M. MOR£AU DE MAUPERTUIS
Cktn^ter de FoHre dn Mente, |iii'hiIibi peipétad de FacMlcmie royale des SciiMes et Bcttes-Ulti» de Bcdin, r n des qMBsme de r Acadànw ftwmvÈm , de racsdcmie royale des ScWfffs de Fteis, de la Société royale de liOBdras , et des acadéwes des ScieM» de Soède et dltalie; pioooocé daas raascBblée poMique de la Société royale de Nancy, U 3o jaovîer 1760.
xicRRE- Louis Moreau de Maupertnis naquit à Saint -Malo, le iiS septembre 1698, d'Etienne- René Moreau , seigneur de Maupertuis , et d'Eugénie Baudran , d'une ancienne faumille où l'honneur, la vertu et le dévouement au service de la patrie étaient héréditaires.
M. Moreau, père de M. de Maupertuis, est mort à Paris en l'j^B. Député du commerce de Saint-Malo, qu'il a dirigé pendant plus de quarante ans, et deux fois représentant de la même ville aux États de Bretagne , il fut décoré de l'ordre de
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Saint-Michel par le roi ; il mérita la confiance de ses ministres.
Son fils fiit élevé à Saint-Malo« sous les yeux d'une mère dont l'excessive tendresse ne lui permettait pas de le perdre de vue : un maître habile et qui sut se plier au génie ardent de son élève en dbtint tout par la douceur: exemple digne d'être cité! Le disciple a conservé toute sa vie pour ce premier guide la plus vive reconnaissance , et deux mois avant sa mort il envoya de Baie de nouveaux secours à sa famille.
Le moment d'une séparation redoutée par sa mère étant arrivé , le père vint en 1 7 1 4 arracher son fils de ses bras pour le cqnduire à Paris; il y fit sa philosophie au collège de la Marche, et reçut de M. Guisnée, de l'académie des Sciences, les premières leçons de géométrie. Il revit sa patrie au bout de deux ans.
Saint -Malo, nouvelle Carthage, attirait alors dans son sein les trésors des deux mondes; elle enrichissait la France , faisait respecter ses pavillons, et souvent humiliait ses ennemis. Â cet aspect, l'attrait que M. de Maupertuis, dès son enfance, s'était senti pour la mer, reprit de nouvelles forces : il en fit à regret le sacrifice aux larmes de sa mère; mais elles ne purent obtenir qu'il renonçât au service de terre. Il revint à Paris faire ses exercices, et son père lui prodigua les meilleurs maîtres en tous genres : il le fit entrer dans la compagnie des mousquetaires gris sur la
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fin de 1 718, et, au printemps de 17110, il obtint pour lui une compagnie de cavalerie dans le régiment de la Rocheguion,
Dans l'un et Tautre corps M. de Maupertuis eut occasion de se distinguer par son esprit et par sa valeiu*; mais cette même valeur dont il donna plus de trente ans après de nouvelles preuves à la bataille de Molwitz, et pendant le dernier siège de Fribourg, ce courage qui entraîne une ame active et généreuse dans la jeunesse, tomba dans Tinactioii pendant une longue paix.
Cette ame ne pouvait s'occuper que des plus grands objets ; le repos où tant d'autres se plaisent à languir n'était point fait pour elle : bientôt prenant un nouvel essor, du goût de la physique qui s'était manifesté dans les jeux mêmes de l'enfance, elle s'éleva aux sciences les plus sublimes; fière de son origine, elle n'eut point la faiblesse de croire que la vérité puisse se dérober à tous les efforts humains, quand on ne manque ni d'ardeur ni de constance pour la poursuivre.
Bientôt M. de Maupertuis connut toute la force et toute l'étendue de son génie; mais plus il se sentit embrasé par ce feu rapide et fécond qui semble quelquefois créer de nouveaux êtres en étendant subitement la sphère de nos connaissances, plus il se défia de l'audace de son vol, plus il reconnut que, sans le secours de la géométrie, il courait risque de s'égarer. Il fut confirmé dans ces dispositions par MM. Yarignon, Saurin,
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Nicole , Terrasson et Freret, membres illustres de nos académies. M. Nicole, qu'il choisit pour maître , devint dès-lors son intime ami. Tous lui persuadèrent qu'il était né pour l'académie des Sciences , et lui en fîicilitèrent l'entrée ; il fut élu avec applaudissement à la fin de 1723, ayant à peine vingt -cinq ans, et il donna la démission de sa compagnie.
Plusieurs militaires lui en avaient donné Fexemple. M. le chevalier de Louville , et M. du Fay, ancien capitaine au régiment de Picardie, avaient déjà fait à l'amour des sciences le sacrifice de leur première vocation.
Le livre des Principes de la philosophie naturelle de Newton , ce chef-d'œuvre de l'esprit humain , était alors plus généralement estimé qu'entendu : le jeune académicien en fit l'objet de son étude. L'auteur, comblé d'honneurs et de travaux, venait de terminer sa brillante carrière lorsque M. de Maupertuis fit le voyage de Londres : il n'y trouva plus que les disciples de ce grand homme; il devint leur émule : il fut animé du même désir qu'eux , d'annoncer une nouvelle théorie qui devait éclairer le monde savant ; et quittant bientôt l'Angleterre il se rendit à Baie auprès du célèbre Jean Bernoulli qui vivait encore.
Ce sublime géomètre était celui de l'Europe qui s'était rendu le plus propres les découvertes du philosophe anglais; il avait presque, en y ajoutant les siennes , créé l'art d'appliquer les nçtii-
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veaux calculs aux problèmes physico-mathéma^tiques. M. de Maupertuis lui rendit rhominage de devenir son hôte et son disciple ; il fut bientôt son ami. Il occupa chez lui la place de son fils aine alors absent, et se lia dès -lors d'une tendre amitié avec le cadet, qui devait un jour recevoir ses derniers soupirs dans cette même ville.
Admirateur éclairé de Newton , M. de Maupertuis ne fut point effrayé du travail immense que ce puissant génie, en cachant sa route, semblait avoir préparé à ceux' qui chercheraient à la découvrir. Le nouveau géomètre sut remplir par ses calculs les vides que Newton laisse souvent dans ses ouvrages : à force de sagacité, de lumière et de travail , il parvint à découvrir les anneaux de la chaîne qui conduit à ses théorèmes; il trouva plusieurs démonstrations que* l'inventeur avait supprimées : il ne crut enfin le bien entendre que lorsqu'il eut suivi les mêmes routes , et qu'il eut atteint le même but.
Travaillant sans cesse à se rendre utile à l'aca* demie des Sciences, il enrichit souvent ses recueils; et, peu de temps après son retour de Bâle, il publia, en i73a, son Discours sur la figure des astres, où l'on trouve sa discussion métaphysique sur l'attraction. Ce moment fut l'époque d'une espèce de révolution philosophique en France.
M. de Maupertuis osa le premier attaquer un