A M. DE MONCRIF
De Strasbourg,
Sublime, persifSieur et tendre,
Vous qui, sur Tun et l'autre ton,
Tour-à-tour nous faites entendre
La musette de Céladon,
lia vielle du père Cassandre
£t la lyi'e d'Ânacréon ;
Pour charmer l'ennui d'un voyage
Que je devais à l'amitié,
Je vous écris maint radotage;
Et ce maître du badinage ,
La Faye, en sera de moitié.
Malgré la faim qui l'assassine , Malgré tout son sang répandu, Sa tête folle et libertine , Son cœur par un tambour ému, Sont toujours d'un enfant perdu.
il est enfin dans cette ville ,
25a ÉPITRES.
Dont le prélat fait les beaux jours; Car chez lui Ion trouve toujours L'aimable et somptueux asyle Du bon pasteur de Tévangile Et du grand-prétre des amours.
D^abord , pour oahner mes alarmes , J ai couru chez le grand^prieur :
Son état rassure mon cœur.
Ami , nous ne devons des larmes Qu à la perte de son bonheur (i).
Hélas ! jadis dans ce parterre , Par d'antiques murs renfermé, Tous les soirs, un objet aimé Prenait soin de remplir son verre.
Le goût, Tesprit, la liberté, Des amis sûrs, la bonne chère, Tout appelait la volupté ; Et le vin répandu par terre ' Faisait fleurir les maronniers, Dont Cartou d'une main légère Nouait les fleurs avec du lierre Pour couronner les casaniers (2).
Tout est changé ; mais en silence E me force à demeurer;
(i) Le grand-prieur était déjà dans la très grande dévotion. (9) C'est ainsi qu*oa nomnait lea covuncnsau du temple.
ÉpiT'REs. a5'3
Malgré plus de six mois d absence , Mon cœur sent trop bien sa présence, Et Tesprit n ose «^égarer.