , mais ne peuvent éclairer. L'usage du inonde n'est point une école suffisante pour notre esprit qui a besoin de principes. L'imagination ne nous présentera jamais que des idées vagues et trompeuses, quand la science et le jugement ne pourront l'assujettir et la lier à des faits : ce ressort si nécessaire s'élancera vainement , quand il ne sera pas guidé et retenu par une main savante.
8 msGouRS
C'est en vam que Famour-propre^ soutenu d'un esprit brillant , mais futile , fera la critique de ceux qui s'attachent aux lois rigoureuses du raisonnement, de l'analyse, de la démonstration, et au détail pénible des expériences. I^ plaisanterie la plus légère n'a presque toujours qu'un défaut de fortune et 4^ durée. Le travail précis et solide ne périt point de même. Un travail de cette espèce est goûté par les hommes dignes d'en connaître le prix. C'est un nouvel ornement , une nouvelle richesse qui se lie aux connaissances des gens estimables. Il devient une partie de leur existence, puisque penser c'est exister; et c'est ainsi que l^s âmes d'un ordre élevé communiquent entre elles.
Quels fruits, en effet, peut -on espérer du plus brillant génie , s'il n'est orné et rectifié par un travail assidu? Combien n'en a-t-on pas connu dont l'aurore annonçait les plus grands succès, et qui , séduits par les passions et la mollesse , n'ont mérité que les regrets de la société éclairée Qt la pitié du sage?
Les jours les plus heureux leur étaient promis; ils pouvaient les remplir et les illustrer. Ils pouvaient espérer d'être aimés et respectés dans leurs dernières aimées comme un Newton, comme un Fontenelle. Ils auraient vu les plus beaux génies de leur siècle honorer leur vieillesse et la rendre heureuse par des hommages journaliers; mais, comme ils n'ont rien acquis , ils sont abandon-
nés, ils sentent toute l'horreur de la solitude. Leur mémoire s'efface comine les traces dans l'onde. Vils fardeaux d^ la terre , enfants inutiles dans la famille , on s'aperçoit à peine qu'ils en sont retranchés.
Soyez donc vivement persuadés, messieurs, que c'est le désir et l'espoir de vous rendre véri-r tableipent heureux, qui guident les sages qui vous instruisent. La sainteté de leur état, leurs études profondes , la douceur et la lumière qui régnent dans leurs leçons, tout vous doit inspirer la tendresse et la confiance, tout vous presse de répondre à leurs soins. C'est par le même désir de nous rendre heureux, que nos augustes monarques ont prodigué leurs trésors. Que de monuments de leur amour pour les lettres ! que de soins prévoyants pour éclairer l'esprit de leurs sujets !
Nos l'ois ont jugé des Français par leur propre cœtir. Ils ont pensé, avec raison, que plus ils seraient éclairés, et plus ils seraient pénétrés d'amour pour eux , d'attachement à leur service. Loin d'interdire les sciences, loin de proscrire tout ce qui peut apprendre aux hommes à rai* sonner, et à discuter leurs véritables intérêts, ces chefs, ces maîtres d'une nation guerrière et soumise , dignes de régner sur des hommes , ont protégé tout ce qui pouvait contribuer à ennoblir le caractère , l'esprit et les mœurs. Ils ont rejeté avec mépris la cruelle politique de l'Orient, parce-
lO DISCOURS.
qu'ils ont senti qu'ils n'étaient pas nés pour régner sur des hommes plongés dans une ignorance stupide. Pleins de cette noble confiance que la seule grandeur d'ame et la sagesse du gouvernement peuvent donner, ils ont cru qu'éclairer les Français c'était se les assujettir; images en cela de l'être suprême qui ne se soumet jamais mieux le cœur des hommes qu'en les éclairant. Aussi l'empire français n'a jamais été plus solidement affermi que depuis que les sciences y ont été cultivées, et le trône ne craint plus rien depuis qu'il les protège. Les belles - lettres ont réglé le courage sans l'affaiblir, adouci nos mœurs sans les énerver. La barbarie est banpie de nos armées. Nos rois , en combattant à notre tête, nous inspirent l'humanité même au milieu des plus grands périls ; et les plus longues guerres ne leur font point négliger tout ce qui peut contribuer à faire fleurir les sciences et les arts.
Heureuse la nation qui trouve dans son maître le général qu'elle désire suivre dans les combats, le juge éclairé auquel elle peut offrir l'hommage et le fruit de ses études, de ses découvertes et de ses travaux ! Heureux ceux qui ont le bonheur d'approcher celui qui nous gouverne ! ils apprennent à ne point séparer le bienfaiteur, du souverain; les grâces naturelles, de la majesté du monarque; et l'esprit brillant et orné, de la valeur et des qualités sublimes du héros.
P&OHOirCB A li'oUTERTURE DS LA SOCXETR ROYALE UES SCIEIfCES ET BELLES-LETTRES DE KAirCT, ER I75a.
Messieurs,
Qu'il m'est honorable d'acquérir aujourd'hui parmi vous le titre de citoyen! Qu'un titre si cher à mon cœur m'inspire d'émulation ! Quels efforts ne dois-je pas faire pour me rendre digne du choix dont notre auguste fondateur m'a honoré?
L'indulgence de quatre célèbres académies qui m'ont adopté ne m'aveugle point, messieurs, et la reconnaissance que je leur dois m'oblige à déclarer moi-même le peu de droits que j'avais à leur élection. Tai paru désirer avec ardeur de psofiter de la profondeur de leurs connaissances ; la lecture de leurs ouvrages a embelli tous les moments que me laissent les fonctions de mon état; j'ai osé soumettre quelques faibles mémoires à leur tribunal; elles ont voulu me mettre à portée de recevoir leurs instructions : c'est ainsi, messieurs , que les compagnies les plus utiles aux états florissants et paisibles ont honoré la pro-
la DISCOURS.
fession la plus nécessaire pour la défense et pour la gloire des empires.
Le Temple , que Sa Majesté (i) élève aux muses yieot d'être consacré par nos acclamations.
Puisse cet établissement contribuer à rendre sa gloire immortelle! Hâtons-nous, messieurs, de suivre l'esprit et les vues de notre auguste fondateur. Et permettez-moi de commencer à remplir les fonctions du titre dont Sa Majesté m'a décoré, en exposant une partie des moyens de profiter de ses bienfaits.
La morale a des principes certains dans les lois que la religion nous impose; ces lois ne sont point arbitraires.
Nous avons reçu des Grecs et des Romains celles qui doivent régner dans les belles-lettres ; et ces lois ont été suivies et constatées dans tous les ouvrages dignes d'estime.
Qu'il serait heureux pour les sciences qu'elles eussent des principes aussi universellement reconnus ! Mais lorsque nous étudions les ouvrages qui nous restent des anciens , malgré les beautés qu'ils renferment, ils nous inspirent une juste défiance; souvent nous y trouvons plus d'imagination et d'hypothèses que de fondements solides , plus de subtilité et de sophismes que d'évidence; toujours assez forts pour détruire les systèmes qui les ont précédés, ils ne prouvent
(i) Le roi de Pologne était présent.
DISCOURS. l3
que leur faiblesse dans ceux qu'ils essaient d'établir. Un jour plus pur commença à luire dans les premières années du XVI® siècle. Un Polonais ( i ). . . . il est sans doute destiné, messieurs, à cette nation courageuse et spirituelle de produire des héros et deà grands hommes dans tous les genres ; un Polonais osa imaginer de nouvelles lois pour les corps célestes; le système de Copernic fut
(i) Un Polonais.... Copernic naquit à Thom; il fut chanoine dans l'église principale de cette ville. Rebuté du système de Ptolomée, qu'il trouvait sans ordre, sans proportion, il chercha dans les ouvrages des anciens philosophes quelque idée plus vraisemblable sur le mouvement des corps célestes. Il saisit la première dans Cicéron, qui rapporte dans ses questions académiques que Nicétas de Syracuse avait enseigné que la terre tournait autour dé son axe. Il tira la seconde de Plutarque qui rapporte que Philolaûs le pythagoricien avait enseigné que la terre tournait annuellement autour du soleil. Le livre de Copernic fut imprimé en i543; on lui apporta les premières épreuves peu d'heuces avant sa mort. Ce système peut remonter à une antiquité très reculée. On voit que c'est le même que celui de Pythagore, et on sait que ce philosophe sublime avait acquis des connaissances nouvelles et très étendues dans les longs voyages qu'il avait faits , et dans le commerce qu'il avait lié avec des philosophes chaldéens et hyperboréens. Ce système, le plus raisonnable de tous, et le seul qui puisse être prouvé, avait été attaqué avec fureur toutes les fois que quelque-esprit méthodique et observateur en avait osé exposer les principes. L'évêque VigiHus en fut la victime; depuis Copernic il a été traité long-temps dans les écoles , de système téméraire; à la* fin, son évidence l'a emporté, et cek mêmes écoles le suivent aujourd'hui.
l6 DISCOURS.
C'est dans cet esprit que les académies se prêtent des secours , et se rendent compte de leurs travaux , sur lesquels elles ont des droits mutuels. Ce lien est si respecté des nations et si cher aux souverains, quil a entretenu la correspondance la plus intime entre l'académie des Sciences de Paris, et la Société royale de Londres, même pendant la durée d'une guerre vive et sanglante, qui n'a pu d'ailleurs qu'augmenter l'estime réciproque des deux nations.
Suivons donc , messieurs , la carrière que notre fondateur vient de nous ouvrir. Répondons à la haute idée qu'il s'est faite des talents et de l'amour des sciences, dont les Lorrains donnent si souvent des preuves. Nos premiers pas sont marqués par ses bienfaits; qu'ils le soient par un travail digne de lui plaire.
Les sciences ne sont plus voilées aujourd'hui par ces nuages qui flattaient l'orgueil des anciens philosophes; leurs trésors sont ouverts, et n'ont de prix qu'autant qu'ils sont utiles.
La raison, l'expérience et Famôur que l'on doit à la société , ont banni de l'étude de la nature ces puissances 'occultes , toutes ces sciences secrètes, ou plutôt ces prestiges odieux qui déshonoraient les chefs de sectes , et qui aveuglaient leurs disciples.
L'esprit de toutes les académies est de se rapprocher de ceux qui aiment à partager leurs travaux. Loin d'abattre le courage de ceux qui font
quelques efforts, loin de se servir de toute leur supériorité, elles plaisent à l'esprit, l'instruisent, Téclairent , et le mènent par des routes aussi sûres qu'agréables à la connaissance de la vérité. Il est bien rare, messieurs, que le même homme possède tous les talents. La nature est avare de ces hommes supérieurs, qui, tels que le général (i) qui commande sur nos Érontières, joignent toutes les lumières que donnent les grands dé* tails , l'expérience qui naît des grands événements , et la ressource et tous les dons du plus beau génie.
Ce n'est que par l'examen le plus sévère de soi-même qu'on peut déterminer quel est le genre qui nous est propre. Il faut essayer ses forces, il faut surtout écouter le génie ; il ne nous trompe presque jamais, lorsque nous profitons de ses premiers efforts, et que nous suivons les routes qu'il nous indique.
Les muses, quoique soeurs, quoique égales entre elles, ont des caractères particuliers qui les distinguent. Toujours prêtes à se prêter de la force, des grâces et des secours mutuels, leurs dons , leur langage, leurs travaux sont différents : il faut éviter de les cooifondre.
L'éloquence et la poésie doivent leurs plus grandes beautés à la justesse de la pensée , à la force et â l'énergie de l'expression ; mais des dé-
(1) Le maréchal de Belle-Isle.
OËarres diverses. H. ^
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tails trop longs, trop exacts, altéreraient la vivacité d'un feu qui s'éteint, s'il n'est toujours soutenu.
Quoique le sentiment doive être toujours d'accord avec la raison , ce n'est point dans le moment où nous jouissons du trouble agréable qu'il excite, que l'on doit s'assujettir scrupuleusement à l'ordre méthodique de l'analyse et du raisonnement. Évitons surtout , dans ces sortes d'ouvrages, des expressions trop recherchées, des distinctions frivoles, et des réflexions qui n'annoncent souvent que le désir de briller. Elles détruisent le vrai sublime , qui n'est touchant qu'autant qu'il est naïf, qui n'est grand que par lui-même, qui ne doit être enfin que l'expression du premier essor de l'ame.
Il faut éviter avec le même soin de confondre l'exactitude , toujours nécessaire dans la construction , avec une tournure trop recherchée. Le desir d'exprimer une pensée, et de peindre les nuances d'un sentiment, d'une façon nouvelle, nous expose souvent à tomber dans l'obscurité, ou dans une affectation qu'un des plus beaux esprits de l'antiquité, que Sénèque lui-même eut à se reprocher. La justesse de l'esprit doit écarter ce que les dissertations ont d'inutile ; et les définitions les plus vraies sont ordinairement les plus courtes et les moins compliquées.
Ne nous servons même qu'avec une extrême réserve de ces figures trop brillantes, que la
rhétorique définit sans les conseiller ; souvent elles altèrent la justesse de la pensée , quelquefois elles énervent la force du sentiment, et elles retardent toujours la vivacité des traits qui doivent frapper le cœur et la raison.
Mais, messieurs, je ne connais point assez l'art sublime du poète et de l'orateur, pour oser m'étendre davantage sur ses règles : c'est de mes confrères que vous pouvez en espérer des préceptes, que je me ferai toujours honneur de partager avec vous.
Les muses qui président à la science des faits et à l'étude de la nature ne doivent point se parer des fleurs de leurs compagnes; animées par le désir de faire sans cesse de nouveaux présents à la société , ce n'est point à ces muses à les célébrer.
Simples dans leurs expositions, fidèles dans leurs rapports, patientes et scrupuleuses dans leurs expériences , occupées à simplifier leurs calculs, exactes et méthodiques dans la chaîne de leurs propositions , timides dans leurs conjectures, ces muses exigent de ceux qu'elles instruisent plus de méthode et de sagesse que d'imagination , plus de candeur que de désir de briller. C'est ainsi que la recherche et l'amour de la vérité soutiennent et animent leurs travaux ; c'est ainsi que l'utilité publique devient leur récompense.
Tels sont leurs ouvrages, leurs lois et leurs
ao DISCOURS.
motifs. Qui pouvait mieux les connaître qu'un souverain qui les éclaire et qui les enrichit sans cesse ? C'est des mains victorieuses du compagnon de l'Alcide du Nord , que nous recevons l'équerre et le compas qu'il a si souvent ennoblis par ses travaux.
L'édit que sa bonté paternelle et prévoyante a dicté vous annonce, messieurs, quel doit être l'esprit de vos mémoires et de vos recherches ; nul ouvrage ne pourra concourir aux prix, et vous acquérir le droit de présider à la distribution des couronnes, s'il n'annonce, par une utilité reconnue , le caractère respectable d'un citoyen occupé du bonheur de sa patrie.
C'est dans le trésor immense que la magnificence du roi rassemble dans son palais, que vous allez puiser dans des sources fécondes, et recevoir en m^e temps le précepte et l'exemple.
C'est dans ce dépôt sacré que vos neveux verront augmenter sans cesse, que vous pourrez rassembler les observations des savants, les comparer ensemble, et vous former une idée précise et éclairée de l'esprit qui doit régner dans les sciences.
Vous y trouverez surtout, messieurs, quelle doit être l'exactitude dans les rapports ; combien il est téméraire d'en tirer trop promptement des conséquences ; quelles conditions sont nécessaires pour que les détails en soient suffisants; et combien une négligence , qui quelquefois parait légère, peut en altérer la description.
Nous né sommes plus dans le temps où Timagination suffisait pour suppléer à ces négligences , et où la crédulité recevait des rapports dictés par l'amour du merveilleux. Presque tous les faits qui parurent des phénomènes aux anciens ont perdu ce nom mystérieux. Presque tous ceux qui n'eurent que des explications forcées sont rentrés dans l'ordre des effets naturels. Nous le devons à la sagacité et au travail constant des observateurs de nos jours.
Rien ne serait sans doute plus digne ^ messieurs , d'occuper une partie du temps de notre première séance , que l'hommage public que j'essaierais de rendre à des hommes illustres, qui font tant d'honneur à leurs patries ; les louanges qui leur sont dues nous ramèneraient nécessai^ rement à celles d'un bienfaiteur qui partage leurs travaux ; et l'idée que leurs ouvrages nous donneraient de la perfection dans le travail ne pourrait désespérer qu'une ame commune. Mais je réserve à une autre occasion à vous montrer qu'aucun siècle ne fut jamais plus fécond que le nôtre en découvertes utiles, et en observations constatées par l'aveu de l'univers.
