‹ Œuvres du comte de Tressan, précédées d'une notice sur sa vie et ses ouvrages (volume 3)Chapitre 13 sur 123 · LOGE · texte numérisé non relu

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Nous devons à Descartes la méthode sûre et lumineuse de la position d'un principe , de Ten^ chainement des faits et des idées, et d'en attacher une qui soit positive à chaque mot : nous lui devons d'avoir banni de l'école de fausses définitions obscurcies par des mots vides d'un sens réel, et dont la convention ne pouvait jamais être assez générale pour porter le même jour dans tous les esprits.

M. de Fontenelle saisit cette méthode , et ce fut en se l'appropriant qu'il arracha le voile que Descartes n'avait encore que soulevé. Il fit voir les sciences telles qu'on doit les présenter pour instruire et pour attacher.

Les sciences parurent également agréables et faciles à saisir dans son traité de la Pluralité des mondes ; et si la sévérité scolastique et pédantesque osait lui reprocher de les avoir avilies, le bon sens, l'amour de la vérité, l'intérêt général dfe la société le défendraient d'un aussi fi:*ivole reproche.

Quels charmes, en effet, ne sentons-nous pas, de quelle reconnaissance ne sommes -nous pas pénétrés, lorsqu'un vrai philosophe dessille nos yeux et dirige nos pas mal assurés jusque dans le sanctuaire des muses laborieuses! Ce fiit, sans doute, un nouveau triomphe pour Uranie, lorsque le jeune Fontenelle ouvrit les portes de son temple à cette partie brillante de la société , ique les muses agréables aiment à célébrer.

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Le seul nom de méthode eût effarouché celles qu'il desirait initier à des connaissances regardées jusqu'alors comme mystérieuses : ce fut en leur rendant cette méthode familière, qu'il leur fit connaître sans effort et sans ennui les charmes et l'utilité d'un art qui porte une nouvelle lumière dans l'esprit, et qui le fait jouir de plusieurs connaissances auxquelles il n'espérait pas de s'élever et d'atteindre.

Mais, messieurs, lorsque M. de Fontenelle se plaisait à donner des leçons à ce sexe enchanteur, qui pourrait croire qu'il ne portait pas encore plus loin ses vues ? Sans éprouver tout le pouvoir qu'il a sur la société , il connaissait assez son ascendant pour être sûr que cette première révolution dans son esprit en entraînerait bientôt une autre encore plus générale.

Philosophe profond, dès le printemps de sa vie, il voit ses jeunes contemporains rebutés par la sécheresse et l'obscurité des leçons de l'école ; il voit les uns livrés en entier à l'éducation militaire, les autres à la profonde étude des lois. Comment les ramener à contempler quelquefois la beauté, l'ordre et la sublime harmonie de l'univers? M. de Fontenelle en saisit le moyen, et dans la Pluralité des mondes, en ayant l'air de ne parler qu'à la marquise à laquelle il voile ses leçons par un ingénieux badinage, il réveille bientôt plusieurs esprits qui jusqu'alors avaient craint de s'exercer ; il excite en eux le désir de

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connaître et d'agrandir la sphère de leurs connaissances.

Je ne parle point ici de ces chimériques tourbillons : de nos jours, le calcul et robservatiofi les ont anéantis; mais ils ne peuvent rien oter au mérite du traité de la Pluralité des mondes, puisque cette pluralité se trouve encore prouvée avec plus d'évidence par la doctrine newtooienne que par le système cartésien, qui ne donne aucune idée ni de la gravitation ni de la densité respective des sphères célestes : je me restrains à parler de la méthode qui forme la texture de l'ouvrage de M. de Fontenelle, de cette méthqde si précieuse qui rend l'esprit juste, de cet art divin qui forme une chaîne indestructible des idées relatives ; méthode qu'on doit admirer aussi dans Mallebranche , dont la Recherche de la vérité peut être comparée aux premiers succès du cartésianisme, tant il est vrai qu'il n'est point d'erreur que l'art de raisonner ne puisse accréditer, et que ce n'est que par de nouveaux faits et par une autre chaîne de raisonnements, qu'une ancienne erreur peut être détruite !

Si l'envie qui poursuit les plus grands hommes jusqu'après la mort, et qui du fond de son obscurité élève des clameurs contre la lumière qui ^ la blesse; si cette classe d'hommes inutiles et nuisibles ose reprocher à M. de Fontenelle d'avoir suivi les opinions de Descartes jusque dans ses erreurs; qu'on lise l'ouvrage de ce philosophe.

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lorsqu'il écrit comme historien de Tacadémie des Sciences et comme rédacteur des mémoires qu'elle avoue, pourra-t-on y trouver un seul trait qui n'annonce la plus scrupuleuse impartialité? Aucun des disciples de Newton a-t-il pu reprocher à M. de Fontenelle d'avoir osé essayer d'ôter à ses définitions, à ses solutions, à la connexion de son principe et de ses idées, rien de leur force et de leur clarté? Souvent mêtne, le savant rédacteur en ajoute une nouvelle ; l'historien y pose le sceau qui doit en constater le mérite, et ce chef-d'œuvre de travail , qui ne perd rien de nos jours sous une plume qui nous est» également agréable, utile et chère , est et sera toujours un code instructif pour la France, et l'objet de l'admiration de toutes les compagnies savantes de l'univers.

L'immensité des connaissances nécessaires au rédacteur d'un pareil ouvrage préparent et fortifient son esprit pour l'élever à la perfection d'un des arts le plus difficile , celui de l'éloge. Il est bien commun de confondre ce qui caractérise un éloge avec les traits ordinaires du panégyrique : on doit cependant les distinguer; et l'éloge que Marc- Aurèle fait de ses pères et de ses instituteurs est bien différent des louanges que Pline le jeune donne à Trajan.

On voit avec surprise et admiration que tous les Eloges de M. de Fontenelle sont non -seulement variés pour le ton, mais que chaque Éloge est adapté au génie, aux mœurs, à l'étal , au genre de

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travail, et k la claire analyse des ouvrages de Tacadémicien qu'il regrette.

Six classes différentes, mais intimement liées par l'amour de la vérité et par la gloire et le bonheur d'être utiles , partagent les travaux de l'académie des Sciences ; également familier avec ces six genres de travaux , M. de Fontenelle conserve à chaque éloge son caractère distinctif; les traits dont il le pare semblent toujours partir du fond de son sujet ; il ne prodigue pas les fleurs , il parait surtout ne les jamais chercher. Quoique ses Éloges soient égalés par ceux que son successeur nous fait applaudir, la gloire de M. de Fontenelle n'en est pas moins assurée , puisqu'il n'a rien laissé à désirer dans les siens.

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