Nos trésors littéraires sont communs à toutes les nations, à tout homme qui pense, à tout génie laborieux et élevé ; c'est la seule image réelle qui nous reste de ce siècle de Rhée , de ce siècle trop fabuleux , où l'amour de la propriété n'avait point encore rendu les passions nuisibles.
ja BISCOURS.
c'est un lien qui réunit les nations les plus éloignées , et qui établit les droits de la fraternité entre les habitants de deux zones différentes. C'est ce lien ^ messieurs , qui, par tous les avantages dont il nous fait jouir, doit nous rendre toujours empressés à recevoir la vérité , même des mains les plus faibles. Il doit surtout détruire un vain amourpropre , le plus cruel ennemi des grâces , de la raison et du progrès des sciences.
Quoique l'établissement que Sa Majesté fait aujourd'hui, messieurs, ne porte point le nom d'académie , nous allons jouir des mêmes avantages ; il n'en est aucune qui ait une origine plus illustre. Fondés par un grand roi, éclairé par ses regards, enrichis par ses dons, quels reproches n'aurions-nous pas à nous faire , si nous ne nous élevions jusqu'à surpasser ses espérances, et jusqu'à la réputation des sociétés les plus célèbres !
Soyez sûrs, messieurs, que toutes ces sociétés, frappées de la majesté de votre fondateur, vont également aimer et respecter son ouvrage; elles se rappelleront avec ce plaisir qui n'est sensible qu'aux âmes élevées ceux de votre nation qui les ont déjà égalées, sans avoir d'autre secours que la force du génie et la constance au travail.
Quels efforts ne devons-nous. pas faire, puisque rien ne manque aujourd'hui à la Lorraine pour son bonheur et pour sa gloire? Tout est prévu, tout
est assuré. Les secours divins pour les âmes, Téducation de la jeunesse, la paix dans les familles, les asyles pour la pauvreté et l'innocence, des écoles militaires pour la fleur de cette noblesse lorraine aussi illustrée dans l'Europe par ses grandes actions que par sa haute antiquité ; écoles honorées sans cesse des regards du maître , et où des chefe éprouvés l'exercent aux armes et à la pratique de la vertu*
Tel^ sont, messieurs, les objets qui occupent notre auguste fondateur ; tels sont les monuments sacrés de son amour.
Le grand monarque , destiné à vous réunir un jour dans le sein d'une même famille , a prouvé sans cesse qu'il est pénétré des mêmes principes.
Les dépenses excessives d'une guerre , qui n'a pas moins signalé sa puissance et sa modération ,que les ressources inépuisables de ses états, ces dépenses n'ont point diminué ses bienfaits, ni ralenti sa bonté prévoyante pour toutes les fou«dations utiles.
Cette place , cette statue demandée avec tant d'acclamations par un peuple qui désire voir fixer sous ses yeux l'image de son roi victorieux ; ces monuments ne subsistent point encore, et déjà les magasins publics , les routes, les édifices qui entretiennent le commerce entre les provinces , s'élèvent de toutes parts.
Ce prince, digue petit- fils de Philippe-Auguste, fait revivre les anciens privilèges d'une
nation guerrière ; et. les enfants de ceux qui combattirent à Fontenoi vont ^ouir des mêmes honneurs que les enfants de ceux qui s'illustrèrent à Bouvines.
Ces mêmes enfants , élevés sous les yeux de leur souverain, sont comblés presque en naissant de ses bienfaits. Ils nous rappellent l'éducation que recevait la jeunesse de Lacédémone. Ces disciples de Lycurgue, ces enfants de la patrie, exercés sans cesse aux armes et à la discipline militaire et civile, oublient toute autre affection particulière; le même esprit qui les inspirait ne formait qu'une seule famille de tous ceux qui devaient servir la république.
Heureux le ministre (i) qui reçoit les ordres de son maître pour publier de pareils décrets , et qui voit renaître pour les anciens militaires qu'il protège la source piu*e de la haute noblesse qu'il a reçue de ses ancêtres ! Telles sont les récompenses dont un grand roi sait honorer le ministère et les services d'un homme d'état qui connaît le génie de la nation, et qui n'est occupé qu'à en élever les sentiments et à les rendre utiles à la gloire de son maître.
Les bienfaits , les privilèges accordés aux nations, inspirent la reconnaissance; mais souvent les grâces qui sont personnelles animent encore plus vivement l'émulation : le Français cherche
(i) M* le comte d'Argenson.
DISCOURS. a5
sans cesse les regards de son maître; un mot de la bouche d'un souverain adoré est pour lui la plus chère , la plus honorable de toutes les récompenses. Quel est le Français digne d'estime qui n'a pas éprouvé ce pouvoir enchanteur, lorsque ses actions ou ses ouvrages Font rendu digne de paraître aux yeux de son souverain ?
Combien de fois l'académie des Sciences n'at-elle pas été honorée par les louanges de son protecteur? Qu'il est facile de discerner alors qu'il questionne chaque académicien dans le genre qui lui est propre, et qu'il ne le questionne que pour lui procurer l'honneur d'une réponse juste et précise, mais toujours prévue par les connaissances et les lumières de ce même protecteur! questions toujours honorables et flatteuses de la part d'un souverain , puisqu'elles sont la preuve de sa confiance dans les lumières de celui qui doit lui répondre.
Avec quelle bonté, quel plaisir toujours nouveau ne voit-il pas ces hommes chéris et respectables à la nation, et surtout cet illustre académicien que trois âges voient présider à l'empire de la république des lettres , et les fils du compatriote et du digne successeur du grand Gamée(i).
Soyez sûrs, messieurs, que dès ce jour les yeux de ce monarque seront attachés sur vous ; les liens
(x) M. de FoQtenelie et MM. Cassini.
a6 DISCOURS.
du sang et ceux qui unissent toujours les grandes âmes l'intéressent également au succès des desseins et des ouvrages de noti*e bienfaiteur.
Ce même jour, le plus beau de notre vie, nous donne des droits sacrés à la protection d'une auguste reine. Avec quelle bonté , quel plaisir même ne verra-t*elle pas les sujets d'un roi et d'un père, qui lui est si respectable et si cher, lorsqu'ils iront porter à ses pieds, et leurs respects, et le tribut de leurs ouvrages?
Que ces ouvrages respirent donc toujours l'amour du bien public et de la vertu ! Rien ne peut échapper à son ame sensible et éclairée ; rien n'est digne de lui plaire que ce qui porte le sceau de la candeur et de la religion. Quelle gloire , quel bonheur pour nous, messieurs, d'oser la contempler sans crainte dans toute la majesté qui environne le plus beau trône de l'univers !
Près d'elle, et fidèle imitateur de toutes ses vertus, nous admirons ce prince, digne des héros que la Seine et la Vistule ont vus naître ; ce prince qui combattit à côté du roi sou père, dans ce grand jour où nos ennemis mêmes frémirent du péril où s'exposaient des têtes si chères , et frémirent une seconde fois en voyant les Bourbons se couronner des mêmes lauriers que les champs de Poitiers avaient vu perdre aux Valois.
Puissent nos ouvrages lui paraître dignes de son estime! Il aime à l'accorder et à en donner des
marques honorables et publiques. Mais quels efforts ne devons-nous pas faire pour les mériter de sa justice? Ce prince, amateur de toutes les sciences, de tous les arts, les connaît, les cultive avec un génie supérieur, et les protège en maître. Doué d'une intelligence rapide, forte et brillante, les traits les plus sublimes, les jugements les plus précis caractérisent tout ce qu'une modestie et une simplicité avouées par les grâces s'efforcent en vain de cacher.
Tel est le sang auguste , messieurs , qui règne aujourd'hui sur vous; tel est celui qui doit y régner un jour. Quelle nation fut plus heureuse en maîtres que la Lorraine? quelle nation mérita mieux aussi par son attachement et par ses vertus de les posséder?
Puisse l'éternel, qui conduit et protège les desseins de celui dont nous célébrons les bienfaits, le laisser jouir long-temps de leur réussite! De tous les biens dont il nous comble , aucun n'est aussi doux, aussi cher, aussi utile pour nous, que de le voir , de l'entendre et de lui obéir ! Que ce ne soit qu'après avoir vu les jours de Nestor, qu'il remette l'héritage qu'il a sans cesse cultivé et enrichi ! Que ces vœux si purs et si agréables à la divinité qu'une auguste reine offre sans cesse aux pieds des autels ne soient de long-temps troublés par les larmes ! Que son ame, et si belle, et si soumise aux décrets de la providence , en reçoive constamment des faveurs!
a8 DISCOURS.
Mais, messieurs, bannissons l'idée funeste et éloignée du plus grand des malheurs. Jouissons avec nos transports ordinaires de la présence de notre bienfaiteur. Hâtons-nous de remplir Fobjet de son institution, et que ce jour qui va devenir célèbre dans les fastes de la république des lettres soit le premier d'un travail qui peut lui plaire et nous illustrer.
Prononcé dans la séance publique de la Société Royale de Nancy, le i3 janvier i75a, jour de la distribution des prix fondés par Sa Majesté Stanislas I^', roi de Pologne, duc de Lorraine et de Bar , etc. etc.
Messieurs,
La Lorraine n'a jamais distingué l'amour de la patrie de Tamour du souverain. Ces deux sentiments furent toujours réunis par le bonheur d'obéir à des maîtres , sages dispensateurs des bienfaits les plus utiles , et occupés sans cesse du bonheur de tous les ordres différents de la nation.
Pénétrés de reconnaissance pour l'auguste fondateur de cette société, vous venez voir répandre ses dons à jamais renaissants ; vous secondez ses desseins , messieurs , en vous assemblant dans ce lycée. La réputation de ceux qui y sont couronnés reçoit un nouvel éclat de votre présence , et du vif intérêt que vous prenez à leur victoire.
C'est ainsi que la Grèce , toujours sage , tou-
3o DISCOURS.
jours ingénieuse dans les moyens de faire fleurir la république, se fit une loi de s'assembler aux jeux olympiques. La gloire et la défense d'un pays fertile, mais exposé aux incursions des barbares, exigeait des Grecs que tous les citoyens , endurcis aux travaux , fussent autant de combattants. Les sages qui veillaient sur les intérêts publics présidaient à ces jeux où la jeunesse s'exerçait à la course , à la lutte et au pugilat , et l'atblète , sorti vainqueur de l'arène , volait au premier signal pour vaincre à Salamine , ou pour mourir avec gloire au pas des Thermopyles.
Des intérêts différents occupent aujourd'hui les puissants monarques qui nous gouvernent. L'Europe heureuse et tranquille voit tous ses enfants réunis. Les sources du commerce ne sont plus retenues , elles se répandent d'un état à l'autre sans obstacle; la fertilité de l'un s'échange avec ce qu'un autre ne doit qu'à l'industrie.
Nos frontières reculées , fortifiées et respectables à nos voisins, le fonds inaltérable de justice et de générosité qui caractérise nos maîtres , la discipline militaire maintenue en vigueur, les droits de la nature et des gens conservés dans leur intégrité ; tout assure notre bonheur; tout appelle des sujets nombreux à reprendre les instruments du commerce et des arts , à cultiver les fleurs et les fruits qui doivent couvrir les autels du temple de la paix. Tout les anime aux travaux qui concourent au bien général de la société.
DISCOURS. 3f
Les sciences , les arts , tous les genres de littérature étaient déjà cultivés depuis long-temps et avec succès dans ces heureuses contrées, et c'est pour y augmenter l'émulation , et pour y encourager les talents, que le roi a fondé cette Académie, et que son édit de fondation appelle aux honneurs des prix tous ceux de ses sujets dont les ouvrages seront marqués au coin du génie, ou caractérisés par rinvention et par l'utilité.
3e vais, messieurs, vous rendre compte de ceux qui ont concouru cette année ; les premiers gages (pie nous recevons de l'amour des Lorrains pour les lettres augmentent nos espérances.
C'est à vous^ messieurs, à les remplir, et à faire envier à vos juges la couronne qu'ils vous auront décernée.
Un discours dans lequel on traite des progrès qu ont faits les sciences et les arts depuis la fon* dation des académies a remporté le premier prix.
L'auteur , en parlant de chaque académie , définit le genre de ses travaux; il entre dans un détail suivi des occupations et des découvertes de ces différentes compagnies, il se sert avec art de tout ce qu'il rassemble , il en forme des tableaux agréables pour les savants, instructifs pour la multitude ; il enrichit ces tableaux de quelques remarques judicieuses, et Fouvrage en entier annonce un amateur zélé, un auteur instruit, et un homme éclairé par le même esprit qui guide les académies qu'il célèbre.
3a DISCOURS.
Le second prix , messieurs , ne sera donné qu à la première séance publique , qui se tiendra le 7 du mois de mai prochain, jour de la fête de notre fondateur.
Deux machines ingénieuses et qui peuvent devenir utiles nous tiennent en suspens. Nous n'avons pas balancé à admettre les auteurs à prou^ ver par l'expérience ce qu'ils ont avancé dans leur théorie. Les modèles qu'ils nous ont présentés ne nous ont pas paru suffisants, et la magnificence du roi supplée aux dépenses que les auteurs seraient obligés de faire pour exécuter leurs machines en grand. Je dois ajouter ici que ce n'est presque jamais qu'en grand qu'un auteur peut donner et saisir lui - même une idée juste et précise de la machine construite sur les meilleurs principes; les frottements augmentent en raison des poids des pièces qui la composent. Cette vérité a été démontrée par le docteur Desaguilliers , et prouvée par une machine inventée par M. Graham. Le mouvement se ralentit en raison de la longueur des leviers , et l'on perd en temps ce que l'on gagne en force.
Malgré toute l'exactitude d'un auteur à ne point s'écarter des principes géométriques des mécaniques, il lui échappe presque toujours quelques irrégularités, qui ne sont sensibles que lorsque l'ouvrage est exécuté en grand. Les frottements en augmentant causent nécessairement alors , dans les pièces qui jouent ensemble, une augmentation
de volume, dont on ne peut s'apercevoir dans les mêmes pièces réduites dans des proportions beaucoup plus petites.
Nous espérons, messieurs, avoir suivi l'esprit de l'édit de notre fondation , et avoir donné une preuve de notre zèle pour l'utilité publique, en remettant au mois de mai un prix, dont deux citoyens peuvent se trouver également dignes. Nous prions ceux qui nous présenteront à l'avenir des machines semblables , de prendre d'avance les mesures nécessaires pour faire les expériences que nous exigerons toujours d'eux, lorsque leurs mémoires nous détermineront à les admettre à prouver leur théorie.
Je n'ai garde, messieurs, de retarder un rapport aussi intéressant pour vous, et je dois vous donner une idée des deux machines qui concourent ensemble, et dont nous desirons le succès.
Un auteur annonce dans un mémoire aussi simple que précis une nouvelle vis mouvante, une hélice de son invention.
Cette hélice construite sur les principes du baromètre est formée par un tube , dans lequel on verse une quantité de mercure qui s'y tient élevé à vingt- sept ou vingt-huit pouces de hauteur, comme dans le tube d'un baromètre.
Lorsque par une des extrémités du tube qui forme l'hélice , on a versé le mercure en quantité proportionnée, on ferme hermétiquement cette
OEuTres diverses. II. «J
extrémité, on fait rouler Thélice suspendue sur son axe, et le mercure chassé vers l'autre extrémité dti tube, forme dans la partie. qu'il abandonne le même vide qui doit être dans la partie supérieure d'un baromètre.
L'air qui peut entrer librement par l'autre extrémité agit alors sur le mercure, se met en équilibre avec lui , et l'élève k la hauteur de vingt-sept à vingt-huit pouces.
Le poids de cette colonne fait couler l'hélice d'ellennéme, jusqu'à ce que le mercure soit arrivé jusqu'à l'extrémité fermée ; le mouvement s'arrête, et l'hélice a besoin d'être remontée.
Le temps de la rotation libre de l'hélice est calculé en raison du nombre des spires et de leur diamètre. La force mouvante que cette hélice peut imprimer, selon les différents usages auxquels on veut l'employer , est calculée de même , en raison composée de l'élévation du mercure dans le tube qui forme Thélice , du diamètre de ce tube, et du poids de la colonne de mercure qu'il contient.
L'auteur se propose d'appliquer la force mouvante de tette hélice à plusieurs métiers et à plusieurs usages, dans lesquels il compte diminuer beaucoup la main-d'œuvre.
L'objet de la seconde machine est de se servir d'une chute d'eau seulement de huit pieds, pour faire mouvoir deux leviers qui régissent des pompes qui élèvent l'eau jusqu'à la hauteur de
soixante -dix pieds. L'auteur rend compte des moyens dont il se sert pour ménager Teau qui sert à faire jouer tour- à- tour les deux leviers; et c'est, à ce qu'il prétend, un huitième de cette même eau qu'il élève à la hauteur de soixantedix pieds. Si cette machine réussit en grand comme le modèle en petit peut le faire espérer, elle sera extrêmement avantageuse pour être placée dans les positions où l'on ne pourrait établir des roues et des machines d'une plus grande élévation.
Un citoyen destiné sans doute à être le dépositaire ou l'interprète des lois s'est occupé de tout ce qui peut contribuer à perfectionner leur étnde; il a fait des^recherches profondes sur l'esprit des lois du pays, sur leur relation avec les lois anciennes.
Il paraît craindre que la multiplicité de ces an-^ ciennes lois dont plusieurs nous sont étrangères , ne porte quelquefois une confusion dangereuse dans l'esprit de ceux qui se consacrent à cette étude. Il voudrait en extraire seulement celles qui ont un rapport intime avec les lois du pays; et c'est en conséquence qu'il propose le projet d'un nouveau cours de droit civil.
Cet ouvrage écrit d'un style pur , et avec autant d'ordre que de sagesse , annonce un homme qui connaît dans un degré éminent le grand art d'étudier et d'enseigner les lois. Pénétrés d'estime pour l'auteur , nous l'exhortons à rem-
plir la carrière qu'il semble se proposer lui-même. Nous voyons avec autant de plaisir que d'espérance , qu'en adoptant le projet de perfectionner les études du barreau il expose le sien avec un degré d'évidence , qu'il est très capable d'augmenter et de porter jusqu'à la facilité de l'exécution.
Je vous avoue, messieurs, que ce n'est pas sans quelque embarras que je vais vous rendre compte d'un discours bien digne d'obtenir vos suffrages.
Ce discours plaît à l'esprit, il touche le cœur, détaille avec élégance , et surtout avec ce feu qui sied si bien à la jeunesse , tout ce que nous devons à ce monarque qui fait votre bonheur.
Vous nous reprocherez peut-être de n'avoir pas coiu*onné un ouvrage qui exprime avec tant d'énergie les transports de votre reconnaissance. Nous-mêmes , messieurs, entraînés par le sentiment que l'orateur trouvait et animait dans nos coeurs, nous étions portés à lui décerner les honneurs du prix : mais des engagements sacrés , et pris en présence de notre auguste fondateur, nous ont imposé des lois qui peut-être vous paraîtront trop sévères ; c'est de ne jamais couronner un auteur dont l'ouvrage aura été revu et corrigé par un de nos confrères.
Ce discours, en détaillant ce qu'un souverain peut faire de plus utile pour ses sujets n'est que le récit fidèle de ce que le roi a déjà fait
pour nous. L'orateur n'est qu'un grand peintre, et par des vérités, et sous des figures qui auraient embelli le panégyrique de Trajan, il peint et célèbre sans cesse le bienfaiteur qui nous est si cher.
On ne pouvait reprocher à ce discours le manque d'utilité, puisqu'il propose à tous les princes de la terre le plus parfait modèle à suivre ; mais l'invention , ce caractère si positivement nécessaire dans les ouvrages qui doivent concourir , manque absolument à celui-ci: ce défaut est cependant bien excusable, il naît de la trop grande beauté du sujet; l'orateur n'a pu rien imaginer au-delà de ce qu'il voyait.
Il n'a pour prix que nos éloges ; c'est à vous , messieurs, à lui en accorder de plus flatteurs, en l'avouant pour le digne interprète de vos sentiments.
Nulles connaissances, nuls moyens de s'instruire ne doivent être étrangers dans un pays fertile en grands hommes, et dont la noblesse illustre donne des généraux et des ministres à presque toutes les puissances de l'Europe.
Nous avons admis au concours, et nous avons examiné avec une grande attention un mémoire qui nous a été envoyé, sur la meilleure manière de faire l'estimation de la route et du sillage d'un vaisseau , indépendamment des observations astronomiques; nous ne l'avons point regardé comme inutile, quoique ces provinces fertiles soient éloignées de la mer.
L'auteur de ce mémoire rend un compte très étendu des différentes méthodes dont on a donné la théorie; ii les combat, et donne la préférence au loch auquel il £iit de nouvelles corrections.
Quoique ces corrections ne nous aient pas paru suffisantes, et que le loch, tel que Fauteur le conseille, nous paraisse une machine frop composée, nous ne pouvons que rendre justice à l'esjmt géométrique qui règne dans cet ouvrage. Nous avons reconnu ce ton d'un grand maître , qui annonce la justesse des idées et le fonds des connaissances ; ce ton , qu'il est facile de distinguer de celui que donnent les études superficielles, et surtout celles qui ne naissent que d'une lecture à laquelle on se livre plutôt pour paraître instruit que pour se rendre utile. Je ne dois pas vous le dissimuler ici, messieurs, nous aurions d'une voix unanime adjugé le prix à cet ouvrage , si nos statuts nous permettaient de couronner tout autre qu'un de vos compatriotes.
Je viens, messieurs, de vous rendre compte des six ouvrages qui ont concoiu*u ; mais nous n'avons garde de vous laisser un doute qui vous affligerait. Ceux qui n'ont point été admis au concours contiennent presque tous des beautés ; c'est à la plume élégante et fidèle du secrétaire perpétuel de cette société à vous restituer ces richesses éparses dans plusieurs autres ouvrages; elles ne seront perdues ni pour les auteurs ni
^ l>ISCOURS. 39
pour nous; jaloux des présents que la nation nous prodigue^ nous les confions à un confrère capable d'en faire un beau choix ^ et qui les rapportera en extraits dans le recueil des actes de cette société.
Ces ouvrages , messieurs , nous donnent la plus haute' espérance pour l'avenir. La liberté que notre fondateur a voulu accorder dans le choix des sujets ne nous alarme plus; l'esprit sage n'en, abusera jamais. Une réflexion bien naturelle à faire arrêtera ceux qui se flsittaient que l'esprit seul peut suffire pour composer des ouvrages dignes d'estime , sans qu'il soit enrichi par des connaissances sùre$ y qu'il ait été exercé et rectifié par la méditation.
Ils penseront qu'ayant eu toute liberté dans leur choix, celui qu'ils auront fait, et les lumières qu'ils porteront dans la manière de le traiter, nous donneront le droit et la facilité de juger quel est le caractère , quelle e^t l'étandue de leurs connaissances, et quelles espérances on peut se former de leurs travaux.
Vous devez regretter , messieurs , que l'illustre prélat, dont j'occupe aujourd'hui la place, ne préside pas à cette séance qui vient de consacrer les bienfaits du roi et les premiers ouvrages de vos concitoyens.
Son éloquence noble et persuasive, la haute idée que des études profondes lui ont donnée des travaux utiles à la société , et an soutien des lois
4o DISCOURS.
divines et humaines, tout concourrait à vous annoncer ici par sa voix le genre le plus utile des recherches qui doivent vous occuper.
Que de grands sujets, messieurs, n'avez-vous pas à traiter ? Les anciennes lois du royaume d'Austrasie,dontla plupart de celles qui sont en vigueur sont émanées, l'érection des différents tribunaux et des justices particulières, les fondations des abbayes, et surtout les fondations de ces chapitres illustres , où la noblesse , aussi pure que les vertus qui y sont pratiquées , trouve un sûr asyle dans le sein de la religion , l'histoire militaire des héros qui vous ont rendus heureux sous leurs lois, les fastes de toute une nation guerrière et fidèle, les faits presque perdus dans Tobscurité des temps, ces actions héroïques des croisades où vos aïeux ; ont acquis tant de gloire; voilà, messieurs, les grands objets que M. le primat vous proposerait, et qu'il saurait peindre et rendre aussi intéressants pour le reste de l'Europe , qu'ils doivent l'être pour vous.
Pour moi, messieurs, je dois me borner à vous animer à tout ce qui peut contribuer au progrès des sciences et des arts; je dois surtout, comme homme de guerre, vous représenter avec force combien la géométrie peut être utile à ceux qui veulent se rendre dignes de commander et de parvenir aux honneurs militaires.
Que ne devons-nous pas faire pour cultiver, pour enrichir et pour honorer une science qu'on- peut
DISCOURS. /|r
regarder comme l'ame et le soutien de presque toutes les opérations de la guerre ?
Elle n'est pas seulement d'une nécessité absolue pour la construction , l'attaque , la défense des places, et pour toutes les manœuvres de l'artillerie, elle l'est également pour la guerre de campagne, pour les évolutions des troupes, pour le choix , l'assiette et les retranchements des camps.
Quelle justesse, d'ailleurs, la géométrie ne porte-t-elle pas dans l'esprit pour toute espèce de détails, et pour ces grandes combinaisons si nécessaires au général, qui sent qu'il doit être l'ame de son armée , et qu'il ne doit rien devoir
au hasard ?
Il est certain qu'une longue expérience, jointe à des talents supérieurs , doit instruire plus parfaitement encore que la plus profonde théorie; mais souvent les fruits qu'on en retire sont trop tardifs, souvent on ne parvient qu'après bien des fautes, qu'après un grand nombre de campagnes, à apprendre ce qu'on aurait su dès les premières, si l'esprit éclairé par la géométrie avait fait l'application de ses leçons aux événements et aux différentes positions que chaque campagne peut mettre sous nos yeux. Ne négligeons donc point, messieurs, une science si décisive pour notre réputation, et qui doit nous être si chère, puisqu'elle peut nous rendre plus utiles au service de nos souverains et de notre
4a DISCOURS.
patrie; jouissons de Timinensité de cette science, et profitons -en pour nous approprier quelque découverte qui soit utile dans les opérations nûlitaires, ou qui soit un nouveau présent pour la société.
Comme académicien, messieurs, je dois aussi vous animer à une étude suivie de l'histoire naturelle , et à rassembler tout ce qui peut contribuer à en donner une des états du roi.
Si l'on avait toujours le courage de dénoncer à la société les erreurs reconnues, on jouirait peu à peu de la satisfaction de les voir détruire; et la jeunesse, séduite par de fausses autorités, ne se formerait pas des préjugés qui répandent des nuages sur ses yeux dans ses éludes.
Les cartes de la Lorraine ne sont point exactes; les distances, les positions même, ainsi que le cours des rivières et des ruisseaux le sont si peu, qu'il serait très dangereux de s'y fier pour quelque opération importante. Les points géographiques sont mal déterminés. L'usage que tout militaire doit conserver, même pendant la paix, d'avoir toujours avec lui les cartes des pays où il voyage, m'a mis à portée de reconnaître ces erreurs dans mes tournées qui s'étendent depuis le Verdunois jusqu'aux extrémités des Vosges.
Tous ces pays si riches en fossiles et en minéraux sont un champ vaste, fécond pour les amateurs de la physique expérimentale ; mais il n'a point encore été cultivé. Peu d'auteurs en ont
traité; ces auteurs n'étaient pas Lorrains; leurs observations, leurs rapporrs sont pleins d'inexactitudes, et avilis par cet amour du merveilleux, qui ne voit que des prodiges dans les effets les plus naturels.
Jouissez en philosophes, messieurs, jouissez doublement des trésors que la nature vous a prodigués; voyez-les, examinez-les par vous-mêmes; abandonnez ces livres des anciens naturalistes, qui ne peuvent qu'obscurcir les faits et vous égarer. Le grand livre de la nature est seul digne de vous. , Suivez cette étude avec la même application et ce même génie qui se sont portés sur toutes les autres connaissances , et qui vous font compter tant de savants illustres parmi vous.
Vos mines, vos salines, vos eaux thermales, vos montagnes couvertes de plantes salutaires, tout doit vous inspirer l'envie d'en connaître les propriétés, et d'en étudier la formation et les combinaisons différentes jusque dans le sein et dans le secret de la nature.
Venez nous apporter le fruit de vos travaux; venez jouir du plaisir d'instruire vos propres juges : vous le devez au souverain qui vous en donne si souvent l'exemple ; vous vous le devez à vous-mêmes, messieurs; vous le devez aux nations étrangères qui sont en droit de vous demander compte des richesses que vous avez à cultiver.
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Prononcé à la séance publique de la Société royale de Nancy, le 8 mai 1753, etc. etc.
Messieurs,
Dès la naissance de cette académie , une bibliothèque publique , des prix fondés et proposés aux seuls Lorrains remplirent toutes leurs espérances.
Cette fondation pouvait en effet suffire pour les animer à des travaux utiles, et leur procurer les secours les plus propres à la culture de leurs talents. Pénétrés de reconnaissance pour notre auguste fondateur , occupés à seconder ses desseins, nous n'osions espérer que les premiers jours de cette société qui nous paraissaient si brillants ne seraient encore que l'aurore de la splendeur que le nom de Stanislas devait çépandre sur nous.
Mais à peine cette compagnie qui semblait fixée à un petit nombre de juges eut -elle commencé ses fonctions , à peine l'esprit de Fédit de
sa fondation fut-il dévoilé, que le monde savant jugea de la gloire qu'elle pourrait acquérir si son auguste fondateur daignait Téclairer de ses lumières.
On vit alors accourir à ses pieds ceux qui s'étaient le plus distingués dans les sciences et les belles-lettres; Stanislas reçut un hommage aussi pur que libre, et vraiment digne de lui, lorsque les Montesquieu, les Hénault, le Nestor favori de toutes les muses , et plusieurs hommes célèbres vinrent lui demander de les admettre dans cette société.
Ces génies sublimes jugèrent de ce monument par son fondateur; ils voulurent contribuer à en afifermir la base et en décorer le faîte; quoique déjà sûrs de l'immortalité, ils désirèrent que leur nom passât à la postérité parmi ceux que Çtanislas avait daigné choisir.
Cet exemple excita le zèle, et ranima la noble ambition de plusieurs de vos compatriotes. Dès ce moment , monsieur ( j ) , nos désirs se rencontrèrent avec les vôtres; depuis long- temps vous aviez des droits acquis sur nos suffrages.
Se dévouer à la défense de ses concitoyens; bannir les prestiges du sophisme; n'employer que cette éloquence pleine de force qui peint avec des traits frappants , et qui , par un enchaînement solide, prouve sans cesse la justice des droits qu'elle
(i) M. de Moulon.
défend ; porter dans les consultations la connaissance profonde des lois écrites, du droit de la nature et des gens ; ramener Fesprit d'un citoyen irrité ou avide à la raison et à l'équité ; faire passer dans son client une candeur qui le prépare à se rendre justice à lui-même ; convaincre , persuader et plaire : voilà les traits, monsieur, qui vous rendent si recommandable à votre patrie , et qui vous rendront d'autant plus cher à cette compagnie, que, sans rien prendre sur vos importantes occupations , vous sautez , par votre assiduité à nos exercices, concilier nos intérêts avec ceux du public.
Le goût des belles-lettres vous occupa, monsieur (i), dès vos premières années : bientôt vous vous appliquâtes avec succès à l'étude de la théo* logie , vous cherchâtes dans cette science sublime cette simplicité lumineuse qui forme son caractère, et qui nous affermit dans la foi; vous crûtes que la physique expérimentale méritait les soins d'un homme de votre état, dès que vous reconnûtes qu'elle était d'un secours nécessaire à l'humanité; pour Ure les auteurs sacrés dans les sources, vous sûtes franchir les difficultés attachées à l'étude des langues savantes : voilà j monsieur, ce qui nous fait espérer que vous nous serez souvent utile, et que vous justifierez notre choix.
(i) M. Montignot.
La chimie fut de tous les temps une occupa* tion favorite des plus grands hommes. L'Écriture ne parle jamais de la sagesse que Salomon reçut de l'éternel , sans parler de ses connaissances profondes dans la chimie et dans l'histoire naturelle. Si le désir coupable d'en imposer aux autres hommes a souvent répandu le prestige et les ténèbres sur ce grand art , si l'amour du merveilleux et des espérances chimériques enfantées par la cupidité ont souvent fait un mystère d'une science réelle et ont déshonoré des sectes entières de chimistes, si le vulgaire, souvent trompé, a pris une fausse idée et a craint souvent de l'être encore , rien ne peut cependant décréditer une science aussi utile à l'humanité. Tout doit inspirer l'estime et la confiance pour le citoyen qui la cultive en vrai philosophe, et qui, pénétré d'amour pour la vérité , ne s'appuie dans ses procédés , ni sur des autorités trompeuses , ni sur des systèmes séducteurs.
C'est par votre fidélité à des principes si sages, monsieur (i), que vous avez pénétré les véritables secrets de la chimie , et que vous avez réussi à les simplifier ; la justesse de votre esprit vous a fait démêler le vrai d'avec le faux, le possible d'avec l'impossible , et cette même justesse , cette même candeur vous ont fourni les principes d'édu-
(i) M. Laugier.
cation nécessaires pour former deux fils (i), déjà si connus par leurs emplois, et si estimés par leur savoir.
Ce jour, messieurs, est encore illustré par l'association de M. de Senac. Sa réputation, le poste éminent qu'il occupe, son association aux plus célèbres académies de l'Europe, ses ouvrages où l'ordre et la clarté sont réunis à la profondeur de la science et à la finesse des détails , cette lumière si vive qui brille dans tout ce qu'il écrit et qui passe avec l'instruction dans l'esprit de tout lecteur intelligent, l'intérêt, l'agrément même que son style animé, précis et élégant, répand dans les sciences qui en paraissent les moins susceptibles : tout doit nous faire sentir combien l'acquisition d'un confrère de cet ordre nous est précieuse et honorable. Que ne m'est-il permis, messieurs, d'exprimer ici des sen,timents personnels, et de peindre le cœur d'un confrère auquel je suis depuis long-temps uni par une tendre amitié, d'un confrère que je regarderai toujoiu's comme mon maître, qui daigna l'être quelquefois, et pour lequel je suis pénétré de reconnaissance !
Ces réceptions que nous faisons aujourd'hui, messieurs, doivent inspirer une nouvelle confiance pour la suite des travaux de cette société;
(i) Un des fils de M. Laugier est médecin de Timpératrice ; l'autre , de la reine de Danemarck.
nous acquérons de nouvelles forces en admettant de nouveaux confrères ; nous sentons aussi qu'on est en droit d'exiger de nous de répondre à l'esprit de l'édit du roi, et à l'honneur dont nous jouissons. Des expériences, des recherches utiles dans tous les genres vont nous occuper ; c'est un tribut qu'une compagnie choisi^ par Stanislas* le-Bienfaisant doit payer sans cesse à la société générale des hommes; tout nous en facilite les moyens; nous n'avons qu'à marcher dans la route qui nous est ouverte, et que nous ont tracée toutes les autres académies. Sur les pas de tant de grands hommes qui nous ont aplani les chemins, il nous sera aisé de fournir une glorieuse carrière. Je vous l'avais dit, messieurs, dans un autre discours, et je m'étais réservé de le prouver dans celui-ci, que jamais siècle ne fut plus fécond que le nôtre en découvertes utiles , et en observations constatées par l'aveu de l'univers.
Les insectes (i) sont suivis dans les détails les plus intimes de leur mécanisme , de leur écono-
(1) Histoire des insectes , par M. de Réaumur; Mémoire sur la fonte du fer et de Tacier, et la manière de les jeter en moule, par le même ; UArt de faire éclore et d'élever 4es poulets comme les habitants de Bermé en Egypte; Mémoire sur le coquillage , dont les anciens se servaient pour la teinture de pourpre. M. de Réaumur a retrouvé de ces coquillages sur les côtes du Poitou et de la Bretagne, et a découvert que la
Œuvres diverses. II. «1-
5o DISCOURS.
mie , et dans l'acte si peu connu et si mystérieux de leur génération : le fer et Tacier sont amollis, et assujettis aux formes que les besoins peuvent multiplier: l'industrie des Égyptiens; la pourpre de Tyr; ces instruments propres à mesurer l'état présent de l'air, la hauteur des montagnes, et ceux qui font apercevoir les plus légers changements entre le froid et la chaleur; ces instruments sont plus sensibles et plus exactement gradués. Ce n'est, messieurs, qu'une partie de ce que nous devons à cet illustre académicien, que tout amateur de l'histoire naturelle choisirait pour modèle, et que tout homme vertueux désire pour ami.
Les phénomènes (i) de la glace et des aurores boréales ne nous sont plus inconnus; le même qui nous a expliqué les lois du mouvement, le même qui rassemble tous les talents, toutes les connaissances qui peuvent briller ou instruire dans les belles-lettres et dans les sciences , nous a dévoilé ces grands secrets.
Nous jouissons aujourd'hui (2) des observaliqueur propre à la teinture réside dans deux veines blanches qu'on découvre dans le poisson, après avoir cassé son coquillage avec précaution : le même a perfectionné les thermomètres et les baromètres , et les a rendus bien plus portatifs.
(i) M. d'Ortus de Mairan, auteur de ces ouvrages, fst un des quarante de l'Académie française , et a été secrétaire perpétuel de l'académie des Sciences, avant M. de Fourchy.
(2) Ces observations ont été faites au cercle polaire par
lions pénibles et périlleuses , faites au cercle polaire et sous l'équateur. La figure et les deux diamètres de la terre sont déterminés par un travail, non - seulement indispensable pour la navigation , mais utile également à toute la société , puisqu'il fixe nos cloutes, puisqu'il éteint de longues disputes qui dérobaient un temps précieux aux savants ; travail , qui , confirmant les propositions du chevalier Newton, et les prouvant par l'expérience, fait partager à la nation française rhonneur que l'Angleterre reçut de ses ouvrages. C'est à la Société royale de Londres (i) , c'est à un de ces grands hommes qu'elle possède, que nous devons une nouvelle théorie , qui doit être regardée comme une de ces heureuses découvertes
MM. de Maupertuîs, Clairaut, 1c Monnier et Camus , secondés par M. l'abbé Outhier, et M. Celsius de Tacadémie d'Upsal. L'amplitude des degrés de l'équateur a été mesurée par MM. do La CondaminCy Bouguer, Godin, de l'académie des Sciences, de Paris, et par M. de Jussieu qui eu est aujourd'hui. Les résultats des deux observations sont que le diamètre de la terre entre deux points sous l'équateur est à Taxe polaire comme 179 à 178, c'est-à-dire: le diamètre de l'équateur est de 6562026 toises, et l'axe polaire de 6525377, et par conséquent la terre est plus élevée sous l'équateur qu'aux pôles de 18824 toises.
(i) M. Bradley est le premier qui ait observé l'aberration des étoiles fixes. Ce grand astronome a aussi perfectionné la règle de Roemer, sur le temps que la lumière du soleil et des étoiles fixes est à venir jusqu'au globe de la terre ; celle du soleil a été déterminée environ à sept minutes et demie.
5a DISCOURS.
qui préviennent les grandes erreurs. Quel trouble Taberration des étoiles fixes n'eùt-elle pas porté dans tout le système du ciel , si celui qui l'observa le premier ne l'eût pas expliquée, et n'en eût pas trouvé la raison dans le mouvement composé de celui de la lumière avec celui de la terre ? Ce qui pouvait ébranler sur le système reçu de Copernic devint, dans des mains si habiles, une nouvelle preuve de son exactitude.
Il est presque également honorable de découvrir de nouvelles vérités, et d'aplanir les routes qui conduisen|; à celles qui sont déjà reconnues. Le grand Nev^ton , après avoir trouvé la solution des problèmes les plus difficiles, s'expiiqua peu sur la méthode dont il s'était servi; il connaissait trop de quelle importance il était de faire travailler l'esprit de ses disciples : c'est ainsi qu'il les disposait à recevoir de plus fortes impressions des vérités qu'ils étaient obligés de trouver et qu'il ne faisait presque que leur indiquer. Ses sectateurs ne doutaient point de la certitude de ses propositions; mais il était important de découvrir la route qu'il avait suivie , et la chaîne qui liait ses démonstrations à ses principes.
C'est à ce travail utile que nous devons la découverte de plusieurs principes généraux (i), qui servent de clef pour la solution d'un grand nom-
(i) M]V{. de Maupertuis, Fontaine, Clairaut, D'Alembert ont trouvé ces principes.
bre de problèmes, tels que les lois de la réfraction de la lumière, et le principe de la moindre quantité d'action , dont les lois du mouvement et du repos dans le choc des corps sont déduites.
C'est au même désir de rendre les sciences moins difficiles, que nous devons la Géométrie simplifiée dans ses éléments, par un des géomètres qui en connaît le mieux toute l'immensité ; et ces règles de la Dynamique ( i ) , qui donnent , par les plus petits nombres , les véritables lois de l'équilibre.
Nous commençons , messieurs , à approcher avec plus de précision que jamais des points fixes qui peuvent déterminer les longitudes. Plusieurs mémoires (2) sur la théorie de la lune augmen-v tent tous les jours nos espérances. Leur auteur rapporte dans un mémoire particulier les savantes observations de Téclipse de 1748. U les
(i) Éléments de Géométrie de M. Clairaut. Traité de Dynamique par M. D'Alembert.
(2) Mémoires et observations de M. le Monnier le cadet. Il partit en 1748 pour aller observer en Ecosse une éclipse de soleil qui y devait être annulaire. Milord Morton fit les observations avec lui. Le télescope qu'ils avaient réduit à ne groèsir que six cents fois l'objet peut les grossir jusqu'à mille; mais alors les objets paraissent moins nets , et leur circonscription est moins régulière. Ce télescope est un ouvrage de M. Short; le même a fini il y a deux ans celui de Londres, qui grossit douze cents fois l'objet. Les télescopes de celte espèce sont de l'invention de M. Gregory. ^
fit à Aberdour en Ecosse. Un pareil voyage ne pouvait étonner un des observateurs qui avait passé un hiver sous le cercle polaire. Le président de la Société d'Edimbourg, seigneur aussi distingué par son savoir que par l'illustre nom de Douglas, observait avec lui. Ils se servirent d'un télescope qui grossissait six cents fois l'objet, et qui, leur faisant voir par parties le corps entier de la lune sur le disque lumineux du soleil , leur donna la méthode pour rectifier à l'avenir les éclipses qui ne seront point annulaires. Ce même télescope leur fit observer aussi que la circonscription du disque de la lune est hérissée de montagnes et de pics, aussi faciles à reconnaître qu'une chaîne de montagnes qu'on aperçoit à l'horizon.
Si les observations astronomiques et les tables se perfectionnent tous les jours , nous le devons en partie à la précision des instruments du plus habile artiste (i) que la Grande-Bretagne ait produit , précision qui s'augmente encore par les estimations délicates et difficiles qu'il fait faire des changements que ces instruments peuvent recevoir du grand froid ou de la chaleur.
Quelles recherches savantes et utiles (2) n'a-
(i) M. Graham.
(2) On ne peut que renvoyer aux Mémoires de racadémie, pour rexplication de ces ouvrages, auxquels plusieurs célèbres académiciens ont eu part.
wj
t-on pas faites«sur la nature , la corderie et la manœuvre des vaisseaux, et sur les différentes parties de l'hydrographie astronautique? Que de corrections importantes dans nos cartes marines, et dans la méthode pour faire l'estimation de la route d'un vaisseau?
Les voyageurs ne seront plus en droit de répandre un ton fabuleux sur le cours de la rivière des Amazones (i). Ce cours parcouru par un des observateurs des degrés de l'équateur nous est aujourd'hui parfaitement connu, et les périls de toute espèce qu'il a franchis avec tant de courage nous ont procuré la description la plus instructive et la plus fidèle des pays qui bordent ce fleuve immense, de leurs productions et de leurs habitants. J'ose même ajouter que le séjour des observateurs français dans l'Amérique, les voyages de plusieurs navigateurs espagnols et portugais, et surtout ceux du célèbre Halley, et de milord Georges Anson, nous ont donné une connaissance si étendue de cette partie du monde, qu'après TEurope, c'est celle que nous connaissons le mieux, et de laquelle tous les points géographiques sont les mieux déterminés.
(i) M. de La Condaraine a parcouru tout le cours de la rivière des Amazones en déterminant tous les points géographiques; il a passé le Pungo, espèce de cataracte de cette rivière qui descend des Cordilières; M. de La Condamine a donné une relation particulière de ce voyage aussi instructive qu'agréable.
De quoi l'esprit inventeur n'est-il pas capable, lorsqu'il est éclairé par une théorie savante, et soutenu par une patience et un courage inébranlables ?
Plusieurs savants , illustres déjà par des découvertes heureuses dans la catoptrique , osèrent nier la possibilité du miroir d' Archimède ; cependant ce même miroir vient de nous être restitué (j), et peut-être même d'une façon supérieure.
Nous pouvons admirer aujourd'hui c«s machines (2) , dont l'art et le mécanisme égalent ces statues de Yulcain chantées par Homère , et qui , jusqu'à nos jours , ne passaient que pour un de ces traits hardis de l'imagination , dont le poème
(i) M. de Baffon , par le moyen de plusieurs miroirs plats, dont il rassemble les rayons réfléchis dans un foyer commun , allume des corps combustibles k ^So pieds , et fond les métaux à lao pieds de distance. £n augmentant le nombre des miroirs, on peut rendre le foyer encore plus vif et le porter plus loin.
(2) M. de Vaucanson a fait plusieurs automates, et entre autres le satyre jouant de la flûte. La ville de Lyon s'est opposée à rétablissement des métiers qu'il avait inventés. Un enfant de quinze ans un peu intelligent pouvait faire travailler plusieurs métiers à-la-fois; et, au moyen des différentes charges qu'il leur donnait, il pouvait augmenter ou diminuer le poids de la soie employée dans une aune d'étoffe, de trois onces au-dessus ou au-dessous du poids ordinaire que lui donnent les ouvriers*
épique mênoe n'ose que rarement se parer. Nous voyons leur auteur diminuer aussi la main-d'œuvre dans l'atelier des ouvriers, jusqu'au point de n'oser se servir de ces métiers trop ingénieux, et qui simplifient trop un travail nécessaire à l'occupation et à la subsistance d'un peuple laborieux.
L'aimant , cet écueil des anciens physiciens , cette puissance toujours éprouvée , toujours définie, cependant si peu connue, même par le restaurateur de la saine philosophie; cet aimant est aujourd'hui non-seulement imité, mais surpassé en force magnétique, par un célèbre membre de la société de Londres (i). Les pôles d'un aimant naturel , que Rohaut assurait être immuables , sont renversés dans un instant par le contact des pôles de deux barres d'un acier parfaitement dur. La facilité de la touche de ces barres , la force (double de celle d'un aimant naturel) qu'elles communiquent à des aiguilles de compas marins, forgées
(i) M. Knight, docteur en médecine et membre de la Société de Londres, est l'inventeur des barres magnétiques et des aimants artificiels. Il m'a envoyé de Londres ses grandes barres , ses aimants artificiels , et un aparatus pour répéter les expériences. On trouvera un détail de cette découverte dans un mémoire inséré dans le Mercure de Février de 1750. Ce mémoire , quoique plein de fautes d'impression , donnera une idée plus précise de cette découverte. On a eu soin d'y traduire l'extrait des Transactions philosophiques , où les expériences faites en présence de la Société royale sont rapportées.
du plus dur acier, constatent l'utilité d'une aussi belle découverte.
Ni les ruines de Memphis, ni celles de Persépolis , qui font voir encore quelques restes des magasins publics , ni les plus anciens greniers qui subsistent, ne nous donnent d'autre idée de la conservation des grains, que celle d'en rassembler une quantité médiocre dans de grands espaces. Un académicien de Paris, toujours prêt à employer et son bien et ses travaux à des découvertes utiles, vient de démontrer la facilité de conserver une quantité considérable de grains, à l'abri de l'humidité, des insectes et des animaux nuisibles. La forme cubique des coffres qu'il a inventés donne l'idée géométrique du peu d'espace nécessaire pour contenir des masses de grains bien supérieures à celles que renferment les greniers les plus vastes (i).
(i) M. Duhamel est l'auteur de cet excellent mémoire. On le trouve dans le dernier tome des Mémoires de l'académie des Sciences pour Tannée 174^. J'ai reçu l'an passé une lettre de M. Duhamel , qui me marque qu'il a perfectionné ce travail , dont il rendra compte dans un mémoire particulier. J'ose dire qu'il n'a peut-être jamais paru un mémoire plus utile, et qui soit mieux prouvé. Pour juger du peu d'espace nécessaire pour contenir le blé, qu'on imagine un coffre de douze pieds cubes; ce coffre contiendra 1728 pieds cubes de blé; et les plus vastes greniers ne les contiendraient pas; on ne peut donner que dix-huit pouces de hauteur aux tas de blé des greniers.
DISCOURS. Sg
Cet académicien partage l'honneur de cette découverte avec un des plus illustres de l'Angleterre. La quantité de nègres qui périssaient dans les vaisseaux envoyés en commission pour la traite fit imaginer à M. Haies des ventilateurs qui renouvellent l'air entre les ponts et à fond de cale , et depuis cette découverte plusieurs caffriers ont porté les nègres jusqu'à la Jamaïque, sans perdre un homme dans le trajet (i). Depuis cette invention utile, les hôpitaux, les lieux publics et les entonnoirs des mines, reçoivent facilement un air salubre et renouvelé, et sont purgés d'un air usé ou corrompu, et des méphitismes mortels pour les ouvriers. L'Anglais a réussi à conserver la vie des hommes; le Français, à prévenir leurs besoins.
Quels ouvrages immortels ne devons -nous pas à cette famille (2) si chère à la république de
(i) Les ventilateurs de M. Haies sont aujourd'hui fort en usage en Angleterre; les Hollandais commencent à s'en servir, et, M. Filey , brigadier des armées du roi et ingénieur en chef, m'a dit en avoir trouvé de pareils dans les galeries majeures des mines de la ville de Berg-op-Zom; un tuyau de tôle perçait jusqu'à la superficie de la terre, et répondait à l'ame du soufflet.
(2) L'on peut voir dans les éloges des savants de M. de Fontenelle tout ce que les sciences doivent au fameux Daniel BemouUi, et à son frère, professeur à Groningue. M. Bernoulli , aujourd'hui associé étranger de l'académie des Sciences de Paris , soutient dignement la réputation de ces grands
6o DISCOURS.
Bâle, à cette famille nombreuse qui n'a jamais produit d'hommes médiocres, et dont le nom pare la liste de l'académie des Sciences de Paris , depuis qu'elle reçut ses statuts, et les bienfaits d'un grand roi; à cette famille enfin, qui, semblable à la fameuse spirale logaritmique , dont Daniel BernouUi trouva les propriétés, mérite la même devise? eadem mutata resurgo.
Ce que le chevalier Newton lui-même avait regardé comme presque impossible, M. Maklaurin, messieurs , le trouva parmi vous. Son Traité de la Géométrie organique (i), ou les moyens de décrire toutes sortes de courbes par mouvement continué, est daté de Nancy en 171^2. Quelle perte pour les sciences que ce savant digne d'être l'émule du grand Newton , s'il n'eût été le plus zélé de ses sectateurs !
Ce nom , messieurs, m'invite à vous rappeler tout ce que nous devons à la Société d'Edimbourg. Cette Société , une des plus illustres de l'Europe , et à laquelle nous devons les ouvrages des
hommes. Cette famille n'est pas moins estimable par la douceur de ses mœurs , et par ses vertus , que par son savoir ; plusieurs Français qui ont été travailler sous leurs yeux ont reçu chez eux le même traitement qu'ils pouvaient espérer dans le sein de leur propre famille.
(i) M. Maklaurin a demeuré plusieurs années à TVancy, et c'est dans cette ville qu'il a composé son traité, intitulé : Geometria organicay sive curvarum Unearum descriptio universalis.
DISCOURS. 6l
Gregory, des Picairne, et des Mackensie (i), est en droit de se parer de l'ancien amour de ses compatriotes pour les sciences et pour les lettres. Ge furent deux Écossais que Charlemagne choisit et appela pour les mettre à la tête de l'Université de Paris, dont il fut le fondateur.
Eh! dans quel temps, messieurs, la géométrie et les mathématiques nous ont-elles mieux prouvé leur utilité? Leur objet étant de travailler sans cesse pour la société , de quel prix ne sont-elles pas pour nous, lorsqu'elles sont utiles à la conservation des hommes et à la gloire des armes d'un grand roi, qui a pour vous les mêmes sentiments que votre souverain?
Les plus fortes places ont à peine résisté aux efforts réunis du grand art du génie et de l'artillerie ; la longueur des sièges n'a point émoussé la tête de nos armées; et ces efforts communs ont préparé en peu de jours à nos troupes d'élite les moyens de signaler leuij valeur.
Quel beau jour le chef respectable de l'ar-
(i) On ne peut mieux comparer la famille de MM. Gregory qu'à celle de MM. Bernoulli ; les sciences leur doivent autant de reconnaissance. M. Picairne était un fameux docteur en médecine, président de la Société royale de médecine. Milord Cromarty, et le chevalier Mackensie de la même maison, se sont distingués par leurs découvertes dans l'histoire naturelle ; Je chevalier Mackensie ne s'est pas moins illustré comme grand jurisconsulte.
6a DISCOURS.
tillerie française (i) n'a- 1- il pas porté dans la théorie si profonde, et si périlleuse à acquérir, des explosions de la poudre, et des excavations paraboloïques des mines? Ce Traité qui nous les définit montre la possibilité de faire sauter jusqu'à neuf fois le même point d'un glacis ou d'une contrescarpe, et prouve également la profondeur du géomètre, et l'expérience de l'homme de guerre. Ce Traité trop concis par le plaisir qu'on goûte à le lire, mais plein, instructif, et pressant pour la raison, est un modèle de précision dans les détails, et de justesse dans les conséquences.
Mais, messieurs, quel spectacle intéressant (a) attache ici nos regards ! Quel honneur pour ceux qui font l'application de la géométrie aux méca-
(i) MM. d'Aumale et de Gordon, lieutenants généraux et directeurs des fortifications , ont conduit les sièges de la dernière guerre; MM. de Valière, père et fils, lieutenants généraux des armées du roi et de l'artillerie , ont commandé celle de tous ces sièges ; ce dernier a été fait lieutenant-général à vingtsept ans. Le Traité de M. de Valière le père sur les excavations paraboloïques des mines se trouve à la fin du troisième tome des Commentaires sur Polybe ; on le trouve aussi dans les Mémoires de M. de Saint-Remy.
(a) Machine ou bateau composé de l'invention de Sa Majesté polonaise ; toute la ville de Nancy a vu ce bateau remor^ quer contre le courant , par le travail de cinq hommes , trois bateaux de transport chargés de pierres de taille du poids d'environ 200000 liv.
niques et aux travaux publics! Les bords de la Meurtbe voient passer le gouvernail de Typhis dans des mains accoutumées à tenir celui des empires; la force d'inertie des poids immenses que renferment ces vastes bâtiments qui portent Tabondance dans les villes, la force vive des courants les plus rapides, tous ces obstacles combinés vont être surmontés par une machine aussi simple qu'ingénieuse ; les frais de transport seront diminués, les difficultés et la perte du temps inévitables dans le passage des ponts ne subsisteront plus.
Un autre spectacle (i) attache nos regards dans ces jardins aussi superbes que variés, où tout ce qui caractérise le bon goût des Européens et des Orientaux se trouve rassemblé. Les habitants d'un village des montagnes des Vosges y paraissent occupés par les travaux de la campagne et par les soins du ménage ; toutes les expressions sont vives, les attitudes sont justes; les mouvements imitent ceux de la nature avec fidélité : chaque spectateur est ému en les voyant , et forme des réflexions différentes. Le villageois est enchanté de se voir placé dans l'enceinte des palais du père du peuple ; le courtisan jouit d'un spectacle agréable, et réfléchit (peut-être en soupirant) à
(i) Figures mouvantes par la chute des eaux, et la multiplication et l'accord des roues, placées dans les jardins do Lunéville , de l'invention de Sa Majesté.
l'innocence et à la simplicité de moeurs que ce village lui rappelle. Le savant admire , et , l'esprit attaché dans une méditation profonde , il cherche à pénétrer quel est le nœud qui forme les accords des forces mouvantes, et de celles de la chute des eaux pour faire agir tant de ressorts cachés.
La suite de ce discours, messieurs, m'oblige à quitter ces images agréables ; je dois vous rappeler une partie des ouvrages qui traitent du gi*and art de guérir, et que notre siècle a vu naître.
La France , la Grande-Bretagne et l'Italie , trouvent de dignes successeurs des Du Verney, des Harvée, et des Malpighi, dans MM. Winslow, Monro et Motgagny.
L'anatomie , cette science si inépuisable , forma de tous les temps de grands émules dans Paris; depuis la perte de M. Hunauld, nous desirons que M. Ferrein en puisse trouver de dignes d'être les siens.
C'est à l'auteur profond (i) de l'Histoire du cœur, que nous devons les savants commentaires des ouvrages d'Heister et de Stahl; et ces commentaires nous prouvent qu'il n'est point de matière où l'éloquence soit étrangère, lorsqu'elle ne paraît que pour rendre les images
(i) M. de Senac, aujourd'hui premier médecin du roi.
plus frappantes, et entraîner les. esprits à la conviction.
Avec quelle confiance, surtout, ne devons-^ nous pas lire ces écrits, qu'on doit regarder comme un nouveau bienfait de la divinité, ces écrits du grand Boerhaave, source toujours pure, toujours féconde, qui deviennent pour nous le code de la science qu'il a enrichie et perfectionnée?
Ou n'essaya d'abord les injections que comme une nouvelle preuve de la circulation : mais quels prodiges ne sont pas sortis des mains savantes des Ruysch et des Hunault? Les traits défigurés par la pâleur de la mort, et par l'affaissement des muscles et des vaisseaux , ont repris leurs contours, leurs couleurs et même leur beauté; toutes les parties intérieures du corps injectées par le même art sont devenues des espèces de cartes de l'angiologie , aussi durables que fidèles.
Que de nouvelles découvertes pour la cure de plusieurs blessures qu'on regardait comme mortelles? Quelle multiplicité d'instruments inventés par MM. Morand, Cheselden, le Cat et le Dran, pour faciliter et assurer le succès des opérations ? Quelles ressources n'ont -ils pas trouvées pour guérir ces maux invétérés, ces gsîngrènes sèches qu'on regardait comme incurables ?
, L'académie de Chirurgie commise à la direction de cet homme si cher aux armées françaises et an-
OEuTres diverses. H. ^
66 Discouns.
glaises (i), annonce par 9fs écrits et par ses succès combien il est essentiel de joindre la profonde théorie à une suiti; de vérités, qu'on ne peut reconnaître que pas à pas par rexpérieiice.
C'est dans la préface du premier recueil de ses observations, que son secrétaire perpétuel attaqua l'ignorance avec toute la force, et les mêmes lumières qui lui dictèrent son Traité de l'Économie animale; c'est là qu'il fait sentir toute la nécessité des principes, et qu'il déipasque les honteux prestiges que la paresse et le peu d'élévation de l'ame osent faire valoir. Il y prouve, par une démonstration rigoureuse, que le seul moyen d'acquérir une expérience raisonnée, c'est de prépater ses yeux à recevoir la lumière, en commençant par remplir et éclairer son esprit.
Tout physicien qui connaîtra combien les principes des corps peuvent être changés, ou du moins altérés par Faction du feu, conviendra de l'utilité de l'invention de la (^mie hydraulique (â). Il est certain que les sels mixtes et réunis
(i) M. de k MartiDière, premier cliimrgien du roi. La prébçe du premier recueil fies Qbs^rvatiQi»» 4e Tacadén^e de Chinirgiç çst de M. Quesnay, aujourd'hui médecin consultant de sa majesté très chrétienne.
(a) Traité de la Chimie hydraulique du comte de la Garaie. Pour extraire les sels réunis aux soufres d'une plante, on haehe un peu la plante , on la met dans un vase de terre fort
aux soufres naturels des corps qui ont été triturés, conservent sous le plus petit voliinie possible tout ce que ces corps contenaient de plus essentiel et de plus actif. Malheureusement, les grands bâtiments nécessaires pour contenir les fourneaux d'évaporation , la multiplicité de ceux qui y doivent travailler , et la longueur des procédés, rendent cette nouvelle pratique difficile à suivre.
Je vais , messieurs , entrer dans quelques détails d'une des parties de la physique, qui doit être aujourd'hui la plus intéressante pour vous. Vous habitez un des pays de l'univers le plus fécond en mines, en pétrifications , en minéraux et en fossiles de toutes espèces. Une multiplicité de corps marins si prodigieuse, que l'examen seul peut la
}ong; une rone fait tourner quatre moulinets qui sont insérés dftns quatre vases différents ; ces moulinets battent l'eau qui est dans ces vases avec beaucoup de force, et cette opération s'appelle triturer. On triture plus ou moins de temps les corps renfermés dans les vases, selon leur dureté et leur ténacité. On les réduit enfin dans une espèce de bouillie flottante dans l'eau, qui paraît teinte alors de la couleur du corps tritnré; on passe jusqn'à deux ou trois fois cette eau imprégnée; on la Mt évaporer ensuite à un feu extrêmement doux , jusqu'à siccité ; alors on recueille une espèce de sel onctueux , qui relient si bien les principes du corps trituré, qu'on peut faire de l'eau de framboise et de la limonade avec ces sels , qui n'ont rien perdu, ni de la saveur, ni du parfum de pareils fruits qui ont été triturés.
rendre croyable, couvre les sommets des montagnes qui couronnent les bords de la Meuse , de la Seille , de la Meurthe , de la Moselle et du Madon. Ces mêmes corps marins se trouvent mêlés dans la substance des dix et douze premières couches des terrains de la Lorraine. Leur dissolution paraît servir à la composition de plusieurs masses différentes. C'est à vous, messieurs, à examiner ces différents trésors de l'histoire naturelle, qui peuvent en devenir de réels pour vous. Songez, messieurs, que bientôt les académies de l'Europe seront en droit de vous demander compte de vos observations. Ce travail leur est d'autant plus nécessaire, que jusqu'ici ces trésors ont été négligés. A peine connaît-on un petit nombre de mines dans les Vosges; et cependant elles n'ont presque point de montagnes qui n'en présentent les apparences : à peine même les eaux thermales de vos frontières sont-elles suffisamment éprouvées et connues ; cependant , je rends justice aux savants traités qui ont paru depuis peu d'années sur les eaux de Plombières et sur celles de Bussang (i). Permettez - moi de vous dire encore que la botanique jusqu'ici semble avoir été négligée dans ces pays , où elle offre tant de variétés et de richesses , et nous attendons avec
(i) Traité de dom Calmet, abbé de Senones, et de M. le Maire, ipédecin de Reroiremont, et de la Société des savants d'Allemagne.
impatience le fruit des travaux de M. Marquet , et des recherches du savant médecin qui doit nous être si cher, puisqu'il veille à la conservation d'une vie qui nous est aussi précieuse qu'elle est belle (i).
Oui, messieurs, j'ose espérer que les académies des Sciences de l'Europe vous devront bientôt des ouvrages aussi estimables que ceux dont votre nation a si souvent enrichi les belles-lettres. L'esprit , le goût, les talents, si communs parmi vous, doivent tout embrasser.
Eh! comment pourrais-je douter de vos succès , lorsque je connais par moi-même combien l'amour des sciences et le goût des observations est aujourd'hui répandu parmi vous; lorsque je vois des personnes d'une naissance illustre s'en occuper, et de riches particuliers choisir pour état l'étude , l'amour et la culture des sciences?
Je dois ajouter ici, messieurs, que la partie des mines a été si long-temps négligée en France, comme dans ces pays-ci , que ce n'est que depuis peu d'années que quelques particuliers, qui en possèdent dans leurs terrains, ont commencé à en demander les concessions. Il semble que ces nations guerrières se soient contentées de retirer des entrailles de la terre le seul métal propre à former des armes et les instruments du labourage.
"Il I I I ■! I I I III I I I ■ I I il I . ..I <
(1) M. Castres, premier médecin de sa majesté polonaise.
70 DIS cou as.
On n'avait point encore traduit en notre langue plusieurs ouvrages précieux sur l'exploitation des mines y et même sur d'autres parties de la chimie, tels que les ouvrages du célèbre Hofibnan. L'Allemagne jouissait presque seule du travail de ces grands hommes, et leurs disciples jouissent encore aujourd'hui des concessions de la plus grande partie des mines de la France et de la Lorraine.
Ce n'est que depuis quelques années que nous commençons à sentir tout l'avantage que nous pouvons retirer de plusieurs ouvrages écrits en allemand ; et tous les jours nous voyons augmenter le nombre des traductions qu'on en a faites. Un académicien de Paris (i), recommandable par plusieurs traités utiles et par ses savantes recher- * ches sur les teintures, vient de traduire le traité de M. Schleuter sur les mines, et y a joipt les commentaires les plus instructifs pour perfectionner l'art des épreuves et de la fonte des métaux; et nous espérons partager bientôt avec l'Allemagne tous les travaux utiles et profonds des grands hommes qu'elle a produits.
L'étude de l'histoire naturelle, messieurs, a trop de charmes pour ceux dont elle embellit les jours , pour qu'il ne soit pas dangereux de se laisser entraîner à la séduction des apparences,
(i) M. Uellot, de Tacadémie des Sciences de Paris.
et de tomber dans des écueiU qu'il est important d'éviter.
L'histoire naturelle ^ soumise aujourd'hui à l'exactitude la plus sévère dans ses observations et dans ses rapports, a perdu sans doUte beaucoup dé faits qui 6n ont été rejetés; mais ces prétendus faits n'existaient que dans rimagina^tion séduite de quelques anciens auteurs , et dans les compilations méprisables de ceux qui les ont lâchement suivie , plutôt que de répéter un examen nécessaire.
Les jours d'erreur sont passés; et le grand livre de la nature a fourni en abondance de quoi réparer ces pertes aux observateurs de nos jours.
Nous pouvons jouir sans crainte des richesses qui nous sont prodiguées par MM. Mead , Hill et Trembley.
Nous pouvons reconnaître avec plus de facilité que jamais les familles des plantes, dans le bel ordre que leur ont donné les savants professeurs du Jardin royal de Paris (j), et ces botâr nistes vraiment physiciens , qui ont su soumettre à l'expérience , et distinguer par le moyen des différentes glandes, des différents filets, et par leur texture intérieure, les familles des plantes, qui ne l'étaient encore que par la iiomencla-
(i) Messieurs de Jussieu.
ture (i). Cet ordre enrichi de kurs découvertes ne soufFre plus ces espèces' d'usurpations que d'anciens botanistes s'étaient crus en droit de faire sur des corps de nature absolument différente, et que le plus célèbre du dernier siècle avait portée jusque dans le règne minéral, dans les pétrifications, et dans plusieurs familles de coquillages, tels que les coraux et les coralloîdes de différentes espèces.
I^a société royale de Montpellier, messieurs, cette digne sœur de l'académie des Sciences de
Paris (ce nom seul doit vous rappeler tout ce
que la médecine et la chirurgie doivent aux grands hommes qu'elle donne à l'Europe , et surtout à ceux (2) qui joignant à la profondeur de la science le courage héroïque qu'inspirent la religion et l'amour de la patrie, volèrent pour secourir des malheureux, et bravèrent la mort la plus affreuse sur les bords désolés de la Provence); cette société a souvent enrichi l'histoire naturelle par des découvertes heureuses. Un illustre magistrat (3), vivement persuadé que
(i) Mémoire de M. Guétard, de racadémie des Sciences de Paris , médecin de son altesse monseigneur le duc d'Orléans. Ce mémoire est dans le dernier tome des Mémoires de l'académie pour l'année 1765.
(2) M. Chicoineau, premier médecin de sa majesté très chrétienne ; M. Gervasi et plusieurs autres fameux médecins.
(3) M. Bon, premier président de Montpellier, conseiller d'état.
toutes les productions de la nature doivent en* trer dans l'ordre des bienfaits que l'homme a reçus du créateur , est parvenu à rendre utiles ces fruits abondants aujourd'hui (quoique jadis étran^ gers à nos climats) que leur amertume faisait rejeter. Il à même réussi à employer utilement le travail de quelques insectes, qui jusqu'au temps de ses expériences n'étaient regardés qu'avec horreur.
Itous admirions en silence ces agathes herborisées, ces cailloux d'Egypte et de Florence, et ces espèces d'ardoises brunes et feuilletées , connues sous le nom de dendrites, sur lesquelles on aperçoit des dessins presque égaux à ceux qui seraient tracés par une main habile et légère. M. l'abbé de Sauvages vient d'enrichir nos mémoires d'une explication trop satisfaisante pour ne pas enlever les dendrites à la classe des phénomènes, en les comprenant dans celle des pétrifications les mieux reconnues par les observateurs.
Il n'est point d'amateur de l'histoire naturelle , qui ne puisse tirer de nouvelles lumières de cet ouvrage (i) qui nous donne la description des richesses des cabinets du Jardin royal de Paris.
(i) L'Histoire naturelle de M. de BufTon. Le discours préliminaire sur la manière d'étudier l'histoire naturelle est un chef-d'œuvre, et pour l'éloquence et pour la sûreté de la méthode qu'il indique.
74 DlSCOUllii.
On y trouve le précepte et l'exemple de la méthode la plus précise pour l'exactitude des observations, et pour les rassembler dans l'ordre le plus digne d'un vrai physicien. Cette Histoire naturelle, dont tout le monde est à portée de reconnaître les détails, est liée par une suite d'idées philosophiques, lesquelles, sans établir de gênéraUté dans les causes , s'élèvent aussi haut qu'il est permis à l'esprit humain d'atteindre.
L'Angleterre , féconde et heureuse à réparer ses pertes, jouit des lumières qu'elle reçut des expériences du fameux Robert Boyle, et en voit répéter tous les jours d'aussi délicates, d'aussi décisives , par les travaux et par les soins du président de la Société royale. C'est sous les yeux de ce digne successeur du chevalier Sloane et du chevalier Newton, M. Solkes, que celles de M. Jurin ont été exécutées. Ces expériences ont été jugées dignes d'être jointes aux leçons de physique expérimentale de feu M. Cotes; et le tout ensemble forme un recueil, qu'un savant académicien de Paris s'est fait honneur de traduire lui-même.
Rien n'est plus honorable, sans doute, pour les deux nations , que l'empressement avec lequel elles traduisent réciproquement leurs ouvrages. Mais quelle idée le nom de certains traducteurs ne doit-il pas ajouter à celle que le nom de l'auteur a déjà fait concevoir ? Tel est le célèbre ouvrage de
M. Haies (i)^ cette Statique des végétaux; un des savants le plus capable d'en avoir été Tauteur s'est empressé de le traduire.
Qu'il me soit permis, messieurs, dans un lieu également consacré aux sciences et aux belles -lettres, de quitter un moment mon principal objet, et de vous rappeler que c'est ainsi que les ouvrages de Milton, de Pope (a), et en dernier lieu l'Esprit du patriotisme ont été traduits.
Que ne m'est-il permis aussi de rendre un hommage public au traducteur de la Yoix libre du citoyen (3), de cet ouvrage qui nous rappelle et les maximes et les sentiments épurés de Marc- Aurèle, l'éloquence naturelle et l'élévation d'ame de César, mais de César vainqueur des Gaules, et alors le citoyen le plus illustre et le plus fidèle de la république.
Une célèbre compagnie, juge souveraine du bon goût, de l'éloquence et de la belle littérature, s'est toujours empressée d'élire ceux qui
(i) La Statique des végétaux, par M. Haies, traduite par M. de Bufifon.
(a) Milton, traduit par M. Dupré de Saint-Maur; Pope, traduit par M. l'abbé du Resnel ; l'Esprit du patriotisme , traduit par M. le comte de Bissy.
(3) La Voix libre du citoyen , traduction de M. le chevalier de Solignac; le respect me défend de nommer un auteur que le coeur et l'esprit aiment égaleaient à deviner et à reconnaître.
ont soumis le feu d'un beau génie à nous don* lier des traductions aussi utiles que fidèles, lorsque les traductions rendent grâces pour grâces, beautés pour beautés; lorsque, par des expressions égales en force , elles conservent le caractère d'un ouvrage et de sou auteur. Le traducteur qui atteint à la perfection de cet art s'élève à côté de celui qui a mérité les premiers applaudissements, et doit espérer d'être bientôt assis parmi les juges éclairés qui peuvent faire honneur à leur siècle.
Sans doute, messieurs, et nous devons aimer à le croire, cette même compagnie s'est-elle souvent plainte en secret de la sévérité de ses lois, qui ne lui permettent pas de s'associer un sexe spirituel et aimable. Combien de fois n'a-t-elle pas dû regretter de ne pouvoir parer sa liste de ces noms immortels, des noms des Lafayette, des Deshoulières , des Sévigné et des Lambert? regrets que l'estimable auteur de Génie renouvelle aujourd'hui : regrets qu'une dame illustre, et qui portait un nom si cher et si respectable à la Lorraine, inspira tant de fois aux académiciens des sciences. Nous la pleurons, messieurs, et les muses la pleurent avec nous. Nous l'avons vue s'élever vers la région du feu et de la lumière comme vers sa sphère naturelle ; nous l'avons entendue préparer à un fils, alors enfant (1), mais
(i) M. le comte de Lomont, alors colonel du régiment, de
dont elle connaissait l'esprit et prévoyait les talents , des instructions que toute l'Europe partage avec lui. • Nous sommes près de jouir de son dernier ouvrage; elle venait de traduire Newton, lorsque la mort nous l'enleva. Eh! quel génie était plus capable de suivre toute l'étendue des idées de ce grand philosophe? quel esprit géométrique pouvait mieux nous faire sentir toute la force de ses démonstrations? quelle justesse, quelle clarté dans la façon de s'exprimer pouvait rendre ces démonstrations plus lumineuses?
Je passe sous silence, messieurs, un grand nombre de découvertes utiles, et je crois devoir finir par celles que l'Europe s'occupe à multiplier pour la connaissance de l'électricité.
Quercy, depuis, du régiment de Navarre , et qui a servi toute la guerre, n'avait que onze ans lorsque les institutions de physique de feue madame la marquise du Châtelet "^ parurent. On peut voir dans la généalogie de la maison du Châtelet, rassemblée par dom Calmet, abbé de Senones, qu'elle descend de Thierry d'Enfer, fils de Ferry de Bitche, second fils de Mathieu I®*", duc de Lorraine, en ii4o. Madame la marquise du Châtelet avait achevé peu de temps avant sa mort une traduction des ouvrages du chevalier Newton; cette traduction est actuellement sous presse; on connaît la dissertation de la même sur la nature du feu.
* Ce discours fut prononcé en 1752. Depuis ce temps, M. le comte dn Châtelet a été blessé très dangereusement à la bataille d'Hastembeck. Il a été ambassadeur à Tienne , à Londres : il est colonel du régiment du roi , et chevalier de ses ordres.
Quelque féconde que soit l'électricité en phénomènes, malgré la contrariété apparente de ses expériences, malgré l'impossibilité de soumettre sa vélocité au calcul, cette espèce de Protée commence à nous prouver son utilité.
Quelques espèces de paralysies , plusieurs maladies des muscles et du genre nerveux , ont reçu des soulagements très prompts et même durables; on connaît sa puissance pour augmenter la transpiration ; il est prouvé qu'elle accélère la végétation des plantes; et plusieurs cures opérées (i) à Genève, à Pesetas, à Rouen et à Lyon, consta* tent avec authenticité quelle peut être son utilité réelle, lorsque ses effets seront dirigés par des mains habiles.
C'est à M. Nolet, à M. Muschenbroeck , à M. Bose de Vittemberg, et à M. Welson , que nous devons plusieurs expériences nouvelles; celles d'Hauxbée et de MM. Gray et du Fay les avaient précédées, et le tout ensemble forme un corps d'expériences fidèles , qui n'ouvrent qu'un champ trop vaste aux conjectures.
Un instrument exact et propre à nou» donner la mesure de l'intensité dé cet être subtil semblait devoir inspirer plus de crainte que d'émulation pour l'entreprendre; cependant MM. d'Arcy
(i) A Genève, par M. Jallabert; à Pesenas, par M. Daydé; à Lyon , par M. Pestalozzi ; à Rouen , par M. le Cat.
PISGOURS. 79
et Leroy ont réussi à perfectionner un électromètre.
Je n'o$e qu'à peine , messieurs , suivre dans ce moment les mouvements de mon cœur , et rendre à MM. Watson et Ellicott, de la Société royale de Londres, ce que je crois dû à leurs travaux. J'ai lieu de craindre que cet hommage ne paraisse intéressé; on me soupçonnera peut-être de désirer qu'une partie de leur gloire réjaillisse sur moi-même.
Mes deux confrères ont prouvé à l'Angleterre que l'électricité a les propriétés du feu, de la lumière et du mouvement; et sans nous être communiqué nos idées, nos expériences, nos conjectures furent les mêmes; et nous crûmes reconnaître dans l'électricité ce feu élémentaire, si savamment défini dans les éléments chimiques de Boerhaave.
Les expériences assidues , pénibles même ( si en effet il en est de telles pour quiccHique désire d'être éclairé), ces expériences répétées avec constance pendant trois ans, m'ont paru suffire à peine pour établir quelque probabilité dans mes opinions; eUe$ me mettent en droit, messieurs, de vous représenter une partie des écueils que l'on trouve dans toutes celles qui sont délicates et difficiles.
Quiconque connaîtra celles de l'électricité doit savoir que deux observateurs, même de bonne foi, peuvent voir des effets absolument différents
8o DISCOURS.
dans une expérience, qui cependant leur paraîtra la même.
L'attraction se change subitement en répulsion; cette répulsion est souvent suivie par un autre phénomène : souvent même des corps fort minces, qui présentent une certaine superficie, ou des corps longs et légers , éprouvent à-la-fois l'effet de deux puissances contraires.
La raison seule , la candeur, l'amour de la vérité, peuvent juger sainement de ces différents effets; mais souvent l'esprit de parti répand l'illusion, souvent on ne veut voir que ce qui nous favorise, et on prend pour des accidents tout ce qui parait contraire à notre opinion.
Ces mêmes expériences sur l'électricité m'obligent encore à vous représenter, messieurs, que c'est en vain qu'on oserait prétendre au nom de physicien , si on n'a pas fait encore une étude suivie de la nature du feu , ou du moins des effets qu'il nous fait voir.
Ce feu, si nécessaire dans la nature, mais toujours dangereux dans les opérations où l'on multiplie sa force, ce feu divise et réunit, volatilise et condense ; il adoucit une matière en la purgeant d'un ferment pernicieux, ou en émoussant ses acides ; il en sublime une autre qui était douce et insipide, et la rend caustique et corrosive; prompt dans tous ses effets, et donnant sans cesse de nouvelles modifications à la matière. Qui peut se répondre de savoir gouverner cet être qui
renferme en lui l'embrasenient , la lumière et le mouvement ?
Quoique ces propriétés paraissent distinctes, peut-on se refuser à reconnaître qu'elles sont identiques à un même être, ou plutôt ne sont qu'un seul et même être sous différentes dénominations?
Quel beau jour les expériences de l'électricité ne répandent-elles pas dans la recherche de la nature de cet être, que Boerhaave définit sous le nom d'Ignis elementaris !
C'est ce feu, dans lequel tous les corps sont immergés, qui les pénètre si intimement, qu'il se fait reconnaître pour le milieu subtil des plus petites molécules de la matière ; ce feu enfin , qui , bien différent de celui que Descartes ne reconnaît qu'à l'embrasement et à la chaleur, remplit toute l'atmosphère solaire, et dont les faisceaux coniques, composés de rayons droits, suivent dans leur progression la loi inverse du carré des distances du centre de leur foyer.
Si les sciences ont fait de si grands progrès dans notre siècle , il n'en est point aussi, messieurs, dans lequel les savants aient reçu plus d'honneurs et de bienfaits des souverains.
Les cendres du grand Newton et de Pope reposent dans le tombeau des rois. Un talent, un mérite réel dans la Grande-Bretagne, est le premier des titres pour prétendre aux grandes récompenses. Chaque pouvoir est distinct , et a ses
OEnvres diverses. II. ^
8a DISCOURS.
limites dans les trois royaumes; celui des sciences et de la philosophie est le seul qui n'en reconnaisse point.
L'académie de Berlin , illustrée par ses premiers travaux et par les prodiges qu'enfante l'art profond et jadis mystérieux de la chimie, cette académie jouissait en silence de ses premiers succès, lorsqu'un roi, né pour animer toutes les professions, lui rendit sa première splendeur.
Connaissant le pouvoir de l'exemple, surtout lorsqu'on le reçoit de son maître, il ranima l'émulation de ses sujets par des ouvrages qui caractérisent également la majesté du souverain, la sagesse du législateur, et la profondeur du philosophe; ce roi, le Miltiade et le Solon du Nord, agit, écrivit et parla, et bientôt une armée ^ une académie et un nouveau code de lois annoncèrent et sa haute sagesse et sa puissance.
Si toutes les académies ne se regardaient pas comme sœurs , et n'eu avaient pas les sentiments mutuels, un Français, quoique ayant l'honneur d'être membre de celle de Berlin , poufrait-rl parler de la gloire qu'elle acquiert tous les jours, sans exprimer quelques regrets? L'illustre président de cette académie fut élevé dans le sein de celle de Paris. Mais ne serions > nous pas injustes d'envier M. de Mauperttiis à la Prusse ? Nous conservons avec lui une correspondance intime;
nos mémoires sont enrichis de ses travaux, et nous sommes prêts à jouir de ceux de M. de Formey.
Le prospectus de FEncyciopédie annonce tout ce que ce recueil devra à M. de Formey , et ce nom, jomt à ceux des deux auteurs (i) qui dirigent et rassemblent les parties de cet important ouvrage, doit nous en faire concevoir la plus haute espérance.
L'académie de Pétersbourg conserve pour M. Euler les mêmes sentiments que celle de Paris pour M. de Maupertuis. Mais quelle est la société des gens de lettres qui pourrait regretter de payer ce tribut, quelque précieux qu'il soit, au monarque qui rend ces grands hommes heureux par sa présence et par ses bienfaits ?
La mort de M. Celsius nous fut aussi sensible qu'à l'académie d'Upsal ; il avait partagé les travaux des observateurs français dans les climats glacés de la Laponie. Tel est l'esprit des académies de l'Europe, messieurs; la recherche et l'amour de la vérité bannissent d'entre elles tout sentiment de. rivalité , en animant toujours celui de l'émulation.
Voilà, messieurs, les exemples que je vous
(i) M. de Formey est secrétaire perpétuel de Facadémie royale des Sciences et Belles-Lettres de Berlin. Messieurs D'Alembert et Diderot sont ceux qui rassemblent les différentes parties de l'Encyclopédie.
propose : ces modèles sont dignes de vous ; ce n'est qu'en les imitant que nous seconderons les grandes vues , et que nous remplirons toutes les espérances de notre auguste fondateur.
Prononcé ea présence de Sa Majesté le roi de Pologne , dans la séance publique de la Société royale de Nancy, le lo janvier 1753,
Sire,
La présence d*un des plus grands rois qui soient nés pour le bonheur des hommes ne me fait point trembler. L'éclat du diadème , la gloire qui environne Votre Majesté, me laissent voir un sage , un père de la patrie , un maître sensible à la douceur d'être aimé; mon ame n'est agitée que du trouble agréable que font naître Tadmi* ration et Tamour.
Tel est , Sire , le caractère auguste de la véritable grandeur. Plus elle nous est présente, plus elle nous anime et nous élève aundessus de nousmêmes. Tels étaient les sentiments que Lycurgue inspirait en paraissant dans ui>e assemblée des ci* toyens de Lacédémone.
Semblable à une divinité bienfaisante, Votre Majesté vient nous voir jouir de ses propres dons; sa bonté paternelle Ta pressée de confiai-
tre pat* elle-même quels sont les fruits que nous tirons de ses bienfaits ; tout annonce le vif intérêt qu'elle prend à des travaux qu elle a déterminés et qu'elle éclaire, et je lis dans ses yeux une tendre inquiétude pour les succès qu'elk nous désire.
La même inquiétude agite aussi cette assemblée. Accoutumée à voir réussir les ouvrages de son souverain , elle nous désire tout ce qui pourrait nous illustrer et lui plaire; tous les cœurs, Sire, émus, enchantés par votre présence, voudraient que je pusse exprimer tous leurs transports.
Mais , Sire , ne vous sera-t-il pas reproché que cette société jouit de trop bonne heure des plus grands honneurs auxquels elle peut aspirer ? Les regards du sage sont la plus digne récompense des vertus et des talents ; et lorsque Votre Majesté dajgne arrêter les yeux sur nous , elle rend l'Europe plus attentive à nos travaux.
On admira la magnificence de Votre Majesté dans notre fondation; on examinera sévèrement aujourd'hui si nous sommes dignes d'être avoués par notre auguste fondateur. La présence dont Votre Majesté nous honore excitera plus vivement les désirs et la jalousie des sociétés savantes, que les bienfaits dont elle nous a comblés.
Rien ne peut nous rassurer. Sire, que la justice et la candeur qui régnent dans ces sociétés depuis long'-temps célèbres; elles verront dans
les rapports de cette séance mémorable que nous sommes encore occupés à rassembler les forces qui nous sont nécessaires pour marcher d'un pas égal avec elles.
Elles liront avec plaisir les noms des nouveaux confrères que nous acquérons; elles eu reconnaîtront plusieurs dont elles ont été empressées à parçr. leurs listes.
Celui de M. Tabbé de Guasco les fera souvenir de tous les prix qu'il reçut de leurs suffrages , et d'avoir vu les muses concourir à illustrer un nom qui l'élaît déjà dans l'histoire.
Celui de M. de Montcrif leur rap{>ellera cette morale si pure et toujours aimable , qui plait en persuadant, qui tnérite d'être avouée également par les vertus et par les grâces ; celte morale , enfin , caractère distinctif de ses ouvrages et de ceux de l'ancienne et célèbre académie qui se l'est depuis long-temps associé.
Quels droits M. de Montcrif n'avait- il pas à nos suffrages? Frédéric, cet illustre ami de Stanislas , avait déjà paru l'etivier à l'Académie française, et l'avait admis dans celle qu'il protège; cependant, messieurs, c'est moins dans le sein de ce^ académies que nous l'avons été «chercher, que ce n'est aux pieds du trône de la reine , auguste fille de notre fondateur.
C'est là , messieurs , que notre heureux confrère passe des jours dont rien ne peut troubler le calme et le bonheur ; c'est là , que dans les
88 i>iscouRs.
fonctions d'une charge que les souverains ne pensent à créer, que lorsqu'ils veulent attacher de plus près à leur personne un homme de lettres , dont ils aiment les talents , et dont ils esti* ment les mœurs; c*est là, dis-je, quMl est appelé dans ces heures que la reine donne à des études qu'elle s'efforce en vain de cacher.
La modestie donne bien de la grâce aux muses ; maïs quelquefois elle nous dérobe les trésors qu'elles rassemblent et les fleurs qu'elles font naître.
M. de Montcrif (i) s'occupe du soin charmant de les recueillir; nous ne lisons presque aucun de ses ouvrages qui ne soit enrichi de ces traits vifs et agréables, de ces définitions précises que ceux qui ont l'honneur de servir la reine reconnaissent comme la suite nécessaire de la beauté de son imagination , de la justesse et de l'élévation de ses idées.
Où pourrais-je mieux célébrer les caractères de l'amitié, que dans un temple où elle doit régner avec les muses? Votre Majesté, Sire, connaît trop quelle est la force du sentiment, pour ne me pas permettre de rendre un hommage particulier à un ancien ami, dont je deviens une seconde fois le confrère. Je le trouvai toujours courageux et actif s'il fallait me servir; prévoyant et éclairé s'il me donnait des conseils ; tendre , égal , pré-
(i) Feu M. de Montcrif était lecteur de la feue reine.
venant , et sensible au plaisir toujours certain de me rendre son commerce aimable.
Le discours que M. le comte de Bressey vient de prononcer intéressera également la Lorraine, et ceux qui , loin du trône de notre fondateur , ne considèrent en lui que le législateur et le philosophe.
Peut-être, monsieur, les sociétés savantes seront-elles étonnées de vous entendre parler avec tant de lumière et d'élégance un langage qui n'est familier que pour elles ; elles reconnaîtront en vous les talents et les connaissances qu'elles cultivent, et le don de les bien définir et de les faire aimer. Attentives à votre voix, leur confiance redoublera lorsqu'elles sauront qu'une naissance illustre et des services brillants à la guerre vous approchent de plus près de la personne des rois; elles ne craindront point, monsieur, que les principes rigides de l'homme de guerre se soient soumis à l'art flatteur du courtisan; elles chercheront avec empressement dans le portrait que vous venez de faire de notre fondateur , elles étudieront , elles aimeront tout ce qui tient à l'homme , tout ce qui tient au roi citoyen , tout ce qui tient enfin à l'auteur des écrits qu'elles ont admiré.
Souvent nous considérons plus dans les grands hommes les vertus et les talents où nous pouvons atteindre , que les actions qui nous étonnent , et l'éclat d'une majesté et d'une gloire qui nous sont étrangères.
QO BISCOURS.
C'est ainsi que l'hoinine pour lequel la médiocrité n'est point un mal , et qui trouve dans l'étude et dans le bonheur de penser un bien assez pur, assez digne de lui; c'est ainsi, dis-je^ que le sage se console de l'obscurité dans laquelle la fortune le fait vivre; il juge souverainement dans son cabinet l'ouvrage du monarque et du professeur ; la raison et la vérité obtiennent seules son suffrage ; si même il lui reste encore quelque prévention , elle est en faveur de l'homme de son ordre-
C'est d'un examen si sévère , messieurs, que les actions et les écrits de l'auteur illustre de la Voix libre du citoyen tireront une véritable gloire; c'est cet examen qui fera mieux sentir encore la beauté touchante et la vérité des traits que M. le comte de Bressey vient de mettre dans un si beau jour.
Toutes les sociétés rassemblées par les muses reconnaîtront les lois qu'elles se sont choisies dans le discours de M. Pallas.
En nous traçant le portrait d'un académicien digue d'estime, monsieur, vous avez peint les mœurs et les qualités aimables qui vous caractérisent. Votre discours est une suite des mêmes principes que vous établîtes dans un ouvrage qui fut couronné par l'Académie française en
Heureux dans votre famille, honoré par vos concitoyens, consulté par vos amis, personne
n'était plus capable que vous, monsieur, d'exprimer combien il est important d'acquérir l'esprit dé société (i). Vous consultâtes votre cœur... vous y trouvâtes toutes les maximes qui concouraient à votre objet.
L'esprit de société, messieurs, source unique dû bonheur de la vie , n'a pas besoin de la force pour régner sur tous les états; un attrait bien naturel pour tous les coeurs vertueux les attache à ne s'écarter en rien de ses principes; cet esprit doit régner surtout dans ces sociétés choisies qui doivent à l'univers le spectacle et Texemple du travail, de l'union, de la candeur, du secret, de Tamour du bien public et de la recherche constante de la vérité.
Si les supplices sont la juste punition des crimes , un mépris accablant serait la honte éternelle de ceux que la basse envie ou la fausseté du cœtu' rendraient infidèles à leurs engagements.
£h! quels liens sont plus aimables que ceux qui réunissent les sociétés savantes? C'est à ces mêmes liens, connus et respectés par la société générale des hommes, qu'elles doivent la confiance dont elles sont honorées dans leur siècle ,
(i) Le sujet que T Académie française avait proposé pour le prix était : Combien il est important cVttcquérir l'esprit de société.
et les louanges et Tautorité qui leur seront accordées par la postérité.
Ce jour, messieurs, consacre à jamais les sta* tuts que nous donna notre auguste fondateur ; ils reçoivent une nouvelle force de sa présence ; mais ils ne feront notre gloire qu'autant que nous pourrons prouver à la Lcuraine que nous sommes occupés dé travaux utiles, qu'autant que nos écrits nous feront juger dignes des honneurs dont nous jouissons , qu'autant , enfin, qu'un jugement impartial et éclairé appréciera le juste mérite des ouvrages qui nous sont présentés pour concourir aux prix.
Vous qu'une noble émulation anime à mériter les couronnes que cette société décerne, voyez tout ce qui les environne !
Les yeux de votre souverain et de votre bienfaiteur sont attachés sur vous; les ordres les plus illustres de la nation sont attentifs à votre victoire ; un ministre consommé dans la science profonde de connaître les hommes et de les employer utilement va concevoir une haute idée de la capacité des vainqueurs; leurs noms sont ici proclamés, leurs portraits seront des ornements pour ce monument public; un jour vos neveux y viendront reconnaître les traits de celui qui commença à rendre son nom recommandable à sa patrie (i). Quels motifs plus pressants!
(i) On place le portrait, avec le nom du Lorrain , et la date de Tannée où il a remporté le prix.
quelles espérances plus brillantes peuvent élever au-dessus d'eux-mêmes des cœurs sensibles à Tamour de la gloire !
Yous^ M. le Moine, vous, qui, dans un discours où vous traitez de la nature des bienfaits les plus utiles , avez su peindre avec force et avec élégance les devoirs du souverain et ceux des sujets; qu'il vous est doux, qu'il vous est honorable de paraître aux pieds d'un maître qui rassemble tous les traits qui doivent briller dans les rois que vous desirez aux nations ! que votre ame sensible et éclairée jouisse de l'honneur inestimable de recevoir un prix illustré par sa présence!
Ce prix , monsieur , doit vous inspirer un nouveau courage. Quoique pénétrés d'estime pour votre personne et pour vos talents , nous ne vous offiîrons point nos suffrages pour avancer le jour où vous serez assis parmi nous (i).
Il faut, monsieur, que vous donniez l'exemple à la Lorraine d'avoir rempli les termes de l'édit de notre fondation ; il faut que de nouvelles victoires, des ouvrages utiles et applaudis, prou-* vent à vos concitoyens que vous n'avez dû qu'à la supériorité de vos talents une place que nous regardons dès aujourd'hui comme vous étant destinée.
(1) Un Lorrain qui remporte trois fois un prix est reçu de droit membre de la Société royale de Nancy.
Les avantages que l'auteur se promet de son ouvrage sont : une construction plus facile, plus d'égalité dans la marche , de pouvoir faire marcher cette montre pendant huit jours, sans qu'on puisse douter que les dix dernières minutes de sa marche ne soient égales en t^mps aux dix premières, de n'être plus assujetti aux difficultés de trouver un grand ressort qui soit parfait, et d'avoir un ouvrage plus facile à remettre en état lorsqu'il est dérangé.
Non - seulement nous exigeons de l'auteur le temps nécessaire pour examiner la régularité de la marche , mais nous exigeons aussi qu'il ajoute une aiguille à secondes , sans laquelle on ne peut se servir de cette montre pour des observations délicates à saisir , telles que celles du son et de la lumière ; et par conséquent nous exigeons que l'auteur s'assure de l'égalité entre les secondes qui composent les dix minutes; ce ne serait point assez que les dix dernières minutes de la marche de la montre fussent égales en temps aux dix premières, si les dix minutes ne sont égales entre elles, et si les secondes qui les composent ne le sont aussi.
Le second ouvrage est une horloge utile à la connaissance apparente des temps, où tout le système planétaire est développé, et forme ses révolutions avec l'exactitude qu'on peut donner à ces sortes d'ouvrages.
La géométrie , toujours rigoureuse dans se^ dé-
cisions, avait jugé depuis long-temps ces épreuves d'horloges avec une sévérité qui devait faire renoncer à les entreprendre.
La réfraction et la parallaxe horizontale des corps célestes ne peut être marquée; le changement presque continuel de l'excentricité des orbites de plusieurs planètes ne peut être prévu ni déterminé par Fauteur d'un pareil ouvrage. Comment, d'ailleurs, pourrait-il espérer d'y donner de la régularité au mouvement de la lune, tandis que cette planète se dérobe sans cesse par ses mouvements irréguliers aux observations des plus grands astronomes ?
Ses absides changent sans cesse , et ne sont pas encore suffisamment déterminés.
Les travaux continuels de M. le Monnier sur sa théorie de la lune, ceux de M. l'abbé de la Caille, au cap de Bonne- Espérance, l'observation qu'on pourra faire cette année de plusieurs occultations d'étoiles par la lune ; tous ces travaux rassemblés pourront à peine nous donner une théorie de cette planète , dont les observations complètes et simultanées peuvent seules nous donner les moyens de déterminer les longitudes.
Si quelque artiste avait pu porter un travail de l'espèce de cette horloge à sa perfection , cet honneur eût sans doute été réservé au célèbre Graham , dont la Société royale de Londres pleure aujourd'hui la perte , ou à MM. Leroy.
Œuvres diverses. H. 7
L'insiniineiit que M. Graham composa , et qu il nomma orreiy (i), est le plus par£adt qui se soit encore vu dans ce genre ; mais M. Graham désespéra de pouvoir le régler par le mouvement d'une horloge ; la complexité des mouvements, la multiplicité des roues, les accidents sans nombre, les <:hangements apportés dans les dimensions par le chaud et le froid , tout le détermina à Êûre mardier son orrery par le moyen d'une manivelle^ et il n'espéra jamais donner que des ^proximations du mouvement réel des corps célestes ; il connaissait trop le changement que la gravitation cause sans cesse dans Imrs orbites, pour oser annoncer son instrument comme ayant atteint un degré de perfecticHi suffisant pour représenter avec une exacte vérité leurs mouvements réels.
L'horloge qui nous a été présentée nous fait cependant estimer le génie de son auteur; nous l'estimons d'autant plus qu'il parait avcûr tiré de son propre fonds une partie des mêmes moyens qui avaient été saisis par ceux qui ont travaillé dans la même espérance.
Le troisième ouvrage est une horlc^e où l'on a beaucoup perfectionné les mouvements de la sonnerie, et où Ton a multipUé les répétitions de l'heure et des quarts; et ces raisons nous
^1^' M. Graham donna ce ncvm à son instminent, en mémoire de milord Orrery qiii en avaîl ètc riiiv«»ntoiir.
décident à ne le point exclure de l'espérance d'un pris.
Nous devons aussi des éloges à un mémoire qui traite de l'existence et de la réalité d'un fluide nerveux dans les animaux.
L'esprit que l'auteur a répandu dans son ouvrage, un style précis, beaucoup de clarté, n'ont pu cependant nous séduire; on ne l'est jamais dans les sciences soumises à l'expérience et à la démonstration.
L'auteur nous a fait regretter de lui voir adopter un ancien système, que les Senac, les Morand, les Monro et les Winslow ont à jamais proscrit.
Plusieurs vérités lumineuses brillent dans son ouvrage ; mais ces vérités ne sont point assez étendues, et paraissent même quelquefois accompagnées de l'erreur; que l'auteur travaille d'après ce qu'il a vu, plutôt que d'après des autorités rejetées ; l'esprit dont il donne des preuves , la sagacité qu'il annonce , tout nous fait espérer pour lui les plus brillants succès.
La présence de notre fondateur, messieurs, le zèle ardent que j'ai pour la gloire de votre nation et d'une Société qui m'est chère, m'encouragent à vous avouer que quelque peine secrète a dû affliger les juges auxquels l'examen des ouvrages est commis.
Nous espérions que la vaste carrière qui est ouverte à tous les genres de littérature , à toutes
lOO DISCOURS.
les sciences , à tous les arts , serait parcourue par un grand nombre de Lorrains; nous espérions acquérir plus de nouvelles connaissances, et n'être en suspens que par la profusion des trésors qui nous seraient offerts.
Cependant nous n'avons reçu cette année qu'un
très petit nombre de mémoires Quand on vit
parmi vous, messieurs, on connaît trop tout ce qu'un pareil silence doit fairie regretter, pour ne pas se plaindre de ne vous pas trouver assez sensibles au désir de disputer les prix. Augmentez désormais notre embarras pour les décerner , multipliez les comparaisons que nous serons obligés de faire entre des ouvrages dignes d'estime, et soyez sûrs que nous aimerons une espèce de travail qui ne peut que vous faire honneur autant qu'il nous doit être utile.
Pardonnez-moi , messieurs , le tendre reproche où m'emporte mon zèle , ou plutôt reconnaissez le pressant motif qui me le dicte ; songez que c'est une Société naissante qui ne vous excite si vivement au travail , qu'en avouant qu'elle espère tirer de grands secours de vos lumières.
Joignez-vous aux Calmets, aux Ceilliers; joignezvous à nous , messieurs , pour éclaircir tout ce qui tient à l'histoire ecclésiastique, militaire et civile de la Lorraine.
Parcourez, examinez avec nous tous les présents que la nature semble pr-odiguer dans ces provinces fertiles.
DISCOURS. lOI
Puisque les prix sont destinés aux seuls Lorrains, qu'ils s'occupent des objets les plus intéressants pour eux. Croyez, messieurs, que l'Europe recevra avec reconnaissance des rapports qui feront connaître un pays qui n'a point encore exercé d'observateurs assez dignes de sa confiance.
Mais , messieurs , ai-je donc besoin aujourd'hui de vous animer à ces recherches utiles? Un seul regard de Stanislas doit être bien plus touchant pour vous que ma faible voix.
Déjà je vois dans vos yeux que sa présence vous attendrit et vous encourage; le zèle le plus ardent pour un travail digne de lui plaire passe dans votre cœur avec l'amour et la reconnaissance.
Prononcé en présence de Sa Majesté polonaise , StahislasI , dit le Bienfaisant, le %6 novembre i75S, jour de la dédicace de la place et de la statue de Sa Majesté très chrétienne Louis XV, dit le Bien-aimé.
Si R £ ,
Que toutes les nations applaudissent au gprand spectacle que Votre Majesté donne à la terre! Spectacle vraiment nouveau pour elle! Monument éternel de la plus généreuse reconnaissance et du plus parfait amour ! Dessein sublime, qui ne pouvait être conçu que dans Tame la plus élevée , la plus tendre et la plus philosophe!
Sur un trône où Votre Majesté nous rappelle sans cesse la sagesse de Lycurgue et la bienfaisance de Titus, elle paraît vouloir suspendre les respects et les vœux que nos cœurs aiment à lui offrir; elle ne s'occupe dans ce grand jour que de la gloire de Louis; elle nous anime à la célébrer, elle nous en donne l'exemple; et cette pompe solennelle nous retrace les triomphes de Paul Emile et de Scipion. Mais, Sire, les fêtes
DISCOURS. Io3
préparées par un peuple vainqueur des plus grands rois, ces fêtes furent toujours troublées par le bruit des chaînes et par les gémissements des captifs ; souvent elles consternèrent la nature et rhumanité ; souvent on vit le sage frémir et leur refuser ses regards.
Un spectacle bien différent rassemble aujourd'hui vos sujets fortunés : Louis reçoit ici des hommages dignes du pacificateur de l'Europe ; ses trophées , les images de tant de provinces et de villes conquises, de tant de forteresses détruites, sont voilés par les mains de la paix ; tout concourt, tout contribue à la splendeur de cette auguste fête ; une joie pure remplit tous les cœurs; une cour brillante, un peuple heureux, le citoyen et l'étranger font également éclater leurs transports !
Que ces vœux ardents, ces cris de joie, que ces expressions naïves de l'admiration et de Tamour s'élèvent jusqu'au trône de Votre Majesté! Que ce jour à jamais célèbre dans les annales de l'univers rende la gloire de Louis et celle de Stanislas inséparables! Que gravés et réunis sur le même bronze leurs images et leurs noms adorés passent ensemble à l'immortalité (i)!
(i) La ville de Nancy a fait frapper une médaille où l'on voit les images des deux rois, avec cette légende : Utriusque immortaUtatL
Le temps fuit , il entraine , il renverse dans sa course rapide les monuments les mieux afiFermis; il couvre de sable ces fastueuses pyramides , qui n'ont pu transmettre jusqu'à nous le nom des ' souverains qui les élevèrent ; il cache sous l'herbe ces monstrueux colosses que Néron crut faire passer à la postérité; il efface jusqu'aux noms^ jusqu'aux traces de ces villes triomphales, cimentées par le sang de tant de peuples; les palais, les temples profanes élevés à leurs fondateurs , n'offrent plus que des débris dispersés : cependant , au milieu des ruines de la capitale du monde, malgré la fureur des Barbares et les ravages des temps, il semble qu'une divinité se plaise à soutenir de sa main les monuments consacrés aux bienfaiteurs de la terre : les colonnes de Trajan et d'Antonin subsistent encore; on contemple avec une sorte de respect et d'amour l'arc de triomphe de Titus ; et la statue de M arc- Aurèle est toujours le plus bel ornement du Capitole (i).
Quel augure plus certain et plus cher à nos cœurs pour les monuments que Votre Majesté consacre en ce jour! Toutes les vertus se rassemblent pour en affermir la base; elles paraissent élever de leurs mains la statue d'un héros qu'elles ont formé; leur présence nous devient
. (i) Les seuls monuments entiers de l'ancienne Rome qui subsistent aujourd'hui sont ceux qui sont ici rapportés.
DISCOURS. lo5
sensible, elles pénètrent nos âmes, elles unissent tous nos vœux. O jour mémorable ! jour heureux, si digne du beau règne de Stanislas! tu resserres encore les nœuds sacrés qui réunissent les Français et les Lorrains ; tu rappelles sous le * même empire une nation que nos rois durent toujours regretter.
Nation illustre et toujours passionnée pour vos maîtres, le ciel récompensait leurs vertus, il surpassait vos espérances, lorsqu'il écouta les vœux que vous formiez pour leur gloire! L'étemel, qui couronne, éteint ou change à 5on gré les dynasties, éleva siu» le trône des Césars cette maison si féconde en princes magnanimes, et le meilleur des citoyens, un sage couronné, le pacificateur de sa patrie, le bienfaiteur de la vôtre, Stanislas vous fut accordé.
Non, ce n était plus à la victoire à faire briller sur vos remparts les lis si souvent unis aux alérions ; l'hymen et la paix , les traités les plus solennels se réunissent pour vous les rendre aussi chers qu'ils sont respectés ; c'est Stanislas qui les élève aujourd'hui dans vos murs , c'est ce prince vertueux, éprouvé par les revers, toujours grand dans l'une et l'autre fortune, cher à la religion, ami des arts et de l'humanité; c'est le père de la Lorraine qui vous appelle aux pieds du monarque de la France ; c'est Stanislas qHà vous met sous la protection de Louis , et qui lui répond de votre fidélité.
C'est du haut de ce trône où nous voyons briller sur son front auguste la force et la douce sérénité , c'est de ce trône même qu'il vous montre le héros qui doit un jour vous donner des lois! Louis, du sein de son empire, applaudit à votre amour pour Stanislas; il forme les mêmes vœux que vous pour le long cours d'une si belle vie : tous les deux vous annoncent, tous les deux vous assurent que les mêmes lois , les mêmes soins paternels veilleront à jamais sur vous, sur vos enfants et sur vos derniers neveux.
Antique Âustrasie, apanage des fils de nos premiers rois, tu n'as plus à craindre de tristes vicissitudes : la France heureuse et réunie sous l'empire des Bourbons voit régner hors de ses plus anciennes limites les augustes rejetons de Louis-le-Grand; mais elle ne connaît plus ces partages dangereux, qui, divisant un état, en énervent quelquefois la puissance, et menacent toujours des plus cruelles révolutions les provinces aliénées qui s'en séparent.
Des frontières encore moins redoutées par leurs places formidables , que par le monarque puissant qui sait les faire respecter ; ces barrières impénétrables assurent ta tranquillité, ton commerce , tes villes et tes moissons. Des traités solennels et scellés de l'afteu de toute l'Europe garantissent tes derniers engagements; rien ne peut altérer les sentiments qu'ils ont fait naître en toi ; la force ne
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peut rien aujourd'hui contre tes serments écrits déjà dans les cieux; et le bruit des armes ne se fera plus entendre dans ton sein.
Jouis de ton bonheur ; vois le laboureur cultiver sans crainte tes fertiles campagnes , les muses et les arts habiter et décorer tes villes (i); vois ces remparts ouverts et couronnés par des arcs de triomphe ; vois ces bastions s'aplanir et devenir des ornements pour ta capitale : tout respire ici les douceurs de la paix; tout annonce aux yeux de l'étranger, et la fidélité de tes peuples, et la confiance de ton souverain.
Contemple cette statue du plus juste et du plus aimé des rois; les Muses, la Justice, les Arts et l'Abondance entourent la place où Stanislas vient de l'élever (a) ; c'est dans cette place, dans cette vaste carrière (3), que les jours de fête vont se multiplier pour toi; tu verras tes peuples s'y rassembler pour célébrer les bienfaits de Stanislas,
(i) On a ouvert le miiiea d'une courtine, pour y placer l'arc de triomphe ; les orillons des bastions ont été enjevés, et font place à deux fontaines magnifiques. Un autre bastion sert de promenade publique.
(2) Le palais de la cour souveraine, celui de l'hôtel -deville, ceux de l'académie, des marchands, du concert et des spectacles, entourent la place-royale.
(3) Cette carrière immense , aujourd'hui très Bécorée, servait autrefois aux joutes et aux carrousels , et conserve l'ancien nom de Carrière.
Io8 DISCOURS.
les victoires de Louis, et la naissance de leurs augustes enfants.
Au milieu de ces monuments de l'amour de ton roi , sous ces portiques embellis et consacrés par les attributs de Louis , tes citoyens viendront se délasser de leurs travaux, et s'entretenir de leur bonheur (i); c'est ici que la nation trouvera toujours des secours présents dans les malheurs publics; tout est prévu par la sagesse de Stanislas, tout est assuré par ses soins les plus tendres, et nul membre de l'état ne doit plus craindre de demeurer inutile ou malheureux.
Ah ! grand roi , qu'il est doux de vous obéir ! Qu'il vous est aisé de faire naître les talents et d'élever les âmes! Que votre génie supérieur connaît bien le grand art de former des sujets utiles pour vos augustes descendants ?
A peine les nations voisines pourront - elles croire ce que nous voyons exécuter sous votre règne ; on les entendra s'écrier avec surprise , en admirant ces ouvrages où brillent la magnificence et le goût du siècle d'Auguste : « Nul étranger ne « fut appelé pour les construire et pour les em- « bellir ; tous les ornements qui les décorent furent a une source de richesses pour les Lorrains; éclai- « rés par Stanislas, ses sujets parvinrent à la per- « fection de tous les arts, et les trésors prodigués a pour ces ouvrages immenses ne sortirent point
(i) O Melibœe, Deus nobis hœc oUaJecit,
« de l'intérieur de ses états. C'est ainsi ^ diront- « elles encore , que l'émulation , l'industrie et a l'amour du travail naissent sous l'empire des. « grands rois ; c'est ainsi que les vraies richesses « d'une nation s'accroissent par les soins prévoyants « du sage. »
Cette même émulation, Sire, ce sentiment, ce beau feu si naturel à cette noblesse illustre qui soutient dignement la gloire de tant de noms révérés; c'est cette émulation, animée sans cesse par vos regards , qui caractérise déjà les Lorrains parmi les autres nations de l'Europe. Attachés à vous plaire, puisant leurs sentiments dans votre cœur, déjà l'on ne distingue plus les Lorrains des anciens sujets de Louis; tous s'empressent également à participer à la gloire d'un aussi beau règne.
Déjà les noms inscrits depuis tant de siècles dans les fastes de l'Austrasie parent la liste des chefs de nos guerriers ; nos cohortes les plus formidables s'honorent de voir à leur tête les neveux de ces braves chevaliers qui combattirent sous les ordres de Godefroi et sous les étendards de Philippe (i). Cette phalange si digne par ses actions brillantes de porter le nom de son maître , cette école d'une haute noblesse destinée aux
(i) Les chevaliers lorrains se sont fort distingués dans les anciennes croisades. .
IIO DISCOURS.
premiers emplois, s'applaudit de voir leurs enfants sous ses drapeaux (i).
Déjà la cour de Louis voit les Lorrains partager avec nous les regards et les faveurs de ce grand roi ; ils accourent aux pieds de notre auguste reine, ils jouissent du bonheur de la voir et de l'entendre, ils adorent avec nous les vertus célestes et toujours aimables que le ciel, prodigue pour elle de ses trésors, se plut à verser dans une si belle ame.
Ils cherchent, ils aiment à reconnaître les traits chéris de leur bienfaiteur dans ce grand prince, que l'esprit de sagesse éclaira dès l'enfance, et dont les premiers pas dans les sentiers de la gloire l'annoncèrent à l'univers comme le digne fils d'un héros, suivant Louis dans ses campagnes, marchant à ses côtés dans ses batailles, intrépide comme lui dans les périls , comme lui modéré dans la victoire. Heureux fils! heureux époux ! père fortuné ! ce prince auguste est l'amour, il est sans cesse l'exemple des fidèles sujets de Louis : ses enfants assurent le bonheur de la France ; ils font déjà notre félicité. Il n'est plus de père aujourd'hui qui puisse soupirer en secret sur la charge trop pesante d'une nombreuse famille; il ne doit plus penser qu'au bonheur de l'élever pour servir des princes qui nous sont si chers.
(i) Le régiment du roi, infanterie.
A leur vue, au milieu d'une cour parée par cette auguste famille qui rassemble les grâces les plus touchantes et les vertus les plus sublimes, attachés à son service, à l'aspect des honneurs, des emplois éclatants, des récompenses qui nous attendent, aujourd'hui membres d'un état libre et florissant gouverné par l'autorité la plus légi* time, par les lois les plus sages, par le plus grand et le plus aimé des maîtres, on entend les Lorrains s'écrier avec nous : Que nos serments nous sont chers et sacrés! que nos liens sont doux! ils ne se font sentir que par notre bonheur.
Telle est la voix du cœur, ce cri si tendre de la nature que l'amour seul peut exciter. Tels sont les transports que nous font éprouver nos maîtres, lorsque nous approchons de leur personne sacrée. Mais qui pourrait exprimer ceux de notre ame, lorsque nous les voyons combattre à notre tête , et voler à la victoire ? Tout notre sang enflammé dans nos veines brûle alors de se répandre pour eux; nous ne formons des vœux que pour des têtes si chères; nous ne voyonspoint les traits qu'on nous lance , nous ne voyons que les lauriers que nous sommes sûrs de cueillir sur leurs pas.
Aujourd'hui, prêts à voler au premier signal de Louis, je l'avoue, Sire.... peut-être une trop grande ardeur nous fait-elle désirer de le rece-
voir (i); mais, digne image de la divinité, le vainqueur de Fontenoi ne lance qu'à regret son tonnerre; tel que Henri IV dans le feu des combats, mais humain comme lui dans le sein de la victoire , désintéressé dans la paix , fidèle à la foi des traités , Louis , par la douceur de ses regards, tempère le beau feu qui nous anime ; nous n'osons former de vœux que pour les desseins que sa haute sagesse lui fait concevoir. Soumis , pénétrés de confiance , pourrions-nous douter que ce héros ne sache maintenir la plus ancienne monarchie de l'Europe dans toute sa gloire, et la réputation et le bonheur dont une nation belliqueuse jouit sous son empire?
Mais ne troublons point par l'image d'une guerre, que des troupes aguerries et disciplinées, que des trésors immenses, la sagesse des conseils et des projets, et que l'expérience et l'audace des généraux de Louis rendraient glorieuse à ses armes.... ne troublons point les asyles sacrés où Stanislas veille sans cesse au bonheur de l'humanité. Qu'il y goûte le plaisir si pur pour les grandes âmes de voir des enfants heureux dans ses sujets! Que les muses, enrichies par ses dons et par ses travaux, obéissent à sa voix! Qu'elles célèbrent Louis dans leurs concerts! Que leurs fleurs immortelles s'entrelacent avec les palmes de
(i) A la fin de 1735, les Anglais avaient déjà fait plusieurs actes d'hostilité.
DISCOURS. Il3
ce héros ! Que leurs lyres , que leurs tron^ettes laissent quelquefois entendre autour de sa statue les sons champêtres de nos peuples heureux! et que des cris de joie mille fois répétés portent jusqu'à l'éternel les vœux ardents que nous formons pour nos maîtres!
OEuvres diverses. IT. O
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